Caviardage

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Publier des chroniques musicales sur une plateforme vidéo mainstream ne possède pas que des avantages. 

Déjà, lors que vous mettez des extraits sonores, les maisons de disques vous tombent dessus pour faire valoir leurs droits. Par exemple, lorsque je mets vingt secondes d’un morceau de Royal Sorrow, de Avkrvst ou de Dream Theater, ma vidéo est interdite dans certains territoires. Une fous, j’ai même dû retirer un extrait de la chronique pour pouvoir la mettre en ligne.

Il y a également la limite d’âge imposée par l’algorithme, le fameux « cette vidéo est-elle destinée aux enfants ? » qui va réduire drastiquement ma maigre audience.

Enfin, certains mots sont proscrits sur la chaîne. Il faut rester politiquement correct, ne pas parler de sexe, de suicide et que sais-je encore. J’ai expérimenté pour la première fois cette censure avec le groupe Suffocate for fuck sake dont le nom contient un mot interdit. « Cette vidéo est soumise à une limite d’âge. Les spectateurs doivent être âgés d’au moins 18 ans pour la visionner. ». Autant dire que la chronique de to rest in the trust, that creates the world a réalisé un score pitoyable puisqu’il fallait avoir un compte sur la plateforme pour la visionner.

Le problème c’est que je me complets souvent dans les albums sombres, violents ou glauques. Du coup, je suis contraint de m’auto censurer pour éviter la classification 18 ans et plus. Je m’interdis les mots grossiers, les allusions scabreuses et tout ce qui pourrait traumatiser les parents d’adolescents connectés sur le Darknet.

Mais des j’oublie et je me lache. Dernièrement, alors que je venais de terminer l’enregistrement de la chronique de please, du groupe The Reticent, j’ai réalisé que le mot ‘suicide’ était prononcé à trois reprises dans la vidéo. Je me suis aussitôt dit que cette chronique allait être censurée par l’algorithme. Alors comme pour le rapport Ebstein, j’ai caviardé l’enregistrement, remplaçant le mot coupable d’incitation au suicide par un bip disgracieux.

Je n’en suis pas fier. J’ai cédé à la pression du système. Mais que voulez-vous, avec trois cents abonnés et une quarantaine de vues par vidéo, je ne peux pas me permettre d’être censuré.