Ancestors – Suspended in Reflections

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un groupe qui n’est plus. Il s’est éteint en 2019, un an après avoir sorti Suspended in Reflections, son dernier album que j’ai découvert par hasard.

Ancestors est né à Los Angeles sous forme d’un trio en 2006 qui est devenu plus tard quintet et qui a composé quatre albums et un EP en douze années d’existence. Leur musique a exploré les univers du rock progressif, du psychédélique, du doom, du stoner voire même de l’expérimental et du jazz comme dans le morceau ‘Release’.

Suspended in Reflections est un petit album de six titres qui dure moins de quarante minutes et je ne vous cache pas que c’est trop peu. Trop peu parce que j’aime beaucoup leur univers.

Ancestors propose ici une musique confortable et mélancolique où les références au rock progressif sont omniprésentes. D’accord, de temps en temps, c’est un peu torturé quand même, sinon ça ne serait pas drôle, comme dans le titre final ‘The Warm Glow’, mais comparé au dernier album que je vous ai présenté mardi dernier, Suspended in Reflections est une promenade de santé.

La production est vraiment le gros défaut de cet album. Le son manque cruellement de dynamique et possède un côté noisy pas très recolleur. Les guitares ressortent bien mais tout le reste semble noyé dans le smog londonien.

Je pourrais reprocher également à Ancestors de manquer de personnalité, c’est d’ailleurs peut-être ce qui à sonné le glas de la carrière du groupe. La musique post-rock, doom, progressive, jazzy peine à trouver sa propre identité. Ceci posé, Suspended in Reflections est un album très agréable à écouter même s’il n’est pas révolutionnaire.

J’aime tout particulièrement ‘Into The Fall’ qui joue du violon et violoncelle sur une écriture post-rock et ‘Lying To The Grass’ qui débute sur du champ vocodé. Deux morceaux qui sortent clairement du lot sur cet album.

Après avoir écouté Suspended in Reflections, je me suis penché sur In Dreams and Time sorti six ans plus tôt, et j’ai été assez déçu. Les albums n’ont pas grand-chose de commun entre eux et on se demande même s’il s’agit du même groupe qui joue.

Que dire d’autre ? Pas grand-chose, Suspended in Reflections m’a bien plus et je vous y conseille d’y jeter une oreille ou deux à l’occasion.

Demain soir, je serai au Grillen à Colmar pour écouter Iotunn, In Vain et Nephylim, un concert à ne pas manquer.

The Aesthetic Voyager – Selfless

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Revenons en 2025 si vous le voulez bien même si 2026 s’annonce bien chargée.

Je suis tombé sur un trio allemand pas franchement connu en parcourant les achats de Gerlinde Roth que je suis sur Bandcamp. Il s’agit du groupe The Aesthetic Voyager né en 2013 et qui sortait en mai dernier son troisième album, Selfless.

Selfless ce sont huit titres de trois à six minutes pour moins de trois quarts d’heure dans la lignée de Porcupine Tree, The Pineapple Thief, The Urbane et même de Marillion. Du rock alternatif mâtiné de post-rock et de prog.

Il est évident que la pochette aurait dû attirer mon regard. Elle représente un astronaute en EVA tournant le dos à ce qui pourrait être la planète Mars. Difficile de faire plus accrocheur pour quelqu’un comme moi.

Mais en réalité, c’est le premier morceau, ‘The Holdout’ qui m’a donné envie de vous parler de l’album Selfless. Un titre qui commence sur un texte déclamé accompagné de quelques notes de guitare et qui se poursuit plus nerveusement en mode alternatif pour se terminer sur une écriture très progressive aux claviers vintages. Et tout ça en moins de cinq minutes.

Le ton de l’album est donné. Quelque chose entre Porcupine Tree et The Pineapple Thief.

Mais pourquoi vous ai-je parlé de Marillion alors ? La réponse se trouve dans l’instrumental ‘Moon Halo’. J’y retrouve quelque chose du titre ‘Lavender’ de l’album Misplaced Childhood. Mais je l’avoue, c’est un peu tiré par les cheveux.

Pour The Urbane (un projet de John Mitchell) écoutez le titre ‘Medecine’ par exemple. Une pièce rythmée au format radio, limite pop/rock, qui ne s’embarrasse pas de fioritures du prog ou du rock alternatif pour délivrer son message.

Mais je vous parlais également de post-rock au début. Vous allez pouvoir en entendre des éléments dans le troisième morceau, ‘Of Wonders and Horrors’ même si le titre est chanté.

Les seules informations que j’ai trouvé pour décrire cet album, ce sont deux  phrases lacunaires présentent sur le site du groupe : « L’album vous emmène dans un voyage au cœur du dépassement, des crises et de la découverte de soi. « , « Des titres qui explorent les différentes facettes de l’angoisse existentielle et de l’espoir retrouvé. ».

Selfless n’est sans doute pas l’album du siècle mais c’est une jolie découverte et je serai heureux de voir le trio en action sur scène s’ils ne passent pas trop loin de la maison.

Suffocate for fuck sake – to rest in the trust, creates the world

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Alors que je m’apprêtais à vous parler d’un album de plus d’une heure sur lequel je n’ai toujours pas encore trouvé mes marques, je suis tombé sur to rest in the trust, that creates the world, un titre d’une vingtaine de minutes composé par le groupe suédois Suffocate for fuck sake et conseillé par Alice.

La formation donne dans le post-rock hardcore cinématique depuis 2004 avec quatre sorties à son actif en plus de ce titre. Une musique écrite un peu à la manière de Sigur Ros ou de Cult of Luna si vous connaissez, mais en nettement plus accessible d’après moi.

En vingt minutes, vous allez entendre énormément de matériel sonore très contrasté, du scream, du chant clair, un texte de la poétesse Karin Boye, du post-rock, du piano, des chœurs, bref tout plein de belles choses.

Pour la petite histoire, j’ai découvert, en préparant cette chronique, que j’avais lu un roman de Karin Boye, le fameux Kallocaïne, écrit peu avant qu’elle ne se suicide en 1941. Un livre incroyable, sorte de chainon manquant entre Fahrenheit 451, Le meilleur des mondes et 1984. Si cela vous intéresse, je vous renvoie à mon billet de blog à son sujet.

‘to rest in the trust, that creates the world’ débute sur quelques notes paisibles de piano. Oui, c’est un truc qui marche toujours avec moi, j’ai été conditionné par mon épouse. Une guitare électro-acoustique se superpose au piano pour rapidement prendre une forme post-rock sur lequel le scream explose au bout de deux minutes.

La tempête passe et un chant clair, haut et fragile s’installe sur un post psychédélique incantatoire où le scream revient à nouveau. La voix de Karin Boye arrive alors pour un premier extrait en islandais : “Oui, ça fait vraiment mal quand les bourgeons éclatent. Sinon, pourquoi le printemps hésiterait-il ?”…

Après un second extrait de son texte et une courte digression au piano, le titre vire au post-métal hurlé histoire de ne pas s’endormir sur ses lauriers. Mais rassurez-vous, deux minutes avant la fin, le monstre se calme enfin avec du chant clair et un troisième extrait qui pourrait être traduit ainsi : “Tout peut être brisé. Tout guérira, tant qu’il est vivant, notre germe le plus profond.”.

Je dois reconnaître que ce mélange des genres est pour le moins déroutant, scream, chant clair, poésie, post-rock, cinématique… Mais force est de constater que cela fonctionne à merveille pour peu que vous ayez un zeste d’ouverture musicale.

Je trouve ce titre absolument génial et nettement plus digeste que ce que j’avais initialement programmé. Je suis juste frustré de ne pas en avoir plus à écouter ce qui m’a donné envie d’explorer la discographie des suédois.

J’ai commencé avec l’album Fyra sorti en 2021 et de ce que j’ai déjà écouté, je ne peux que vous recommander chaudement d’aller explorer la discographie de Suffocate for fuck sake.

Pothamus – Abur

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Dans ma liste de courses, j’avais noté le groupe de post-metal belge Pothamus et son nouvel album Abur. Alice l’avait encensé et Alias en pensait du bien sans parler des extraits qui m’avaient séduits. 

Donc après m’être endormi sur Steven Wilson, je me suis dit, pourquoi ne pas tenter un post-metal mystiquo shamanique. 

Abur compte six morceaux très homogènes de trois à quinze minutes pour un peu plus de trois quart d’heure de transe. En fait, en guise de post-métal, Abur propose un shoegaze doom psychédélique. Une musique relativement lente, complètement fumée, ponctuée de scream et de transes au chant clair sur une batterie plus proche des percussions que de la double pédale.

Au début, je me suis demandé si j’accrocherais pendant les quarante sept minutes que durent l’album ou si le titre d’un quart d’heure n’aurait pas raison de ma patience. Après trois écoutes consécutives, je ne me posais plus la question.

Bonheur suprême, le groupe passait en Allemagne, non loin de Strasbourg au mois d’avril. Du coup j’ai eu l’occasion de les écouter le live et d’acheter l’édition vinyle et tant qu’à faire, un tee shirt. Un très beau vinyle accompagné d’un poster au format A2 sur lequel sont imprimées les paroles de l’album.

Abur est un album atypique que je ne recommanderais pas forcément à tout le monde. Ma femme classe la musique de Pothamus dans les trucs horribles que j’écoute tout le temps. Mon chat lui, reste sur mes genoux, même pas inquiet. Alors qui croire ? Bon, le chat avait peut-être faim.

‘Ravus’, qui dure près de six minutes,  superpose des claviers cinématiques sur des tam-tam indiens, des cris, des chants évanescents et de la batterie métal. Ce mélange improbable, assez répétitif, même s’il est en constante évolution, vous  entraîne dans un trip sous acides sans vous prévenir.

Le court ‘De-Varium’ s’ouvre sur les sons d’un instrument indien appelé shruti box et des chants incantatoires avec pour simple rythmique les notes d’une guitare. 

Un bref interlude qui laisse place à ‘Svartuum Abur’, un morceau de huit minutes, mystiquo métal des plus inquiétant.

Quant au titre album qui conclut le vinyle, il durcit clairement le ton après une première partie relativement planante. Disons qu’il y a un passage hurlé torturé qui fait froid dans le dos.

Les paroles des morceaux sont à l’image de la musique, complètement fumées, un concept album. Un mélange de quête de la connaissance, de philosophie, d’ésotérisme, de champignons hallucinogènes et de paillasson fumé. Pas vraiment ma tasse de thé à priori, sauf peut-être en musique.

N’hésitez pas à aller découvrir cet album sur Bandcamp, il fait partie de mes rares coups de cœur 2025.

ANASAZI – UNIVERSE 25

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Je viens de bousculer ma programmation musicale 2025 pour vous parler du dernier album d’ANASAZI. Oui, j’ai bien écrit ANASAZI en majuscules, car pour la première fois le groupe Grenoblois écrit son nom en capitales.

Et ce n’est pas la seule première.

UNIVERSE 25 est aussi un album sans paroles, quarante-sept minutes cent pour cent instrumentales, du jamais vu jusqu’à ce jour.

Je ne m’attendais vraiment pas à ça. Je ne vous cache pas que j’ai été surpris, voire tout d’abord déçu.

Je connais le groupe depuis près de vingt ans. J’ai suivi leur carrière et écouté tous leurs albums, d’ailleurs certains tournent en boucle régulièrement à la maison comme playing ordinary people, et ce, depuis The Principles Of (Hate). Toutefois, arrivé à la fin du septième morceau de Universe 25, j’avais totalement changé d’avis.

Je venais d’écouter un album instrumental, post-rock, pendant lequel je ne m’étais pas ennuyé une seule seconde, ce qui est suffisamment rare pour être souligné.

Tout d’abord, j’ai retrouvé l’univers sonore d’ANASAZI (décidément je ne m’y ferai pas avec les majuscules), les guitares de Mathieu et la batterie d’Anthony sans parler de l’orgue joué par Tristan. J’ai retrouvé la rage et la douceur des paroles de Mathieu dans ses notes de guitares électriques et acoustiques.

Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de parole qu’une musique ne raconte rien. D’ailleurs chaque pièce possède son histoire : des inspirations de films (Ghost Story, Into The Wild’), une expérience scientifique (Universe 25), des sessions de jam, dls titres sont la continuation logique du morceau ‘once dead’ écrit pour l’album ask the dust sorti en 2018.

Les morceaux sont variés, libérés des multiples influences qui ont fait grandir le groupe. On retrouve bien entendu le jeu de guitares d’anasazi, ces délicates mélodies acoustiques qui rencontrent de lourds riffs sur le jeu des sticks du batteur de Collapse.

Je ne vais pas vous décortiquer tous les morceaux, mais simplement jeter un coup de projecteur très subjectif sur trois d’entre eux, afin de vous donner un aperçu de cet album :

Le titre ‘UNIVERSE 25’, qui donne son nom à l’album, est, un must, d’une part, par sa durée, presque dix minutes, ensuite par l’atmosphère qu’il construit. Il me fait beaucoup songer au travail du groupe suisse Ticket To The Moon dont je vous ai parlé à de nombreuses reprises. Le morceau parle d’une expérience réalisée sur des rats en rapport avec les liens sociaux et la surpopulation. Une expérience qui fait froid dans le dos avec nos huit milliards d’habitants si ses conclusions pouvaient être rapportées à l’homme.

Le morceau le plus lent de l’album s’intitule ‘The Rite’. On n’est pas loin d’une écriture incantatoire que l’on retrouve chez quelques groupes de la mouvance psychédélique. Mais ne vous fiez pas aux cinq premières minutes, la pièce prend un virage métal expérimental tourmenté quand arrive le rite.

Sur le dernier morceau ‘Start Anew’, Mathieu se lâche nettement plus à la guitare. D’ordinaire, il confiait quelques soli à Tristan, cette fois, c’est lui qui s’y attelle avec brio. Une pièce dans laquelle l’orgue joué par Tristan Klein rencontre les guitares de Mathieu sur la batterie posée d’Anthony. Mais soudain, à partir de la troisième minute, tout bascule, la guitare livre une explosion de riffs suivie d’un long solo éblouissant.

Je me rends bien compte que je n’ai jamais dit du mal d’un album d’anasazi depuis leur début. Je ne suis pas du tout objectif lorsque je parle de ce groupe, d’ailleurs, je ne suis jamais vraiment objectif lorsque je parle de musique. N’empêche, encore une fois les grenoblois m’enthousiasme comme rarement, surtout avec un album instrumental, genre que je ne prise pas particulièrement.

Universe 25 mérite un pressage vinyle, au minimum une édition CD, afin qu’il ne disparaisse pas au fil des mois dans ma grande collection digitale.

Je vous le recommande donc chaudement, et qui sait, avec un peu de chance, si vous êtes nombreux à encourager le groupe, peut-être verrons-nous sortir un jour une édition physique de ce très bel album.

Oh Hiroshima – All Things Shining

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Cette chronique n’était pas prévue à mon planning. J’avais déjà survolé l’album All Things Shining du groupe Oh Hiroshima sans grande conviction à sa sortie fin juin et j’étais passé à autre chose. Mais comme j’ai eu l’occasion de les écouter en live le onze décembre à Karlsruhe, je me suis dit, pourquoi ne pas donner une nouvelle chance à leur dernier album.

Cette fois je me suis posé, j’ai fermé les yeux et je suis rentré dedans pour de bon. Je connais le groupe depuis l’album Myriad en 2022, un disque que je n’avais pas chroniqué non plus à l’époque.

Oh Hiroshima fait du post-rock shoegaze chanté. Un quatuor en live où le chanteur est quasiment invisible alors qu’en studio, il prend nettement plus de place.

All Things Shining est un album de trois quart d’heure contenant huit pistes dont deux de plus de sept minutes.

Disons le tout de go, sa production laisse à désirer et c’est bien regrettable car l’écriture du groupe suédois est toute en subtilité. Contrairement à la version live, leur musique studio s’enrichit d’instruments à cordes, de cuivres et de voix féminines. En outre, le chant est nettement plus lisible que le yaourt à peine esquissé lors du concert à Karlsruhe. Un meilleur enregistrement aurait pu mettre tout cela nettement mieux en valeur.

Oh Hiroshima joue du post-rock à la forme assez classique comme dans le titre ‘Memorabilia’ qui clôture l’album. Attention, je dis classique, mais il s’agit d’un  post-rock avec une sacrée dynamique et sur lequel on ne s’endort jamais.

Mais il y a des titres qui sortent clairement du mood post-rock. ‘Deluge’ par exemple me fait beaucoup songer aux premières expérimentations de Radiohead quand ‘Swans In Field’ se rapproche pas mal de ce qu’écrivent les islandais de Solstafir, mais sans la voix écorchée. 

Et que dire de cette trompette qui hante le second morceau ‘Holiness Movement’ où une basse semble écrire à elle seule la fin de la pièce ?

Je n’ai pas vraiment plus à ajouter sur All Things Shining sorti du fait que je suis très heureux de m’être penché à nouveau dessus après le concert. Finalement je regrette de ne pas avoir acheté le vinyle comme Seb d’autant que sa pochette est vraiment magnifique.

Allez l’écouter, vous pouvez le découvrir sur Bandcamp et au passage jetez une oreille à Myriad sorti deux ans plus tôt.