Journal d’un confinement

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Le 16 mars 2020, la France se décidait enfin, après plus de quinze jours d’épidémie, à confiner sa population.

J + 23 : Mercredi 8 avril 2020 – j’ai perdu le Nord

Vous êtes-vous déjà couché par erreur dans le lit de quelqu’un d’autre un jour ? Parce que moi, c’est ce qui m’est arrivé hier soir. Enfin presque.

J’étais assis devant mon Mac, un casque sur les oreilles, mes notes à côté du clavier et l’album posé près de l’écran. La session Skype était lancée et l’interview allait démarrer. Une fois l’adresse du chanteur du groupe saisie et je lançais l’appel. Devant moi trois gars confinés dans un grenier, quelque part à la campagne. Trois ? Bon je croyais qu’ils seraient quatre. Ça arrive parfois. J’adapterai les questions, je suis souple. Les gars se présentent, et là j’ai comme un doute. Eux pas. Alors avant de rentrer dans le vif du sujet, j’agite devant la caméra la pochette de l’album dont on va parler. Et là, il y a comme un blanc. « Heu ce n’est pas le bon album… », « Ben si », « Ben non ! ». « Vous êtes qui ? ». « Ben Machin. ». Oups, le groupe que je m’apprête à interviewer n’est pas le bon, pire j’ai à peine écouté leur album et je serais bien en peine de leur poser une seule question. Je ne m’étais jamais retrouvé dans une telle galère, pourtant j’en ai connu pas mal depuis le temps. Alors je leur explique qu’il y a erreur sur la personne, m’excuse platement, leur souhaite de bien se porter et termine l’interview la plus courte de ma vie.

Après ces émotions j’ai écouté une petite heure de Marc Atkinson en live streaming avant d’aller faire dodo, la migraine ayant eu raison de ma passion pour sa musique. Jeudi ce sera Franck Carducci, vendredi Mark Kelly. Les artistes se donnent à fond pour nous, merci les amis !

Aujourd’hui il fait un temps magnifique. Dans jardin c’est transat, Caligula’s Horse et The Expanse. Ça pourrait être pire. Je sème à tout vent des navets. Des vrais, pas ceux de Animal Crossing, il n’y a pas de spéculation dans mon potager. Par contre dans ma petite île, la chasse aux oeufs bat son plein, j’en ai ramassé douze ce matin.

Vous savez que vendredi est jour chômé en Alsace ? Youpi ! Vendredi Saint. Heu… Pour ce que cela va changer à notre quotidien… En fait le confinement ressemble à de longues vacances d’été avec pas un sou en poche pour aller bronzer ses fesses sur les plages et la voiture en panne garée sur le parking.

Aujourd’hui nous avons dépassé le seuil symbolique des dix-milles morts. Tout est sous contrôle, les gens partent en vacances, l’air de rien, se promènent au soleil, discutent dans la rue comme si de rien n’était. Hé les gars ! C’est pas fini ! Le pic n’est pas encore atteint, restez chez vous !

J + 22 – Mardi 7 avril 2020 – je suis maladeee

Hello le soleil brille brille brille ! Mais, je suis maladeee, j’ai la rate qui s’dilate, j’ai le foie qu’est pas droit, c’est la maladie d’amour. Bref. Je suis hypocondriaque.

COVID or not COVID, this is the… Mais ta gueule ! Quoi ma gueule, qu’est-ce quelle a ma gueule ? Ben t’a les cheveux longs et idées courtes. 

Quoi de neuf docteur ? C’est la fièvre du samedi soir ? 37.2 le matin ? 

Hier nous avons terminé Life on Mars. Il ne nous reste plus que Stargate Atlantis ou le Trône de Fer. Vous choisiriez quoi vous ? Bon pour ce soir j’ai une interview, une migraine, deux concerts en streaming et une envie de vomir. J’ai l’embarras du choix. 

Comme le confinement nous pèse un peu, j’ai agrandi ma maison, elle possède maintenant deux pièces et je suis très endetté mais je cultive les clochettes et spécule sur les navets, donc tout va pour le mieux.

Côté jardin j’ai installé ma pompe pour arroser le potager. Chaque année à cause du gel, il faut démonter l’installation et dès sur les beaux jours reviennent tout réinstaller. Et ce n’est pas une mince affaire : étanchéité et amorçage me prennent plusieurs heures à chaque fois mais après j’ai de l’eau, à plus de cinquante mètres du premier robinet, là où poussent épinards, navets, radis, frisées et bientôt tomates, courgettes, potimarrons et cie. Un potager quoi.

Suis-je malade ? Oui assurément, mais pas du COVID-19…

J + 21 – Lundi 6 avril 2020 – nous y sommes 

Il aura fallu attendre trois semaines de confinement pour que le virus frappe à notre porte. Trois semaines pendant lesquelles nos contacts avec le monde se sont pourtant réduits au supermarché, à la boulangerie et à trois collègues de travail. Ma femme a perdu le goût et est fébrile. Je suis courbaturé, ai le nez sec et bouché et la gorge qui grattouille. Nous y sommes. Enfin peut-être. Comment savoir ? Oui je sais, en faisant le test, mais il faut être mort pour en bénéficier en France. Il n’y a plus qu’à espérer que cela n’aille pas beaucoup plus loin. Il fait si beau dehors. Ce serait moche de rester cloué au lit.

J’ai trouvé des occupations, outre Animal Crossing, The Expanse, Live on Mars et Maya l’abeille, je me lance dans des interviews Skype et des clichés de la lune. Le ciel est clair, les musiciens coincés chez eux et la lune presque pleine. Les conditions sont idéales. Et puis j’ai retenté le Drive, c’est presque un sport à plein temps de nos jours mais j’ai gagné après une heure de persévérance et obtenu un créneau ce soir à 19h ! Fou non ? Bon ok y a pas grand chose dans le panier, mais rien que pour le principe c’est cool. Je me prépare à faire la queue vers 18h45 en remplir le coffre avant 20h00 si j’ai de la chance.

Toutes ces journées me laissent beaucoup de temps pour la musique, rien qu’hier j’ai écouté cinq vinyles: Lunatic Soul, Harmonium, Frequency Drift, Apocalyptica et Evi Vine. Car le jour du seigneur j’écoute en 33 tours. 

Je recommence également à travailler sur des promotions, car la saison bat son plein. J’alterne instrumental, planant, vocal, bourrin, expérimental pour ne pas me lasser car la musique à haute dose ça peut user. J’alterne également artistes confirmés et bricoleurs de garage, car le formatage studio quasi parfait peut lui aussi devenir soporifique. Bref le plaisir est dans la diversité, au moins en musique.

J + 20 : Dimanche 5 avril 2020 – bas les masques !

Vingtième jour de confinement. 

Demain il faudra porter un masque pour aller travailler. Un masque ? Vous êtes gentils mais quel masque ? Un de ceux que j’ai envoyé aux hôpitaux ? Un des masques volés aux Suédois ? Un des masques rachetés par les américains ? 

Je n’ai pas de masque moi. Enfin si, des masques périmés datant de l’épidémie de grippe aviaire, une dizaine stockés dans mon atelier poussiéreux depuis la précédente épidémie. 

Ils puent. Et puis quand j’en mets un, la buée recouvre aussitôt mes lunettes et après quelques minutes, un des élastiques casse… 

Je ne devais pas aller travailler lundi, mais je sens que ça va être l’hystérie chez nous. Tout le monde va réclamer des masques sous peine d’exercer son droit de retrait. 

Nous avons déjà eu une crise majeure à cause d’un fond de gel hydro alcoolique présent dans un des centres et pas dans les autres. 

Là aussi, un reste de la grippe aviaire. Car pour cette crise l’état avait très bien anticipé, même sur anticipé puisque masques et gel n’avaient pas servi à l’époque. 

Il va falloir expédier à nos centres lingettes et masques en espérant qu’un service de livraison sera disponible. Mais combien de masques ? Un par agent par jour et par centre en comptant encore un mois de confinement et deux semaines de port de masque ensuite ? Cinq semaines fois sept jours fois cinq centres fois trois agents cela donne un demi millier de masque, c’est jouable. Restent ensuite deux semaines de post confinement avec quatre-mille agents. Là nous serons en rupture de stock soyons clairs.

Au fait, au début ne disait-on pas qu’il ne fallait pas porter de masque ? Qu’est-ce qui changé, le nombre de victimes, le stock de masques, la prise de conscience ?

Et Zorro est arrivé !

J + 19 : Samedi 4 avril 2020 – j’aime / je déteste

J’aime le confinement, le calme qui règne dans la ville et l’air pur.

Je déteste le confinement et son attestation dérogatoire à remplir plusieurs fois par jour.

J’aime rouler en ville avec la route pour moi tout seul.

Je déteste ne plus pouvoir écouter du metal à fond dans le salon.

J’aime arpenter les couloirs déserts au travail avec les téléphones qui sonnent dans le vide derrière les portes closes.

Je déteste faire la queue à la boulangerie ainsi qu’au supermarché.

J’aime ces musiciens qui, enfermés chez eux, prennent leur guitare et nous chantent un morceau pour passer le temps.

Je déteste être malade et ne pas pouvoir me soigner à cause d’un risque de COVID-19.

J’aime aller bosser pour profiter de la bande passante quasi infinie du travail.

Je déteste contempler les Vosges depuis ma fenêtre.

J’aime revoir des séries TV que je connais peur coeur.

Je déteste songer à mon père enfermé dans son EHPAD à mille kilomètres de là.

J’aime savoir que mes amis se portent mieux.

Je déteste cette contrainte que je me suis imposée d’un billet par jour depuis le début confinement.

J’aime écrire.

Je déteste mes voisins (mais le confinement n’y est pour rien).

En vérité, j’aime bien détester.

J + 18 : Vendredi 3 avril 2020 – ennui

Avec tout le temps dont je dispose enfin, que fais-je donc de mes journées ? La réponse est, pas grand chose. Je désherbe le jardin et l’île virtuelle. Je lis un peu, j’écoute un peu de musique, je range quelques bricoles, je perds mon temps sur Internet et passe quelques coups de fil. Rien de très constructif.

Il faudrait pourtant que je tapisse la cuisine, que je range le grenier, que je traite des poutres, que je passe le karcher sur la terrasse, que je prépare mes semis, mais non, je glandouille. Hier au lieu de bosser sur ma critique, j’ai écouté quatre fois le nouvel album d’Airbag, tout le contraire de ce que je devrais faire. 

Je procrastine, je bulle, je m’ennuie, je zone, je farniente, j’attends, je repousse, je perds mon temps, je désoptimise, je déprime ?

Pour tuer la monotonie et alimenter ma banque d’images, je suis parti au fond du jardin, cinquante mètres plus à l’est- mon dieu quelle expédition ! -, équipé d’un 24-85 macro, afin de capturer la lumière des petites bêtes. La macro photographie n’est pas une passion, d’ailleurs je n’ai pas acheté l’objectif pour ça mais pour son poids plume, pas plus que les petites bêtes ne m’intéressent vraiment, mais si je veux rester un tant soit peu actif, il faut que je fasse quelque chose de mon temps. Alors je règle la vitesse au millième, ouvre au maximum mon iris, approche la lentille à deux centimètres de l’insecte bourdonnant et tente d’obtenir un cliché potable. Une heure de gagnée dans la longue journée…

J + 17 : Jeudi 2 avril 2020 – Mon frère 

Mon frère se trouvait à Venise au juste au début de l’épidémie italienne. Il a vu un signe, un ange de la mort lui a parlé, alors il a pris le premier avion en partance pour l’hexagone. Il a atterri à Bordeaux et a rejoint Paris en train.

Vingt-quatre heures avant l’annonce du confinement, une voix l’a mis en garde. Alors il a fait des provisions pour dix jours et comme un million de parisiens, est parti se mettre au vert pendant douze jours. Pourquoi douze jours me direz-vous ? Parce que au bout de douze jours, la copine qui l’hébergeait, l’a foutu dehors, sans doute gênée la nuit par toutes ses voix qui lui parle.

Mon frère pense avoir contracté le COVID-19 et est persuadé d’être immunisé maintenant. A Venise, il a souffert de sensations d’étouffement, sans doute la peur panique me direz-vous, mais ça ce sont les mauvaises langues qui le disent. Il pense être immunisé mais craint cependant une rechute. Une rechute immunitaire en fait. 

Mon frère possède un thermomètre classe XXL, d’une précision inégalée, hier il avait 37,16°C de température (la rechute). Je lui ai dit que par chance il n’avait pas 37,17°C. Il n’a pas compris.

Mais rassurez-vous, mon frère va bien, mieux qu’à l’époque où il ne me mangeait plus rien venant de chez lui, persuadé que les services secrets tentaient de l’empoisonner en badigeonnant les aliments de son frigo avec des produits mortels.

Mon frère est taxi parisien, et peut se balader dans la capitale déserte. Ne montez pas dans son taco, il est forcément contagieux, et de toute manière, qui monterait dans le véhicule d’un sikh maboule en pleine pandémie ? Il m’a dit qu’il allait faire des photographies de la ville.

Même si mon frère est totalement cinglé, j’avoue que je l’envie un peu. Il a l’occasion unique de réaliser des clichés incroyables de Paris désertée alors que moi, coincé dans ma maison, je n’ai plus qu’une dizaine de négatifs à développer, et pas les meilleurs.

Je le déteste !

J + 16 : Mercredi 1er Avril 2020 – poisson d’avril ?

Et si le confinement n’était qu’une vaste blague destinée à s’achever aujourd’hui en magnifique queue de poisson ? Ok, ok, ce n’est pas drôle… 

Mais bon, voilà quoi, je suis énervé. Avec quoi vais-je mélanger mon muesli matinal s’il n’y a plus de yaourt demain ? Sérieusement.

Je suis passé au centre de tri postal ce matin, un masque sur le visage et plein de buée sur les lunettes. Les mecs qui conçoivent les masques ne pouvaient pas penser aux bigleux comme moi ? Au centre de tri, dans un vaste hangar, les agents de la Poste circulent sans masque ni gant, manipulant le courrier des autres, se bousculant dans les allées. Ils sont immunisés les gars ? Pas étonnant que la distribution du courrier soit perturbée.

En parlant de masques, vous savez quoi, ceux que l’on a reçu et qui ne servaient à rien sont brutalement devenus indispensables. « Vous pourriez en envoyer dans les centres ? » … « Vous voulez parler de ceux que l’on a distribué aux hôpitaux ? » … « Ils nous en reste beaucoup ? » … « Ben non, une centaine. » … « C’est embêtant. Vous pourriez en redemander ? » … « A qui ? » … « Oui à qui… essayez quand-même… ». Ma mission, même si je ne l’accepte pas, consiste à trouver des masques sans expliquer pourquoi nous n’en avons plus, pensez-donc, 900 masques évaporés dans la nature…

Vous saviez que nos voisin étaient des abrutis fini. Je pensais que même les abrutis allaient prendre peur. Ben non, même pas peur les gars, ils invitent leurs potes à boire le café à la maison. Confinement vous avez dit ?

Mais tout n’est pas si sombre. Hier j’ai assisté à mon second concert en streaming depuis le début du confinement avec une centaine d’autres personnes. C’était magique. Pendant deux heures j’ai cru être dans un pub en compagnie d’amis à écouter Marc Atkinson chanter. Merci Marc, à mardi prochain, j’apporte les chocolats.

J + 15 : Mardi 31 mars 2020 – des décisions s’imposent 

La situation ne pouvait plus durer. 

Hier j’ai pris la tondeuse pour alléger ma perruque. Le résultat est hasardeux.

Toutes mes analyses sont négatives, je n’ai ni la chaude pisse, ni une infection généralisée, bref je vais bien, sauf que je tousse, que j’ai la zigounette en feu et les yeux qui piquent. Il y a bien des médicaments qui pourraient me soulager mais ils sont prohibés en ces temps de COVID-19. Encore une chance que je puisse prendre mes petites pilules de Zomig car une nouvelle crise sonnait à la porte ce matin. Le médecin m’a proposé de m’arrêter quinze jours ou d’aller bosser, au choix. Vous auriez fait quoi à ma place ? J’ai choisi d’aller bosser. C’est le monde à l’envers. 

Nous n’avions plus de lait dans le frigo, plus de fromage, plus d’oeufs, plus de ketchup, plus de beurre, plus miel, plus de rien en fait. Une expédition punitive en combinaison NBC s’imposait au supermarché. Après deux heures de queue, ma femme revient avec deux litres de lait frais pour quatre et une semaine, douze mini portions de beurre doux et pas d’emmental. Elle a pris les derniers oeufs qui n’étaient pas cassés et dû faire l’impasse sur de nombreux produits que nous consommons habituellement. Il devient urgent de préparer des semis pour le potager. Nous allons également voler une vache dans un prés, des lapins dans un élevage, quelques poules à la ferme voisine, planter des pommes de terres, semer du blé et du maïs. A la guerre comme à la guerre.

Ce soir, j’assisterai au second concert streaming du confinement avec Marc Atkinson à la guitare et chant et sa compagne Tammi derrière la caméra. Comme quoi cette crise a du bon: je n’ai jamais eu l’occasion de voir Marc chanter en live.

J + 14 : Lundi 30 mars 2020 – seul sur Mars

Nous venons de passer deux semaines confinés et nous signons pour deux nouvelles semaines au minimum. Pour aller sur Mars comptez plusieurs mois enfermés dans une boite de conserve avec des parois épaisses comme du papier aluminium. Tout compte fait nous sommes bien au chaud à la maison.

S’il a neigé cette nuit, c’était de la neige carbonique au sommet d’Olympus Moons. Car il n’en reste aucune trace au sol ce matin. Par contre la tempête de sable bat son plein.

Pour la première fois, je renonce à me déplacer jusqu’au travail. Je tousse beaucoup et ma femme a un rhume, ça sent le sapin. Vous imaginez la catastrophe si une épidémie de ce genre se produisait en milieu confiné, genre dans une base martienne ?

Mon flux d’actualité ne parle plus que du COVID-19, d’appareils photos et de comparatifs d’équipements audio. Cela fait un petit moment que je n’ai pas lu d’article sur l’exploration de la planète rouge, et ça me manque. J’ai toujours été un martien de coeur. Je vais aller faire un tour sur Futura-Science pour voyager un peu.

J’ai une furieuse envie de barre chocolatée au caramel, mais sur l’attestation de déplacement dérogatoire il n’y a pas de case pour « aller acheter un mars », alors je me fais violence.

Dans Animal Crossing, les deux ratons laveurs vendent un télescope cinq-milles clochettes. Hors de prix ! Mais si ça se trouve, avec, je pourrais observer la planète Mars.

Finalement nous n’avons pas regardé Stargate Antlantis hier soir, nous ne nous sommes pas tapé dessus ni n’avons mis en route un troisième enfant. Nous avons jeté notre dévolu sur la série Live On Mars, la version U.S.. Ce n’est pas la meilleure des deux mais les filles sont plus jolies et je peux écouter du Bowie et du Simon & Garfunkel.

Le mois de mars s’achève demain.

J + 13 : Dimanche 29 mars 2020 – la loi des séries

Treize journées de confinement et ça y est, nous n’avons plus de série à regarder. Après Trapped saison une et The Missing saison deux, nous voici à sec. A quoi allons-nous occuper nos soirées ?

Pendant cette période étrange, les couples pris au piège dans quelques mètres carrés se déchirent ou découvrent le Kamasutra. A l’issue de cette crise il y aura beaucoup de divorces et de bébés c’est certain. 

Nous, nous nous supportons bien, forts de trente années de vie commune mais nous ne sommes plus assez souples pour le grand livre du couple épanoui. D’ailleurs il est très surfait entre nous. Que nous reste-il donc ? Le Scrabble ? Sans façon. Vous me lisez assez pour savoir que mon orthographe est catastrophique. Et j’ai toujours, toujours détesté ce jeu. Les livres, oui, mais ma chérie s’endort le soir en cinq minutes avec un livre, donc mauvais plan. Netflix ? Ça ne marche pas sur notre box et regarder une série sur un écran de Mac, bof quoi, nous on a un vidéo projecteur. 

Il nous reste bien quelques séries à la maison, mais ce sont celles que nous avons vu de nombreuses fois. Allons-nous replonger dans l’intégrale de Stargate Atlantis ? Ce n’est pas impossible…

Sinon il pleut et demain matin il devrait même neiger. Alors adieu le jardin et vive le monde virtuel. Tom Nook m’a demandé de meubler trois maisons, de bâtir un pont, de lui construire une boutique et d’installer une clôture autour de mon cottage. Je n’ai jamais autant bricolé de ma vie ! Pour ce faire je coupe du bois, je secoue les troncs d’arbres, je tape sur les rochers et je creuse la terre sans cesse. Trois piqûres d’abeilles, deux syncopes et le soir, en me promenant enfin, une morsure d’araignée. C’est la loi des séries…

J + 12 : Samedi 28 mars 2020 – en analyse

Vautré sur le canapé je parle à mon chat : « to be or not to be, this is the question », « Miaou ! », « c’est bien ce que je pensais… ».

En douze jours de confinement je n’avais jamais roulé autant: quatre-vingt kilomètres en une matinée, deux aller-retour au laboratoire d’analyses. Prise de sang, analyse d’urine, cotons tiges dans la zigounette, je saurai peut-être bientôt ce qui ne va pas chez moi et là je ne parle pas de ma tête.

Vous avez déjà essayé de vous enfoncer un coton tige dans la zigounette ? Les filles, ne répondez pas, ce n’est pas du jeu ! Ben finalement c’est moins terrible que ça n’en a l’air lorsque l’on a connu une semaine de sonde urinaire… De là à le réaliser pour le plaisir, il y a un monde.

Le temps est magnifique alors je jardine un peu. Au programme désherbage. Ça passe les nerfs. Ça m’a permis de discuter avec ma délicieuse voisine célibataire qui prend le soleil sur un relax. Elle vient de perdre l’odorat et le goût après trois jours de fièvre modérée. COVID-19 vous croyez ? Ça calme.

Et oui, je tousse, moins qu’hier cependant, j’ai les yeux qui piquent et je ne vous raconte même pas dans quel état est la zigounette. Et vous ça va ?

J + 11 : Vendredi 27 mars 2020 – la vague arrive

Debout sur le ponton à l’ouest de l’île, je contemple l’océan. Les vagues s’écrasent sur les rochers en écume blanche. 

Mais de quelle vague parle notre premier ministre ? Du tsunami de connerie qui déferle sur la toile ou de l’épidémie de COVID-19 ? 

Le soleil brille généreusement et le vent est tombé, ce serait une après-midi idéale pour aller au jardin histoire de changer d’air. Mais non, je tousse encore.

Les gens s’appellent, tchattent, des barbes naissantes, des personnes sans maquillage, seules chez elles apparaissent sur les écrans de smartphones. Combien d’heures passons-nous devant nos écrans pour travailler, discuter, s’informer, se distraire ? Bien plus qu’auparavant c’est certain. Si l’Internet saute, ce sera l’émeute ! Moi je m’abstiens de cette orgie de contacts digitaux car parler me fait tousser.

Des concerts en streaming s’organisent pour mon plus grand bonheur, un écran, un casque, une bière et je suis paré pour un live report. La majorité sont en acoustique et c’est tant mieux, quand je m’agite, je tousse.

Je tousse de plus en plus en fait, mes yeux grattouillent et ça picouille à un endroit que je garde secret. Je suis bon pour aller au laboratoire faire des analyses parce que le médecin se pose quelques questions : «Vous ne seriez pas susceptible d’avoir attrapé une MST ?». Bheuuu ? Je me disais bien qu’à force d’écouter n’importe quoi j’allais finir par chopper quelque chose, une AOR, une ACDC, une RPWL, mais une MST, sérieusement…

Mais essayez d’obtenir un rendez-vous pour des analyses lorsque vous êtes en pleine épidémie et que vous toussez. Je vais devoir rouler plus de vingt kilomètres afin d’effectuer trois analyses dans un laboratoire équipé pour éviter toute contamination. Dépistage vous avez dit ?

Bon pas de panique, à priori je vais bien à part une potentielle MST et cette saloperie de toux. Allez bisous ! Heu non, oubliez… On ne sait jamais.

J + 10 : Jeudi 26 mars 2020 – plan de bataille 

L’hôpital de campagne vient d’être installé près de Mulhouse. Mes boulangères portent des masques et des gants. Nos centres régionaux sont fermés et notre immeuble de Strasbourg ne renfermera plus qu’un seul agent à partir de lundi. Les croquettes du chat sont perdues entre Paris et la maison. Mes sourcils deviennent trop longs et me gênent pour lire, il y a un un bug dans le jeu Animal Crossing et je n’ai presque plus de photos à publier. L’heure est grave. Un plan de bataille s’impose : télécharger la mise à jour d’Animal Crossing et me couper les cheveux.

Mais tout d’abord mission masques : nous avions mille masques inutiles au travail vu que plus personne n’y travaille plus et l’idée d’en faire quelque chose me turlupinait. Un ami m’a donné un contact, une personne centralisant les dons, j’ai demandé le feu vert de ma direction et les masques sont partis vers les services médicaux de la région Grand-Est cette après-midi. Pour une fois, j’ai eu l’impression faire quelque chose d’utile et surtout, ça m’a donné l’occasion d’une ballade dans ma nouvelle voiture avec la bénédiction de la police.

J + 9 : Mercredi 25 mars 2020 – c’est vraiment la guerre

Hier soir j’ai assisté à un embouteillage devant le Drive d’Auchan, je comprends mieux mes problèmes de validation de commande maintenant. Nous allons devoir faire à l’ancienne, gel pour le caddie, masque, quarantaine des produits, cela devient compliqué de se nourrir.

Mon créneau pour gérer le webzine ne dure plus qu’une heure le matin, de sept à huit, avant que le petit mec en prépa bouffe toute la bande passante. Reste le soir, après dix-huit heures, pour récupérer les promos nombreuses et les partager avec l’équipe et poster ce billet. N’attendez donc pas de miracle jusque début mai. 

Car ça y est, nous sommes enfermés à quatre pour plus d’un mois avec, par chance, un peu d’espace pour ne pas se marcher sur les pieds et un jardin lorsque l’on étouffe dedans. N’empêche, que même ainsi, ça ne va pas être évident, alors pour ceux qui vivent en appartement, je n’ose imaginer. Ma femme se planque dans la buanderie pour jouer du piano numérique, bat des records de sommeil, mon aîné attend le soir pour faire du gaming, j’écoute la musique au casque ou sur mon iPhone, nous nous partageons les créneaux horaires de la salle de bain, nous grattons le chat chacun notre tour, toute une organisation de temps de guerre.

J’ai créé un groupe Facebook pour partager de la musique en ces temps de crise. Devin Townsend, Ray Wilson, Steve Hackett et d’autres nous offrent leur musique chaque jour via YouTube. Vous en connaissez d’autres ? Je trouve leur démarche admirable, il faut soutenir nos artistes pendant cette période, ils nous réchauffent le coeur et sont privés de travail et de revenu avec le confinement.

Il faut s’occuper pendant ces longues journées. Aujourd’hui j’ai commencé et terminé la chronique d’un album de metal, joué à Animal Crossing, trié des promotions, préparé des actualités, classé des clichés, courru chercher du pain, lancé une lessive, rangés les courses, fait un peu de ménage et là soudain, je me suis demandé comment photographier le confinement ? Par la fenêtre ? J’ai déjà essayé, mais mes voisins n’aiment pas trop. Alors je me suis souvenu que j’habitais dans une très vieille demeure. Je suis monté au grenier et j’ai tenté de jouer avec les lumières, les poutres et les perspectives. Le résultat se révèle très salissant.

J + 8 : Mardi 24 mars 2020 – pénurie

La tempête d’hier a épuisé mes dernières forces, je n’ai même pas le courage de jardiner. Je n’arrive pas me concentrer sur le tome trois de The Expanse, ce sera pour ce soir, afin d’aider mes paupières à se fermer. Je vais terminer ma chronique en route depuis trop longtemps. Ce sera la chronique de la pandémie. 

Au travail nous venons de recevoir mille masques mais interdiction de les distribuer… alors à quoi servent-ils ? Peut-être les gardons-nous pour la prochaine épidémie ? Nous ferions mieux de les donner aux hôpitaux qui en ont urgemment besoin. 
Le facteur ne passe plus au travail depuis lundi, le centre de tri n’a plus un seul agent de valide, l’épidémie fait rage à la Poste, alors je fais le facteur à leur place. 
Le formulaire employeur pour aller bosser a encore changé, comme si notre direction n’avait d’autre chat à fouetter que de remplir, imprimer et signer cinquante documents pour ses employés. 

Il faut que je trouve le moyen de valider ma commande sur le Drive Auchan, sinon nous serons obligés de faire les courses à l’ancienne avec la file d’attente à l’entrée, les rayons vides et les caissières derrière des bâches plastique. J’ai préparé ma commande mais lorsque je la valide, aucune date n’est disponible, gênant, mais le pire, c’est que lorsque je reviens une heure après, plusieurs articles ne sont plus disponibles dans ma liste et que je me retrouve une fois encore, sans date possible pour faire mes achats. La galère…

Pendant ce temps, des personnes meurent autour de nous et nos petits soucis semblent alors terriblement dérisoires.

Animal Crossing va sauver cette journée déprime, j’ai une perche pour sauter par-dessus les rivières, mon terrain de jeu s’en retrouve magiquement agrandi. Je dispose d’une petite maison au toit rouge, de plein de clochettes à la banque et d’un bien joli chapeau. Je pêche, coupe du bois, cherche des fossiles, ramasse des pommes, arrache les mauvaises herbes, m’installe sur la plage et contemple les vagues qui se brisent sur les rochers. Et là j’oublie quelques minutes la misère ambiante.

J + 7 : Lundi 23 mars – migraine explosive

Des fois les triptans n’agissent pas, ne me demandez pas pourquoi. A huit heures la crise à pris forme. A dix heures du matin je me traînais du lit jusqu’aux toilettes vomir mes tripes. A trois heures du matin, la douleur devenait supportable. A sept heures j’étais au travail et pesais deux kilos de moins. Le stress y est sans doute pour quelque chose.

J + 6 : Dimanche 22 mars – c’est la guerre, des étoiles…

Le soleil est de retour mais ça caille. Paradoxalement nous entrons dans la période la plus froide de l’année alors que l’hiver est terminé. “Y a plus de saison mon bon monsieur”. La faute à cette brutale décroissance, nous consommons moins d’énergie, nous relâchons moins de CO2. Encore un mois de confinement et nous vivrons une petite ère glaciaire. A part le temps capricieux, la vie ressemble à Un jour sans fin et je me demande que faire pour briser ce cercle infernal. Sauf que si tout se répète, le nombre de malades augmente comme le nombre de victimes. J’ai lu quelque part que l’on dénombrait 12 000 morts de part le monde. Combien seront-ils demain ?
Hier soir Manuel Schmid et Marek Arnold (Seven Steps) donnaient un concert sur YouTube, rien d’extraordinaire, mais je salue l’initiative. Un moyen pour les artistes de récolter un peu d’argent avec les dons, de se faire connaître et d’offrir de la musique aux personnes bloquées chez elles. Ray Wilson continue également ses enregistrements quotidiens, ils sont mon rayon de soleil de la soirée.
Alors que faire aujourd’hui ? Courir tout nu dans la rue ? Tapisser la cuisine ? Cuisiner un plat exotique ? Nettoyer les vitres du premier étage ? Jouer à Animal Crossing ? Emmerder le chat jusqu’à qu’il me griffe ? Faire pareil avec ma femme ? Jouer au ping pong dans la cuisine ? Courir comme un fou jusqu’au fond du jardin pour battre un record du 50 m potager ? Prendre des nouvelles de mes proches ? Vous vous faites quoi ?
Je pensais pour ma part lire et regarder des tutos sur Internet : comment soulager une douleur dentaire, comment programmer avec Foundation, comment couper ses cheveux, comment soigner une balanite mais finalement j’ai joué à X-Wing avec mon grand, cela faisait des mois que nous n’avions pas sorti les figurines de la vitrine.

Je me suis fait explosé à deux reprises. Demain La Revanche des Siths.

J + 5 : Samedi 21 mars – petite forme

Le printemps c’était hier. Aujourd’hui il pleut. Pour les promenades, il faut maintenant rester dans un rayon de deux kilomètres du domicile, ça va limiter les choix d’autant que les parcs, les gravières, le canal, la forêt sont interdits d’accès. Il reste encore les trottoirs me direz-vous mais ils sont couverts de merdes de chiens. Je vais faire comme lors de mes cinq mois d’arrêt maladie en 2016, j’effectuerai des aller retour au fond du jardin, cent mètres en légère pente ! A l’époque cela le semblait le bout du monde mais aujourd’hui, à ce rythme là, je risque de prendre un kilo ou deux si le confinement dure jusque fin mai. Mince ! Vous pensiez vraiment que le premier avril ce serait fini ? Mais non enfin, c’était ça le poisson…

Nous en avons profité pour laver les vitres du rez-de-chaussée, c’est fou toute la lumière qui rentre maintenant dans la maison mais il faut vraiment s’emmerder pour se lancer dans une telle activité.

Pour me promener j’ai mon île. Je dors sous la tente au bord de l’eau, cueille des pommes, pêche des poissons, collectionne les papillons et bricole avec Tom. J’ai deux voisins sympas et qui n’ont pas de chien ni de sono dans leur voiture. La vie serait parfaite s’il ne fallait recharger les accus de la console toutes les deux heures…

COVID-19 ou pas, je n’échappe pas à l’épidémie hebdomadaire migraineuse. Pour me consoler j’écoute My Arrival et Arrival en boucle, oui je fais dans les noms de groupes super originaux ce week-end désolé.

Vu que le temps ne manque pas, je me plonge dans la documentation de la version 6.6.x de la librairie CSS Foundation, du HTML responsive, histoire d’étudier une éventuelle modernisation du look du webzine. Bref rien d’autre à faire et je ne travaille pas avant mardi…

J + 4 : Vendredi 20 mars 2020 – sauvés

Nous sommes sauvés, c’est le printemps. Enfin c’est qu’avait dit Trump non ? Printemps ou pas, hier ma femme a réussi à se procurer du PQ, du sucre et du savon. Nous sommes sauvés ! En plus aujourd’hui Animal Crossing sort sur la Switch alors tout va bien. On raconte même que le Plaquenil, un antipaludique, pourrait nous guérir du virus, que demande le peuple ? Il fait beau, même très beau, le réchauffement climatique est là et si nous ne mourrons pas du COVID-19, le dérèglement planétaire aura notre peau. Ne nous mentons pas, je tousse de plus en plus, alors j’ai décidé de sauver mon âme… Oui bon, pas trop tôt me direz-vous. Sauf que je cherche une bonne boutique pour ça. Il y a beaucoup d’officines et autant de charlatans. Alors que choisir ? La revue aurait du écrire un comparatif des religions pour que l’on s’y retrouve. Je suis de culture catho, mais ma mère a viré bouddhiste avant de rejoindre une église évangélique et mon frère est Sikh. Pas facile de se décider du coup. Il y a bien le satanisme, une valeur sure quelque soit le dieu, des filles nues, du chauffage central gratuit, quelques châtiments corporels pour faire du sport sans promener son chien et pas de bonne conduite à avoir Allez, je prends le satanisme. 

J + 3 : Jeudi 19 mars 2020 – décision (in)

Retour au travail à sept heures du matin. Les rues sont désertes et le bâtiment ne contient que deux personnes. Internet est très lent, même au travail. Dommage car PornHub serait gratuit aux dernières nouvelles. J’attends assis dans le bureau depuis mon arrivée ce matin de savoir si je reste en poste ou pas, en attendant, et bien j’attends. J’avais bien fait de laisser à manger dans le frigo du travail mardi, dommage que je n’ai pas songé au dessert. Un collègue consigné chez lui, passe dans les couloirs, à croire qu’il n’a rien compris au concept de confinement… Un autre, arrêté depuis vendredi, repasse chez le médecin aujourd’hui, ça n’annonce rien de bon. Mon épouse télé-travaille de la maison sans téléphone ni ordinateur, autant vous dire qu’elle joue beaucoup du piano et du violoncelle. Pour qu’elle puisse utiliser le Mac ou la station Linux il faudrait installer un antivirus dessus. Sérieusement, un antivirus sur Mac ou Linux ? Pour que faire ? Que je sache le COVID-19 ne touche pas encore les intelligences artificielles, si ? Et puis vu que notre petit dernier occupe toute la bande passante pour suivre ses cours de huit à dix-huit heures, comment dire… Ça laisse peu de place pour le télé-travail. Les artistes sur la toile, proposent en streaming des concerts improvisés avec une guitare et un micro. Eux aussi sont confinés et ils nous offrent du réconfort à leur manière. Les tourneurs devraient essayer les concerts en streaming avec quelques groupes, je suis certain que ça aurait du succès. En attendant il me reste quelques DVDs des précédentes conventions de Marillion à visionner. Sinon il va falloir se procurer du PQ, des yaourts, des pâtes, de l’emmental et du savon d’urgence pour survivre à la maison faute de quoi ce sera vite le drame, surtout pour le PQ. Peut-être en trouve-ton au marché noir ? Mon voisin, à découvert depuis deux jours le plaisir du Karcher, il nettoie tout, autant dire que si la rue est calme, le jardin devient un enfer. Il faut vraiment que je commande un fusil de chasse chez Manufrance.

J + 2 : Mercredi 18 mars 2020 – premières privations

Un soleil radieux inonde le jardin, la rue est déserte et la bande passante aux abonnés absents. Mon petit dernier suit ses cours en streaming, je télécharge des promotions, ma femme regarde Youtube, l’aîné joue en ligne. Priorité à la prépa véto, tout le monde sauf le petit dernier se déconnecte, il va falloir lire, jardiner, roupiller, s’occuper. Par chance j’ai terminé à temps les publications du webzine et mes courses en ligne. Je n’ai pas envie de faire la queue au rayon PQ et pâtes. Bon ok, il n’y a plus de PQ ni de pates sur le site, on fera sans, par chance il restait des bonbons Haribos. Mon rendez-vous au centre anti douleur, programmé depuis cinq mois, est reporté aux calendes grecques, mais ça je peux le comprendre et puis au point où j’en suis. Je vais également être privé de travail comme beaucoup, juste placé en astreinte au cas où. Dommage, au boulot il y a une bonne bande passante… Par contre nous ne sommes pas privés de voisins, damned, ils sont tous dans leur jardin et n’ont rien de mieux à faire que discuter. J’ai peur d’avoir chopé une insolation en parlant au soleil avec eux. Si je vais chez le médecin pour ça, clairement je vais me faire allumer. Alors je suis rentré me mettre à l’ombre, pour écouter l’album de ma prochaine chronique, un groupe marseillais pour changer, Tense Of Fools. Et pour finir avec les privations, l’état d’urgence sanitaire devrait nous priver de bien des libertés. On n’en saura bientôt plus. Chic !

J + 1 : Mardi 17 mars 2020 – des gants médicaux sur les mains

Retour au travail. Nous sommes cinq dans un bâtiment prévu pour recevoir une centaine de personnes. Plusieurs agents sont consignés chez eux sous Doliprane. Grippe, gros rhume, COVID-19, allez savoir… Il faut assurer la permanence au cas où. Muni de désinfectant, je parcoure les bureaux pour nettoyer les poignées de portes, les robinets, avant de retourner dans mon bureau et attendre la fin de la journée. J’ai bien fait d’emmener mon bouquin… Demain, si je bosse, je prendrai aussi ma Switch. Je rencontre la première survivante au COVID-19. Bien envie d’échanger un peu de salive avec elle juste au cas où cela renforcerait mes défenses immunitaires, mais bon, elle n’est pas vraiment appétissante, alors je m’abstiens. Il n’y a personne à la direction pour me dire si je peux ou dois travailler demain et surtout, vu que passé midi, je n’ai plus de droit de circuler sans un papier de mon employeur, j’ai un problème… “Allo Houston ?”. Encore plus gênant, les restaurants sont tous fermés, je vais manger quoi ce midi moi ? J’ai bien ma carte Up Déjeuner fraîchement rechargée mais bon, j’aime pas trop croquer du plastique à midi. Ce seront donc des pâtes réchauffée au micro-ondes. J’ai imprimé des attestations de déplacement dérogatoire pour aller chercher du pain, des yaourts, des fruits et me rendre au travail sauf que pour le travail, mon employeur a zappé le fait qu’il devait fournir un papier lui aussi, le justificatif permanent. On verra tout ça jeudi, demain c’est confinement dans le jardin et dans le salon, car je viens de recevoir, sans doute mes derniers arrivages de CDs pour quelque temps, Cosmograf et Arrival.

J : Lundi 16 mars 2020 – dubitatif

Youpi ! Le weekend est terminé et j’ai le droit à un jour bonus à la maison. Il fait beau, j’en profite pour tondre la pelouse, semer quelques graines, jouer à Luigi’s Mansion 3, développer quelques photographie, avancer dans le tome 3 de The Expanse et regarder une nouvelle série TV, la dernière qui nous reste car les médiathèques ont fermé leurs portes samedi. Le papa toulousain récupère son petit et malgré une nuit de travail et dix heures de route, repart illico presto dans l’autre sens avec son italien, craignant que le confinement ne soit confirmé le soir. L’actualité lui donnera raison. Mes voisins font des provisions en vue de la fin du monde, pâtes, PQ, sucre en quantité invraisemblable. L’hystérie gagne du terrain. A vingt heures, notre président nous annonce la nouvelle : “C’est la Guerre !”. Comme je m’y attendais, après la fermeture des frontières allemandes, la France se met enfin au confinement. Je tousse, en réalité cela fait presque trois semaines que je tousse, un peu, quand je bouge, mais je n’ai pas de fièvre, même si j’ai la sensation d’avoir chaud à la tête. Bronchite psychosomatique ? COVID-19 peu actif ? Serais-je le patient zéro du travail ?

J-1 : Dimanche 15 mars 2020 – excellent moral

Le printemps est magnifique même si nous sommes toujours en hiver. Avec mon épouse, nous profitons du soleil dans les Vosges comme toute la population de l’Alsace encore en état de rouler. Les parkings du mon Saint-Odile sont bondés. Tout le monde descend chercher l’eau de la fontaine magique pour se purifier, nous on va juste se promener et par hasard nous découvrons, dans un vallon, une magnifique chapelle. De retour à la maison, j’apprends d’un ami toulousain, que les frontières germaniques ferment demain à huit heures. Son fils étudie le commerce à Karlsruhe, de l’autre côté du Rhin. Le temps qu’il arrive, on ne pourra plus passer. Alors je prends ma nouvelle voiture toute belle, passe la frontière, les contrôles sanitaires et fonce chercher le petit Alessandro dans son appartement d’étudiant. Faut dire, avec un prénom pareil, il joue avec le feu le garçon.

La peste et le choléra

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Pourquoi ne pas emprunter à JPL le titre de ce billet ? Il convient parfaitement à la situation.

Les écoles ferment, les tournées de concerts s’annulent les unes après les autres, les restaurants baissent leur rideau de fer, les services publiques fonctionnent au ralenti, les frontières hermétiques sont rétablies, l’épidémie est bien là.

Ai-je peur ? Non. Je ne me suis pas rué dans les supermarchés pour remplir les placards et le congélateur, au pire je mangerais d’abord le chien des voisins, ensuite mon chat puis les enfants. Suis-je parti loin de la civilisation pour échapper au virus et à l’angoisse générale ? Non plus. J’aime bien ma maison, elle contient plein de livres, de BDs, de CDs et de DVDs pour passer le temps. Et puis il faut que j’aille quand même travailler.

Chez nous les agents sont invités à rester à la maison en télétravail, autant dire que le bâtiment est désert. Pour ma part, je fais une rotation avec un collègue pour assurer le fonctionnement du centre, un jour sur deux à arpenter les couloirs déserts et à vérifier que tout fonctionne correctement.

Hier soir, je suis allé à Karlsruhe en catastrophe récupérer le fils d’un ami qui fait ses études là bas. Les frontières fermaient à 8h00 se matin, pour combien de temps, quinze jours, un mois, deux mois, trois mois ? Sa famille habite Toulouse. Le temps de faire la route pour venir le chercher, le filtrage au poste frontière aurait déjà été mis en place. La folie !

Toutes ces mesures, je les comprends et je les approuve. Il faut endiguer l’épidémie, faire en sorte que les hôpitaux puissent accueillir les patients les plus atteints sans avoir à choisir entre deux malades, faute de place.

Ce qui me turlupine par contre, c’est pourquoi si tard ? Pourquoi ne pas avoir réagi tout de suite, lorsque l’épidémie était à notre porte ? Peut-être que si des mesures radicales avaient été prises tout de suite, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Car en Espagne et en Italie, les autorités vont plus loin encore, imposant une quarantaine quasi totale à la population. A quand notre tour ?

La peste et le choléra. La santé et l’économie. Car l’économie s’effondre, inévitablement. Ce stupide système boursier qui vacille au moindre mouvement de panique de la populace est en pleine déroute. Entre le cours du baril qui plonge et les actions des entreprises qui s’effondrent, nous nous approchons à grand pas de la crise de 29. Le chômage va exploser, les PME mettront la clef sous la porte, les fonctionnaires ne seront plus payés, l’état sera en faillite ?

Nous sommes en plein scénario post-apocalyptique. Les rues se vident, les gens se battent pour un paquet de pâtes, les médiathèques sont fermées nous laissant à court de séries TV et de livres. Des personnes louches rôdent sur les trottoirs, toussant dans leur manche, le facteur ne passe plus garnir la boîte aux lettres de disques, les chanteurs éternuent pendant leurs interviews, les promeneurs s’observent à distance et le soleil brille sur la campagne. 

On dirait que la nature se fait une joie de cette épidémie, le taux de CO2 baisse dans l’atmosphère, le prédateur bipède se fait très rare, le chant des oiseaux n’est plus couvert par le bruit des automobiles, les boeufs ne finissent plus entre deux tranches de pain de mie et de ketchup, le printemps arrive, Gaia est en fête.

Bon, puisque je ne peux pas bosser, que le soleil brille, je vais aller m’occuper du jardin, au calme, tondre la pelouse, semer des graines, nettoyer les allées et jouer avec le chat. Portez vous bien, sortez couverts.

J’aurais dû m’en douter

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Mais quelle idée ai-je eu de poster la vidéo de Steven Wilson sur un groupe Facebook parlant de Prog ? Un mec s’est aussitôt énervé, avant même d’avoir eu le temps d’écouter les neuf minutes jusqu’au bout.

Pour tout vous dire, je ne grimpe pas au rideau moi non plus en écoutant le morceau ‘Personal Shopper’, d’ailleurs je suis loin de vouer un culte à cet artiste. Mais il lui faut reconnaître tout de même un certain génie tout de même, déjà, il vend des disques, lui.

Alors j’ai répondu au gars qu’il fallait cesser d’être prog intégriste, que pour moi Wilson était un génie. Et là c’est parti en coquille comme d’habitude.

Pourquoi les artistes qui réussissent, surtout dans le microcosme qu’est le rock progressif, seraient-ils forcément des escrocs, des plagieurs, des profiteurs, des vendus, des mecs sans inspiration, juste capable de faire du business.

Je suis content lorsque à un concert, la salle est pleine, les musiciens sont bons, les éclairages spectaculaires, le son de qualité et l’âge moyen du public inférieur à cinquante ans.

J’en ai un peu mare des sous-sols crasseux où traînent une cinquantaine d’incontinents septuagénaires nostalgiques qui espèrent entendre à nouveau du Magma, du Yes ou du Genesis des années soixante-dix. Ces vieux grincheux ont été jeunes, s’en souviennent-ils ? La musque est vivante, elle évolue, même dans le rock progressif trop longtemps sclérosé.

Si vous voulez jouer du canterbury écouté par deux-cent personnes, grand bien vous fasse, faites vous plaisir et laissez ceux qui désirent vivre de leur musique essayer de toucher un plus large auditoire. On dirait que dans le rock progressif, gagner sa vie en jouant de la musique, est presque devenu quelque chose de vulgaire.

Dans le monde du rock progressif, existe ce pseudo élitisme musical épouvantable qui bannit le 4/4 de la partition, exige des pistes de plus de dix minutes, des changements de tempo toutes les quatre secondes et des musiciens sortis du conservatoire. Mais qui écoute ça aujourd’hui ?

Le plus drôle dans l’histoire, c’est que en postant cette vidéo sur Facebook, mon post a fait un buzz, plein de personnes l’ont regardée, ont posté leurs états d’âme en commentaires, et par conséquent fait un grosse pub au prochain album de Steven Wilson. Alors merci à eux de soutenir, à leur manière, la création musicale.

Vert

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Si j’étais cohérent avec moi-même je voterais Vert aux municipales.

C’est vrai quoi, notre commune est de plus en plus bétonnée, les pistes cyclables sont des suicides avenues, la géothermie non contrôlée risque de provoquer des minis tremblements de terre et l’équipe en place fait élever des tours là où poussait il y a peu du maïs.

Sauf que, sauf que… Le numéro deux sur la liste électorale verte, je le connais bien. Il habite à deux kilomètres du travail et s’y rend dans sa voiture à essence, repart le midi pour manger et revient l’après-midi pour la sieste. Il se gare au plus près pour ne pas avoir à marcher. Il laisse les fenêtres de son bureau ouvertes toute la nuit lorsqu’il fait zéro dehors, il n’éteint pas les lumières, vapote dans les bureaux en dépit de l’interdiction, n’en branle pas une de la journée et figure dans le top ten des pires encadrants de l’histoire de notre maison. D’ailleurs il fait aujourd’hui partie des cas sociaux, des incasables, des placardisés, des « tiens je te le file, démerde toi avec ».

Ecolo lui ? Mon cul…
Vert ? Plus tellement non plus…

Chez lui c’est juste une posture, une manière d’affirmer son mépris de l’ordre établi, son anarchisme militant individualiste.

Il est bien regrettable que de nobles causes soient défendues par des fumistes.

Il vous dira, en “fin” politique qu’il est, que son bilan carbone est excellent car il ne prend pas l’avion, ou le moins souvent possible.

Oui c’est vrai, il ne part pas aux Maldives se bronzer les fesses et évite habilement les réunions à notre maison mère pour cause de grammes de CO². Malin l’animal.

Mais moi non plus, je ne prends pas l’avion, je ne roule pas en voiture pour deux kilomètres, je chauffe le moins possible fenêtres fermées, je mange bio local, je cultive bio, je réfléchis à mes emballages, je composte, je trie, j’utilise des produits ménagers rustiques et je n’ai pourtant pas ma carte des Verts.

Alors pour ces élections je ne voterai pas vert, à cause d’une personne. Les autres sont peut-être de bonnes personnes qui sait, mais si sa liste lui ressemble, ces Verts là ne feront assurément rien de bien à notre ville.

Du coup j’ai le choix entre l’ancien bétonneur endetté et un écolo/sécuritaire avec des projets à la noix. Ça ne va pas être simple de choisir.

Je suis vert…

Le chant des sirènes

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Avez-vous remarqué que les métalleux graisseux dégarnis qui ne se voient plus pisser, boudinés dans leurs blousons noirs, recouverts de tatouages antéchrists, bardés de têtes de morts, de crucifix inversés et de trucs dans les narines, fondent à chaque fois pour la même chose ? les chanteuses de metal…

Marjana, Marcela, Anneke, Tarja, Kate, Annette, Sharon et toutes les autres peuvent chanter deux notes et les gros sont au bord des larmes. Je vous l’accorde, certaines de ces filles possèdent une jolie voix, et il arrive même qu’elles soient en plus plaisantes à regarder, mais quand même !

Les métalleux sont des durs ou des tafioles ? Faudrait savoir ! Mireille Mathieu pousserait la même chansonnette, je suis certain qu’ils lui balanceraient un pack de cro sur sa coupe au bol.

Les minettes elles s’exitent plutôt pour un Bruel ou un Georges Michael, allant jusqu’à jeter leur culotte sur la scène. Si Carlos avait repris ‘Faith’, je pense qu’il aurait reçu des gaines XXL pendant sa tournée. Enfin bon.

Et si en réalité nos hormones commandaient nos affinités musicales ? Qu’en pensez-vous ? Imaginez le drame, la musique ne serait que question de libido. Genres, styles, époques, technicité, harmonies, tout ça ne serait qu’un enfumage pour cacher l’affreuse vérité. Nous ne serions que des organes reproducteurs et nos sens seraient gouvernés non pas pas le cerveau mais notre cortex reptilien. Il suffirait d’une voix aiguë et de quelques rondeurs pour que nous tombions sous le charme d’une chanson.

Moi je suis chroniqueur, je suis donc plus fort que tout cela évidement, je ne me ferai jamais piéger par le chant des sirènes. Mon analyse est toujours lucide, objective, faites-moi confiance. Si tous les albums de Stream of Passion, de The Gathering, de Within Tempation sont fabuleux, cela n’a aucun lien avec le charme fou de leurs chanteuses, ce n’est que du talent.

Parce si je poussais le raisonnement développé plus haut jusqu’au bout, je fantasmerais sur Damian Wilson et Marc Atkinson, et sans être homophobe, cela me mettrait mal à l’aise quand même.

Burn-out

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L’expression est à la mode et la maladie réelle. Elle touche de plus en plus les fonctionnaires qui subissent des restructurations, des changements de poste, d’organisation, de lieu de travail. 

Chaque jour je le constate un peu plus, untel autrefois dynamique devient ronchon, ne croit plus en rien, un autre se plaint en permanence du manque de moyens, de l’état de son bureau, une autre pleure en cachette, une autre râle en permanence contre notre direction et le nombre d’arrêts maladie explosent.

Réduction d’effectifs, coupure drastique dans les budgets, révision des missions, incertitudes quant à l’avenir, angoisse au sujet des retraites, poste placard, la fonction publique souffre et elle n’est pas la seule.

Un de mes collègues vient de faire un burn-out, plus d’un mois d’arrêt et il revient tel un zombie, trainant son mal de vivre de bureaux en bureaux. 

Je l’ai connu, jeune et intelligent faute d’être beau et dynamique. Il écoutait du rock progressif comme moi, bidouillait sous Linux comme moi, programmait comme moi (mais lui en C++, moi c’était le Java, le Php, le Phyton, le Ruby, le C#, Delphi…). Il était plutôt sympa. Il fumait et buvait beaucoup de café, pas moi, mais personne n’est parfait, d’ailleurs on le retrouvait souvent près d’une cafetière ou d’un cendrier, rarement devant son ordinateur, en fait tout le contraire de moi. 

Dès que je l’ai croisé la première fois, j’ai compris qu’il n’était pas un bourreau de travail et que la remise en question n’était pas son fort (il programme toujours en C++, c’est dire).

Un jour sa femme la quitté, sans doute parce qu’à la maison il se reposait trop de ses journées laborieuses, et cela lui a brisé le coeur au sens figuré comme au sens propre. Il a ralenti le tabac un temps, pas vraiment le café mais les bêta bloquants ont plombé son dynamisme déjà au point mort. On le retrouvait assis près de la perfusion de caféine ou allongé dans ses mégots. A cette époque, il se plaignait beaucoup d’un grand manque de reconnaissance dans son absence de travail. C’est terrible ce besoin de reconnaissance chez nous, surtout chez ceux qui ne font rien.

Alors il a passé un concours, une fois, deux fois, et à la troisième il obtint le droit de devenir chef, chef de centre, enfin la reconnaissance de ses qualités ! Comme quoi n’importe quel bon feignant peut devenir chef. Il obtint le grade, le salaire, les primes, une grande terrasse pour fumer et une machine à café près de son fauteuil. Le luxe !

Mais le titre de chef va avec les responsabilités, passer le concours ne suffit pas. Hélas quand un dossier atterrissait sur son bureau, il allait à la rencontre de ses collègues pour se plaindre, « tu sais, ce n’est pas à moi de traiter ça », « ce serait bien plus simple que tu t’en occupe, tu connais le dossier, moi je ne suis qu’un intermédiaire », « c’est vraiment débile ce qu’ils demandent là, on perd notre temps avec ces trucs », « je n’ai pas le temps, je suis débordé »…

Certains agacés, le mirent face à ses responsabilités, « c’est ton centre, c’est à toi de gérer le problème », « on peut te donner un coup de main, mais on ne peut pas tout faire à ta place », « tu fais vraiment chier là, bosses un peu ». Petit à petit de bureaux en cafés et poses cigarettes, d’erreurs en retards, de manque de caféine en manque de nicotine, il fit ce fameux burn-out, non pas parce qu’il était submergé de travail, mais simplement parce qu’il n’avait jamais réellement travaillé depuis le début de sa carrière et que chaque nouvelle tâche devenait insurmontable. D’ailleurs, lorsque mes collègues apprirent la nouvelle, ils en rirent beaucoup ce qui est très mal avouons-le.

Étrangement, je ne partage pas ce mal être. J’ai beau avoir été dégradé de développeur courtisé à concierge d’immeuble, je me sens bien dans mes baskets et fais mon travail avec enthousiasme faute de passion. Mais je l’avoue, je suis un hyperactif et tout travail me semble infiniment mieux que buller pendant la journée. Je suis sans doute un grand malade.

Par contre j’ai vécu un véritable bore-out lorsque j’ai du quitter mon poste d’informaticien et devenir climatologue. Alors que pendant des années je carburais à la caféine en patchs sans quitter mon fauteuil pour livrer en temps et en heure des kilomètres de code dans des technologies amusantes, je me suis brutalement retrouvé devant une boite mail vide, à regarder par la fenêtre, à espérer que le téléphone sonne, que le travail arrive enfin, à prolonger les pauses avec les collègues pour tuer le temps, à noyer mon ennui sur Facebook et Twitter, à écouter du rock progressif sur mon téléphone.

La moralité de tout ça, c’est que nous ne sommes clairement pas égaux face à la souffrance, certains s’effondrent lorsqu’on leur demande le minimum syndical, d’autres s’effondrent lorsqu’ils ne sont plus occupé à deux-cent pour-cent. Allez trouver une logique à tout cela. Je crois qu’il n’y en a pas.

Le chien

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Nous vivons dans une maison de fou.

Au rez-de-chaussée, lorsque le piano ne résonne pas, la Hi-Fi prend la relève et si ce n’est pas la Hi-Fi, c’est le home cinéma. La machine à laver le linge, même en plein essorage, peine à couvrir le vacarme.

A l’étage la mini chaîne rivalise de puissance avec le piano numérique et le violoncelle.

Pour contrer ces nuisances sonores, notre fils aîné met un casque sur ses oreilles pour discuter avec ses amis. Ses éclats de rires et hurlements lorsqu’il joue en ligne couvrent parfois les notes du violoncelle.

Le petit dernier, qui n’aime pas la musique, son frère et ses parents, lorsqu’il n’en peut plus de cet enfer sonore, se défoule sur son sac de frappe, faisant vibrer les poutres de la vénérable habitation.

A droite vous entendez le zonzon des cordes frottées, à gauche la rythmique de la boxe et au milieu des hurlements de ténor.

Pour répondre à cela, le chat miaule d’une pièce à l’autre, grattant les portes si besoin est, afin de trouver un peu de réconfort dans une chambre calme et chaude.

Car en bas la chaîne passe du death metal au psychédélique en quelques secondes, se stabilisant une minute sur du krautrock et repartant de plus belle sur du punk.

La machine essore à mille-deux-cent tours minutes et se déplace en vibrant dans l’entrée. La cocotte minute siffle toute sa vapeur accumulée dans la cuisine, le bus de 19h fait trembler les poutres de la maison avant que les cloches du temple ne se mettent à carillonner et que le chien des voisins ne se lance soudain dans une série de hurlements démoniaques.

Alors furieux du dérangement, j’ouvre la fenêtre, le heavy rock jaillit hors de la maison comme une explosion de haine et je hurle au roquet de la fermer.

C’est vrai quoi, j’ai besoin de calme pour chroniquer.

Midas

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Je ne vais pas vous parler de mythologie grecque ou de pot d’échappement mais du score Midas qui permet d’évaluer le handicap lié aux céphalées.

Il y a quelques mois, j’ai installé l’application MigraineBuddy sur mon téléphone pour suivre de manière plus rigoureuse mes crises de migraines. En effet, dans un mois, j’ai rendez-vous au centre anti-douleur pour ma première consultation. Cinq mois d’attente…

L’outil permet de noter les crises, les symptômes, leur durée, les médicaments pris, le type de douleur, les produits qui soulagent etc, etc… 

Il synthétise ensuite les résultats et vous donne un bon aperçu de votre souffrance au quotidien. C’est également un lieu d’échange avec d’autres malades qui partagent leurs expériences.

Dans l’application vous trouvez des informations sur les dernières avancées de la recherche, un message « bravo vous n’avez pas eu de migraine depuis trois jours… », et des statistiques dont le fameux score Midas.

Je n’y avais jamais prêté attention jusqu’à il y a quelques jours et une fois que j’ai vu le mien, j’ai voulu savoir ce qu’il signifiait et s’il avait une quelconque valeur. Car voyez-vous, mon score Midas est « handicap sévère », la valeur la plus élevée. Chic !

Le score se base sur le nombre de jours pendant lesquels vous avez manqué le travail, vous avez eu une activité réduite, vous avez renoncé aux relations sociales, sorties etc.

Sur 175 jours de mesurés, j’ai été en incapacité totale 5 jours (dans le lit dans le noir à vomir mes tripes en me tapant la tête contre le mur) et 22 jours en incapacité partielle (zombie le temps que les médocs agissent et comateux le reste de la journée, avec les effets secondaires des médicaments le lendemain). Bref un jour sur sept la tête dans le sac.

Handicap sévère ça fait lourd à assumer surtout quand sortis de vos proches, peu de gens en ont conscience.

J’ai de la “chance”, le plus souvent les crises se produisent le week-end. Quand elles arrivent au travail, je ferme mon bureau, clos les stores et pose la tête sur le clavier en priant pour qu’une collègue trop parfumée ou un fumeur n’entrent pas dans bureau pour me demander quelque chose. Sinon pizza garantie. Je n’ai eu des crises que deux ou trois fois lors de déplacements en voiture, inutile de vous expliquer que le retour fut compliqué à chaque fois, très compliqué. 

Mes collègues m’ont dit plus d’une fois d’aller chez le médecin. Ben déjà il faut réussir à y aller, et rester dans une salle d’attente bondée pendant deux heures avec la nausée, la tête prête à exploser, la lumière qui vous transperce les yeux, les odeurs des autres malades qui vous soulèvent l’estomac et l’envie irrépressible de frapper le bonhomme qui discute sur son portable tant le bruit vous insupporte, tout cela pour mendier un jour d’arrêt maladie non remboursé (le fameux jour de carence vous savez). Les jours catastrophes, je rentre à la maison, raccompagné par un collègue un peu effrayé.

Handicap sévère ? Il n’exagèrent pas un peu là ? Hormis une crise par semaine, une pré-crise et une post-crise, il me reste quatre jours pour profiter de la vie lorsque je n’en fais pas deux attaques par semaine. Ils dramatisent un peu quand même…

MigraineBuddy est une application quasi indispensable pour les migraineux comme moi. Elle permet de tenir un journal de ses crises qui sera utile aux médecins lors des consultations. Avant je tenais un journal imprécis de mes migraines, avec uniquement le suivi des dates et les degrés de douleurs.

L’application nourrit évidemment les laboratoires pharmaceutiques en informations sur les malades atteints de cette pathologie et j’ai sans doute accepté de livrer mon cerveau à des chercheurs lorsque j’ai coché les conditions générales d’utilisation. Mais au point où j’en suis, comme dans Le Sens de la Vie, ils peuvent venir le chercher de mon vivant ce cerveau. J’en fais don.

Il lui manque cependant une fonction essentielle à MigraineBuddy : celle de comptabiliser le nombre de billets de blog rédigés en phases pré et post migraineuses. Là, en deux jours de crises, j’ai pondu quatre billets. Y aurait-il un lien de cause à effet ? 

Je vais arrêter le blog pour voir si il y a un rapport comme j’ai arrêté le gluten, le sucre, la caféine, le sexe, l’alcool, le chocolat, les bombons, les triptans, la drogue, le lait, les matières grasses, le sport sur des conseils avisés de personnes voulant trouver une cause à mon handicap sévère.

La poussette électrique

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Au commencement Dieu créa le rasoir électrique Philips car l’homme devait chaque jour couper sa barbe avec une lame et de la mousse alors qu’il aurait pu la sectionner avec une machine vibrante. Dieu vit que l’homme était rasé de près et s’en réjouit. 

Dieu récompensa la femme le deuxième jour avec un couteau électrique Moulinex pour la fête des mères. EDF se réjouit du pic de consommation d’énergie pour découper la brioche et le gigot du dimanche midi. 

Le troisième jour, Dieu créa le vélo électrique car il avait fait croitre des montagnes sur la Terre et que Poulidor finissait toujours deuxième.

Le quatrième jour, pour ne léser personne, Dieu offrit aux enfants les trottinettes électriques et remplit enfin les belles salles d’attente des urgences. 

Le cinquième jour, Dieu creusa la Terre pour y puiser les dernières gouttes de pétrole afin que les voitures puissent encore rouler. Dieu offrit également le vibromasseur électrique à l’épouse délaissée par son époux qui roulait dans son bolide. 

Le sixième jour, en panne sèche, Dieu convertit tous les constructeurs automobiles au moteur électrique et le monde fut beau et propre. 

Le septième jour, assis près de Fukushima, les pied dans l’eau radioactive, Dieu s’ennuyait. Il vit passer une petite fille malade traînant une poussette cassée dans laquelle dormait une jolie poupée calcinée. Dieu réalisa alors que le monde était imparfait. Alors pour parachever son oeuvre, Dieu conçu la poussette électrique pour que les mamans ne peinent plus en promenant leurs enfants leucémiques dans les forêts de Tchernobyl. 

Et le monde fut enfin parfait.

Court circuit

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Les hypermarchés seraient en plein déclin nous dit-on. Face à la nouvelle concurrence des enseignes bio et des supérettes de proximité, les grandes enseignes ne résisteraient pas.

Il faut avouer que prendre sa voiture pour quelques kilomètres le samedi, la garer sur un parking bondé, chercher un caddie qui roule droit et parcourir d’énormes rayonnages pour trouver du beurre demi-sel, cela peut gâcher un week-end ensoleillé. D’autant que dans ces temples de la consommation, les clients se comportent comme des abrutis, bloquant les allées, fonçant dans les autres personnes, tournant en rond, le téléphone à l’oreille et tentant de vous gratter pour passer plus vite à la caisse.

La scannette permet d’échapper aux caisses, supprimant au passage des emplois mais honnêtement, la méthode me gave car il faut penser à effectuer le travail de l’employé chômeur à chaque article. Ma femme adore.

Existe-t-il des solutions alternatives aux temples de la consommation ?

Oui bien entendu. Les drives par exemple, vous êtes toujours obligé de prendre la voiture mais la commande se fait sur Internet au préalable. Moins de bousculade mais au final pas de vrai gain de temps. Il faut patienter dans le froid que l’employé esclave livre les sacs et souvent, même si votre liste de course standard a été enregistrée sur le portail, les produits n’étant pas toujours disponibles, vous perdez pas mal de temps à trouver un de substitution. La méthode manque de diversité et vous finissez par manger toujours la même chose. De plus, les grandes enseignes ne proposent qu’une petite sélection de produits dans leur catalogue. J’ai testé plusieurs drives, je ne suis pas convaincu même si parfois cela dépanne.

ll y a également la livraison à domicile, basée sur le même principe, des courses commandées sur Internet et une livraison à la porte. C’est généralement un peu plus cher, pas vraiment plus écolo et cela possède les mêmes inconvénients que le drive en terme de choix de produits.

Sinon, vous pouvez faire vos courses près de chez vous : le pain chez le boulanger, la viande chez le boucher, les fruits et légumes au marché et le reste dans les supérettes de proximité.

J’ai de la chance, dans ma rue, nous trouvons aujourd’hui trois de ces épiceries ‘fines’ qui servent également de point relais coli et dealer local. Elles sont ouvertes tôt le matin jusque tard le soir et même les week-ends ainsi que jours fériés. Je peux, panier à la main, aller faire mes courses à pied tous les jours. Que demande le peuple ?

Des courses de vin, bières, sodas, chips, biscuits et herbe afghane. Nous avons des épiceries mais nous ne trouvons rien à manger dedans et pour aggraver leur cas, elles se fournissent dans les hypers où je peux aller moi aussi faire mes courses pour moins cher évidemment.

En Italie, au Portugal, en Espagne et dans les grandes villes françaises, ces petites boutiques exiguës proposent de tout, viande, fromage, conserves, pain, fruits et légumes à deux pas de chez vous à des prix raisonnables, mais chez moi, on ne trouve que des chips et de la bière venues d’un supermarché voisin.

Alors où faire mes courses ? Je me rends dans un petit supermarché, pas trop loin de chez moi mais pas assez près pour me passer de la voiture, un magasin où le choix est très limité, où les dates de péremption sont à surveiller de très près mais où je boucle mes achats hebdomadaires en moins de trois quarts d’heure chrono. La quête des produits locaux et bio relève de l’aventure niveau dix pour un paladin, un magicien et deux guerriers, mais dans l’ensemble l’impact carbone n’est pas si important que ça. Il y a les quasi inévitables emballages bien entendu, le transport, mais ça pourrait être pire. Je pourrais prendre mon vélo avec un remorque accrochée à l’arrière pour faire ces courses, mais je ne vois pas où je garerais mon attelage et étant donné la configuration des pistes cyclables pour y aller, je préfère la voiture.


Gamin j’allais chercher le lait et les œufs à la ferme. Au marché le samedi, nous achetions les légumes, le pain au village et pour le reste, c’était l’épicier qui nous livrait. Nous consommions très peu de produits préparés mais ma mère était femme au foyer. Aujourd’hui nous n’avons (prenons) plus le temps de cuisiner. Nous sommes trop pris par les vidéos de chatons sur Youtube, explosant doublement notre bilan carbone.