L’automne du patriarche

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Ça y est, ça caille presque. Le ciel est gris. Le matin je mets une doudoune pour aller au travail à vélo et si ça se trouve, il va bientôt pleuvoir. Sérieusement, quel temps de cochon ! C’était quand même mieux en août. Je sens que l’automne va être pourri. Si je m’écoutais, je partirai bien en vacances dans le Sud. Réchauffement climatique ? Mon cul !

Nous sommes mi septembre et une grande partie de la population a déjà oublié les fortes chaleurs de cet été. Dès le mois de mai nous avons eu trop chaud. La forêt a brulé dans les Landes, les gens se sont battus pour des ventilateurs en super marché, le niveau des réserves d’eau est au plus bas, plus de huit mille personnes sont mortes des suite de la chaleur, une tornade a frappé un village de l’Aude et les récoltes ne sont pas brillantes. Cinq vagues de chaleur ont déferlé de mai à septembre, totalisant cinquante-trois journées brulantes et nuits étouffantes, des records de température ont été battus sur tout le territoire, les climatologues parlent de l’été le plus chaud depuis 1900.

Un été exceptionnel ? Et si l’exception devenait la règle ? Quelles leçons en avons nous tiré ? Qu’il faudra installer une climatisation pour l’été prochain ? Que nous passerons les prochaines vacances en Norvège ? Qu’il faudra installer la piscine plus tôt en saison ? Que les plages devront être surveillées dès le mois de mai ? Que les pompiers ne pourront plus partir en vacances en juillet et août ? Qu’une plancha c’est bien pour remplacer un barbecue ? Que nous devrions demander son avis à ChatGPT ?

Vous souvenez-vous de la COP21 en 2015 aussi appelée Conférence de Paris où de nombreuses de promesses avaient été données. Qu’en reste-il aujourd’hui ? « Maintenir l’augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, tout en poursuivant les efforts pour limiter cette hausse à 1,5 °C. ». Ça vous dit quelque chose ? Nous sommes déjà arrivés à ces fameux 1,5 °C.

Les prochaines présidentielles françaises auront lieu à peine quelques semaines avant la première canicule de l’année 2027. Alors essayez de vous souvenir jusqu’à cette date que l’été 2026 fut un des pires que nous ayons connu. Essayez de vous mettre en tête que ce n’est que le début des festivités. Lisez les résumés des rapports du GIEC et comprenez-bien que nous devons tout faire pour tenter encore d’inverser la tendance. C’est par nos choix politiques que nous aurons une petite chance d’inverser la vapeur. Car nos petits efforts du quotidien ne suffiront pas.

Je serai mort et enterré en 2100. Au pire les vingt ou trente années qui me restent à vivre, je les passerai dans la fournaise en subissant des évènements météorologiques explosifs. Mais que vont connaître nos enfants et leurs enfants ? Quel monde leur donnons-nous en héritage ?

Cent ans de solitude

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Depuis dix-huit mois je me suis replié sur moi-même, limitant mes contacts sociaux avec une poignée de collègues restés en présentiel, la boulangère, le médecin et la caissière. De longs mois de solitude à discuter par écrans interposés, derrière un masque étouffant, les mains desséchées par le gel hydro alcoolique.

Après deux piqûres et quelques jours d’attente, je reprends tout doucement une vie sociale quasi normale comme boire un café entre collègues, manger à la même table et retrouver mes amis. 

Pas question de fiesta à cinquante à poils autour d’une piscine mais juste une bière en terrasse en discutant de tout et de rien, un barbecue arrosé d’une bonne bouteille, en restant responsables. Il est nécessaire alors de retrouver ses marques, même avec des amis de longue date, de faire preuve de confiance, poser son smartphone et retrouver le plaisir de discuter face à face. La plaisanterie  consistant à demander son pass sanitaire à l’autre n’en est pas totalement une, on efface pas un an et demi de psychose d’un simple regard.

J’ose encore difficilement demander des nouvelles des proches de peur de d’apprendre la perte d’une personne connue. Le « Tu l’as eu ? » commence bien des conversations avant de comparer nos symptômes imaginaires ou réels. La marque du vaccin et ses effets secondaires poursuit la discussion avant de revenir à des sujets moins triviaux.

Nous ne sommes pas sortis d’affaire avec les anti vaccins, les anti pass, les inconscients, les imbéciles et les partisans de la théorie du complot mais depuis quelques semaines, il est possible de retrouver une vie sociale minimaliste en restant très prudent. Une reprise de contact qui fait du bien après cent ans de solitude.