Le promo syndrome

Maintenant je peux vous l’avouer, j’ai été touché par le syndrome promotionnel.

Il m’a fallu des mois pour m’en apercevoir, des mois sans aucun contact avec les artistes et les maisons de disques.

Vous avez peut-être déjà expérimenté cette sensation. Lors d’un concert, vous découvrez un groupe qui offre un bon show et emballé par la musique, vous repartez avec leur album. Sauf que le lendemain, en écoutant le disque, vous ne retrouvez plus la magie du concert et le CD finit par prendre rapidement la poussière sur une étagère.

A l’époque de Neoprog, nous recevions beaucoup de musique des labels, des promoteurs et des artistes, beaucoup trop même, de quoi être amplement blasé en fait.

Sauf que chaque nouvel album d’un groupe relativement connu (on parle de rock progressif donc tout est relatif) provoquait chez moi un enthousiasme de jeune chiot alors que je ne l’aurais pas forcément écouté sans cela. Peut-être était-ce dû au plaisir de recevoir avant tout le monde du mp3 de mauvaise qualité avec une pochette en 800×800 pixels, quelques photos de promotion et un PDF en anglais ventant les mérites de l’album.

Aujourd’hui, à tête reposée, sans la pression de publier trois chroniques par semaine, je réécoute certains de ces albums cinq étoiles et me demande ce que j’ai pu leur trouver de si exceptionnels. 

Bien entendu, il arrive que certains disques m’enthousiasment lors des premières écoutes et que je m’en lasse plus tard, mais les cas sont trop nombreux pour rentrer dans cette catégorie. Certaines sorties ont tout simplement été largement surévaluées. 

Quelles ont pu être les raisons de ces gonflages de notes ?

Tout d’abord il faut comprendre que c’est un mécanisme inconscient qui est à l’œuvre ici, enfin la plupart du temps. Je n’ai jamais été payé pour donner une bonne note, j’ai juste été parfois légèrement soudoyé…

Il y a d’abord le bonheur de recevoir l’album d’une grosse pointure en avance de phase et de l’écouter en égoïste alors que tous les fans fantasment dessus, ça joue c’est évident. Le disque est comme alors à un gros cadeau de Noël que l’on s’empresse de déballer avant de passer au paquet suivant. Un déballage parfois trop rapide qui ne laisse pas le temps de bien critiquer le produit.

Il y a aussi l’effet coup de foudre, lorsque le chroniqueur a l’occasion de réaliser une interview de l’artiste. Une rencontre avec un grand nom de la musique, un personnage qui vous transmet sa passion, son enthousiasme, sa folie et qui peut rendre extraordinaire un album, disons moyen.

N’oublions pas l’effet cocorico, car le français est naturellement chauvin. Lorsqu’un groupe local sort un disque audible, les critiques franchouillardes ont tendance à se gargariser même si la galette n’a qu’à peine les qualités d’un album britannique de seconde zone. La production hexagonale étant assez pauvre, un truc acceptable passe pour la huitième merveille du monde.

Il y a aussi la gentillesse qui fonctionne. C’est bête, mais lorsqu’un artiste vient à vous, poliment, humblement, vous offrant son CD auto produit pressé à mille exemplaires, moi j’avais tendance à vouloir lui faire plaisir, à lui donner une chance, quitte à surévaluer son travail.

Enfin il y a l’effet quantité. Lorsque que vous écoutez des heures durant des promos de projets solo enregistrés dans une cuisine avec un clavier MIDI et que soudain vous tombez sur un album enregistré par un groupe en studio par des musiciens professionnels, la différence de qualité flatte immédiatement les oreilles et booste immanquablement la note.

Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. Il arrive que des groupes français auto produits sortent de pures merveilles, que des artistes interviewés aient accouché d’un chef d’œuvre et qu’un grand groupe sorte une très belle galette.

Tout ça pour dire que à Neoprog il m’est arrivé de sur noter certaines sorties mais également d’en sous estimer d’autres faute d’une écoute attentive. Aujourd’hui lorsque j’ai un coup de foudre ou quelques réticences, je laisse reposer l’album le temps nécessaire à une écoute plus sereine. Je ne plus suis pressé par aucun label pour pondre mon texte dans la semaine.

4 réflexions sur « Le promo syndrome »

  1. J’ai résolu le problème en ne mettant pas de notes. 🙂

    Mais ce que tu dis est vrai: je reconnais que j’ai tendance à être plutôt bienveillant envers des albums reçus en promo. Mais il y a aussi des albums que j’ai reçu en promo et que je n’ai pas chroniqué sur le site parce que je ne me sentais pas vraiment en dire du bien. En général, je m’en explique auprès du groupe ou de l’agence qui m’a envoyé la promo.

    Après, c’est un peu le jeu. Il y a aussi des albums que j’ai acheté « à la régulière » et pour lesquels je m’aperçois, après quelques mois, que je les ai sous- ou surévalués. On chronique toujours nos impressions à un moment donné, il n’y a rien d’absolu.

    • Oui les notes c’est une mauvaise idée à la base, mais les labels étaient demandeurs comme certains lecteurs.
      Et oui, pour les promos, on a tendance à être reconnaissant pour le ‘cadeau’, dont plus gentil.
      Après, la critique dépend beaucoup de l’humeur du moment, d’où l’intérêt de prendre du recul et du temps pour écouter un album, enfin si on a le temps.

  2. La pression dûe à la volumétrie de publication, tu te l’as mise tout seul. Je cherche encore à comprendre pourquoi tu t’es mis une telle pression. Un besoin inconscient de reconnaissance ?
    Et puis oui tu es prompt à t’enflammer rapidement. C’est ça la passion…
    Je mettrais bien une citation sur la passion mais bon.

    • Je cherchais à trouver un équilibre entre travail et fréquentation du site.
      Un site ne publiant qu’une chronique par semaine (même de qualité) ne ramène pas beaucoup de visiteurs.
      Et pourquoi consacrer 20 à 30 heures hebdomadaires en écoute de promo, relations publiques, publication, référencement, réseaux sociaux, si c’est pour toucher une vingtaine de personnes par jour.
      Le jeu n’en vaut pas la chandelle.
      Et oui sinon tu as raison, je m’emballe assez vite.

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