Karim le géomètre

Image

Un jour d’ennui sans doute, je me suis penché sur mon avis d’imposition foncier. D’ordinaire je paye sans sourciller, mais ce jour là, j’ai voulu vérifier la paperasse.

Voici ce que j’ai trouvé : une maison de 140 m2 sur deux étages sur un terrain de 4,25 ares et un bâtiment commun de 109 m2. 

J’ai bien une maison faisant à priori ces dimensions à la louche, un jardin de moins de 5 ares tout en longueur, mais le bâtiment commun de 109 m2, pour le coup, je le cherche toujours dans le jardin. 

J’ai une sorte de séchoir à houblon d’une vingtaine de mètres carrés sans électricité ni eau courante dans lequel je range les outils et les vélos, mais pas ce mystérieux bâtiment plus grand que mon rez-de-chaussée.

Alors j’ai demandé des explications aux impôts en leur fournissant un extrait cadastral de notre parcelle. 

Le lendemain, j’ai reçu une première réponse : « Le service accuse réception de votre demande et vous remercie. Vous serez avisé ultérieurement de la suite donnée. ». J’étais bien avancé.

Après quinze jours d’attente, j’ai reçu une seconde réponse de l’administration, représenté par un certain Karim, clôturant en même temps ma demande : « Suite à notre échange précédent, je vous prie de bien vouloir me faire parvenir les plans détaillés de vos biens afin que je puisse régulariser votre situation. Je reste disponible pour tout complément d’information.« .

Je vis dans une maison qui en 1770 était déjà habitée et qui tenait debout sous le règne de Louis XIV. Une vieille dame à colombages un peu penchée et plus ou moins bien entretenue au fil des siècles. Tout ça pour vous dire que je ne dispose pas des plans d’architecte évidemment. Du coup j’étais un peu sec pour répondre aux impôts.

J’ai donc ouvert une nouvelle réclamation en joignant une nouvelle fois le plan du cadastre. 

Neuf jours plus tard, la réponse est tombée : « Afin que le service puisse traiter votre demande, je vous prie de bien vouloir nous faire parvenir tout document ou justificatif attestant la réalité de la surface de votre dépendance ( 25 m² et non 109 m² ), sans quoi nous ne pourrons y donner suite favorable.« .

Autant vous dire que cette réponse laconique m’a tapé sur les nerfs. Car j’en ai vraiment mare de ces ronds de cuir bureaucrates. J’ai déjà assez à faire avec mon agent comptable au travail qui me réclame sans cesse des documents invraisemblables toute la journée pour payer des factures de cinquante euros, alors un agent des impôts qui ne veut pas entendre raison, ça me tue !

Cette fois je lui ai envoyé l’acte de vente de la maison, le relevé de parcelle, le plan cadastral au 1/500 accompagnés d’un message expliquant tous les détails et j’avais décidé de contacter ce fonctionnaire paresseux pour avoir une bonne explication le lendemain.

Finalement, c’est lui qui m’a appelé. Tout ça pour m’informer qu’il avait constaté que j’avais raison, que le bâtiment faisait environ 25m2 et que les impôts s’étaient trompés. Quel bel mea culpa ! 

Je lui avais pourtant fourni cette fois un ancien plan cadastral alors que le premier était nettement plus récent. La seule différence entre l’ancien et le nouveau était la présence d’un tampon officiel sur le dernier. Mais dans la fonction publique, tamponné est symbole de vérité. 

Bref, je vais récupérer 30 euros de trop payé sur deux ans, prélevés à tord par les impôts. Ça ne compense même pas le temps et l’énergie dépensés, mais au moins, mon avis d’imposition foncier reflètera ce que nous possédons réellement.

Enfin, c’est que m’a annoncé Karim au téléphone, car deux semaines plus tard, sur le site des impôts, ma réclamation n’est toujours pas traitée.

La panne

Image

Depuis quelque temps c’est la panne.

Mon épouse me dit que ce n’est pas grave, que c’est du au stress de mon nouveau travail, que ça va passer, à croire qu’elle s’en réjouit, car la lumière s’éteint plus tôt le soir, oui c’est une marmotte.

J’ai essayé Cinquante nuances de gray, mais hélas, c’est un navet qui ne me fait aucun effet. Druna peut-être ?

Pourtant je devrais être émoustillé, j’ai tout ce dont j’ai besoin : une bonne histoire, du dépaysement, un style irréprochable et de la matière à réflexion. Cependant, après une ou deux pages du Géant Enfoui, je somnole et ferme le livre.

Alors en désespoir de cause, après les tribulations de Lanfeust, je me suis lancé dans la relecture d’Orbital, cette fabuleuse série, qui raconte les aventures de deux diplomates intergalactiques à la Valerian. Un scénario fouillé, un très beau graphisme, des personnages attachants, la série est vraiment excellente. 

Mais, j’aimerais bien revenir vers un livre. J’en ai assez de cette panne de lecture. Le problème c’est que les auteurs de SF ne me font plus rêver comme avant, je n’ai pas retrouvé de Franck Herbert, Dan Simons ou Iain Banks depuis bien longtemps, Eschbach n’a pas écrit de merveille depuis des mois. Je n’ai plus la force de lire des trucs intelligents le soir et je n’ai pas découvert de nouveau Lackberg ou Larsen.

Il faut que je pose, loin d’internet, à la montagne, avec rien d’autre à faire que me promener, lire, m’ennuyer. C’est si bon de s’ennuyer. Là je retrouverai le plaisir de la lecture, au calme, loin des chroniques, des news, des interviews, des concerts, des sorties.

On va le payer

Image

En climatologie, lorsque nous subissons un épisode de sécheresse intense, les vieux, qui n’ont toujours pas intégré le concept de réchauffement climatique, disent à chaque fois la même chose : « On va le payer ». Comprenez, Gaïa, mère nature, va rééquilibrer tout ça en nous faisant tomber sur la figure des trombes d’eau pendant des jours. Autant en météorologie ce concept d’équilibre est totalement inepte, autant dans la vie courante, mes excès se payent toujours au prix fort.

Janis et Out5ide à Barr, O.R.k. et de The Pineapple Thief à Strasbourg, Lifesigns à Russelsheim, Collapse à Strasbourg, le programme des derniers jours bien fut chargé. C’est toujours dans ces moments là que l’on nous demande de couvrir O.R.k. à Paris, Haken à Lyon, Manticora à Karlsruhe, Evergrey à Mulhouse alors que la boite mail déborde, que les artistes nous sollicitent, qu’au travail je tiens trois postes en même temps et qu’à la maison la plomberie fuit.

Ces excès d’activité, cette frénésie, qui me caractérisent, se payent chaque fois le prix fort. Après les pics, viennent les creux, de longues phases d’apathie, d’épuisement, pendant lesquelles je ne trouve la force que de lire des BDs faciles et d’écouter de la musique pour le plaisir. J’ai un fabuleux bouquin à lire, mais je m’endors au bout d’une page, même Lanfeust de Troy n’arrive à tenir mes paupières ouvertes que sur une vingtaine de planches. Je peine à avancer sur ma chronique, pourtant un album sublime, et je procrastine devant le PC, retardant le moment où il faudra transcrire l’interview de Lorenzo, préparer les chroniques de la semaine prochaine, faire les comptes, passer l’aspirateur, régler la tuyauterie du lavabo, changer la caisse du chat, aller faire des courses.

Le problème, c’est que l’horizon ne s’éclaircit pas franchement, avec Out5ide qui passe chez Paulette le 23 mars, Soen le 3 avril au Z7, Crippled Black Phoenix le 4 à la Laiterie, Neal Morse le 10 au Z7, ARENA le 11 au Das Rind, un tribute à King Crimson le 11 à l’Espace Django à Strasbourg, le Art Rock Festival du 12 au 14, RPWL le 20, Orphaned Land le 23 au Z7… Comment choisir ?

Il fut un temps, lorsque je ne connaissais moins de groupes, je trouvais que les concerts étaient bien trop rares. Aujourd’hui, je trouve qu’ils sont trop nombreux. Même si je m’efforce d’aller à la découverte de groupes que je n’ai jamais vu en live (O.R.k., Lifesigns, Crippled Black Phoenix, Orphaned Land), le webzine est également sollicité pour couvrir des événements, l’occasion d’interviews, de photographies, de rencontres, comment refuser ? A chaque fois cela me crève le cœur de dire non, désolé, on ne peux pas, on ne pourra pas interviewer Manticora, couvrir Evergrey, revoir O.R.k. aller à la release partie de Moyan.

Le rêve serait de professionnaliser le webzine, de le transformer en quelque chose qui me permette de m’y consacrer à temps plein, d’en tirer au minimum un SMIC, mais comment ? Ouvrir une boutique de CDs ? d’autre l’ont fait sans succès. Mettre de la pub ? ça ne rapporte rien. Un bouton de donation ? la bonne blague. Devenir manager de groupes ? je n’ai pas les contacts même si j’ai été sollicité, et puis comment être objectif et manager des groupes ? Épouser une vieille rockeuse pleine de tunes ? je suis déjà marié. Vendre de la drogue ? Je risque de tout consommer. Et puis, sincèrement, étant donné le nombre de visiteurs, si je veux monétiser, il va falloir passer à Booba, Céline Dion et laisser tomber le rock progressif. Quel intérêt alors ?

En fait j’ai trouvé un plan : je vais vendre mon corps à la science, car avec l’abus de triptans, de corticoïdes, d’antibiotiques, ma dégénérescence osseuse, mes migraines, mes genoux foutus, mon rein boiteux sans parler de mon cerveau malade, je dois être un bon cas d’école. J’espère juste que, contrairement Au Sens de La Vie, ils ne viendront pas récupérer ma carcasse fourbue avant qu’elle n’ait officiellement cessé de fonctionner.

Corde raide

Je suis sur la corde raide. C’est avec des bouts de ficelle que je rafistole non agenda gribouillé, inventant des heures qui n’existent pas et ajoutant des jours dans le calendrier. Bien pratique la vingt cinquième heure du trente deuxième jour du mois pour caser l’interview retard. Entre le nœud plat pour fixer le cordier du violoncelle de ma femme, la connectique du home cinéma, les tendeurs pour palisser les arbres fruitiers et le nœud coulant pour le burn-out je me prends les pieds dans les câbles du micro au pied de la scène, à la recherche d’un coin pour dormir en pelote. Je perds mon self contrôle en démêlant les boucles de mon casque de baladeur, peinant à suivre la trame d’un concept album mal ficelé. Le temps file de plus en plus vite, les nuits élastiques sont au point de rupture, il faut que je dorme. Je vais jeter l’amarre, partir en croisière au loin et courir en string sur le pont du navire. Plus personne au bout du fil, pas de câble ethernet à connecter, aucun fil d’actualité à suivre; des vacances ! Plus que deux cent photos à développer, une interview à boucler, dix albums à chroniquer, trois live reports à publier, soixante vaisselles à nettoyer, cinq caddies à remplir, dix poubelles à sortir, vingt réveils à six heures du mat et je serai dans la file d’attente pour l’embarquement.