La dernière conférence

A l’école, j’ai toujours aimé être devant les autres élèves pour présenter des exposés, nettement moins pour résoudre le problème de maths donné en exercice la veille, et dont je n’avais même pas lu l’énoncé.

Je suis relativement à l’aise en public, capable d’improvisation si besoin et en plus j’aime faire le show. J’affirme des âneries avec assurance et j’ai souvent plus de crédit que le spécialiste lorsqu’il s’agit de parler à un journaliste.

Lorsque j’étais pré ado, on me lâchait déjà devant un public pour parler de science, de la naissance de l’univers ou des objets observables dans le ciel. Au travail, j’ai toujours eu des facilités à mener des réunions, assurer des présentations, bref je suis clairement un communiquant même si ce n’est pas ma fonction et que je déteste les communicants.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de me donner en spectacle, sorti des laborieuses réunions de travail. Mais cette année, j’ai été servi. J’ai commencé la saison avec une présentation de l’astro photographie à des élèves de la troisième à la terminale. Et pour des raisons d’organisation, je me suis retrouvé propulsé à l’arrache, parce j’étais certainement au mauvais endroit au mauvais moment, conférencier pour trois autres soirées.

J’ai recyclé et adapté la présentation sur l’astro photo et improvisé une seconde sur l’observation du ciel à l’oeil nu, un domaine que je maîtrise encore moins que la photographie. Le tout, c’était de donner le change avec beaucoup d’assurance.

Des conférences sur l’astronomie, le soir, en montagne, à quarante minutes de toute civilisation, ça n’est pas forcément une bonne idée. Le premier soir, il n’y avait personne sorti des organisateurs.

Pour la seconde conférence, nous étions dix. Pour la troisième, une quinzaine, dont ma femme, un de mes fils et le président de l’association. Autant dire, personne.

La quatrième conférence se déroulait après l’éclipse du soleil, le 12 août à 21h… Sérieusement. Qui allait rester la nuit, à mille mètres d’altitude, écouter un vieillard édenté, radoter sur les techniques d’astro-photographie d’après vous ?

Le 12 août, je suis monté au Champ du Feu pour l’éclipse solaire. De 14h à 17h, j’ai assuré une permanence à notre exposition, et il y avait beaucoup de monde. J’ai installé du matériel pour regarder le soleil et pendant trois heures j’ai parlé sous le cagna pour expliquer l’observation de notre étoile à de nombreux curieux.

A 17h éreinté, je suis allé au parking du Vieux Pré pour installer le matériel avec mon fils. Il y avait foule, des voitures garées n’importe comment, des gens installés dans des zones protégées et nous sur le goudron, à bruler au soleil. Encore…

De 19h à 20h30, j’ai suivi l’éclipse avec mon petit dernier, envoyant bouler poliment les journalistes pour m’occuper du grand public très friand d’explications. Je commençais tout doucement à devenir aphone.

A 20h30, alors que le maximum de l’éclipse venait de se terminer, nous avons tout remballé pour redescendre au chalet du Champ du Feu, un kilomètre plus bas. Mais la route était saturée, les voitures garées n’importe comment gênaient la circulation. Et je devais être en bas pour 21h. Stress !

A 20h55, je garais enfin la voiture au chalet et déchargeais une partie du matériel pour la conférence. C’est toujours mieux d’avoir un support visuel concret pour parler de sujets abstraits. Lorsque je suis rentré dans la salle avec tout mon barda, j’ai découvert avec stupéfaction que les bancs étaient tous occupés par des personnes impatientes qui attendaient le conférencier.

J’étais coincé. Il fallait que je fasse mon speech.

Une heure et demie plus tard, après quelques désertions et beaucoup de questions, la mission étaient accomplie, j’avais donné ma dernière conférence de l’été, et ce devant un public record. Des vocations d’astro-photographes sont probablement nées pendant la conférence et je pense que quelques personnes rejoindront notre association à la rentrée. Je n’ai pas perdu mon temps sans parler du plaisir de partager ma passion avec des gens.

Mais là je vais me reposer après trois jours de festival de métal comme photographe accrédité. Au moins je n’ai pas parlé pas, j’ai hurlé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.