Le sapin de Noël

Image

Moins quatre degrés, une belle couche de neige fraîche au sol, garé sur un parking désert à plus de mille mètres d’altitude, j’écoute Stéphane Gallay raconter ses derniers concerts.

Le sol est blanc, le ciel est noir. Une lune gibbeuse projette mon ombre sur le goudron glacé à côté de celle de ma lunette.

Eliott est rapidement rentré chez lui frigorifié, Luc est assis sur le siège chauffant de sa voiture et moi j’ai une couverture, trois couches de vêtements, un bonnet, deux thermos tièdes et les mains glacées.

Je photographie un sapin de Noël dans une Licorne. Je sais, les licornes n’existent pas et Noël est passé depuis trois mois. Pourtant c’est ce que je fais. Des photos de NGC 2264, dite nébuleuse du Cône ou du Sapin de Noël dans la constellation de la Licorne. Un minuscule triangle sombre surmonté d’une étoile, à la base d’un vaste nuage de gaz rouge. Une nouvelle cible difficile que j’avais envie de capturer avant qu’elle ne soit trop basse sur l’horizon avec l’avancement de l’année.

Dans quelques semaines il n’y aura plus que des galaxies dans le ciel, il faut que je termine mon catalogue automne hiver avant d’attaquer les robes légères de la belle saison.

Du givre se forme sur le pare brise dans la voiture, le capteur de ma caméra indique -12.6 degrés alors que le système de refroidissement est à l’arrêt. Malgré des chaussettes épaisses, des semelles chauffantes et des bottes grands froids, j’ai les pieds gelés.

Un beau ciel, ça se mérite. L’objectif est d’accumuler trois heures d’images sur cette nébuleuse peu lumineuse avant de redescendre me glisser sous la couette. En attendant je suis à moitié allongé sur le siège passager de la voiture avec une couverture jusqu’au menton à regarder les photos de concert de Stéphane Gallay sur Youtube.

Parce qu’il est impossible de lire dans la voiture, à cause de la lumière qui perturberait le télescope. Je pourrais à la rigueur écouter de la musique pour passer le temps mais je suis assez exigeant quant à la qualité des hauts parleurs. Je pourrais observer aussi sous les étoiles mais Eliott est redescendu il y à longtemps et il fait vraiment trop froid dehors.

Heureusement qu’il y a de la 4G au Champ du Feu. Enfin pas toujours. Mon MMS pour prévenir mon épouse que je suis bien arrivé vivant n’est jamais parvenu en plaine. 

Luc a sorti la Rolls Royce des lunettes, une  magnifique Takahashi posée sur une monture harmonique pour photographier la nébuleuse Messier 78 dans la constellation d’Orion. L’objet est de plus plus bas sur l’horizon, ce qui lui laisse encore moins de temps que moi pour accumuler des images. La partie sombre de l’objet ressort bien sur son écran de contrôle, il devrait en sortir une belle photographie.

Peu après minuit j’avais mes 36 images et moins de douze heures plus tard, après cinq heures de sommeil agitées une photographie traitée de la nébuleuse. L’astronomie, ça se mérite.

La dinde

Image

Comme Valérie je partage les valeurs françaises : le pâté de volaille aux organes anormalement développés qui mangent sans faim, les arbres déracinés qui perdent leurs aiguilles, les fausses idiotes en maillot de bain et les pédales bourrées de produits illicites.

Bon j’avoue, je n’ai pas ma carte du LR que je n’ai jamais regardé le concours Miss France ni celui de l’Eurovision. Sans doute parce que je ne regarde pas le petit écran. 

Si j’adore le foie gras, particulièrement en croute de sel avec un Sauterne, je n’en mange plus, parce que honnêtement le gavage est une pratique assez révoltante. D’ailleurs sans devenir vegan ou végétarien, je commence à limiter fortement ma consommation de viande et de poisson.

Pour le pinpin c’est plus compliqué. Tous les ans je décore la maison, guirlandes, bouboules, étoiles et sapin. Ça fait fêtes et en Alsace entre grisaille et journées courtes -il fait nuit à 17h – on a bien besoin de ça pour ne pas déprimer. 

Pour les éclairages, d’ailleurs peu nombreux (deux guirlandes LED), je veille à ne les allumer que le Week-End quand il fait nuit et encore juste le soir de 17h à 22h.

Pour le sapin, je pourrais opter pour une version synthétique mais je ne suis pas certain que ce soit plus éco responsable. En plus, c’est très moche. Mon sapin pousse, absorbe du CO2 et après les fêtes je le broie pour en faire du paillage dans le jardin. Comme ça je me sens moins coupable.

Pour les cadeaux, on essaye également d’être raisonnable, un par personne, un truc utile de préférence, plutôt éco truc machin, acheté le plus localement possible et à un prix raisonnable. Bon j’avoue que les LEGO pour le fiston et le bidule à musique pour ma chérie ne remplissent pas toutes les cases. Par contre le sweat-shirt du petit dernier lui a presque tout bon, et croyez-moi, c’est pas évident.

Bref, sur les quatre symboles français selon sainte Valérie, je ne coche qu’une case. Je dois être un sang mêlé ou un de ces putains d’intellos bobos gauchos arnarchos débilos car je ne me reconnais pas dans sa France et ses valeurs. Je parlerai bien d’un pays d’accueil, de libertés, de tolérance, mais j’ai l’impression que ça n’est plus à l’ordre du jour. 

J’aimerais bien que la France soit un pays exemplaire pour son bilan carbone, l’accueil des migrants, la décroissance énergétique, la défense des droits sociaux, l’égalité mais faudrait pas croire au Père Noël non plus.

Les boules !

Le troisième sapin est finalement érigé sur la place. Il dégouline de guirlandes, de boules et penche à gauche. Les cars de touristes ont envahi la ville, des hordes de bonnets rouges se pressent le long des chalets au pied de la cathédrale et ailleurs, s’abreuvant de vin chaud, mâchant du pain d’épice, piétinant dans la neige sale en admirant les petites lumières clignoter.

Je n’ose plus aller en ville le weekend.

Ding ding, Noël approche ! Difficile de manquer la date en Alsace vu que dès les 25 novembre les hostilités sont lancées. Noël approche et nous n’avons toujours pas commencé la course aux cadeaux, chocolats, bûches et décorations. Il fait froid et je vais devoir sortir la grande échelle pour décorer la maison. Si je n’achète pas de sapin, je vais me faire enguirlander, si j’en achète un, je vais devoir l’enguirlander. J’ai cédé à la tradition des calendriers de l’avant pour mes deux petits et bien entendu ils ont fait la gueule, « on est grand tu sais ». N’empêche, ils engloutissent égoïstement leur chocolat quotidien chaque matin. Je ne leur ai pas encore dit que j’avais aussi pris de la bière de Noël, après tout s’ils mangent des chocolats, ils sont sans doute encore trop petits pour la bière.

Je ne suis pas un grand amateur des fêtes de Noël, des réunions de familles parfois pénibles, des indigestions de chocolat, de foie gras, d’huîtres et d’amour. Mais j’aime bien sortir les guirlandes, les Pères Noël ridicules et transformer notre maison vénérable en piste d’atterrissage pour Concorde. A la saison des longues nuits, du verglas, de la neige, des ciels gris, un peu de lumières multicolores égayent le quotidien. Et puis, c’est toujours l’occasion de sortir de la cave un grand cru à déguster égoïstement en se suicidant à la bûche marron chocolat myrtille.

Ce qui me turlupine, c’est qu’est-ce le Père Noël va m’offrir cette année ? J’ai gardé cette âme de gamin impatient de déballer mes cadeaux alors que je m’offre toutes les semaines des bêtises, j’adore toujours les surprises. Une BD, un vinyle, un livre, un Nikon D5, l’intégrale de Johnny ou de Jean d’Ormesson ? Réponse dans deux semaines…