Cent ans de solitude

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Depuis dix-huit mois je me suis replié sur moi-même, limitant mes contacts sociaux avec une poignée de collègues restés en présentiel, la boulangère, le médecin et la caissière. De longs mois de solitude à discuter par écrans interposés, derrière un masque étouffant, les mains desséchées par le gel hydro alcoolique.

Après deux piqûres et quelques jours d’attente, je reprends tout doucement une vie sociale quasi normale comme boire un café entre collègues, manger à la même table et retrouver mes amis. 

Pas question de fiesta à cinquante à poils autour d’une piscine mais juste une bière en terrasse en discutant de tout et de rien, un barbecue arrosé d’une bonne bouteille, en restant responsables. Il est nécessaire alors de retrouver ses marques, même avec des amis de longue date, de faire preuve de confiance, poser son smartphone et retrouver le plaisir de discuter face à face. La plaisanterie  consistant à demander son pass sanitaire à l’autre n’en est pas totalement une, on efface pas un an et demi de psychose d’un simple regard.

J’ose encore difficilement demander des nouvelles des proches de peur de d’apprendre la perte d’une personne connue. Le « Tu l’as eu ? » commence bien des conversations avant de comparer nos symptômes imaginaires ou réels. La marque du vaccin et ses effets secondaires poursuit la discussion avant de revenir à des sujets moins triviaux.

Nous ne sommes pas sortis d’affaire avec les anti vaccins, les anti pass, les inconscients, les imbéciles et les partisans de la théorie du complot mais depuis quelques semaines, il est possible de retrouver une vie sociale minimaliste en restant très prudent. Une reprise de contact qui fait du bien après cent ans de solitude.

Le réveillon

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Contrairement à l’an passé, nous avons passé un réveillon de Noël serein en famille, c’est à dire à cinq, le chat compris. Apéritif au champagne, cadeaux, repas, Mario Party, bûche et dodo, la routine.

Pour le réveillon du nouvel an ce fut plus compliqué. Le petit dernier était déjà reparti à Lyon poursuivre ses études et le grand nous abandonnait pour fêter la fin de 2020 avec ses potes. Nous restions seuls avec le chat.

Mon épouse a eu alors la délicieuse idée de commander notre repas chez un restaurateur au lieu de cuisiner Picard. Oui, clairement nous ne sommes pas des escalopes (cordons bleus).

Nous cochons les plats du menu de nos rêves sur le flyer, huitres, carpaccio de Saint-Jacques, médaillons le lottes, boeuf en croute, mousse de chocolat blanc et fruits exotiques, ajoutons un chèque comprenant la livraison pour 17h et glissons le tout dans la boîte aux lettres du restaurant.

L’esprit tranquille, nous sommes parti fouler la neige dans les Vosges et sommes revenus juste avant l’heure de la livraison.

Ce que vous ignorez sans doute, c’est que notre couple émet des ondes négatives dans les restaurants. Régulièrement le serveur nous oublie au moment de la commande, du dessert ou de l’addition. D’ailleurs le matin au réveillon, dans un moment de désespoir, ma chérie m’a dit sur l’oreiller, « Je suis certaine qu’ils vont nous oublier ».

La livraison prévue pour 17h s’est en effet fait attendre, et moi coincé depuis une heure devant la fenêtre côté rue (notre sonnette possède un fonctionnement relativement erratique), je ne voulais pas croire à la malédiction culinaire, et pourtant.

A 18h30, très inquiet, j’essaye de joindre le restaurant mais c’est un répondeur qui m’annonce qu’ils sont fermés. Stress !

Dans le réfrigérateur nous avons de quoi réaliser deux oeufs au plat avec un peu de soupe et des yaourts natures. Le repas du réveillon risque de ressembler à toute cette année si nous ne réagissons pas très vite.

Ni une ni deux, je prends la voiture, fonce au restaurant, me gare comme un salopard sur le trottoir et coure jusqu’à l’entrée du restaurant, la peur (et la faim) au ventre. 

La porte est ouverte, un rayon de lumière passe entre les rideaux. J’ose un pas masqué à l’intérieur et si la rue est déserte, dans le restaurant l’agitation est digne d’une fourmilière. La femme est au téléphone, son mari aux fourneaux, le père revient d’une livraison, les enfants s’agitent dans les escaliers, des clients attendent leur commande, bref, c’est le coup de feu.

Entre deux intenses pics d’activité, j’arrive à donner mon nom pour m’enquérir de notre commande. La femme cherche, me redemande mon nom, cherche encore mais nous ne sommes pas sur sa liste !

Je pense à la poêle Tefal avec ses deux oeufs au plat qui vont constituer notre repas de fin d’année alors qu’autour de moi l’agitation culmine. Après deux clients, une recherche de la commande, du chèque, après avoir questionné le papi improvisé livreur, il faut se rendre à l’évidence, personne n’a vu notre commande.

Un autre couple semble dans le même cas, sauf que eux ont commandé via Internet le menu proposé dans un restaurant parisien et non en Alsace. La misère. Je leur proposerai bien de venir manger un œuf au plat, mais je ne suis même pas certain que le coquetier en contienne quatre.

La patronne, entre deux nouveaux clients, deux enfants agités, un mari débordé, revient vers moi et me demande qu’elle était ma commande. J’essaye de me souvenir des détails, elle acquiesce, parle au cuisinier et quelques minutes après remplit deux sacs de carpaccio de Saint-Jacques, de médaillons de lotte, de boeuf en croute et de mousse au chocolat blanc. Elle pose également un plateau de saumon gravelax en cadeau pour se faire pardonner (mais pardonner de quoi ?) et son mari arrive désolé en m’annonçant qu’en ouvrant les huîtres sa main a malencontreusement dérapé et qu’il en a ouvert trop.

Je suis confus et très heureux d’avoir récupéré le repas. Et lorsque que je propose de régler la commande, la dame me dit qu’elle verra si elle retrouve le chèque et dans le cas contraire je n’aurais qu’à passer régler plus tard. Elle ne me connaît pourtant ni d’Eve ni d’Adam. Je suis encore plus confus.

Après les avoir remercié, leur avoir souhaité un bon réveillon (les enfants étaient au taquet), je rentre avec deux gros sacs papier garnis de victuailles juste avant le couvre-feu et lorsque j’arrive à la maison avec mes trésors, tout déconfit (de canard), brandissant les sacs papier, j’annonce à ma chérie que je suis passé chez Mc Do.

Le cheese burger frites coca fut délicieux. Entre chaque plats, gravelax, huîtres, lotte, boeuf en croute et mousse au chocolat, nous avons regardé les derniers épisodes de la troisième saison de Versailles, puis après les quelques rares pétards de notre abruti voisin tirés depuis son balcon, nous sommes allés nous coucher, la panse remplie.

Au fait, bonne année à tous et à toutes ! Burp !

A table !

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Depuis quelques mois, je suis sur la route toute la sainte journée. Sur la route signifie bien entendu des kilomètres, des litres de super sans plomb, du café, des péages d’autoroute mais également des étapes gastronomiques. Enfin gastronomiques, comprenons nous bien, avec 15.25 € de défraiement par repas, j’évite les bonnes adresses du Guide Michelin. De toute façon, là où nous nous rendons, il n’y a souvent guère le choix et nous ne disposons pas de beaucoup de temps pour un gueuleton.

Toutefois, après plusieurs heures passées sous une pluie battante à effectuer des relevés topographiques, un repas chaud, même frustre, est toujours le bienvenu. J’ai tout d’abord ricané quand mes collègues m’ont présentés leur collection de cartes de restaurants, avec les sites se trouvant à proximité et quelques annotations du genre : bon, rapide, pas cher, sympa… Maintenant je comprends mieux. Un déplacement se prépare, contact avec les personnes à rencontrer, réservation de la voiture, paperasse administrative, matériel en embarquer (jumelles laser, trépied, ordinateur, appareil photo, guides techniques, bloc note, crayon, GPS, Tomtom, téléphone portable, table de camping, piquets, parasol, masse, tournevis, thermos de café, bottes en caoutchouc), itinéraire, optimisation des visites et repas.

Dans nos adresses, il y a des auberges, des cafés, des restaurants, des gargotes, des boui-boui, des boulangeries, des salons de thé. Il y a surtout ce que l’on trouve à proximité de nos sites de mesure, car en Meuse profonde, Vosges nuageuses, Jura montagneux, des fois, c’est un peu le désert. Pourtant, perdu au milieu de nulle part, nous trouvons presque toujours notre bonheur, menu unique avec entrée, plat principal, dessert, vin, fromage, café et le coup de gnole pour 13 €, le bisou en prime. Rassurez-vous pour le vin et le coup de gnole, je décline l’offre à chaque fois, pour le bisou du patron, patron barbu, avec un couvre-chef, impossible de refuser. Une fois nous sommes tombés à Ville sur une boulangerie restaurant avec un plat du jour et un café gourmand à se damner. La digestion fut longue… Nous avons également très mal mangé dans un restaurant administratif géré par la Sodexo (plat dessert, café en sus) dans le département de Saône-et-Loire pour un tarif exorbitant et un café infect. Le soir nous nous sommes rattrapé avec un excellent foi gras maison et un petit maconnais de derrière les fagots dans la belle cité de Paray-le -Monial.

Nous envisageons de publier le Guide Météo des restaurants, un ouvrage gastronomique où seraient référencés les bonnes adresses à proximité de notre réseau de mesure, une collaboration nationale prenant en compte les critères suivants :

  • tarifs inférieurs à 15.25 € TTC
  • un repas convenable
  • une distance au site inférieure à 10 km
  • un service rapide
  • un café digne de ce nom
  • une ouverture en semaine