ET wants fresh air

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Le mercure dépassait les quarante degrés à l’ombre. Nous suffoquions dans notre maison brulante et le stock de glace était épuisé.

Alors j’ai proposé à mon épouse de l’emmener au cinéma l’après-midi. Car les salles obscures disposent de la climatisation et vendent des glaces.

J’avoue que je n’avais pas mis les pieds au cinéma depuis Dune 2, oui quand même. La faute aux plateformes de streaming et surtout à ma flemme légendaire.

Donc nous voilà installés en amoureux dans une petite salle bien fraîche où tous les petits vieux s’étaient donnés rendez-vous pour renouer avec leur enfance, à savoir le dernier film de Steven Spielberg, Disclosure Day.

J’avais entendu tout et n’importe quoi sur le film, mais sincèrement, je ne m’attendais pas à ça. Quelle fraîcheur, quel confort, quel calme malgré le truc débile qui passait à l’écran. Il n’y aurait pas eu la climatisation, nous serions certainement partis au bout d’un quart d’heure.

Où étaient donc passés les rêves de Spielberg ? A la place nous avons eu des acteurs mal dirigés dans une intrigue paranoïaque complotiste américaine avec des grosses voitures noires. Effets spéciaux, courses poursuites, men in black, bonnes soeurs, Roswell, artefacts aliens ridicules, match de catch, motels minables sans parler de Blanche Neige et les Sept Nains, le film coche toutes les cases des clichés auxquels il faut ajouter le message qu’un réalisateur gâteux tente de faire passer.

Les trois premiers quarts du film furent une torture à vingt-cinq degrés, c’est à dire tout à fait acceptable en fermant les yeux. Après ça – le film dure quand même deux heures et vingt-cinq minutes – vient la grande révélation qui a le mérite de raconter quelque chose. Mais cela ne dure pas longtemps et le final est assez pathétique.

Nous sommes sortis reposé après presque trois heures passées au frais. Reposés mais pas franchement enthousiastes. Lors de la prochaine canicule, il s’agira de choisir un bon film tant qu’a faire.

Une Anneke caniculaire

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Anneke van Giersbergen

Le thermomètre affiche 27 degrés centigrades dans le salon. Vautré sur le canapé vert bouteille, je patiente jusqu’au coucher du soleil, lorsque le mercure descendra sous le seuil raisonnablement tolérable des trente degrés. La platine joue l’intégrale des albums d’Anneke pendant que je lis Infinités de Vandana Singh.

Nous subissons la seconde vague de canicule de l’été. Cette fois elle devrait durer au moins dix jours, dix jours à plus de trente degrés centigrades, enfermés derrière des volets clos, déshydraté malgré toute l’eau bue, comateux, dormant en pointillés, allongé sur le parquet inconfortable du rez-de-chaussée.

Je viens d’un pays où 25 degrés semblaient une chaleur insupportable et où après deux journées de soleil, la pluie, le vent et les nuages revenaient en force.

Cet hiver, les minimales sont à peine descendues sous la barre du zéro. Pas de neige, pas de lac gelé, pas de bise glacée du nord-est. J’ai à peine allumé le chauffage et les végétaux n’auront eu qu’une trop courte dormance pour résister cette année.

Les conséquences du réchauffement climatique sont déjà perceptibles et cela ne fait que commencer à moins que ce ne soit qu’un épi phénomène et que mère nature va bientôt tout remettre en ordre. Un RAZ comme dans la nouvelle « Ecoute ! » dit l’oiseau-tipi.

Je pourrais creuser une piscine et plonger dedans pour aggraver la pénurie en eau. Je pourrais installer une climatisation et vivre à 20 degrés afin d’augmenter le réchauffement climatique. Je pourrais partir découvrir la banquise et les derniers ours polaires histoire de me rafraîchir les idées, ramener de belles images et augmenter la concentration en CO2 dans l’atmosphère au passage.

Mais non, je suis sur mon canapé vert anglais, tournant les pages de Infinités en écoutant Symphonized, me demandant quand est-ce que la température commencera à baisser, rêvant de retourner vivre en Bretagne alors que mon épouse pense à Aix en Provence.

L’usage de ventilateurs est déconseillé pour éviter de faire circuler le virus. Le port du masque est devenu obligatoire dans les espaces publics, bientôt ils vont nous annoncer que l’eau du réseau peut transmettre la maladie et qu’il faut éviter les douches et boire l’eau du robinet. 

Pour ce qui est du ventilateur, de toute façon, le son des palles brassant l’air poisseux gâcherait la délicieuse voix d’Anneke sublimée dans Let the Light In, son dernier live symphonique, hélas uniquement disponible pour l’instant qu’en digital. Alors pas de ventilo, quitte à mourir de chaud, la musique est plus importante que la souffrance.

Le soleil va tourner au sud-ouest, m’obligeant à fermer les derniers volets encore ouverts. Je ne pourrais plus lire faute de lumière mais il me reste Vuur, Verloren Verleden et Drive à écouter. Et puis l’obscurité convient parfaitement à mon mal de tête, car le manque de sommeil conjugué à la chaleur et la déshydratation sont un terreau favorable à mes épouvantables migraines hebdomadaires.

Ce soir, lorsque le soleil se couchera, que la température plongera sous les trente degrés, lorsque j’aurai écouté tous les albums d’Anneke, ceux d’Ayreon et de The Gathering compris, j’abandonnerai ma lecture pour aller écouter le live de PI au jardin des deux rives, eux aussi jouent du métal progressif mais sans chanteuse.