I Will Survive

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J’ai percé des trous dans du placo, fixé une buttée de porte, changé une serrure, jeté du sel sur la neige, fabriqué des rondelles sur mesure, réparé des distributeurs de serviettes, installé un tableau blanc, posé des plaques au plafond, relevé le kilométrage des voitures, sali mon pantalon, lavé mes mains de nombreuses fois, enfilé une blouse bleue de travail, monté et descendu les marches de notre navire, parcouru ses coursives, donné des ampoules, du papier, des crayons… bref j’ai travaillé.

Étrange pourtant le regard que me porte certains collègues tout de même. Cela les gène de me voir en bleu de travail, chaussures de sécurité aux pieds, avec ma caisse à outils rouge, en train de démonter une poignée. Certains ricanent, d’autres m’évitent. 

Je suis le catégorie B+ qui a pris un travail de catégorie C pour sauver sa peau. (Traduction: j’ai troqué un poste BAC +2 pour emploi de CAP parce qu’on fermait mon poste). Quelques uns disent que j’ai fait un choix intelligent, d’autres se moquent. Ceux qui me voyaient comme un intello geek sont déroutés. Pourtant, ne suis-je pas le même ? L’habit ne fait pas le moine que je sache. Ce n’est pas parce que j’ai dû renoncer à un poste technique pour un travail non qualifié que je suis devenu une bûche si ? 

Je peux toujours donner des leçons de HTML, PHP, SQL, Java, algorithmie, analyse UML si on me le demande gentiment. Certes en bleu de travail, tournevis à la main, je semble moins prestigieux que devant quatre écrans 23 pouces, en train d’administrer un serveur WEB. Mais bon avais-je vraiment le choix ?

Il est vrai que nous vivons une drôle d’époque. Plus d’un tiers de l’équipage du navire devra changer d’affectation d’ici deux ans voire même quitter le navire. Les tensions son palpables et chacun essaye de trouver une place dans les canots de sauvetage, sauve qui peut, les femmes et les enfants d’abord, ben non justement…

Moi je suis devenu l’homme à tout faire de cette croisière transatlantique de luxe, un plombier électricien bricolo payé 2600 € net d’impôts. A ce prix là, je veux bien déboucher les toilettes, d’ailleurs je le fais.

Mais quand l’état demande aux fonctionnaires de peser moins dans les dépenses publiques, employer un chef technicien climatologue et informaticien à déboucher des chiottes, est-ce bien raisonnable, surtout avec l’argent du contribuable qui bloque les ronds points en gilet jaune ? Traverse la rue qu’il disait. Ben c’est fait.

Logiciels

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Je m’énerve souvent contre les systèmes d’exploitations, les mises à jour et les logiciels, car j’ai un lourd passé d’administrateur et de programmeur.

Dans l’administration, pour de nombreuses raisons, nous sous-traitons le développement du software à des sociétés externes et à chaque fois que je découvre une de ces merveilles, je m’étonne que l’on puisse encore travailler avec les outils que l’on nous a livré.

Pour la petite histoire, hier mon nouveau chef, me fait une rapide formation, sur son ordinateur, du logiciel que je vais utiliser quotidiennement pour mon travail. Pour ce faire, il utilise le compte d’un collègue pour se connecter dessus, car lui-même n’en a pas. Nous faisons quelques manipulations, jusqu’à ce que j’intègre les principales fonctionnalités de la chose.

Le même jour, je reçois par mail, un mot de passe provisoire pour accéder à l’outil. Ni une ni deux, je lance l’application sur mon PC, qui, comme il se doit, refuse de démarrer. Rien de grave, ce n’était qu’une affaire de cloisonnement réseau, et une fois le port TCP débloqué, la merveille s’affiche. Encore fallait-il le savoir. Premier ticket d’assistance informatique.

Je me logue, change mon mot de passe en une version plus sécurisée, me déconnecte et relance l’application. Nom d’utilisateur, mot de passe, un échec, deux échecs, trois échec, mon compte est bloqué. Génial. Je vais boire une tasse de café, demander la génération d’un nouveau mot de passe provisoire et recommencer. Second ticket d’assistance informatique.

Je me logue, tente changer mon mot de passe en une version plus sécurisée, en faisant cette fois pas d’erreur de saisie, mais là, l’outil m’annonce que ce mot de passe a déjà été utilisé ultérieurement et qu’il faut que j’en change. Déjà utilisé ultérieurement ? J’aurai donc commis cinq fois la même erreur de saisie ? Improbable. Mais bon… Troisième ticket d’assistance informatique.

Je me logue, change mon mot de passe en une nouvelle version plus sécurisée, me déconnecte et relance l’application. Nom d’utilisateur, nouveau mot de passe, un échec, deux échecs, trois échec, mon compte est bloqué. Voila qui commence à me taper sur le système. Je vais boire une nouvelle tasse de café, demander la génération d’un nouveau mot de passe provisoire avec quelques explications et recommencer. Quatrième ticket d’assistance informatique.

Le gars au téléphone ne comprend pas, moi par contre je commence à cerner le problème. Dans l’interface de modification de mot de passe, certains caractères spéciaux ne s’affichent pas lorsqu’on les tape, bien vu l’aveugle, j’ai compris, le # est interdit. Par contre, dans la fenêtre de connexion le # est autorisé. Logique. Je tente donc un mot de passe sans le #, mais non. Le & est également interdit, en fait tous les caractères spéciaux, ceux qui servent à générer des mots de passe forts sont prohibés.

Une fois tout cela intégré, je crée un mot de passe très faible qui me permet enfin de me connecter au logiciel indispensable. Miracle ça marche cette fois ! Je commence donc à travailler avec l’outil, et après quelques minutes de manipulations, je me retrouve bloqué devant un bouton Valider grisé.

J’ai du merder quelque part. Je reprend la procédure comme on me l’a montré un peu plus tôt avec l’autre compte, sur une autre machine et réessaye. Non. Le bouton Valider ne veut pas valider. J’appelle mon mentor, refais la procédure devant ces yeux ébahis pour être certain, mais rien à faire, l’outil m’autorise bien à saisir des champs, sélectionner des choix, mais jamais à valider. Incompréhensible ! Cinquième ticket d’assistance informatique.

De longues recherches fastidieuses plus tard, nous découvrons que mon compte n’est pas habilité pour ce genre d’opérations et ne le sera jamais, j’ai un logiciel, un compte, mais je ne peux rien faire avec, je n’ai et n’aurai pas les droits pour l’utiliser.

Du coup, en fin de journée, je me fais copier sur un papier le mot de passe du collègue habilité et qui n’utilise pas l’outil, me connecte, et commence enfin à travailler. Là, pour gagner du temps sur une fonctionnalité, j’active un filtre présent dans le logiciel, je tape deux premières lettres dans le filtre de sélection et boum, l’application s’effondre, il faut tout recommencer. Sixième ticket d’assistance informatique.

Pour ma première journée de travail avec le logiciel, j’ai levé deux bugs dans un outil que notre administration utilise quotidiennement depuis des années… Comment font-ils ? Par chance, l’application de ticket d’assistance informatique, elle fonctionne relativement bien.

Vous vous dites que je suis aigri et que j’exagère un peu et vous aurez partiellement raison, du moins pour le premier point. Mais force est de constater que les applications que nous sous-traitons sont mal conçues, bourrées de bugs, qu’elles ont coûté très cher (payées avec vos impôts) et été livrées avec des années de retard (oui des années, pas des mois). A qui la faute ? Aux appels d’offre (nous choisissons forcément les sociétés les moins cher), aux spécifications bancales (achetez Word et demandez donc de le transformer en Excel), au manque de recette des produits, au fait que l’administration est une vache à lait pour bien des fournisseurs de services ?

Tamponné

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L’administration s’auto-alimente d’activités ésotériques et complexes que seul un agent de catégorie A peut maîtriser complètement. Une mission ne sera réussie que si le formulaire ad-hoc a été préalablement rempli, validé et trois fois tamponné, tamponné de la date du jour, tamponné du nom du service et surtout tamponné rouge TAMPONNE. Sans le bordereau de retrait adapté, signé en trois exemplaires, impossible d’accéder au matériel indispensable au travail, à savoir, le crayon gris. Si le téléphone sonne ne décrochez pas, dans le cas contraire vous deviendriez responsable de la suite des opérations, donc surtout ne décrochez pas. Tamponné, validé, approuvé.

C’est Laurent qui m’a fait découvrir “Au Service de la France”, une série télé dans l’esprit d’OSS 117, petit bijou pince sans rire et pastiche du fonctionnement de l’administration.

Un petit jeune rentre comme stagiaire dans les services du contre espionnage français, une petite administration avec son colonel moustachu au look très gaulliste, Moïse, son second, quatre agents de catégorie A dont une femme, la seule, qui dans l’équipe, semble travailler et donner beaucoup de son corps. Cigarettes, poses apéros, débat sur la prime Paris-Vichy, réorganisation de la cafétéria, formulaires, tampons, salle d’interrogatoire, salle de crise avec les trois lumières rouges, code taupe et séjours à Alger, nous sommes en pleine guerre d’Algérie et au début des velléités d’indépendance de nombreux pays africains.

N’attendez pas une série d’espionnage mais plutôt une satire des rouages du système administratif français. Des épisodes de trente minutes qui bien souvent prolongent avec humour ma journée de travail. Le pire, c’est que je trouve certains passages à peine grossis. L’humour est fin, loin des farces de l’OSS 117 joué par Jean Dujardin, les éclats de rires peuvent survenir quelques épisodes après l’amorce du gag, comme par exemple avec un plan fixe de quelques secondes sur le carton du projet très controversé de nouvelle cafétéria self service remisé aux archives ou les différentes vies du costume du jeune stagiaire.

Histoires d’amours, aventures exotiques, paternités multiples sous forme d’accident du travail, initiations pour devenir catégorie A, meurtres, gestion de copropriété, cadeau de promotion, négociation d’indépendance, passé de collaborateur, agent double, détecteur de mensonge israélite, chaque épisode dévoile un peu plus les secrets des services secrets. Une série Arte à ne manquer sous aucun prétexte, surtout si vous êtes fonctionnaire.

Hérésie cathare

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En septembre dernier, je changeais de fonction dans mon administration. Nouvelles compétences, formations, mise en pratique, je suis depuis quelques mois opérationnel et autonome.

Mais voila, c’était sans compter sur la réforme de notre organisation.

Je vais disparaître.

Bien entendu je ne suis pas le seul, en fait presque tout le monde va disparaître chez nous, services, agents, mais pas les métiers. Alors qui va faire le travail soit disant indispensable et très chronophage ?

Ma hiérarchie me demande de transférer mes compétences à des collègues qui travaillent dans toute autre activité. Voila neuf mois que je suis arrivé, tout juste formé et opérationnel et ma direction me demande de transmettre des connaissances fraîchement acquises à d’autres agents. Pas un seul instant il n’a été question de ce que j’allais devenir. Si je ne fais plus le travail pour lequel je viens d’être formé, que vais-je faire à la place, où vais-je travailler, que vais-je devenir ?

Notre DRH nous envoie des liens de sites de recrutement de la fonction publique et territoriale, des annonces de concours, des postes soit disant éligibles au travail à distance mais qui ne le sont pas en réalité.

C’est bête, mais j’aime mon nouveau métier. Cela faisait huit ans que j’espérais ce poste, que j’attendais qu’une place se libère.

Les services se défont, sont centralisés, les agents travailleront bientôt presque tous à distance avant qu’on ne les force à migrer vers le sud pour écraser l’hérésie cathare. Le ministre est pressé, il faut que cette réorganisation aille vite, d’ailleurs il a débloqué près de trois millions d’euros pour accélérer l’opération.

Initialement implantés dans chaque département dans les années quatre-vingt-dix, nous nous sommes réfugiés dans les bastions régionaux, abandonnant les terrains de la proximité pour toujours. Puis nous avons renoncé à ces fortifications avancées où ne veillent plus que de vieux croisés fatigués. De plus de cent-vingt places fortes, nous sommes passés à neuf, bientôt il n’en restera qu’une, au bord de la Garonne. Pour combien de temps encore ?

Vous me direz, ça pourrait être bien pire, notre belle assemblée pourrait mettre un terme au statut autrefois si convoité de fonctionnaire…

Bagage en cabine

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Cette semaine, je suis à Toulouse, pour me former à la classification de sites, activité que je pratique depuis bientôt six mois.

Cours théoriques, atelier pratique, me voila parti pour trois journées intenses au pays cathare. Au programme retrouvailles avec un ami d’adolescence perdu de vu (celui qui m’a fait passer d’AC/DC à Genesis), visite de ma nièce adorée qui étudie là bas, nuits solitaires dans une citée étudiante et repas à l’infâme restaurant administratif de la météo-pole.

Savez-vous ce qu’est une classification de poste ? J’imagine bien que non, c’est un travail très particulier. Celui-ci consiste à mesurer tous les obstacles qui se situent autour d’un site, afin de calculer les ombres portées sur les capteurs, les perturbations dans l’écoulement du vent, la rugosité etc… L’opération dure environ une heure si tout se passe bien. Pour se faire, nous utilisons un matériel de pointe : des jumelles laser militaires, un pied à niveau très stable de 1.50m de haut non déployé, un PC semi durci résistant aux chocs et aux intempéries et un appareil photo pour effectuer un panoramique ainsi que des images des quatre coins cardinaux. Un package coûtant deux fois le prix de ma Logan et qui rentre à peine dans son coffre.

Début janvier je reçois mon billet électronique Hop pour me rendre à Toulouse, décollage lundi à 6h30, retour jeudi à 8h35 avec un bagage à main. Trois jours à Toulouse, une brosse à dents, une console, deux livres, deux slips, deux tee shirts, ça devrait tenir dans la valise de cabine, tant pis pour le PC, je mettrai le webzine et le blog en veille.

Mais voila, lundi dernier, je reçois un message inquiétant de notre formateur : “N’oubliez pas d’emporter les jumelles, le trépied et l’ordinateur pour le stage.”. WTF ! Ni une ni deux j’appelle le gars qui me confirme qu’ils n’ont qu’un équipement à Toulouse (vu le prix cela peut se comprendre), que nous sommes douze, et que si nous travaillons chacun notre tour sur ce matériel, la journée de travaux pratiques risque d’être très très longue.

Résumons, j’ai droit à un bagage cabine et je dois mettre dedans une brosse à dents, une console, deux livres, deux slips, deux tee shirts, des jumelles laser, un PC semi durci, un trépied de 1.50 m et la connectique qui va bien. Cherchez l’erreur… Je peux rogner sur un slip, un tee shirt, la console et un livre, mais même comme ça, impossible de faire rentrer le matériel dans une valise de 52 x 30 x 21 cm. Que faire ?

J’en informe l’administratif débordé qui gère l’accueil, le courrier, les missions, les finances, fait office de secrétaire de direction et qui travaille toujours avec le sourire, un saint ! Il me dit “Oui oui pas de problème je m’en occupe.”.

  • Lundi soir, pas de nouvelles, “Oui, oui je ne t’ai pas oublié mais je n’ai pas eu le temps.” (tu m’étonnes).
  • Mardi soir : “Oui alors il me faudrait les dimensions et le poids de ton matériel.”.
  • Mercredi midi : “Oui, il faut que je vois ça avec l’agence Havas.”.
  • Mercredi soir : “Oui oui, je ne t’ai pas oublié mais Havas ne répond pas.”.
  • Jeudi matin à 9h00 caché derrière deux mètres de courrier : “Oh oui désolé, j’ai pas le temps, mais je te passe devant, sur la pile
  • Jeudi midi : “Il te fallait quoi déjà, une valise supplémentaire ?”
  • Jeudi soir, entouré de quatre personnes le sollicitant : “Tu finis vendredi à midi ? La vache faut que je me dépêche, je m’en occupe, promis.”
  • Vendredi matin : “Je finis le courrier et je traite ta demande.”
  • Vendredi 11h : “Je viens de leur envoyer un mail, généralement ils répondent vite.”
  • Vendredi 11h45 : je reçois cinq mails, un de Havas avec mon billet, quatre de Air-France avec les suppléments bagage. Le trépied coûtera 30€, la valise en soute 90€ , soit le prix de mon billet aller retour Strasbourg Toulouse… Hop là !

Hier à Toulouse, dans le froid glacial, sous des flocons, j’ai utilisé mes jumelles, mon trépied et mon ordinateur semi durci environ trente minutes avant de rentrer me réchauffer dans la salle de cours. J’ai encore les mains engourdies ce matin. Avec tout ça, j’avais oublié de prendre des gants pour travailler…

Toner de ramettes !

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Toner de Ramettes ! Cela pourrait être une des insultes fleuries du Capitaine Haddock, ce n’est hélas que mon quotidien.

Problème : la photocopieuse se situant à quinze mètres de mon bureau, combien de kilomètres est-ce que je parcoure chaque jour dans les couloirs de mon administration ?

Mais où range-t-on toutes ces impressions, photocopies, scans ? Le classement vertical n’étant pas au goût du jour, traçabilité oblige, les classeurs s’accumulent d’année en année autour des agents vieillissants. Un jour, nous nous réveillerons, cernés par ces dossiers gris et poussiéreux, chargés de documents qui n’ont plus de sens et nous ne pourrons plus sortir de nos bureaux, pris au piège derrière cette muraille de bureaucratie.

Par chance la dématérialisation progresse… Hélas un serveur de l’état vient de se faire pirater avec tous nos comptes, adresses mails, dossiers confidentiels, du coup la sécurité informatique, paranoïaque jusqu’au bout des ongles, mais hélas avec un temps de retard, risque de nous faire régresser à l’âge de pierre de l’archivage, à savoir la méthode égyptienne, gravée dans le marbre.

Combien de tonnes de papier, de toner et de classeurs utilisons-nous par an ? Rien qu’en vidant le contenu de ma perforatrice une fois par semaine, je prends peur. Original, copie, scan, tapon, signature, numéro, enregistrement, chrono, fiche de liaison, parapheur, trombone, agrafe, blanco (NON pas le blanco !), le consommable rentre par cartons entiers dans les bureaux et en ressort, quinze mètres plus loin, par la gueule béante de la photocopieuse.

Les files d’attentes devant l’engin monstrueux sont longues, les copies se perdent, les impressions sont relancées, les spools saturent, le toner baisse et soudain c’est le bourrage. L’impression recto verso couleur des huit cent pages du catalogue de la Manufacture des Armes et des Chars, pliées en livret A4 vient de coller au four à l’exemplaire n°4. Le coupable, frustré, relance la tâche sur la seconde machine un étage plus haut, et à nouveau, bourrage, cette fois à l’exemplaire n°5. Les queues s’allongent, les spools débordent, les serveurs saturent, la grogne monte. Quel est le cornichon qui a imprimé ça ?! La machine soudain paralysée, plus rien ne rentre, plus rien ne sort. Le papier froissé, carbonisé est arraché par petit bouts de la machine brûlante, la maintenance arrive pressée de toute part, contacte le service après vente après avoir constaté le désastre et chasse tous mes mécontents du périmètre des imprimantes. La machine est grippée. Les fonctionnaires tournent en rond dans les couloirs, rongent leurs ongles,boivent un café, discutent, râlent contre l’inefficacité du service informatique, contre la mauvaise qualité des copieurs, contre les réductions du budget décidées il y a peu, contre les réductions d’effectifs, contre la fermeture des centres, contre le gel du point d’indice, contre le jour de carence, contre le report de l’âge de la retraite, contre le repas de midi, contre la fontaine à eau toujours en panne, contre l’odeur d’urine dans les toilettes, contre les chefs, contre les collègues, contre les clients.

Puis soudain, le bruit caractéristique d’une page sortant du copieur se fait entendre, une page puis deux, puis trois. Tout le monde se précipite alors devant le crache papier, récupère son bien et part en courant s’enfermer dans son bureau, pour relire, numéroter, signer, dater, plier, enregistrer, perforer, agrafer, ranger, poster. La vie a repris son cours normal.

Quoi ma caisse, qu’est-ce qu’elle a ma caisse ?

Je sais, je radote, mais je 31 mai 2016, je me cassais la figure à vélo. Une semaine d’hospitalisation, cinq mois d’arrêt, la tuile ! Mais dans mon malheur, j’ai eu la bonne idée d’exploser mon rein au cour d’un trajet travail, maison. Résultat un accident, totalement pris en charge par mon employeur.

Le 7 juillet 2016, je passais mon troisième scanner de contrôle. Totalement handicapé, perclus de douleurs, je me rendis à l’examen non sans mal, accompagné de mon épouse. Là bas, quand je leur annonçais qu’il s’agissait d’un accident du travail, ils me demandèrent des papiers que mon employeur n’avait pas encore daigné signer, vous savez la bureaucratie et la bêtise humaine créent parfois des situations grotesques. Donc en l’absence de ces papiers, je réglais moi même les 15.61€ de la part mutuelle, je n’étais de toute façon pas en état de protester.

Un an plus tard, je reçu une facture de 15.61€, relative à un scanner fait le 7 juillet 2016. J’ai passé de nombreux scanners cette année là, mais deux dans la même journée non, il ne faut pas abuser des bonnes choses tout de même. Sauf que je ne me souvenais plus d’avoir payé. Alors je contactais l’hôpital, leur expliquais qu’il s’agissait d’un accident du travail, leur fournissait les papiers (cette fois je les avais) et retournais à mes activités.

Deux mois plus tard, je recevais une lettre de relance, concernant une facture relative à un examen fait le 7 juillet 2016, un scanner… Je contactais l’hôpital, qui m’informa que ma caisse avait rejeté le remboursement des soins, sans explication, mais qu’il ne fallait pas que je paye, car, entre temps, la facture avait explosé, la caisse primaire ne remboursait plus la partie sécu. Vous me suivez ? de 15.61€ je passais à 118.82€.

Je reçu quinze jours plus tard, une facture de 15.61€ pour un second scanner et celle de 118.82€ pour le premier. Effrayé par la tournure des choses, je payais fissa les deux factures avant qu’un huissier ne vienne à la maison me piquer mes vinyles. Je me retournais ensuite vers ma caisse le 1er octobre 2017 pour me faire rembourser.

Mais voilà que l’hôpital m’envoie à la Toussaint un avoir de 15.61€ pour une double facturation, celle d’un scanner fait le 7 juillet 2016. Ben oui, j’ai payé deux fois le fameux scanner, entre temps j’ai retrouvé le reçu. Sauf que mon scanner je l’ai payé 15.61€ plus 118.82€, pas 15.61€ plus 15.61€ et qu’en réalité, je n’aurais rien du payer. Donc je contacte une nouvelle fois l’hôpital. Je tombe sur une personne très aimable et compétente avec qui nous rions beaucoup en essayant de démêler la pelote administrative. Elle m’annonce, hilare, qu’en fait la facture de 118.82€ n’est pas bonne et que je vais recevoir un correctif sous peu, le montant réel est de 119.57€ ! La bonne nouvelle c’est que l’hôpital me doit bien 15.61€. Elle me propose alors de prendre les 75 cents de différence sur les deux factures et de me rembourser 14.86€ au lieu des 15.61€ afin de clôturer la facture explosive.

Nous sommes fin novembre, la caisse n’a toujours pas donné de réponse à mon courrier du 1er octobre. Je viens de leur renvoyer le dossier avec la quittance de 119.57€ plus toutes les autres pièces. Qui sait, peut-être qu’en 2018 j’aurai une réponse, à moins qu’une nouvelle facture de 120.17€ ne me parvienne entre temps, pour un scanner fait le 7 juillet 2016.

Quand je pense que j’ai passé six scanners entre mai et novembre 2016, j’ai quelques frissons parfois.

 

Brazil !

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  1. Demande d’abord un numéro de sortie au secrétariat
  2. Rédige le courrier où tu renseigne ton numéro de sortie
  3. Imprime-le
  4. Fais le signer
  5. Range le fichier original dans le répertoire qui va bien
  6. Fais en deux photocopies et un scan
  7. Renomme le scan du même nom que le courrier
  8. Envoie l’original par la poste
  9. Donnes-en  une copie au secrétariat
  10. Met l’autre copie dans le classeur ad hoc
  11. Envoie par mail le scan à qui de droit
  12. Range le scan dans le même répertoire que le courrier
  13. Complète le tableur avec le numéro de sortie et les références du courrier
  14. Complète le compte rendu avec les références du courrier et le numéro de sortie
  15. Bravo ! Tu viens d’envoyer ton premier courrier.

Des fois je me demande où nous en sommes de la simplification administrative ? Parce que, sérieusement, une lettre dont on trouve la trace à huit endroits différents, si ce n’est pas de la traçabilité, je ne sais pas ce que c’est. Combien de temps ai-je passé à de rédiger ma lettre, dix minutes ? Combien de temps ai-je passé à traité son archivage, vingt minutes ? N’y a t’il pas une gigantesque disproportion entre l’importance du courrier et son archivage ?

Kafkayage

“En 2014, la durée de validité de la carte d’identité est passée de 10 à 15 ans.”

“Vous pouvez voyager à l’étranger seulement si le pays de destination accepte que la date inscrite sur votre carte ne corresponde pas à sa date réelle d’expiration.”

Ces informations très intéressantes viennent du site du site du Service Public

“Les cartes nationales d’identité délivrées à des majeurs entre le 1er janvier 2004 et le 31 décembre 2013 seront encore valables 5 ans après la date de fin de validité indiquée au verso, mais aucune modification matérielle de la carte plastifiée n’en attestera.

En conséquence, de façon à éviter tout désagrément pendant votre voyage, il vous est fortement recommandé de privilégier l’utilisation d’un passeport valide à celle d’une CNI portant une date de fin de validité dépassée, même si elle est considérée par les autorités françaises comme étant toujours en cours de validité.”

Précise le ministère des affaires étrangères.

Grotesque vous ne trouvez pas ?

Donc si comme mon épouse, vous voulez aller en Italie en mai et que la date de fin de validité de votre carte d’identité est en avril, vous avez un gros problème.

Car la mairie refuse de renouveler votre carte d’identité, ben oui elle n’est pas périmée, revenez dans cinq ans… En plus c’est compliqué maintenant ma bonne dame, parce qu’elle est biométrique la nouvelle carte et que nous pauvres fonctionnaires paniquons devant cette révolution technologie qui remplace le formulaire BZP 579 par le HXC 1023 avec une case à cocher. Je vous propose donc de demander un passeport, moyennant 90 €, plus cher que l’aller-retour en avion avec Ryanair. Vous n’avez pas la passeport lowcost pour les vols lowcosts ?

Reste la vilaine solution, oups ! J’ai perdu ma carte d’identité… Étrange tout de même, dans les régions frontalières, le nombre de cartes d’identités françaises volées ou égarées. Oui mais voila, si vous perdez votre carte, comptez plus d’un mois pour en obtenir une nouvelle, vous comprenez la biométrie c’est biométrique alors ben vous voyez, les fonctionnaires n’ont pas fait d’études de biologie, sauf au collège, un peu de géologie, de reproduction des grenouilles et dissection d’un oeil de bœuf.

Bienvenu au château. Mais j’ai la solution, je vais partir sans mon épouse et profiter des belles italiennes. Le retour risque d’être rude par contre…

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