Le presse citron

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Vous aimez les agrumes ? Je vous file mon presse citron.

Parce que voila, je suis tellement malin que j’ai décidé de réinventer l’appareil. C’est vrai quoi, pour quelle raison utiliserions-nous un ustensile aussi simple quand on peut se compliquer la vie ?

Imaginez donc un bras robotisé doté de caméras, capable de rechercher l’agrume, de le sélectionner en fonction de sa taille, sa qualité, sa maturité, de l’attraper avec ses pinces, de le rincer, oui mais attention, avec de l’eau que la machine aura au préalable purifiée, de lui enlever sa peau – pourquoi faire me direz-vous ? je ne sais pas mais c’était dans le cahier des charges – , de le découper en quartier – cessez de m’interrompre, c’était dans le cahier des charges également -, d’en prendre une photographie – c’est pour imprimer l’étiquette sur le verre – , de l’amener jusque la centrifugeuse, de récupérer le jus, de le verser dans un verre, d’imprimer la photo, de la coller sur le verre et d’envoyer un SMS, twitt, message, mail pour informer la personne qui vient de presser le bouton de machine, que le jus est pressé.

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Ajoutons une balance pour peser le consommateur et un test de glycémie pour évaluer ses besoins nutritifs ainsi qu’une base de données des préférences gustatives avec reconnaissance faciale afin d’adapter la production du jus aux goûts de l’utilisateur. Nous pourrions également analyser sa consommation sur le mois, l’année, ajouter une application connectée sur smartphone pour gérer tout le processus,  qui posterait sur Facebook, Twitter et Instangram une photo de vous en train de boire le jus avec un commentaire du genre “je bois un jus de fruit frais”. Et pourquoi s’arrêter là et ne pas gérer les commandes d’agrumes depuis l’application, afin de ne jamais manquer de rien ? Et puis, puisque le presse agrume est connecté au bras, à la balance, aux caméras, à Internet, pourquoi ne pas faire de lui, quand il ne travaille pas, un système domotique de surveillance de l’habitation ? La balance comme détecteur de mouvement, les caméras comme outils de surveillance, le bras comme lance projectile (réutilisation intelligente des fruits périmés), internet comme système d’avertissement et envoi d’un post sur Facebook, Twitter et Instangram de la photo du cambrioleur alors qu’il se prend une orange avariée dans le visage.

Il y a quelques années, quand ils ont voulu améliorer mon presse citron, j’ai émis quelques réserves quand à la complexité de son successeur. Après des mois de spécifications, d’avant projet, de projet, de réunions, de discussions, de maquettage, ils ont confié sa réalisation à une société privée, jugeant le travail trop complexe en local. Après six mois d’échanges, après la signature des contrats, des conventions, après le choix de la technologie, de l’équipe, la société vient de jeter l’éponge sur le bras balance caméra centrifugeur base de données acide.

Personne de boira de jus d’orange pendant au moins un an, si ce n’est pas deux. Nous aurions pu simplement remplacer l’ustensile en plastique fatigué par un autre tout neuf. Certes il aurait fallu choisir le fruit, le couper en deux et user d’un peu d’huile de coude pour boire un bon verre de jus de fruit frais. Mais faute de bon sens, nous ne boirons que de l’eau pendant des mois.

De la culture du melon

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De juillet à septembre, nous pouvons déguster les délicieux melons de Cavaillon. Ce fruit sucré et juteux est également fragile et pour éviter qu’il ne s’abîme pendant le transport, il est souvent récolté à peine mûr. Accompagné de jambon de Bayonne et de Porto, il peu faire une délicieuse entrée. Nature, il remplace avantageusement un bon dessert.

Mais le melon n’a-t-il que de bonnes vertus ? Hors saison, venu de loin, récolté trop tôt, le Cucumis melo devient une cucurbitacée fadasse qui déçoit par ses arômes et ses saveurs et que l’on peut alors confondre dans l’assiette avec un navet. Le melon, gonflé de son importance, remplit d’eau, à peine mûr, s’imagine être le centre du repas alors qu’il va finir au compost, boudé par les limaces.

A tout prendre, je préfère les poires. Les bonnes poires, sucrées, juteuses. Elles déçoivent rarement et si elles ne brillent pas dans le panier du marché, elles restent mon régal de l’automne. La poire ne triche pas, on s’aperçoit immédiatement si elle est bonne. Le melon lui, derrière son épaisse peau, peut cacher bien des déceptions.

Ces derniers jours, j’ai croisé quantité de melons, de gros melons, ronds, gorgé d’eau, sans saveur, imbus de leur réputation et pourris de l’intérieur. Des melons détestables, à peine aimables, se lamentant au sujet de la récolte pourtant magnifique, se plaignant de la terre, du climat, du soleil, de la pluie, de la sécheresse, du cour des fruits et légumes. A leurs côté, dans le même jardin, poussaient des poires jaunes et goûtues, heureuses d’être là, de rendre service, accueillantes, généreuses. J’ai shooté dans les melons qui ont explosé sous le choc, éparpillant leur pourriture à ronde et j’ai croqué dans les poires juteuses.

Silence ça pousse

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Vous connaissez beaucoup de geeks jardiniers ? Qui imaginerait un seul instant qu’un féru de consoles, d’informatique, de jeux de rôle, de rock progressif, de photographie, d’astronomie travaillant chez les faiseurs de temps puissent également se prendre pour Nicolas le jardinier. Cette activité n’est pourtant pas si éloignée de celle qui use nos yeux devant des écrans, juste qu’elle se passe en plein air.

Le jardinage possède une composante expérimentale évidente. Un potager est un laboratoire à ciel ouvert où la partie peut recommencer après le Game Over, il suffit d’attendre le retour du printemps pour insérer une nouvelle graine dans le sol. Le potager de grand père est résolu : culture hydroponique, en serre, en butte, en rang d’oignon, sur pied, en micro-jardin, tout est possible pour peu que vous y mettiez du vôtre.

Lorsque que nous nous sommes installés dans notre maison il y a une dizaine d’années, il y avait un petit bout de potager au fond du jardin avec des fraisiers mal en point. Pour faire bonne figure, je semais quelques radis la première année. La seconde, je plantais des courgettes et des tomates. La troisième, je bêchais quelques mètres carrés de pelouse et agrandissait la zone cultivable. Salades, tomates, concombres, haricots. Vint le tour des arbres fruitiers, pommier, poirier, figuier et des arbustes, groseilles, cassis, groseilles à macros, framboises. Une serre poussa le temps d’un été, et je commençais la culture en tunnel. Vint le temps des semis et de la récolte des graines. Je récupérais des semences chez un ami breton, panais, pommes de terres rouges, betteraves et enrichissais encore la diversité des cultures.

Je suis passé au 100% bio, ni engrais, ni désherbant, ni traitement. Je ne bêche même plus le sol. De juin à septembre, j’arrache les mauvaises herbes tous les jours en allant remplir le compost. Après deux jours de pluie suivi de soleil le jardin ressemble à une forêt vierge et tout est alors à recommencer. Un jour sans fin.

Il y a trois ans, une gentille pelleteuse fit tomber une grange de vingt mètres de haut dans le potager. Quelques tonnes de gravats et de poussière, un an de démolition et plus de jardin, un immeuble se construisait près de chez nous. Deux années seront nécessaires pour que le potager reprenne forme humaine, que la terre soit nettoyée de la brique, du verre et du métal et que des nouvelles plantations puissent pousser à nouveau.

L’an passé, faute à une stupide chute à vélo, le jardin resta en friche car mes enfants sont des geeks mais pas des jardiniers et que mon épouse avait bien autre chose à faire.

Cette année, j’ai pu reprendre le potager. Je me suis essayé à une culture très dense et aléatoire, mélangeant, maïs, poireaux, courgettes, potimarrons, carottes, salades, melons, haricots et tomates sauvages sur un très petit espace. Certaines associations n’étaient probablement pas judicieuses mais le couvert végétal a permis moins d’arrosage malgré la sécheresse estivale.

Le maïs n’a pas poussé, les courgettes ont bien donné, les haricots assez peu, les potimarrons furent précoces et petits – la faute à une terre trop pauvre (ceux qui ont poussé dans le compost sont énormes mais sont arrivés chez nos voisins) – les tomates foisonnent un peu partout, les poireaux sont rachitiques et les carottes ne mesurent que trois centimètres. Ne parlons pas des minuscules melons qui n’ont aucun goût.

Par chance nous avons des poires, des figues en abondance, des kilos de tomate depuis juillet. Il n’y a plus de courgette, et tant mieux, nous en avons consommé tout l’été en gratin, poêlées, ratatouille, farcies, gâteaux, rien que l’odeur me donne maintenant un haut le cœur.

Le geek jardinier, est celui qui installe sa récolte sur une table, prépare la mise en scène, installe le pied photo et l’appareil, attend la bonne lumière et capture les couleurs de l’été. Sept mois de labeur pour une seule photo représentant quelques fruits qu’il aurait pu acheter à Grand Frais (notez le double sens…) au lieu de s’éreinter à faire pousser des plantes dans une terre ingrate.