Le mur

Image

Entre Berlin Est et Berlin Ouest se dressait le mur de la honte, coupant une ville en deux. En une nuit, des familles furent isolées, des couples séparés pendant vingt-huit longues années. Le 9 novembre 1989, le mur est tombé, précipitant le bloc de l’est dans sa chute.

En 2006, les américains commençaient la construction d’un mur entre le Mexique et la Californie et leTexas. Cette frontière artificielle atteignait 727 km en 2021, empêchant les migrants d’entrer aux États-Unis.

Le 18 août 2026, un nouveau mur s’est dressé entre le nord et le sud, entre notre jardin et nos voisins. Un mur de quinze mètres de long et de deux mètres de haut. Le mur du silence et de l’intimité.

Parce que lorsque vous êtes dans votre jardin, vous n’avez pas forcément envie d’admirer vos voisins ventripotents en slip sur leur balcon, de fumer avec eux, d’écouter leur musique et de participer à leurs conversations téléphoniques.

Il aura fallu du temps pour faire aboutir le projet. Nous avions déjà un muret en brique de hauteur variable en assez mauvais état. Alors nous avons commencé par surélever le mur avec une palissade en osier. Ensuite nous avons planté des arbustes et enfin nous nous sommes posés la question de surélever le mur.

Mais voilà, nous habitons à proximité d’un bâtiment classé et du coup nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons. Nous avons fait passer cinq entreprises et reçu seulement deux devis allant du simple au double pour les mêmes travaux.

Mais le constat était le même dans tous les cas. Il fallait démolir pour reconstruire. Il a fallu demander une autorisation de travaux et de démolition, un parcours administratif kafkaïen avec en prime les contraintes absurdes des Architectes de France. Notre maison est bleue, le mur doit être beige avec une couvertine débordante en pierre. Bonjour les mélanges.

Enfin, pour réaliser les travaux, il nous fallait l’accord de nos voisins, car le chantier ne pouvait se faire que de chez eux. Demander à ses voisins l’autorisation de les déranger pour ne plus voir leurs trombines, c’est gonflé. Mais finalement, c’est ce qui a été le plus simple à faire.

Contre toute attente, une fois le devis signé et l’acompte versé, tout a été très vite. Après une semaine de travaux, un mur de deux mètres de haut se dressait entre le nord et le sud. Il ne manquait plus que des barbelés et des miradors.

Ce mur me fait un peu honte, il révèle toute l’étendue de mes échecs répétés de cohabitation avec les voisins. Mais j’avoue que cela fait du bien de boire son café sur la terrasse sans être observé et d’entendre un peu moins les bruits du voisinage et de la route.

J’attends donc avec impatience l’invention du champ d’occultation qui isolera totalement notre maison sous une cloche translucide et opaque aux bruits. Mais je crois qu’il faudra que je patiente encore quelques années avant que l’invention ne soit commercialisée.

Gadaboue !

Image

Aujourd’hui je suis allé arpenter les rayons d’une boutique de sport. 

J’avais besoin d’un garde-boue pour mon vélo. En fait, ça c’était l’excuse pour rentrer dans le magasin. Ce qui m’intéressait se trouvait au rayon chasse.

J’ai beau utiliser une focale de 1000 mm, les oiseaux sont toujours effarouchés à mon approche. J’avance pourtant prudemment, à couvert, dans les ronces et les orties, les pieds dans l’eau, jusqu’au moment où presque au but, l’échassier s’envole, semant la panique parmi ses congénères. Les oiseaux me voient avant que je ne les débusque, je suis un très mauvais chasseur. 

Pieds trempés, vêtements déchirés, je rentre à la maison bredouille, avec pas une seule bestiole à me mettre sous Lightroom. Et moi qui rêve de capturer un martin pêcheur en plein vol. 

Je connais d’excellents spots pas loin de la maison pour les observer pourtant.

Mon équipement est sans doute la cause de ces échecs répétés. Une paire de basquettes vertes fluo, un jean délavé bleu clair, une veste rouge vif et un galurin beige, peut-être que les oiseaux ne goûtent pas mes assortiments de couleurs. Alors j’ai décider d’y remédier.

Honteux, avec mon garde-boue, je me suis rendu dans l’allée réservée aux pêcheurs de Nessy et chasseurs de dahus, dans le magasin de sport. 

Pourquoi honteux ? Parce que je ne goûte guère les plaisirs de la chasse et encore moins ceux qui la pratique par plaisir. Mais dans ce rayon, vous trouverez tout l’équipement pour approcher vos proies sans les effaroucher et les tuer sans état d’âme. Bottes, gants, chapeaux, pantalons, vestes de camouflage, il y a tout pour se déguiser en petit soldat.

Une année durant j’ai porté ce genre de déguisement au service de sa majesté et je n’en suis pas très fier. Mais voilà, il y a un prix à payer pour approcher les volatiles, celui de la honte.

Me voilà habillé de pied en cape, couleur kaki, avec des poches partout, une casquette ridicule, un filet de camouflage, tout ça pour peut-être réaliser un jour une photo prise des milliers de fois par d’autres gugusses. Par contre le garde-boue n’est pas adapté à la taille du vélo, contrairement au pantalon et à la veste.

Ma femme s’est moquée de moi lorsqu’un dimanche matin je suis parti à la chasse. Treillis, Rangers, casquette, sac à doc, bazooka de 500, j’ai arpenté la réserve de Rorschollen à Strasbourg, à la recherche d’oiseaux de tout poils. Les échassiers farouches ont été tout aussi surpris que moi de nos rencontres à quelques mètres sans que j’arrive pour autant à faire la moindre photo exploitable. Mais je ne suis pas rentré bredouille, car la belle réserve borde la magnifique usine d’incinération de notre belle ville et j’ai capturé cette image devenue virale sur Flickr, enfin virale, je veux dire qu’elle fait partie maintenant de mon top trois des images les plus vues et aimées sur mon compte.

Goodbye blue sky