55 Ko pour rien

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Lundi matin je me rendais sur un aéroport pour le travail. Rendez-vous avait été pris le vendredi précédent avec le chef du centre pour le conduire également là bas. Mais il fallait partir tôt, car d’après ses dires, sa journée s’annonçait chargée.

Lundi, 7h00, dans les starting blocks, je charge la voiture et attend mon passager et guide, car pour se rendre sur cette plateforme, il faut être accrédité et accompagné, comme pour un concert, sauf que là c’est vraiment compliqué. (Je me demande au passage comment la première personne a pu rentrer dans ce lieu, si elle n’était pas accompagnée par quelqu’un déjà sur place, c’est un peu comme le problème de le poule et de l’œuf, mais bon passons).

7h45, ne voyant pas le bonhomme arriver, et ayant tenté à plusieurs reprises de le contacter sur son portable, sur son fixe, je décide à partir sans lui. Car bon voila, moi aussi j’ai du travail et la route est longue. Par précaution, je me muni des numéros de téléphones des services de l’aérodrome, afin que quelqu’un puisse me faire passer les différents contrôles de sécurité, une fois arrivé sur place.

Vers 9h15, me voici près de l’aérogare, ne sachant où me rendre pour arriver aux services techniques. Je me gare, prend mon téléphone et appelle le centre. Un répondeur, en allemand, boucle sur le même message vocal incompréhensible. J’essaye un autre numéro, même baragouinage. Après plusieurs tentatives infructueuses, j’appelle au secours la maison mère située à cent cinquante kilomètres de là, et je tombe sur un bon samaritain qui me fournit alors des numéros de téléphone complètement différents de ceux notés sur notre site web professionnel… étrange, notre annuaire ne serait-il pas à jour ? C’est la seconde fois en une semaine que je tombe sur ce problème… La prochaine fois il faudra penser à être plus prudent avant de partir.

Je tente donc le nouveau numéro du chef de centre. Occupé… C’est déjà mieux que des mots prononcés dans une langue que je ne comprends pas. Mais je suis toujours dehors. Son portable ? Sur répondeur… Seule solution, tester tous les numéros du centre, avec un peu de chance… après le 01, je fais le 02, et je tombe sur un collègue à qui j’explique ma galère et qui m’indique où me rendre et qui vient me faire passer les trois barrages de sécurité. Ce sera mon ange gardien pour le reste de la journée.

Autant, lorsque vous prenez l’avion, vous acceptez d’enlever votre manteau, votre ceinture, vos chaussures, vos clefs, votre téléphone portable, vos pièces de monnaies dans une boite avant de passer à poil sous le portique, autant lorsque vous venez travailler, chargé de matériel, un peu pressé par le temps, la procédure devient quelque peu irritante, surtout répétée à plusieurs reprises. Un premier contrôle d’identité, remplissage de formulaires et fourniture d’un badge inopérant, fouille de la voiture, inspection des bagages, puis c’est le premier portique, puis la double barrière, puis la barrière et enfin la barrière.

10h00 je suis enfin sur place. Le chef de centre, en conférence téléphonique, daigne à peine me saluer, me laissant me débrouiller avec le travail qu’il était censé initialement réaliser (“oui mais tu comprends, c’est mieux que tu viennes le faire”). Un café peut-être ? Dans tes rêves. Deux heures de manip plus tard, pour lui, quelques cigarettes grillées sur la terrasse, j’ai terminé. Mais voila, impossible de sortir du bunker maintenant, la sécurité n’ouvre ses bureaux qu’à 14h00. Je prends mon repas sur place, gagnant au passage le droit à un nouveau contrôle de portique pour évaluer ce que j’ai pu manger de dangereux (un pistolet, voire une grenade) et puis je patiente jusque l’heure libératoire, sans que personne ne daigne me proposer un café, je n’ai pas eu ma dose depuis 7h00.

15h45, après près de deux heures de route, d’embouteillages, et quelques fous furieux sur la route, j’arrive enfin au travail, énervé, fatigué et surtout en manque de caféine.

L’heure est alors au bilan de la journée. Levé à 6h00, parti un peu avant 8h00, j’arrive une heure trente plus tard, je poirote une demie heure sur place, je travaille deux heures, je patiente deux autres heures, je roule deux heures, tout ça pour, à peine cent-vingt minutes de travail effectif… Mais la journée n’est pas finie, car on m’informe que la moitié du bâtiment n’a plus de courant, la faute à un disjoncteur capricieux. Il est 16h00, j’appelle un électricien qui arrive à 16h30 et qui constate la panne avant de m’annoncer qu’il ne pourra rien faire.

Il est 17h00, je suis debout depuis onze heures avec un seul café dans les veines, j’ai travaillé à peine deux heures, pourtant je suis épuisé. J’aurai pu m’épargner plus de trois heures de route, éviter de relâcher plus 55 Kg de CO² dans l’atmosphère, tout cela si une personne avait fait son travail Suis-je en colère ? Devinez…

De la pub sur mon mur

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Il m’arrive bien de grignoter quelques biscuits #Lu de temps à autre, surtout au travail, lors de la pause café de 9h00, par contre je ne mange presque jamais de chocolat #CôtedOr pour m’épargner de régulières et violente crises de migraines. Je ne suis pas musicien et si je l’avais été, j’aurais certainement joué des claviers et non de la guitare #MyGuitar. Je ne bois pas de bière bon marché #Pelford, même pendant les concerts. Mes courses, je les fait à Auchan #Carrefour car c’est le magasin le plus proche de chez moi et que je déteste perdre mon temps à cette activité. Je ne vais pas au cinéma #TwoDoorCinemaClub, j’ai un vidéo projecteur, un home cinéma et un écran de deux mètres vingt dans une pièce dédiée à cet usage, en plus je ne suis pas impatient de voir un film, j’attend qu’il soit édité en Blu-Ray et si je participe à de nombreux financement participatifs c’est mon problème #ILoveCrowdfunding. Je me déplace principalement à vélo, parfois en Logan pour les longues distances et je déteste les motos #TriumphMotorcycles. Mon chat ? il mange des croquettes et de la pâté pour chat, comme tous les chats. Je ne l’emmène pas dans des bars à chats, des hôtels à chats, chez un kiné pour chat et son alimentation n’a rien de bio éthique bobo, s’il n’est pas content, il n’a qu’à chasser #NakuAlimentationNaturellePourChiensEtChats. Oui c’est vrai, je suis sensible à l’écologie, aux économies d’énergies #CampagneNationaleDéconomieDénergie mais je n’ai pas besoin d’une campagne pour faire attention, je chauffe peu, je roule peu, je coupe l’éclairage dans les pièces vides. #OnATousUnCôtéFoot, ben non justement, j’emmerde les footeux, leurs gueulantes, leur sport débile, leur engouement pour une équipe, tout l’argent gâché pour faire oublier au peuple que tout va mal et que la planète se réchauffe, du pain et des jeux, plus de deux-milles ans plus tard, nous en sommes toujours au même point, affligeant. La sérénité, vous voulez que je vous en parle de la sérénité #SerenityCoachInstitut ? avec un employeur qui essaye de nous mettre dehors, qui donne aux agents une visibilité de six mois sur leur poste, qui change de discours toutes les semaines. Désolé, je roule dans une Logan pourrie #Peugeot, je n’ai aucune passion pour les voitures et l’idée de claquer quinze mille euros pour polluer un peu plus la planète me sort par les trous de nez. S’épanouir #SépanouirAutrement ? Vous trouvez que je ne suis pas épanoui vous ? Je vous emmerde ! #FDJ ? Non mais sérieusement, il faut être abruti pour aller jouer en donnant de l’argent à l’état pour espérer gagner et si par miracle vous gagniez, redonner encore de l’argent à l’état et se pourrir la vie avec toutes les personnes qui vont venir mendier à votre porte. Je ne suis pas un artiste, je l’ai déjà dit je crois #TheArtistAcademy. Si je déteste les footeux, j’ai bien peur que le rugby ne rejoigne bientôt le niveau du football à force de sur médiatisation alors non merci #ParAmourDuRugby. #MonAvisCitoyen ? Vous voulez le connaître ? Je pense que les élites nous méprisent et jouent le jeu des grands trusts, plus préoccupés par la croissance que par le bien être des hommes. Travaillez plus pour gagner plus pour dépenser plus pour plus de croissance. Sacré programme… Moi aussi ça commence à me pomper toutes ces pubs sur Facebook #PompeAChaleur. #RGEEMICParis me laisse sans voix, je ne sais pas ce que c’est, et de toute façon je m’en fou un peu. Oui je vis dans une maison alsacienne à colombages qui date du dix-septième siècle et alors #Alsamaison ?

En faisant ma revue de presse quotidienne sur Facebook, j’ai subi toutes ces publicités sur mon mur, et cela en une quinzaine de minutes, respect. Décidément leur algorithme de ciblage n’est pas au point, ils auraient pu me proposer du matériel audio, des objectifs photo, des albums de rock, des concerts, des BDs, des romans, des bonbons haricots, mais non, rien que des trucs qui ne m’intéressent pas. Google est bien plus fort sur ce point, eux savent vraiement ce que j’aime.

Lu – Côte d’Or – MyGuitar – Pelford – Carrefour – Two Door – Cinema Club – I Love Crowdfunding – Triumph Motorcycles – Naku, alimentation naturelle pour chiens et chats – Campagne nationale d’économie d’énergie – On a Tous un Côté Foot – Serenity Coach Institut – Peugeot – S’épanouir autrement – FDJ – The Artist Academy – Par Amour du rugby – Mon avis citoyen – Pompe à Chaleur – RGEEMIC Paris – Alsamaison…

L’influenceur

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Je possède un avis sur tout, film, bande dessinée, livre, jeu vidéo, album, exposition, concert, politique, matériel photo, matériel audio, technologie, science. Donnez-moi un mixeur, je vous le chroniqurai. J’ai interviewé les plus grands, j’ai tutoyé les plus célèbres, je suis prêt pour une heure de tête à tête avec Trump. Sur YouTube, Facebook, Twitter, dans mon blog, mon webzine, sur Flickr, je partage mes gribouillages, communique ma passion, donne mon avis, critique, raconte…

Je suis un influenceur, c’est ainsi que l’on nous appelle. Mes écrits, mes vidéos modifient le comportement d’achat de mes followers. Ils veulent être moi, s’habiller comme moi, boire la même boisson que moi, conduire la même voiture que moi.

Un photographe m’immortalise dégustant une bière tout en écoutant le dernier vinyle de pop. Gros plan sur la cannette mousseuse et sur le nom du groupe, mon visage en second plan, celui que tout le monde le connaît, avec ce sourire béat. Shooting dans un jacuzzi remplit de champagne et de jeunes filles dénudées, sur le pont d’une croisière musicale, interviewant la rock star du moment.

Les marques s’arrachent mes espaces publicitaires. Les grands fabricants audio se battent pour que j’écoute la musique sur leur matériel hifi. Je suis le VIP des soirées de rock, les tourneurs déroulent le tapis rouge, me couvrent de cadeaux. Les plus belles chanteuses rêvent de partager, ne serait-ce qu’une nuit, mon lit à baldaquin. JC, mon JC, Oui , Oui, Ouiiiiiiii !

Nut ! Nut ! Nut ! Le réveil sonne, il est six heures, je dois me lever pour aller bosser. Aujourd’hui il faut changer les pneus de la flotte de Clio, commander du PQ, préparer la grande salle pour une réunion et briefer la femme de ménage sur l’utilisation de la serpillière. A 17h, s’il me reste un peu d’énergie, j’écouterai les fichiers mp3 reçus et transcrirai l’interview téléphonique d’un obscur groupe de prog en buvant un verre d’eau du robinet. Je regarderai une vielle série télé puis me battrait pour un peu de couette avec ma femme dans ma vieille maison qui tremble au passage des bus.

Je suis un influenceur, j’ai une chaîne YouTube que personne ne consulte, une page Facebook désertée, un blog confidentiel, un webzine avec moins de cinq cent pages vues par jour et un Flickr rempli de photos moches. Je suis un influenceur qui n’influence personne, n’intéresse aucun annonceur, ne vend aucun alcool, vêtement et cela me va très bien. Pour le jacuzzi, j’ai une baignoire. Et pour les bulles, devinez…

Le parlement des imbéciles

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Vous possédez un avis sur tout ? Non ? Alors pourquoi commentez-vous tout ce que vous voyez ? Avez-vous lu l’article, été sur le site, vérifié l’origine de l’information avant de réagir ? 

Vous likez pour exister ou pour passer le temps au bureau ? 

Pourquoi réagissez-vous à chaud, sans réfléchir un seul instant, avez-vous pensé qu’une personne se trouve derrière ce que vous commentez, qu’elle va lire, vous trouver probablement ridicule, voir pire ? 

Vous partagez comme si une information présente sur Internet était parole d’évangile. Avez-vous perdu tout sens commun, où est passé votre bon sens, votre discernement ? Un édifice brule, vous vous enflammez, criant au complot, vous vous laissez berner par de grossiers montages vidéo, vous prenez pour argent comptant une blague du Gorafi. 

Autrefois, tout ce qui venait du tube cathodique était pris pour vérité, aujourd’hui la moindre rumeur sur la toile, un tweet, un post, une vidéo, une news et c’est le tollé, les gitans en camionnette blanche kidnappent nos enfants ! 

Une personne commet une erreur et c’est la curée, je commente, j’insulte, je me moque, je partage, je démolis. Beaucoup de bruit pour rien. L’erreur sera corrigée, les commentaires désobligeants effacés, l’imbécile bloqué et trente minutes plus tard tout sera oublié. Il aurait été tellement plus simple de signaler l’erreur en message privé, vous ne vous êtes jamais trompé vous ? 

Bêtise, ennui, dés inhibition sur Internet ? Pourquoi se comporter ainsi sur la toile alors que dans la vie vous ne l’oseriez jamais ? 

L’Internet, qui devrait être source de divertissement et de savoir, est devenu, grâce aux médias sociaux, le lieu de la désinformation, la foire d’empoigne, une arène pour le lynchage, le parlement des imbéciles.

Le drame des créateurs de contenus, auteurs, musiciens, blogueurs, artistes, journalistes, est que pour exister, ils ont besoin de ces médias sociaux, sinon, il sombrent dans l’oubli. Et donc souvent lorsqu’ils publient, ils sont confrontés à cette bêtise humaine quotidienne, ces remarques déplacées, ces réactions débiles, ces lynchages en règle.

Vous n’êtes pas d’accord, argumentez, vous n’y arrivez pas ? Posez vous alors des questions, mais cessez d’écrire n’importe quoi, réfléchissez !

Internet est une jungle où les imbéciles possèdent autant de pouvoir que les personnes sensées. Où le mensonge côtoie indifféremment la vérité. Complot, intox, lobbying, idiotie, contre vérité sont noyées au milieu de l’information. Internet est une plaie et un bienfait, selon ce que NOUS en faisons. Alors avant de réagir, utilisez vos neurones, songez à ce que vous écrivez, aux conséquences pour les autres, car vous n’êtes pas seuls sur la toile, nous sommes très nombreux.

Le printemps ne dure que trois jours

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J’ai été très pris par les concerts ces dernières semaines, par les chroniques et les interviews, épuisant toute l’encre de ma plume. 

Les beaux jours arrivent, et c’est sur un transat, au fond du jardin, en écoutant Panzerpappa que j’écris ces mots. Le jardin, ma seule activité un temps peu soit saine, loin des écrans et d’Internet. 

La saison des semis bat son plein, avec une nouvelle fois un peu d’avance. Les petits pois et les tomates ont déjà fière allure, les salades, si elles ne sont pas dévorées par les limaces, devraient agréablement améliorer les repas. Les fraisiers, poiriers, pruniers, cerisiers sont en fleurs, les potimarrons, courgettes, concombres sont encore sous serre mais ne devraient pas tarder à grandir en pleine terre. Je sèmerai bientôt les haricots et le potager sera complet.Le soir, au lieu d’allumer le mac, je vais dans le jardin, j’arrose, désherbe, bine, parle aux feuilles, plonge les mains dans la terre.

Dès la mi juin, nous consommerons une partie des produits du potager, des tomates aux saveurs incomparables, des légumes bio circuit court éthique bobo, des salades concombre tomate menthe,  des tartes à la rhubarbe, des fraises chantilly, des petits poids crus, des haricots frais, des poêlés de courgettes jaune croquantes.

Le blog pourrait souffrir de ce bonheur culinaire retrouvé, des apéritifs en terrasse, de la lecture au fond du jardin mais rassurez-vous, je ne vais pas tarder à vomir sur mes abrutis de voisins buvant jusqu’à point d’heure en terrasse et leur con de chien qui gueule en permanence.

Puis je vais souffrir de la chaleur, ne plus dormir, maudire le réchauffement climatique et la bêtise humaine puis espérer avec impatience la saison des figues. Ici le printemps ne dure que trois jours.

La mort vous va si bien

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Parfois je me moque, je suis cynique, parfois je m’énerve, aujourd’hui je suis grave et sombre, pas d’humour, juste du vague à l’âme, si vous n’êtes pas d’humeur, ne lisez pas.

J’ai toujours eu un rapport compliqué à la mort et la souffrance qui l’accompagne.

Ma première rencontre avec elle, quoique théorique, fut effrayante. Ce fut le jour où je découvris, qu’un homme peut en tuer des millions en quelques secondes. J’étais tout petit. De mon lit, j’avais entendu un reportage sur Hiroshima et Nagasaki. J’ai beaucoup pleuré cette nuit là et cauchemardé ensuite. Cela me paraît toujours aussi monstrueux.

La seconde occasion fut concrète et douloureuse. Une petite fille de dix ans se faisait faucher par une voiture. Elle était mon amie, elle revenait de la danse, un jeudi après-midi. J’ai refusé d’aller à ses obsèques, j’étais trop choqué. De ce jour, jusque il y a peu, j’ai refusé la mort, fuyant les cérémonies religieuses.

Mais la faucheuse oeuvre quand même, qu’il y ait des spectateurs ou non, cela n’y change rien. Ma grand mère mourut folle, sans que cela m’émeuve vraiment, ma tata adorée succomba à un cancer, puis mon grand père admiré. A chaque fois je vécu ces disparitions dans le déni.

Puis mon grand frère, mon poteau, celui qui m’invitait à d’épiques fiestas, tomba gravement malade, encore un cancer. Sa vie fragile devint l’affaire de quelques mois, jusqu’au coup de téléphone, celui que vous redoutez tant et qui vous fait détester à jamais les sonneries stridentes. Ce fut ma première cérémonie funéraire, civile, mais belle, entouré de ses amis. J’étais préparé à cette disparition, enfin je le croyais, mais il me manque toujours terriblement.

Lorsque la mort s’invite chez vous par surprise, sans frapper à la porte, sans faire de bruit, le choc n’en est que plus brutal. Un dimanche matin, après une nuit joyeuse chez des amis, ce maudit téléphone sonna une nouvelle fois. Un autre grand frère venait de partir, lassé de la vie. Le corps ne contient pas assez de larmes pour noyer le chagrin qui vous submerge alors brutalement. Un second frère s’en était allé, sans prévenir. Un nouveau voyage au pays de mes ancêtres, un train que je vais apprendre à détester comme la sonnerie du téléphone, une nouvelle cérémonie civile, une famille qui se réduit comme peau de chagrin.

Peu après, tout aussi brutalement, son fils mit fin à ces jours. Une malédiction, un roman d’horreur, une famille ravagée part la douleur Le téléphone puis le train et une nouvelle cérémonie civile.

Puis ce fut ma mère, et sa douloureuse fin de vie, des jours et des nuits à l’hôpital puis le coup de fil de l’interne au petit matin. Son heure était arrivée depuis longtemps, ce fut presque un soulagement pour elle. Mais cette fois la cérémonie fut sordide.

Ma rencontre avec la mort fut brève et intense. Nous nous sommes croisés sur une piste cyclable. Elle avait un skateboard, moi un vélo. J’ai survécu de justesse à la première nuit grâce à un médecin avisé et ensuite j’ai regardé le monde d’un tout autre oeil.

Mais si cette fois elle m’avait épargné, elle n’en a pas moins continué son oeuvre.
La même année mon oncle partit des suites d’un cancer et au premier de l’an de l’année suivante une amie disparut, me laissant bouleversé après ces jours de festivités. Je pense souvent à elle.

Puis la mort signa une trêve, enfin une courte trêve avant décès d’une nouvelle amie. Un SMS foudroyant, porteur de la sinistre nouvelle. Ce fut la première fois que je me rendais à une cérémonie religieuse, pour soutenir son frère, ami de très longue date. Je déteste les cérémonies religieuses avec tout leurs rituels ésotériques, un peu ridicules, mais c’était une façon de pleurer la disparue en compagnie d’amis. Ce jour là, dans l’église froide, j’ai pensé à tous ces proches que j’ai perdu, mes frères, mon neveu, ma mère, ma tante, mon grand père, mes amis.

La semaine suivante, un ami et collègue partait lui aussi. Je l’ai appris par une actualité anonyme sur le site internet de notre entreprise. Sordide.

Il ne reste plus grand monde à tuer dans ma famille, un vieux père fatigué, un frère avec qui j’ai peu de contact et moi même.

Je ne songe pas à mon épouse, encore moins à mes enfants, attendez donc que je sois froid avant des faire les cons, j’y perdrai sinon la raison.

Cependant j’avoue être curieux. Curieux de la mort, de préférence sans souffrance, juste pour savoir. Je ne suis pas pressé notez le, sauf parfois lorsque les crises de migraines deviennent trop violentes et rapprochées. Je n’ai pas peur, pas encore, sauf la crainte de traîner trop longtemps. Je ne suis pas mystique, ni religieux, juste curieux de savoir qui avait raison.

Le menu est en haut

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Ocultée par l’écran noir de mes pensées, la lumière ne pénètre plus dans le salon. De doux ronronnements brisent le silence, le chat n’est pourtant pas là.

La fenêtre n’occupe plus tout l’immense mur et pourtant je ne trouve pas le menu.

Des pommes ? Pourquoi pas, mais à cette saison, elle sont hors de prix.

La lumière dans la pièce ne brille pas, je ne connais pas mon répertoire classique, vas-y qu’ils disent, encore faudrait-il savoir où aller.

Vingt-sept pouces ça en fait du monde sur le bord de la route à essayer de monter dans une voiture. Migrer d’un pays vers un autre est bien plus compliqué qu’il n’y paraît et cela prend des heures lorsque vous avez beaucoup de bagages, à condition encore de pouvoir emporter les dits bagages.

Un apprentissage douloureux devant un monstre pour retrouver des automatismes, le menu est en haut, encore faut-il lever le nez.

Plein de tunes à transporter dans une petite valise, des heures de remplissage à pleine vitesse, des heures de transbordage avec l’espoir que les billets ont cours ici. 

Arrivé samedi midi, le monstre ne m’a laissé aucun répit depuis, recherches, essais, échecs, nouvelles tentatives, installations, incompréhension, et si j’avais fait le mauvais choix ?

La bête ronronne doucement alors que sa copine asthmatique peine à suivre le rythme infernal. L’une se dépouille, l’autre se gave, mélodies, paysages, concerts, portraits, messages… La grande migration a commencé, méga après méga, la chenille devient papillon mais j’aimerais bien aller dormir quelques heures, on vient de basculer à l’heure d’été, tout ça pour 0.07% d’économie d’énergie.

Dimanche matin, j’ai récupéré mes tunes, une sacrée aventure croyez-moi, restait encore la chambre noire, indispensable même à l’heure du numérique. Par chance Linux Torvals est une vieille connaissance sinon j’aurai eu quelques craintes avant le lancer le Script For a Jester’s Tear.

Larry Page aime bien les safaris, un problème de moins dans ma liste toute douce. Le soleil brille, encore une demie heure de transvasement si tout va bien.

Vous voyagez côté Pomme ou Fenêtre ? Gare à vous, si vous changez de fauteuil, cela pourrait être inconfortable plusieurs heures.

Si vous n’avez rien compris à ce post hallucinatoire, référez-vous à l’image. Je viens de divorcer de Microsoft pour épouser Apple, et croyez-moi, le passage de l’un à l’autre, ne se fait pas sans souffrance, même lorsque vous êtes un ancien informaticien.

Non à la dématérialisation

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L’heure est à la dématérialisation. Même dans la fonction publique. Mais là, ce sont les agents que l’on passe au broyeur. Le papier lui, il reste, conservé précieusement dans dans des cartons dans des sous-sol humides et poussiéreux pour qu’il pourrisse lentement. Mais auparavant, nous les numérisons, car allez retrouver la note 35B de la DSO dans les lugubres rayonnages de nos archives secrètes, éclairées par des néons qui clignotent de manière sporadique.

La musique a été dématérialisée à perte, copiée, dénaturée mais la tendance aujourd’hui est de revenir à la gravure. Le livre perd ses feuilles à l’automne du patriarche, se télécharge et tue à petit feu les librairies de quartier. Les bandes dessinées suivent elles aussi cette impitoyable éradication pixélisée. A quand la famille 32 bits ?

Mais la plus grande perte, lors de cette déferlante digitale, ce fut celle des billets de concerts. Aujourd’hui un QR code vous ouvre les portes des salles, à moins que ce ne soit un petit canard tamponné sur le poignet. Les billets de concert, je les conservais comme un fétichiste collectionne les petites culottes, soigneusement rangés dans un tiroir, souvenir de grands moments passés avec Peter Gabriel, Pink Floyd, Sting ou Fish (je parle bien des billets, pas des petites culottes). Des bouts de carton colorés, où figuraient la date, le lieu, l’artiste, l’artwork de la tournée, des objets de collection, aujourd’hui quasis introuvables.

Numérisez les décisions administratives si vous le voulez (je travaillerai d’autant plus vite), compressez la musique à souhait (je ne l’écouterai pas), transformez les livres en octets si cela vous chante (je ne les lirai pas), mais rendez-nous nos billets de concerts par pitié !

Vous verrez, un jour, ils finiront même par digitaliser les sous-vêtements féminins si on les laisse faire…

On va le payer

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En climatologie, lorsque nous subissons un épisode de sécheresse intense, les vieux, qui n’ont toujours pas intégré le concept de réchauffement climatique, disent à chaque fois la même chose : “On va le payer”. Comprenez, Gaïa, mère nature, va rééquilibrer tout ça en nous faisant tomber sur la figure des trombes d’eau pendant des jours. Autant en météorologie ce concept d’équilibre est totalement inepte, autant dans la vie courante, mes excès se payent toujours au prix fort.

Janis et Out5ide à Barr, O.R.k. et de The Pineapple Thief à Strasbourg, Lifesigns à Russelsheim, Collapse à Strasbourg, le programme des derniers jours bien fut chargé. C’est toujours dans ces moments là que l’on nous demande de couvrir O.R.k. à Paris, Haken à Lyon, Manticora à Karlsruhe, Evergrey à Mulhouse alors que la boite mail déborde, que les artistes nous sollicitent, qu’au travail je tiens trois postes en même temps et qu’à la maison la plomberie fuit.

Ces excès d’activité, cette frénésie, qui me caractérisent, se payent chaque fois le prix fort. Après les pics, viennent les creux, de longues phases d’apathie, d’épuisement, pendant lesquelles je ne trouve la force que de lire des BDs faciles et d’écouter de la musique pour le plaisir. J’ai un fabuleux bouquin à lire, mais je m’endors au bout d’une page, même Lanfeust de Troy n’arrive à tenir mes paupières ouvertes que sur une vingtaine de planches. Je peine à avancer sur ma chronique, pourtant un album sublime, et je procrastine devant le PC, retardant le moment où il faudra transcrire l’interview de Lorenzo, préparer les chroniques de la semaine prochaine, faire les comptes, passer l’aspirateur, régler la tuyauterie du lavabo, changer la caisse du chat, aller faire des courses.

Le problème, c’est que l’horizon ne s’éclaircit pas franchement, avec Out5ide qui passe chez Paulette le 23 mars, Soen le 3 avril au Z7, Crippled Black Phoenix le 4 à la Laiterie, Neal Morse le 10 au Z7, ARENA le 11 au Das Rind, un tribute à King Crimson le 11 à l’Espace Django à Strasbourg, le Art Rock Festival du 12 au 14, RPWL le 20, Orphaned Land le 23 au Z7… Comment choisir ?

Il fut un temps, lorsque je ne connaissais moins de groupes, je trouvais que les concerts étaient bien trop rares. Aujourd’hui, je trouve qu’ils sont trop nombreux. Même si je m’efforce d’aller à la découverte de groupes que je n’ai jamais vu en live (O.R.k., Lifesigns, Crippled Black Phoenix, Orphaned Land), le webzine est également sollicité pour couvrir des événements, l’occasion d’interviews, de photographies, de rencontres, comment refuser ? A chaque fois cela me crève le cœur de dire non, désolé, on ne peux pas, on ne pourra pas interviewer Manticora, couvrir Evergrey, revoir O.R.k. aller à la release partie de Moyan.

Le rêve serait de professionnaliser le webzine, de le transformer en quelque chose qui me permette de m’y consacrer à temps plein, d’en tirer au minimum un SMIC, mais comment ? Ouvrir une boutique de CDs ? d’autre l’ont fait sans succès. Mettre de la pub ? ça ne rapporte rien. Un bouton de donation ? la bonne blague. Devenir manager de groupes ? je n’ai pas les contacts même si j’ai été sollicité, et puis comment être objectif et manager des groupes ? Épouser une vieille rockeuse pleine de tunes ? je suis déjà marié. Vendre de la drogue ? Je risque de tout consommer. Et puis, sincèrement, étant donné le nombre de visiteurs, si je veux monétiser, il va falloir passer à Booba, Céline Dion et laisser tomber le rock progressif. Quel intérêt alors ?

En fait j’ai trouvé un plan : je vais vendre mon corps à la science, car avec l’abus de triptans, de corticoïdes, d’antibiotiques, ma dégénérescence osseuse, mes migraines, mes genoux foutus, mon rein boiteux sans parler de mon cerveau malade, je dois être un bon cas d’école. J’espère juste que, contrairement Au Sens de La Vie, ils ne viendront pas récupérer ma carcasse fourbue avant qu’elle n’ait officiellement cessé de fonctionner.