
Vous avez déjà visité la cathédrale de Metz ? Ses voûtes s’élèvent à la vertigineuse hauteur de quarante et un mètres. C’est impressionnant !
A Metz vous trouverez également la caserne qui abritait jusqu’à il y a peu, les locaux de nos collègues. Des bureaux perchés au troisième étage sans ascenseur et qu’il fallait vider lors de leur déménagement.
Six volées de marches d’environ trois mètres de haut chacune pour arriver dans quatre pièces remplies de mobilier dont nous devions nous débarrasser.
Quatre étages plus bas, dans une cave humide et insalubre, s’étaient accumulés des tonnes d’archives et de matériel hors d’usage ou obsolète.
Pour débarrasser les meubles, nous avions fait appel à une société spécialisée. Nous, nous devions ramener les archives administratives et le matériel informatique à Strasbourg. Alors nous étions partis à deux, pour deux jours, avec un utilitaire afin superviser le débarras et rapatrier ce qui devait l’être.
Ce que nous n’avions pas totalement anticipé, c’est ce que nous trouverions en arrivant.
Imaginez qu’une terrible et foudroyante épidémie, en une nuit, aie terrassé tous nos collègues.
Nous sommes arrivés dans des bureaux déserts qui avaient été laissés à l’abandon. Cadres aux murs, tiroirs remplis, placards débordant de classeurs, stock de papier toilette, produit vaisselle, éponges, gel hydroalcoolique, piles usagées ou pas, bics, crayons, tampon encreurs, corbeilles à papiers pleines, câbles informatiques, casques, micros, souris, lampes, rallonges…
Alors que nous aurions dû trier les archives et charger l’utilitaire de matériel informatique, nous avons, pendant une journée entière, descendu et remonté les trois étages une vingtaine de fois, chargés de cartons remplis du contenu des tiroirs, des placards, des armoires et des poubelles, afin que la société, chargée du débarras du mobilier, puisse intervenir le lendemain.
Ce fut comme si nous avions grimpé à douze reprises dans la même journée au sommet du clocher de la cathédrale de Metz, chargés de lourds cartons.
Nous avons retrouvé plus de deux cents exemplaires emballés et neufs d’un livre écrit par deux anciens collègues, un carton de sacs plastiques bleus au logo de notre entreprise, suffisamment de carreaux de moquette pour couvrir le sol d’un appartement, du matériel de mesure qui aurait eu sa place dans un musée, de gros livres de comptabilité soigneusement remplis à la main, des cafetières hors d’usage, plusieurs kilos de bics promotionnels, des cours de japonais griffonnés, un stock de rouleaux de PQ suffisant pour tenir pendant une année de gastro carabinée, des kilomètres de câbles permettant de relier Metz à Strasbourg, des mètres linéaires de stores, des panneaux d’exposition jamais sortis de leur emballage, un mini lave-vaisselle, des pneus de voiture quasi neufs et pourtant très anciens, des dizaines de bouteilles de produits périmés, javel, alcool, gel hydroalcoolique, soude, produits vaisselle, vinaigre, des torchons séchant sur les radiateurs, de vieux appareils photos, des livres de mathématique et de physique niveau grandes écoles, mais aucun cadavre.
J’aurais bien tout laissé en plan, repartant en direction de Strasbourg le coffre vide, demandant aux collègues lorrains de trier leur merde avant que le déménageur n’intervienne.
Hélas nous étions contraints par le temps, nous devions libérer les locaux. Alors nous nous sommes coltinés tout le sale boulot et les deux jours de travail se sont transformés en trois journées de pénible labeur.