Promotor

Lorsque vous managez un webzine musical, vous en voyez des vertes et des pas mures avec les artistes. Certains sont d’une rare efficacité dans leur communication, d’autre moins. Les sollicitations sont très nombreuses, que ce soit de la part des maisons de promotion, des labels mais également d’artistes non signés. Chaque jour il faut faire le tri entre le grain et l’ivraie, entre ce qui peut être publié chez nous et ce qui ne le doit pas.

Notre histoire a commencé par un mail intitulé “Please review needed”, le genre de sollicitation qui démarre franchement mal. A l’intérieur du message, un texte mal ficelé, des liens Youtube et un lien Napster. Bon, manifestement ce groupe ne sait pas bien gérer sa communication, cela arrive souvent chez les amateurs.

J’écoute rapidement la musique sur Youtube et constate que les deux morceaux proposés ne jouent pas forcément dans la grande famille du prog. Je réponds au musicien que nous parlons principalement de rock progressif dans nos colonnes mais que s’il veut que nous écoutions quand même l’album pour en parler peut-être ensuite, nous aurions besoin d’un lien de téléchargement pour la musique, car nous ne travaillons pas en streaming, même avec les grosses maisons de disques.

Pas découragé, le gars m’envoie la bio du groupe avec un lien vers la promo. Un lien de streaming.

Soupir.

Je lui renvoie donc un mail, lui répétant que nous ne bossons pas avec de la musique en streaming.

Il ne répond plus. Silence radio.

Mais le lendemain surprise, il revient à la charge avec un nouveau lien, un lien vers du streaming.

Gros soupir !

Je lui fais à peu près la même réponse que précédemment, mais cette fois sans doute avec un ton un peu moins compréhensif car j’ai d’autres choses à faire dans la vie.

Nouveau silence radio de plusieurs heures, puis un nouveau mail arrive, contenant le message suivant “Oups ! désolé.” ainsi qu’un titre au format non compressé dans le corps du mail.

Sérieusement ?

Puis je reçois dans la foulé un second mail avec un autre titre qui met des plombes à arriver.

Damned, j’ai maintenant à ma disposition les second et troisième morceaux de l’album…Heu, c’est une blague ?

Alors je décris gentiment au gars ce que j’ai reçu, au cas où il aurait envoyé autre chose. Je lui explique aussi patiemment que possible que cela risque d’être compliqué de travailler avec le matériel qu’il nous a envoyé, qu’il existe des outils de transfert de fichiers pour simplifier les échanges, parce que là bon, j’ai d’autres choses à faire comme la revue de presse hebdomadaire (ça je ne l’ai pas écrit).

Quelques heures plus tard le gars me répond : « Décidément » suivi d’un smiley. Oui, et donc ?

Depuis plus de nouvelles. J’ai comme l’impression que nous ne parlerons jamais de ce groupe…

Les groupes de rock sont légion. En une année nous recevons plus de deux-mille solicitations en tout genre, des liens vers de plateformes professionnelles de téléchargement, des envois via wetransfer, Google, des CD par la Poste, trop pour tout écouter. Nous faisons cependant toujours un effort particulier pour les artistes indépendants qui ne disposent pas des même moyens que les blockbusters pour faire leur promotion, mais nous ne sommes pas une agence de communication ni de conseil pour la promotion des artistes. Peut-être devrions essayer. Car pour certains groupes, il y a du travail…

La Terre est sauvée

Aujourd’hui j’ai fait une réunion Bluejeans éco responsable.

Nous disposions de deux heures trente pour sauver la planète.

Les GO, Gentils Organisateurs de cette surprise partie avaient décidé de nous faire utiliser un outil web participatif pour présenter nos idées et faire un brain storming.

Le temps qu’ils maîtrisent Bluejeans et qu’ils nous expliquent comment utiliser la plateforme web thématique de post-its débiles, il ne nous restait plus que quatre-vingt-dix minutes pour sauver le monde.

Une fois la synthèse de nos propositions terminée, les post-its collés, le texte écrit, les commentaires de chacun associé aux post-its, le débat a pu commencer : faut-il rouler dans un vieux diesel 200 chevaux ou prendre son vélo pour aller au travail ? Il nous restait soixante minutes pour en débattre.

– “Alors cela dépend si nous considérons les centrales nucléaires comme polluantes, de toute façon il suffit d’obliger tous les agents à travailler sur site en télétravail sans chauffage dans un jardin participatif où les ruches produiraient de l’électricité non ?”

– “Et si nous rapprochions les centres des agents plutôt que les agents des centres en décentralisant notre société, en créant par exemple un centre par fonctionnaire, chez lui afin de lui éviter de prendre la voiture pour aller travailler, un endroit où des employés d’autres entreprises pourraient travailler afin de partager les ressources informatiques et les moyens énergétiques ?”

– “Moi j’aimerais bien semer des carottes dans le potager collectif et repeindre en blanc toutes les routes et les toits des immeubles, y a qu’à acheter de la peinture à l’eau et des pinceaux, les pots vides serviront pour stoker les carottes et les pinceaux faire des trous dans le sable pour les semis ?”

– “Et si nous remplacions tous les véhicules par des Citroën AMI ? Électriques, rechargeables sur une prise, elles restreindraient les missions à un rayon de 35 km ? Pour les longues distances il suffirait de changer de véhicule dans un des centres décentralisés comme à l’époque des chevaux. Un Paris-Toulouse pourrait s’éffectuer en quatorze heures et neuf relais.”

Pour ma part, agacé par cette mascarade, j’ai évoqué l’impact sur le bilan carbone du télétravail, les ressources internet énergivores, les équipements informatiques nécessaires, les portables, les bi écrans, docks en double distribués aux agents pour mener cette double vie écologique, l’énergie consommée à la maison, pour chauffer, éclairer, alimenter le télétravaileur. Et là silence gêné. Toutes les personnes présentes comme moi-même étaient en télétravail ce jour là, en visioconférence via Bluejeans, au chaud dans leur appartement ou maison.

Deux heures et trente minutes plus tard la planète était sauvée, enfin on le croyait jusqu’à qu’une voix timide demande : “Et il se passe quoi après ?”.

“Nous allons faire une synthèse de vos propositions avec celles déjà faite dans le site web participatif, nous allons les soumettre à l’administration qui donnera son avis dessus et nous publierons alors leurs réponses sur l’outil.”.

Et ?

La Terre est sauvée !

L’Envol du Soleil

A la fin du XVII siècle, l’effluve et une intelligence artificielle extraterrestre révolutionne le règne du Roi Soleil. 

Nous nageons en pleine uchronie à l’écriture maniérée et niaise peuplée d’inventions guères originales. 

Johan Heliot nous ressort le coup de la radioactivité, des pistolets lasers, des voitures électriques, de la télévision et des vaisseaux spatiaux. Certes cela se passe à l’époque de Colbert, mais quel manque d’imagination ! 

La saga de la famille Caron se poursuit dans un Paris révolutionné par l’énergie effluvique, et tous les enfants sont amenés à des actions et des postes exceptionnels pour de simples fils paysans démunis. Jeanne est la voix du peuple, Marie la concubine du roi, Pierre le surhomme géant aveugle vengeur, Martin le spationaute et Etienne le digne héritier de Pascal. Mais quelle famille ! 

Le premier livre n’était pas folichon. Le second est navrant et il m’en reste un dernier à lire…

La porte

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Comme dans les romans de Pennac, je suis le Monsieur Malaussène du travail.

Mon bureau est le cabinet des pleurs et réclamations en tout genre, mais je suis surtout le bouc émissaire pour tout ce qui ne plait pas.

Je suis l’homme à tout faire de la maison, celui qui exécute les ordres et qui n’a pas son mot à dire. Donc je fais ce que l’on me demande de faire sans état d’âme. Et en ces temps de crise sanitaire, je suis devenu clairement impopulaire.

J’ai eu droit à des blagues du genre « Tu ne manges pas avec ton masque ? » depuis que le port du bout de tissu est devenu obligatoire.

Lorsque je croise un collègue non masqué dans un couloir à sens unique, il me regarde fautif et dit « oui c’est vrai j’ai oublié mon masque et c’est vraiment chiant ces sens de circulation. ».

Qu’est-ce que j’en ai à faire qu’il ne porte pas son masque et utilise un couloir à contresens ? Je ne suis pas la police…

Mais quand il n’a plus de gel hydro alcoolique, de masque, de désinfectant, soudain il panique et vient me voir en pleurant, pestant contre le manque de précautions prises par l’établissement et les risques qu’il prend en venant travailler un jour par semaine. Moi je prends ces risques là cinq jours par semaine.

Et en ce moment tout peu virer au drame. Il suffit d’une poignée de porte un peu dure et c’est un signalement dans le cahier hygiène et sécurité, comme quoi l’agent pourrait se blesser en ouvrant la porte.

D’ailleurs parlons-en de cette porte. Une belle porte neuve, un peu lourde semble-t-il pour nos agents vieillissants, une porte à code, code qu’il faut taper puis patienter jusqu’au déclic de la clenche avant d’actionner la poignée vers le bas puis de la tirer lourdement vers soi.

« Tire la chevillette, la bobinette cherra. Le loup tira la chevillette et la porte s’ouvrit. ».

Compliqué ? Certainement puisque j’ai reçu de nombreuses plaintes à son sujet. Trop lourde, trop dure, ne s’ouvre pas, ne se ferme pas, ne fonctionne pas, n’est pas pratique. Je me suis donc fendu d’une leçon sur « comment ouvrir une porte » et en réponse j’ai reçu une longue liste de handicaps physiques et mentaux empêchant l’usage de la porte en question.

Comment font-ils chez eux avec leurs portes blindées avec serrures à cinq points ?

Publipostage

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Vous connaissez le publipostage ?

Il s’agit d’une fonctionnalité que certaines suites bureautiques proposent, permettant, à partir d’un courrier type et d’une liste d’adresses, de fabriquer des lettres personnalisées pour tous vos destinataires.

Vous commencez par extraire la liste d’informations nécessaires, coordonnées, données propres à chaque contact que vous compilez dans un tableur puis vous réalisez la lettre type avec le logo, les champs personnalisables et le tour est joué, votre formidable traitement de texte produit autant d’exemplaires que nécessaire de la lettre et peut même les envoyer directement par courriels à vos destinataires, magique !

Au travail, j’use et abuse de cette technique pour envoyer des lettres à nos clients, prestataires, agents, bref je ne peux pas m’en passer, car modifier à la main deux-cent fois le même document pour changer l’adresse, la date et les contenus spécifiques, c’est pire que le travail à la chaine.

Mais voila, car dans mes billets, il y a toujours un “mais voila”, sinon ça ne serait pas drôle n’est-ce pas ? Mais voila, il y a quelques années, nous avons renoncé à la suite Microsoft Office pour basculer sur Libre Office qui est gratuit. Il n’y a pas de petites économies n’est-ce pas ? Je n’ai rien contre le monde du logiciel libre, bien au contraire, d’ailleurs j’en utilise plusieurs et Libre Office est pas mal du tout. Mais je maîtrisais à fond Microsoft Office, même dans ces plus obscures entrailles, son modèle objet n’avait pas de secret pour moi et le VBA était ma langue naturelle.

Je me suis mis à Libre Office, contraint et forcé puisque la licence Microsoft avait disparue des ordinateurs. Mais avez-vous déjà utilisé la fonction de publipostage (Mailing) de Libre Office ? Déjà où est ce bon vieux ODBC qui permettait de se connecter à une source de données Oracle, MySQL, Excel, texte et j’en passe ? Il y a bien un truc nommé Libre Office Base mais je vous invite à jouer avec, bonne chance ! Passons. Pour faire un publipostage, de base, un fichier ODS et ODT devraient suffire. Dans l’ODS je construis ma liste, dans l’ODT mon modèle, et ensuite j’utilise l’assistant Mailing, enfantin.

Sauf que, car dans mes billets, il y a toujours un “sauf que”, sinon ça ne serait pas drôle n’est-ce pas ? Sauf que des fois, ça ne fonctionne pas. Des fois, l’assistant ne voit pas les champs de la base de données ODS, des fois, il utilise une autre source de données, des fois il prend tellement la tête que l’on finit par écrire ses deux-cents courriers à la main !

Par exemple, sachez que Libre Office n’aime pas les chemins réseaux sous Windows, alors si votre source de données est sur un serveur partagé, oubliez et travaillez en local. Vous pouvez faire de publipostage de plusieurs manières, avec le menu Outils – Assistant Mailing, Insertion – Champs – Autres Champs – Base de données ainsi qu’avec la barre d’outil Mailing. Ces trois méthodes devraient donner le même résultat, mais il n’en est rien, parfois l’une fonctionne, parfois c’est l’autre. Quand vous êtes pressé, cela peut mettre vos nerfs à rude épreuve. D’autant que certaines fonctionnalités donnent des résultats erratiques comme le filtrage des champs avec des conditions genre Ville égal “Strasbourg”; la liste est filtrée mais lorsque vous générez les courriers vous retrouvez des clients à Marseille et Rennes, en fait tous les clients. Pourquoi tant de haine ? Notez aussi le nombre de pages générés par la fonction Mailing, oui c’est deux fois le nombre d’entrées dans votre base, le truc qui rend maboule avant de comprendre qu’entre chaque courrier, Libre Office insère une page vide.

Alors si comme moi vous ne voulez pas devenir fou, je vous conseille quelques astuces de survie. Ne travaillez pas en réseau. Faites attention à l’encodage des caractères de votre source de données, si vous travaillez sur un ancien modèle, effacez les précédents champs et repartez de zéro, effacez vos précédentes sources des données du gestionnaire de base, n’utilisez pas la barre d’outils mailing pour gérer vos sources et le filtrage, passez par le menu Insertion – Champs – Autres Champs – Base de données, c’est le plus fiable, pour moins de dix envois, oubliez le publipostage et surtout, surtout, fermez la porte de votre bureau pour que vos hurlements de rage n’aillent pas se perdre dans les couloirs et effrayer vos collègues.

Mais, car dans mes billets, il y a toujours un “mais”, sinon ça ne serait pas drôle n’est-ce pas ? Mais la vérité, c’est que si j’ai été pendant de longues années un informaticien, depuis quelques temps j’ai décroché et vieilli. La technologie me semble de plus en plus ésotérique et j’accuse souvent à tord le logiciel alors que c’est l’utilisateur qui est débile. Vieillir c’est moche.

Dix années en quelques heures

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J’ai perdu dix années de vie en quelques heures. Sans cigarette, bouteille de vodka, drogue, les années se sont effacées de ma page Facebook. J’ai créé mon compte en 2010 et je l’ai alimenté de plus en plus fréquemment avant de me rendre compte de la futilité de tout cela et de me retirer petit à petit du réseau social.

Depuis quelque temps, je ne publie plus rien sur ma page personnelle, conservant mon compte pour maintenir la page du webzine en fonctionnement, puisque la chose semble indispensable pour conserver une fréquentation du site acceptable. D’ailleurs ce n’est même plus moi qui publie sur la page Facebook, j’ai délégué cette tâche à un autre membre du webzine.

J’en avais assez de voir ces vieilles publications sur mon mur, alors je me suis lancé dans le marathon de l’oubli, celui qui consiste à effacer toutes mes publications depuis dix ans.

Facebook propose un outil pour le faire. Sur votre profil existe le bouton Gérer les publications, qui vous permet à l’aide de filtres sophistiqués, de cases de sélection, de masquer ou de supprimer cinquante publications à la fois. Cinquante publications, soit environ la moitié de ce que je publiais en une semaine. Alors si je compte bien 100 publications fois 52 semaines fois 10 années, je devais actionner l’outil un peu plus de mille fois pour tout effacer.

Oui mais bon voilà quoi, c’est Facebook. La théorie ne colle jamais la réalité. L’outil fonctionne mal, il faut scroller sur les publications pour en sélectionner plus de quinze, mais pas trop scroller non plus sinon vous dépassez la limite des cinquante posts et vous devez désélectionner à la main ceux qui sont en trop.

Et puis au-delà de quinze et selon la direction du vent et l’humeur de madame, l’outil permet seulement de masquer les publications au lieu de les effacer et lorsque que vous les avez masquées il vous propose alors de les effacer, bref double travail. Et c’est sans compter les bugs, un effacement qui n’efface rien, ou qui efface mais ne met pas à jour les informations si bien que lorsque vous recommencez l’outil s’effondre.

Au bout du compte, cela fonctionne pour environ dix publications à la fois les bons jours, du coup c’est plus de cinq-milles opérations qu’il faudra faire pour effacer mon histoire, sans compter les bugs.

J’ai commencé ma croisade un vendredi vers 13h et ai presque tout effacé (il reste encore des photographies mais là c’est l’horreur) vers 19h. Six heures de dur labeur pour disparaître partiellement de la toile.

Ces données sont-elles réellement effacées des serveurs de Facebook, je ne le pense pas, et pour le coup je m’en moque, je voulais juste afficher un profil vierge de toute bêtise. J’en ai profité pour faire un grand ménage dans mes contacts, ceux avec qui je n’ai jamais d’interaction, pourquoi les conserver ?

Dans le même temps j’ai ouvert un compte Instagram pour le webzine mais ce n’est pas moi qui le gèrerai et pour la page Facebook, ce sera un autre membre de l’équipe qui s’en chargera. J’en ai ma claque des médias sociaux je l’avoue, mais depuis le temps vous vous en doutiez n’est-ce pas ?

En plus il s’agit quelque part d’un acte écologiste. Si Facebook efface bien mes données, j’allège la charge des data centers énergivores.

Le Test

Un matin je me suis réveillé avec un petit mal de gorge de rien du tout et le nez congestionné, rien de grave, le premier signal grippal de l’année.

Mais cette année, nous sommes en 2020, et quand des fous ne décapitent pas des fonctionnaires, la COVID-19 se charge de régler leur compte.

Alors, pas question de me présenter au travail en toussotant, je serais immédiatement confiné dans une pièce close, isolé de mes collègues et sans café, en attendant qu’un haut fonctionnaire décide de mon sort. 

J’ai téléphoné au médecin qui m’a invité à répandre mes microbes et peut-être virus dans son officine et à les partager avec cinq autres patients. 

Tension check, température check, respiration check, gorge, pas check. Bon c’est vrai la gorge me gratte un peu et je toussote. Sirop, corticoïdes, Doliprane, arrêt maladie. Arrêt maladie pour un rhume ? Oui car avant de retourner au travail je vais devoir passer un test.

QI ? Non PCR. Vous savez le coton tige que tout le monde redoute d’avoir dans le nez. Même pas peur, je l’ai déjà eu dans la bite. Le médecin m’arrête deux jours, le temps d’avoir les résultats du test PCR.

Vous avez entendu notre gouvernement vous aussi, priorité aux personnes symptomatiques. Bon. Je téléphone au laboratoire près de chez moi et on m’envoie bouler vers le site de logiciel libre docto. Heu… et si j’avais pas Internet moi ? J’essaye un autre laboratoire plus éloigné, pareil. Je réessaye en disant que je suis malade et que j’ai une ordonnance, pareil, pareil, pareil. Alors je me connecte sur Doctolib et découvre que la dernière fois que j’ai utilisé ce site, c’était pour ma défunte mère. Ça sent le sapin tout ça. 

Je m’escrime pendant un quart d’heure pour modifier ce compte et en désespoir de cause, devient Herveline agée de quatre-vingt-sept ans et morte depuis quatre ans. Bref. Là je découvre alors les disponibilités de rendez-vous à moins de vingt kilomètres de chez moi. Dans six jours, pas avant ! 

Sérieusement ? Mais je suis prioritaire parce que malade et avec une ordonnance et que je vais peut-être mourir de troubles respiratoires (le rhume) dans la nuit. Docto machin s’en fou comme les labos. J’ai dû mal comprendre le président où alors lui a dû mal comprendre sa ministre de la santé ou bien ils se foutent du monde ou c’est le bordel le plus total.

Je trouve tout de même un laboratoire d’analyse à plus de vingt kilomètres, paumé dans la cambrousse, qui peut me prendre dans l’après-midi, miracle ! Un gros quart d’heure de voiture dans le potage et me voila à me fourrer des contons tiges dans les narines, quelle chance !

Mais imaginons que j’ai été au RSA, sans voiture, sans abonnement Internet, parce que je n’arrive déjà pas à me loger, me chauffer et me nourrir décemment. Comment aurais-je fait monsieur docto démerde-toi ? Certains pointent du doigt le fait que le virus frappe principalement les classes sociales défavorisés, pourquoi est-ce que ça ne me surprend pas ?

Au moment où je publie ces lignes je viens d’apprendre que je sauvé. Je m’en doutais un peu aussi parce bon voila, j’ai un rhume. Je vais pouvoir retourner travailler et répandre ma crêve parmi mes collègues afin qu’ils expérimentent à leur tour l’efficacité de notre système sanitaire de crise. Bon courage les potes !

Le masque et la plume

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A la manière de la Comedia dell’arte, nous jouons tous une pièce dans laquelle nous portons des masques. En tissu lavable, en papier jetable, FFP2, chirurgical, il en existe de toutes les formes, couleurs et matières. 

Au travail nous devons porter le masque, pas le voile. Un masque pour aller et venir dans les couloirs, un masque pour travailler dans les bureaux partagés.

Un masque oui, mais lequel ? Notre employeur, qui doit fournir l’indispensable objet, a fait le choix du masque lavable, dans un souci d’écologie. 

Bien entendu, les employés n’aiment pas porter un masque et le sujet semble cristalliser tout le mécontentement actuel au travail. Les masques sont inconfortables, difficiles à nouer, trop minces, trop épais, pas jolis, difficiles à laver. Les masques fournis dans d’autres entreprises sont bien mieux que les nôtres etc, etc…

Nous disposons d’un stock stratégique composé de quatre type de masques, trois lavables contre un jetable. Officiellement, les masques jetables n’existent pas car tout le monde en réclame à corps et à cris (étouffés par le masque), que nous n’en avons pas assez et que la direction a choisi l’éco responsabilité. Les jetables sont réservés aux situations d’urgence et aux agents devant effectuer des travaux pénibles, là où le maximum de confort est nécessaire pour travailler en toute sécurité.

Bien entendu, certains ne portent pas le masque, car ils l’ont oublié, que ça cache leurs favoris ou bien qu’ils n’en voient pas l’utilité pour marcher dix mètres jusqu’au photocopieur. Bien entendu, pour fumer en bonne compagnie, boire le café entre collègues, manger à la même table, nous ne portons pas le masque comme dans le “paradoxe du restaurant” où la place assise n’est jamais contagieuse.

Nous portons majoritairement des masques lavables, sauf pour ceux qui ont acheté leurs propres masques jetables.

Ces masques, il faut les laver, à 60 degrés Celsius, après chaque utilisation. Mais savez-vous qui doit les laver ? L’agent ? Non. L’employeur !

L’entreprise doit laver les masques de ses agents ou bien les dédommager du lavage. C’est la loi. Les bras m’en tombent. Je nous vois bien acheter des machines à laver le linge et employer un agent à temps plein au lavage des masques de tout le personnel. Et comment identifier les masques d’untel ou untel ? Avec des étiquettes comme au pressing ? Pourvu qu’aucun syndicaliste ne tombe sur ce texte, car nous serions dans une merde noire.

Je pense que si cela arrivait, nous trouverions brutalement des crédits pour doter chaque personne de masques jetables. Parce que j’imagine mal l’état créer la prime de lavage de masque indexée sur le nombre de jours travaillés, minorée du nombre de RTT, des jours de grève et des congés payés.

Actuellement nous travaillons sur une répartition équitable des masques en fonction du poste occupé par l’agent, la densité de personnes autour de lui et son niveau potentiel de nuisance syndical. Un tableur Excel bourré de formules. Et vu que nous disposons de trois type de masques, et qu’un des modèles est particulièrement inconfortable, la répartition des types de masques se fera au prorata du nombre fourni à chaque agent. Je suis d’ailleurs en train de d’aiguiser mes ciseaux pour découper des quarts de type de masques A, B ou C, comme ça pas de jaloux.

Le titre de ce billet était la Masque et la plume, en référence à une émission culturelle de ma jeunesse. Le masque vous comprenez pourquoi j’espère. Mais la plume alors ? He bien, vous savez où vous la mettre la plume si vous n’êtes pas content de votre masque ?

Fish & Chips

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Lorsque que nous sommes rencontrés, ma femme et moi, je venais de visiter pour la première fois l’Ecosse, ses paysages grandioses et ses petits restaurants populaires où une grosse dame avec un accent incompréhensible vous demandait : “Salt or vinager ?”, “Heu, yes…”. J’écoutais alors en boucle le premier album solo de Fish, Vigil in the Wilderness of Mirrors, un disque qui reste un de mes préféré de la carrière solo de Fish.

Ma future épouse tomba sous le charme désuet d’une chanson de cet album, ‘A Gentleman’s Excuse Me’, le passant et repassant sans discontinuer dans notre chambre d’étudiant à en rendre fou nos voisins.

Trente années plus tard, en préparant les actualités pour le webzine, je tombais par hasard sur Youtube sur ‘Garden of Remembrance’ tiré du dernier album au nom imprononçable du poisson de Marillion. Immédiatement, mon épouse tomba en pâmoison et me réclama le lien du clip.

Le double album, que nous ne chroniquerons sans doute pas faute de promotion, est à la maison bien évidement. ‘Garden of Remembrance’ pourrait passer en boucle sur la chaine haute fidélité et ses enceinte Triangles. Au pire je pourrais passer le clip sur l’écran du Mac et envoyer le son vers le DAC afin qu’elle regarde les images en même temps qu’elle écoute la musique, histoire de profiter d’un son digne du talent de l’artiste. Au lieu de quoi ma chérie préfère l’écouter sur son smartphone au son de crécelle.

Toute la journée, j’ai entendu la belle ritournelle et vu ma femme verser des larmes sur son petit écran en regardant le clip du vieux bonhomme aux rares cheveux blancs, au son d’un Youtube crachotant sur des hauts parleurs indignes d’un gril pain.

Si elle continue, je vais détester ce titre et ne plus jamais écouter Weltschmerz. Mais je ne lui en veux pas. Trente ans après, j’aime ma femme plus encore que lorsqu’elle écoutait en boucle ‘A Gentleman’s Excuse Me’ sur mon lecteur de K7.

Vous savez, j’ai un travail aussi

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Depuis plus de vingt ans je gère un webzine de rock progressif. Programmation, administration, sauvegardes, mises à jours, publications, la bête m’occupe beaucoup. Et comme il faut alimenter le site en contenu pour nos lecteurs, je chronique des albums, couvre des concerts, fait des interviews, écrit des actualités, enregistre les groupes, leurs albums et leurs concerts. Et comme pour chroniquer il faut de la musique, je sollicite les labels, maisons de disques et artistes. Et n’étant pas seul dans le webzine, il faut en plus que je partage la musique, relise le travail des autres, relance les gars pour qu’ils livrent leur prose à temps, et tout ça justement prend du temps. Je me suis fixé un rythme de publication de trois chroniques hebdomadaires, sans parler des news quotidiennes, parfois plus lors de la rentrée musicale.

Toute cette pression exigeait un exutoire alors j’ai créé un blog pour parler de ma folie, de la musique d’un point de vue politiquement moins correct, pour raconter ma vie, pour décompresser. Mais un blog, même s’il a moins d’exigences que le webzine, doit être mis à jour et surtout alimenté régulièrement en billets. Alors, depuis mon smartphone, j’écris quand me vient une idée, comme en ce moment puis je la mets en forme, cherche un titre, une image et plus tard, si le billet me semble toujours acceptable, je le publie. Je me suis fixé un rythme de deux billets par semaine, parfois je cale devant la page blanche, parfois j’en gribouille cinq en une semaine.

Le rock progressif m’a ramené à la photographie par hasard en voulant proposer des images pour les live reports. Au début j’empruntais du matériel au travail mais bien vite j’ai voulu un matériel adapté à l’exercice. J’ai retrouvé les joies de la photographie avec un reflex, un sport abandonné avec la fin de l’argentique. De photographie de concert je suis revenu tout simplement à la photo. J’ai rapidement adopté Flickr pour publier les clichés de concerts et mes premiers pas dans le numérique. Avec cette plateforme j’ai découvert le travail d’autres personnes et j’ai voulu trouver mon style. J’ai également découvert le développement numérique qui m’a définitivement rendu accroc à l’image. Au début je publiais une photo de temps en temps, en fonction de mes ballades, aujourd’hui je m’oblige à sortir une image par jour en plus des photos de concert. Trouver une idée, la photographier, la développer, la publier, l’image m’a totalement asservie.

Et comme j’aime lire, je partage mon enthousiasme littéraire sur le blog ainsi que sur Babelio, mais ça, pour une fois, ça ne me prend pas trop de temps.

Chaque jour j’écoute de la musique, publie des actualités, des chroniques ou billets, répond au médias, relis des textes, met en ligne des photos 

Mais j’ai un travail et une famille vous savez. Chaque jour je sacrifie sept heures à mon employeur, chaque jour je fais à manger, je change la caisse du chat, sort les poubelles, fait les courses, lave et étend le linge, passe l’aspirateur, la serpillière, l’éponge, la brosse à dent. Et après toutes ces activités éreintantes je trouve encore le temps de regarder une série télé, de lire un ou deux bouquins et de dormir neuf heures les bonnes nuit, sans parler des migraines qui me volent 24 heures de ma vie toute les semaines, enfin les bonnes semaines…