L’amour en héritage

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Mon père est décédé il y a quelques années et ses biens, à savoir un peu d’épargne, ont été partagés aux ayants droits, mes trois nièces, mon frère et moi, par un notaire, comme il se doit. C’est avec cet argent que je me suis égoïstement offert un télescope.

À juste raison, mon frère aîné soupçonnait que mon père possédait en plus une assurance vie ou quelque chose d’approchant que le notaire n’avait pas déniché. Il s’est lancé dans de longues et fastidieuses démarches sans plus me donner de nouvelles. C’était en 2023.

Et puis cette année, il m’a envoyé un mail et une procuration à remplir pour lui donner pouvoir afin de récupérer les fonds perdus et les redistribuer. Il y avait bien quelque chose. Un nouveau télescope ? 

Comme j’ai de bons contacts avec mes nièces, je me suis proposé d’être l’intermédiaire pour faire signer la procuration et récupérer les documents nécessaires auprès d’elles. Rien de bien sorcier. 

Mais l’une d’elle a lu les documents plus en profondeur, découvrant que mon frère avait déjà touché le reliquat de l’héritage en totalité depuis plusieurs mois et que la  Caisse des Dépôts et Consignations lui demandaient maintenant des comptes concernant les autres héritiers. Oups ! Quelqu’un avait merdé et mon frère s’était bien gardé de nous avertir.

Bon, la somme était inférieure à mille euros, à partager en quatre parts. Pas de quoi s’offrir ne serait-ce qu’un oculaire de lunette astro. Mais tout de même. C’était gonflé de sa part. Il gardait le pécule depuis plusieurs mois sans en avoir averti qui que ce soit, jusqu’à que la Caisse des Dépôts et Consignations ne lui demande des comptes.

Du coup, c’est moi qui lui ai demandé des comptes, les récépissés et la provenance de ces comptes. Puis j’ai récupéré auprès de mes nièces les papiers nécessaires à l’établissement de cette fameuse procuration et je lui ai tout envoyé.

Et puis, plus rien. 

Je l’ai contacté pour lui fournir également nos RIBs, afin qu’il nous verse les sommes dues, et là, il m’a répondu qu’il attendrait un récapitulatif de la Caisse des Dépôts et Consignations pour nous virer l’argent.

J’ai patienté sagement deux mois et étant donné que je ne voyais rien venir, j’ai envoyé un message à la Caisse des Dépôts et Consignations. 

Pour eux le dossier était clos. Ils avaient reçu les documents, l’argent avait été versé, ce n’était plus de leur ressort. 

Fort de cette réponse, j’ai contacté mon frère, lui mettant en copie la réponse de la Caisse des Dépôts et Consignation avec en pièce jointes nos iBan.  Le lendemain l’argent était miraculeusement versée et deux jours plus tard, il nous envoyait à tous la même lettre récapitulant les montants versés, les documents qu’il a en sa possession sur notre père, ses recherches généalogiques, l’emplacement du caveau familial et se terminant par cette phrase définitive : « Enfin… il y a de réponses possibles que lorsque les questions sont posées ! » Roulements de tambours.

Ne croyez pas que je l’ai fait pour l’argent, les deux cent treize euros et vingt centimes ne valaient pas toute l’énergie dépensée pour les récupérer. Il s’agissait juste une question de principe.

Héritage ? Mon cul !

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Personne n’est décédé dans ma famille rassurez-vous, l’héritage en question concerne soit disant une série télé.

Il y a presque vingt ans de ça le personnage de Jack Bauer arrivait sur le petit écran, révolutionnant quelque peu le genre. La série télé n’était plus une excuse pour caser des spots de pub et gagnait ses premières lettres de noblesse.

Qui n’a pas vu la série 24 heures chrono à l’époque avec ce gars toujours en train de courir et qui n’a pas une minute pour son épouse ? 

COVID-19 oblige, les médiathèques sont fermées, lieu quasi inépuisable d’approvisionnement de notre couple en distraction du soir… mince cette phrase risque d’être mal interprétée. Bon, passons. Donc faute de médiathèque, dès que le 11 mai, les portes des commerces non essentiels à la survie ont rouvert, ma chérie est partie en quête d’une série quand moi je courrais chez mon libraire.

Ma femme est revenue avec une série récente, en Blu-ray, une série appelée 24 Legacy. Je suis revenu avec trois bouquins.

Le seul héritage que j’ai trouvé pour l’instant, c’est ce chrono horripilant qui nous fait croire que nous vivons en temps réel les évènements.

Le casting est calamiteux. Notre héro, un ex soldat commando possède une tête de boxeur catcheur alors que son frangin, le trafiquant de drogue, possède le look du parfait héros. La femme du frère qui l’a quitté pour son frère donne l’impression de pleurnicher tout le temps est à baffer. En plus tout ce petit monde est… noir… mon dieu ! Des noirs… Ok j’arrête c’est mal.

Bien entendu, la série est américaine, donc les noirs trafiquent de la drogue ou travaillent pour l’armée… Les terroristes sont islamises et les blancs, les blancs sont les victimes et les décideurs. Et les cons ? Les cons sont américains, et vraiment très cons.

Nous nous sommes ennuyés dès le premier épisode. Il y en avait douze dans la saison une, douze heures pleines de noirs. Et le blanc chef de la sécurité c’est le Flash ridicule au casque à ailettes. Sans parler de la femme du sénateur qui jouait la nièce du roi du Rohan dans le Seigneur des Anneaux et qui a pris un petit coup de vieux.

Quand d’ordinaire ce genre de désamour se produit, nous passons à la série suivante sur la pile. Sauf que cette fois, sur la pile, il n’y a que les deux autres Blu-ray de la série… Alors on continue en espaçant de plus en plus les épisodes. Car nous n’y croyons pas du tout à leur histoire de cellules dormantes et de paranoïa à l’américaine. Nous sommes en pleine pandémie, tout le monde a oublié ou se fout du terrorisme.