à ma zone

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Mon libraire craint de mettre la clef sous la porte, les disquaires ont presque tous disparus des grandes villes et certaines boutiques de jeux vidéos sont en passe de fermer. A la place poussent des enseignes de vapotage et des opticiens.

Avant le règne de Virgin, La Fnac, Cultura, Amazon, Ali Express fleurissaient des magasins spécialisées tenus par des passionnés. Aujourd’hui, dans ces supermarchés physiques ou virtuels de la culture, on trouve de tout ou presque, jeux, BDs, livres, CDs, vinyles, mini chaînes, téléphones, appareils photos, mixeurs, vibromasseurs. Les vendeurs, dans les rayons, même avec la meilleure volonté du monde, sont incapables de vous conseiller utilement, passant d’une grand-mère cherchant un grille pain à un métalleux en quête d’un obscur groupe de doom écossais.

J’ai encore la chance aujourd’hui d’avoir un libraire qui connaît mes goûts et me conseille, me faisant découvrir des merveilles, ma boutique de disques d’occasion avec son vendeur fan de groupes de métal atmosphérique à chanteuses et un magasin qui ne vend que des vinyles juste à côté et qui soutient la scène locale.

Je commande les livres chez mon libraire, après tout, un livre peu bien attendre une semaine. Pour la musique j’essaye d’abord chez mes disquaires mais il faut avouer que souvent je commande directement aux groupes; ce que j’écoute n’est pas franchement mainstream. J’ai aussi mon photographe, mon magasin audio et de bandes dessinées. Ils sont un peu plus chers parfois, mais de bon conseil, alors je ne fais pas comme beaucoup, posant mes questions dans la boutique et achetant ensuite en ligne. Un jour sinon le conseil fermera ses portes faute de clients.

Je n’achète pas sur Amazon, je fais mes courses au petit supermarché du coin, j‘achète mon pain chez le boulanger, je vais à la boucherie, au marché. J’essaye de faire travailler les magasins de proximité, pas les grands groupes esclavagistes. Attitude de riche ? Pas vraiment. L’achat en ligne coûte cher, rien qu’en considérant les frais de ports. Et si de grandes enseignes cassent les prix à la sortie d’un disque, elles se rattrapent largement quelques mois plus tard, car le stock c’est la mort de leur business.

Se balader dans les rues, faire du lèche vitrine, entrer dans une boutique attiré par un nouveau livre et ressortir avec trois autres, après avoir discuté avec un libraire passionné, c’est autrement plus plaisant que d’attendre que le facteur passe devant sa boite aux lettres vous ne trouvez-pas ?

Addiction

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Un incroyant, par jeu, avait déposé un matin sur mon bureau, cinq cent grammes de ces boules roses recouvertes de sucre rouge aussi appelée tsointsoin, où quelque chose d’approchant. Il n’aurait pas du douter, homme de peu de foie. Quand il est repassé deux heures plus tard, ne restaient qu’un emballage plastique vide et quelques grains de sucre rouges éparpillés devant mon écran d’ordinateur. J’avais tout avalé. Beurp ! Même pas malade. 

L’incroyant incrédule a recommencé une nouvelle fois l’expérience, cette fois façon guimauve rose version XXL. Il a perdu. Après, je n’ai plus jamais trouvé de paquet sur mon bureau, même pas joueur le gamin. Pffff.

Le mix mondial est mon pire péché mon père, je le confesse. Des années durant, je gardais précieusement une boite dans la cuisine, une par semaine, pas plus, dosant le plaisir, le partageant avec mes enfants, histoire de les initier aux plaisirs interdits. 

Colorants, acide citrique, conservateurs, sucre, gélatine, sirop de glucose, acide malique, gomme, arômes artificiels, que du bon, des mois de travail assurés pour ma dentiste et mon nutritionniste.

Puis mon grand est parti pour Marseille. Déprime ou résolution ? J’ai vidé la dernière boite et n’en ai plus acheté. Septembre, octobre, novembre, décembre, janvier, février, mars, avril. Du jamais vu !

Les dents n’allant pas mieux pour autant, pas plus que les migraines, en passant au rayon douceurs pour prendre du chocolat à mes drogués, j’ai contemplé cette Happy’Box qui me tendait les bras et j’ai replongé. 

La boite est dans la cuisine mais je suis seul à en manger. Pas des World Mix, ils ont du arrêter leur production en septembre dernier j’imagine, une autre boite, plus grosse, 600 g de bonheur. Une seule boite par semaine bien entendu. Mais je suis seul à en gober maintenant, donc il faut que j’en avale trois fois plus pour tenir le rythme hebdomadaire. Pas de problème, j’assure ! Un vrai athlète. Rien ne m’arrête malgré le manque d’entraînement. Tétine, alligator, nounours, bouboule, étoile, cœur, je mange tout.

Pourquoi je vous raconte tout ça me demanderez-vous ? Parce que la boite est vide, et que les magasins sont fermés. Si par mégarde, un de ces plantigrade en gélatine jaune traîne par terre, dans la rue, je devrais me faire violence pour ne pas le ramasser et le mettre à la bouche. 

Car oui, je l’avoue, j’en suis là.

Le retour des morts vivants

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Ils marchent dans le rue, fredonnant, parlant tous seuls, le regard perdu dans le vide. Ils roulent à tombeau ouvert sans regarder la route, concentrés sur leurs doigts qui s’agitent frénétiquement. Ils contemplent les paysages au travers d’un trou de serrure, immortalisent des panoramas qu’ils ne regarderont plus jamais.

Ils inondent les éthers de messages inutiles et mangent seuls à table entourés de leurs meilleurs amis. Ils patientent dans les transports, aux caisses, la main sur leur sextoy doudou.

L’objet est sacré, privé, interdit, remplit de secrets inavouables, d’appels cachés, d’amis inconnus, de relations inconvenantes. La chose choyée connait tout d’eux, achats, amis, déplacements, conversations, envies, vices. Leur vie se cache dans cinq pouces.

Dangers public sur routes, pistes cyclables, trottoirs, les humains trois point zéro, connectés en permanence à l’infosphère vivent-ils encore dans notre dimension ? Les seuls stimuli qu’ils connaissent encore sont des vibrations dans leur poche ou une sonnerie pour chaque type de sollicitation numérique.

Rien ne peut attendre, il faut dégainer et réagir, quitte à manquer le virage, percuter un cycliste, se faire faucher dans la rue, mettre un terme à une passionnante rencontre pour un message inutile.

La seule peur panique qu’ils connaissent encore est de ne plus retrouver leur précieux égaré dans une poche, un sac ou une voiture. Soudain ils sont seuls au monde, effrayés, perdus au milieu de sept milliards d’être humains connectés, esclaves de quelques grammes de silicone.

Vous qui me lisez, posez-vous la question, seriez-vous capable de ne pas allumer votre smartphone pendant une semaine ?

Eco nar

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Je vais vous parler d’un nouveau concept tirant parti de l’écologie et de la connerie. 

Les municipalités incitent de plus en plus les citadins à utiliser des bicyclettes pour se rendre au travail. Certaines proposent même à leurs employés une prime vélo afin de les motiver un peu plus. 

Jusque là tout va bien. Elles organisent également des manifestations pour sensibiliser les gens à la pollution, à la circulation écologique, à la sécurité à vélo, allant jusqu’à réviser les deux roues des administrés gratuitement.

Franchement c’est beau. Les bobos sont à la fête, et la course à l’entreprise qui fera le plus de kilomètres à vélo en un mois est lancée. Youpi ! Pour fêter l’événement, on affiche, on placarde, on mail, on plastronne « Venez à vélo ». 

C’est là, que tout doucement ils commencent à me gonfler. « Inscris-toi, c’est important, faut venir à vélo au travail. ». Je viens au travail tous les jours à vélo, je me déplace à vélo le plus souvent possible, sinon je marche ou j’emprunte les transports en communs ok ? Je n’ai pas eu besoin d’une grande messe pour développer ma conscience écologique. 

Mon refus de participer au grand concours agace. Mais passons, je ne suis pas un bobo communautaire, c’est ainsi. 

Pour promouvoir le vélo, le transport écolo, quoi de mieux, outre une communication agressive, que des petits gadgets à ramener chez soi : une mini plaque minéralogique, une pince à vélo brassard jaune auto enroulante, des petites lumières rouge et blanches clignotantes. 

Une plaque en aluminium chromée (le top de la consommation électrique), un machin en matériaux divers non recyclables (formidable pour le tri sélectif), des trucs électroniques avec des piles bouton au mercure, des LED et un petit circuit RLC (inutile, moche, polluant)… Les gadgets c’est sympas, mais question écologie ils ont totalement loupé leur communication les bobos. Car ils en ont donné des tonnes de ces conneries inutiles qui finiront à la poubelle ou dans la chambre du gamin, même moi j’en ai trouvé sur mon bureau au travail sans avoir participé à leur farce écologique.

Oui c’est bien de se déplacer à vélo, d’avoir une bicyclette en bon état pour rouler, d’être équipé d’un casque, d’un gilet et de lumières pour augmenter sa survie en milieu hostile. Mais ce n’est pas en distribuant des gadgets non recyclables que l’on incitera les gros cons roulant en SUV à se mettre à la petite reine. Cet l’argent gâché en com aurait pu être investi dans une étude raisonnée des pistes cyclables. Car c’est bien de promouvoir, encore faut-il pouvoir circuler en toute sécurité.

55 Ko pour rien

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Lundi matin je me rendais sur un aéroport pour le travail. Rendez-vous avait été pris le vendredi précédent avec le chef du centre pour le conduire également là bas. Mais il fallait partir tôt, car d’après ses dires, sa journée s’annonçait chargée.

Lundi, 7h00, dans les starting blocks, je charge la voiture et attend mon passager et guide, car pour se rendre sur cette plateforme, il faut être accrédité et accompagné, comme pour un concert, sauf que là c’est vraiment compliqué. (Je me demande au passage comment la première personne a pu rentrer dans ce lieu, si elle n’était pas accompagnée par quelqu’un déjà sur place, c’est un peu comme le problème de le poule et de l’œuf, mais bon passons).

7h45, ne voyant pas le bonhomme arriver, et ayant tenté à plusieurs reprises de le contacter sur son portable, sur son fixe, je décide à partir sans lui. Car bon voila, moi aussi j’ai du travail et la route est longue. Par précaution, je me muni des numéros de téléphones des services de l’aérodrome, afin que quelqu’un puisse me faire passer les différents contrôles de sécurité, une fois arrivé sur place.

Vers 9h15, me voici près de l’aérogare, ne sachant où me rendre pour arriver aux services techniques. Je me gare, prend mon téléphone et appelle le centre. Un répondeur, en allemand, boucle sur le même message vocal incompréhensible. J’essaye un autre numéro, même baragouinage. Après plusieurs tentatives infructueuses, j’appelle au secours la maison mère située à cent cinquante kilomètres de là, et je tombe sur un bon samaritain qui me fournit alors des numéros de téléphone complètement différents de ceux notés sur notre site web professionnel… étrange, notre annuaire ne serait-il pas à jour ? C’est la seconde fois en une semaine que je tombe sur ce problème… La prochaine fois il faudra penser à être plus prudent avant de partir.

Je tente donc le nouveau numéro du chef de centre. Occupé… C’est déjà mieux que des mots prononcés dans une langue que je ne comprends pas. Mais je suis toujours dehors. Son portable ? Sur répondeur… Seule solution, tester tous les numéros du centre, avec un peu de chance… après le 01, je fais le 02, et je tombe sur un collègue à qui j’explique ma galère et qui m’indique où me rendre et qui vient me faire passer les trois barrages de sécurité. Ce sera mon ange gardien pour le reste de la journée.

Autant, lorsque vous prenez l’avion, vous acceptez d’enlever votre manteau, votre ceinture, vos chaussures, vos clefs, votre téléphone portable, vos pièces de monnaies dans une boite avant de passer à poil sous le portique, autant lorsque vous venez travailler, chargé de matériel, un peu pressé par le temps, la procédure devient quelque peu irritante, surtout répétée à plusieurs reprises. Un premier contrôle d’identité, remplissage de formulaires et fourniture d’un badge inopérant, fouille de la voiture, inspection des bagages, puis c’est le premier portique, puis la double barrière, puis la barrière et enfin la barrière.

10h00 je suis enfin sur place. Le chef de centre, en conférence téléphonique, daigne à peine me saluer, me laissant me débrouiller avec le travail qu’il était censé initialement réaliser (“oui mais tu comprends, c’est mieux que tu viennes le faire”). Un café peut-être ? Dans tes rêves. Deux heures de manip plus tard, pour lui, quelques cigarettes grillées sur la terrasse, j’ai terminé. Mais voila, impossible de sortir du bunker maintenant, la sécurité n’ouvre ses bureaux qu’à 14h00. Je prends mon repas sur place, gagnant au passage le droit à un nouveau contrôle de portique pour évaluer ce que j’ai pu manger de dangereux (un pistolet, voire une grenade) et puis je patiente jusque l’heure libératoire, sans que personne ne daigne me proposer un café, je n’ai pas eu ma dose depuis 7h00.

15h45, après près de deux heures de route, d’embouteillages, et quelques fous furieux sur la route, j’arrive enfin au travail, énervé, fatigué et surtout en manque de caféine.

L’heure est alors au bilan de la journée. Levé à 6h00, parti un peu avant 8h00, j’arrive une heure trente plus tard, je poirote une demie heure sur place, je travaille deux heures, je patiente deux autres heures, je roule deux heures, tout ça pour, à peine cent-vingt minutes de travail effectif… Mais la journée n’est pas finie, car on m’informe que la moitié du bâtiment n’a plus de courant, la faute à un disjoncteur capricieux. Il est 16h00, j’appelle un électricien qui arrive à 16h30 et qui constate la panne avant de m’annoncer qu’il ne pourra rien faire.

Il est 17h00, je suis debout depuis onze heures avec un seul café dans les veines, j’ai travaillé à peine deux heures, pourtant je suis épuisé. J’aurai pu m’épargner plus de trois heures de route, éviter de relâcher plus 55 Kg de CO² dans l’atmosphère, tout cela si une personne avait fait son travail Suis-je en colère ? Devinez…

De la pub sur mon mur

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Il m’arrive bien de grignoter quelques biscuits #Lu de temps à autre, surtout au travail, lors de la pause café de 9h00, par contre je ne mange presque jamais de chocolat #CôtedOr pour m’épargner de régulières et violente crises de migraines. Je ne suis pas musicien et si je l’avais été, j’aurais certainement joué des claviers et non de la guitare #MyGuitar. Je ne bois pas de bière bon marché #Pelford, même pendant les concerts. Mes courses, je les fait à Auchan #Carrefour car c’est le magasin le plus proche de chez moi et que je déteste perdre mon temps à cette activité. Je ne vais pas au cinéma #TwoDoorCinemaClub, j’ai un vidéo projecteur, un home cinéma et un écran de deux mètres vingt dans une pièce dédiée à cet usage, en plus je ne suis pas impatient de voir un film, j’attend qu’il soit édité en Blu-Ray et si je participe à de nombreux financement participatifs c’est mon problème #ILoveCrowdfunding. Je me déplace principalement à vélo, parfois en Logan pour les longues distances et je déteste les motos #TriumphMotorcycles. Mon chat ? il mange des croquettes et de la pâté pour chat, comme tous les chats. Je ne l’emmène pas dans des bars à chats, des hôtels à chats, chez un kiné pour chat et son alimentation n’a rien de bio éthique bobo, s’il n’est pas content, il n’a qu’à chasser #NakuAlimentationNaturellePourChiensEtChats. Oui c’est vrai, je suis sensible à l’écologie, aux économies d’énergies #CampagneNationaleDéconomieDénergie mais je n’ai pas besoin d’une campagne pour faire attention, je chauffe peu, je roule peu, je coupe l’éclairage dans les pièces vides. #OnATousUnCôtéFoot, ben non justement, j’emmerde les footeux, leurs gueulantes, leur sport débile, leur engouement pour une équipe, tout l’argent gâché pour faire oublier au peuple que tout va mal et que la planète se réchauffe, du pain et des jeux, plus de deux-milles ans plus tard, nous en sommes toujours au même point, affligeant. La sérénité, vous voulez que je vous en parle de la sérénité #SerenityCoachInstitut ? avec un employeur qui essaye de nous mettre dehors, qui donne aux agents une visibilité de six mois sur leur poste, qui change de discours toutes les semaines. Désolé, je roule dans une Logan pourrie #Peugeot, je n’ai aucune passion pour les voitures et l’idée de claquer quinze mille euros pour polluer un peu plus la planète me sort par les trous de nez. S’épanouir #SépanouirAutrement ? Vous trouvez que je ne suis pas épanoui vous ? Je vous emmerde ! #FDJ ? Non mais sérieusement, il faut être abruti pour aller jouer en donnant de l’argent à l’état pour espérer gagner et si par miracle vous gagniez, redonner encore de l’argent à l’état et se pourrir la vie avec toutes les personnes qui vont venir mendier à votre porte. Je ne suis pas un artiste, je l’ai déjà dit je crois #TheArtistAcademy. Si je déteste les footeux, j’ai bien peur que le rugby ne rejoigne bientôt le niveau du football à force de sur médiatisation alors non merci #ParAmourDuRugby. #MonAvisCitoyen ? Vous voulez le connaître ? Je pense que les élites nous méprisent et jouent le jeu des grands trusts, plus préoccupés par la croissance que par le bien être des hommes. Travaillez plus pour gagner plus pour dépenser plus pour plus de croissance. Sacré programme… Moi aussi ça commence à me pomper toutes ces pubs sur Facebook #PompeAChaleur. #RGEEMICParis me laisse sans voix, je ne sais pas ce que c’est, et de toute façon je m’en fou un peu. Oui je vis dans une maison alsacienne à colombages qui date du dix-septième siècle et alors #Alsamaison ?

En faisant ma revue de presse quotidienne sur Facebook, j’ai subi toutes ces publicités sur mon mur, et cela en une quinzaine de minutes, respect. Décidément leur algorithme de ciblage n’est pas au point, ils auraient pu me proposer du matériel audio, des objectifs photo, des albums de rock, des concerts, des BDs, des romans, des bonbons haricots, mais non, rien que des trucs qui ne m’intéressent pas. Google est bien plus fort sur ce point, eux savent vraiement ce que j’aime.

Lu – Côte d’Or – MyGuitar – Pelford – Carrefour – Two Door – Cinema Club – I Love Crowdfunding – Triumph Motorcycles – Naku, alimentation naturelle pour chiens et chats – Campagne nationale d’économie d’énergie – On a Tous un Côté Foot – Serenity Coach Institut – Peugeot – S’épanouir autrement – FDJ – The Artist Academy – Par Amour du rugby – Mon avis citoyen – Pompe à Chaleur – RGEEMIC Paris – Alsamaison…

L’influenceur

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Je possède un avis sur tout, film, bande dessinée, livre, jeu vidéo, album, exposition, concert, politique, matériel photo, matériel audio, technologie, science. Donnez-moi un mixeur, je vous le chroniqurai. J’ai interviewé les plus grands, j’ai tutoyé les plus célèbres, je suis prêt pour une heure de tête à tête avec Trump. Sur YouTube, Facebook, Twitter, dans mon blog, mon webzine, sur Flickr, je partage mes gribouillages, communique ma passion, donne mon avis, critique, raconte…

Je suis un influenceur, c’est ainsi que l’on nous appelle. Mes écrits, mes vidéos modifient le comportement d’achat de mes followers. Ils veulent être moi, s’habiller comme moi, boire la même boisson que moi, conduire la même voiture que moi.

Un photographe m’immortalise dégustant une bière tout en écoutant le dernier vinyle de pop. Gros plan sur la cannette mousseuse et sur le nom du groupe, mon visage en second plan, celui que tout le monde le connaît, avec ce sourire béat. Shooting dans un jacuzzi remplit de champagne et de jeunes filles dénudées, sur le pont d’une croisière musicale, interviewant la rock star du moment.

Les marques s’arrachent mes espaces publicitaires. Les grands fabricants audio se battent pour que j’écoute la musique sur leur matériel hifi. Je suis le VIP des soirées de rock, les tourneurs déroulent le tapis rouge, me couvrent de cadeaux. Les plus belles chanteuses rêvent de partager, ne serait-ce qu’une nuit, mon lit à baldaquin. JC, mon JC, Oui , Oui, Ouiiiiiiii !

Nut ! Nut ! Nut ! Le réveil sonne, il est six heures, je dois me lever pour aller bosser. Aujourd’hui il faut changer les pneus de la flotte de Clio, commander du PQ, préparer la grande salle pour une réunion et briefer la femme de ménage sur l’utilisation de la serpillière. A 17h, s’il me reste un peu d’énergie, j’écouterai les fichiers mp3 reçus et transcrirai l’interview téléphonique d’un obscur groupe de prog en buvant un verre d’eau du robinet. Je regarderai une vielle série télé puis me battrait pour un peu de couette avec ma femme dans ma vieille maison qui tremble au passage des bus.

Je suis un influenceur, j’ai une chaîne YouTube que personne ne consulte, une page Facebook désertée, un blog confidentiel, un webzine avec moins de cinq cent pages vues par jour et un Flickr rempli de photos moches. Je suis un influenceur qui n’influence personne, n’intéresse aucun annonceur, ne vend aucun alcool, vêtement et cela me va très bien. Pour le jacuzzi, j’ai une baignoire. Et pour les bulles, devinez…

Le parlement des imbéciles

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Vous possédez un avis sur tout ? Non ? Alors pourquoi commentez-vous tout ce que vous voyez ? Avez-vous lu l’article, été sur le site, vérifié l’origine de l’information avant de réagir ? 

Vous likez pour exister ou pour passer le temps au bureau ? 

Pourquoi réagissez-vous à chaud, sans réfléchir un seul instant, avez-vous pensé qu’une personne se trouve derrière ce que vous commentez, qu’elle va lire, vous trouver probablement ridicule, voir pire ? 

Vous partagez comme si une information présente sur Internet était parole d’évangile. Avez-vous perdu tout sens commun, où est passé votre bon sens, votre discernement ? Un édifice brule, vous vous enflammez, criant au complot, vous vous laissez berner par de grossiers montages vidéo, vous prenez pour argent comptant une blague du Gorafi. 

Autrefois, tout ce qui venait du tube cathodique était pris pour vérité, aujourd’hui la moindre rumeur sur la toile, un tweet, un post, une vidéo, une news et c’est le tollé, les gitans en camionnette blanche kidnappent nos enfants ! 

Une personne commet une erreur et c’est la curée, je commente, j’insulte, je me moque, je partage, je démolis. Beaucoup de bruit pour rien. L’erreur sera corrigée, les commentaires désobligeants effacés, l’imbécile bloqué et trente minutes plus tard tout sera oublié. Il aurait été tellement plus simple de signaler l’erreur en message privé, vous ne vous êtes jamais trompé vous ? 

Bêtise, ennui, dés inhibition sur Internet ? Pourquoi se comporter ainsi sur la toile alors que dans la vie vous ne l’oseriez jamais ? 

L’Internet, qui devrait être source de divertissement et de savoir, est devenu, grâce aux médias sociaux, le lieu de la désinformation, la foire d’empoigne, une arène pour le lynchage, le parlement des imbéciles.

Le drame des créateurs de contenus, auteurs, musiciens, blogueurs, artistes, journalistes, est que pour exister, ils ont besoin de ces médias sociaux, sinon, il sombrent dans l’oubli. Et donc souvent lorsqu’ils publient, ils sont confrontés à cette bêtise humaine quotidienne, ces remarques déplacées, ces réactions débiles, ces lynchages en règle.

Vous n’êtes pas d’accord, argumentez, vous n’y arrivez pas ? Posez vous alors des questions, mais cessez d’écrire n’importe quoi, réfléchissez !

Internet est une jungle où les imbéciles possèdent autant de pouvoir que les personnes sensées. Où le mensonge côtoie indifféremment la vérité. Complot, intox, lobbying, idiotie, contre vérité sont noyées au milieu de l’information. Internet est une plaie et un bienfait, selon ce que NOUS en faisons. Alors avant de réagir, utilisez vos neurones, songez à ce que vous écrivez, aux conséquences pour les autres, car vous n’êtes pas seuls sur la toile, nous sommes très nombreux.

Le printemps ne dure que trois jours

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J’ai été très pris par les concerts ces dernières semaines, par les chroniques et les interviews, épuisant toute l’encre de ma plume. 

Les beaux jours arrivent, et c’est sur un transat, au fond du jardin, en écoutant Panzerpappa que j’écris ces mots. Le jardin, ma seule activité un temps peu soit saine, loin des écrans et d’Internet. 

La saison des semis bat son plein, avec une nouvelle fois un peu d’avance. Les petits pois et les tomates ont déjà fière allure, les salades, si elles ne sont pas dévorées par les limaces, devraient agréablement améliorer les repas. Les fraisiers, poiriers, pruniers, cerisiers sont en fleurs, les potimarrons, courgettes, concombres sont encore sous serre mais ne devraient pas tarder à grandir en pleine terre. Je sèmerai bientôt les haricots et le potager sera complet.Le soir, au lieu d’allumer le mac, je vais dans le jardin, j’arrose, désherbe, bine, parle aux feuilles, plonge les mains dans la terre.

Dès la mi juin, nous consommerons une partie des produits du potager, des tomates aux saveurs incomparables, des légumes bio circuit court éthique bobo, des salades concombre tomate menthe,  des tartes à la rhubarbe, des fraises chantilly, des petits poids crus, des haricots frais, des poêlés de courgettes jaune croquantes.

Le blog pourrait souffrir de ce bonheur culinaire retrouvé, des apéritifs en terrasse, de la lecture au fond du jardin mais rassurez-vous, je ne vais pas tarder à vomir sur mes abrutis de voisins buvant jusqu’à point d’heure en terrasse et leur con de chien qui gueule en permanence.

Puis je vais souffrir de la chaleur, ne plus dormir, maudire le réchauffement climatique et la bêtise humaine puis espérer avec impatience la saison des figues. Ici le printemps ne dure que trois jours.

La mort vous va si bien

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Parfois je me moque, je suis cynique, parfois je m’énerve, aujourd’hui je suis grave et sombre, pas d’humour, juste du vague à l’âme, si vous n’êtes pas d’humeur, ne lisez pas.

J’ai toujours eu un rapport compliqué à la mort et la souffrance qui l’accompagne.

Ma première rencontre avec elle, quoique théorique, fut effrayante. Ce fut le jour où je découvris, qu’un homme peut en tuer des millions en quelques secondes. J’étais tout petit. De mon lit, j’avais entendu un reportage sur Hiroshima et Nagasaki. J’ai beaucoup pleuré cette nuit là et cauchemardé ensuite. Cela me paraît toujours aussi monstrueux.

La seconde occasion fut concrète et douloureuse. Une petite fille de dix ans se faisait faucher par une voiture. Elle était mon amie, elle revenait de la danse, un jeudi après-midi. J’ai refusé d’aller à ses obsèques, j’étais trop choqué. De ce jour, jusque il y a peu, j’ai refusé la mort, fuyant les cérémonies religieuses.

Mais la faucheuse oeuvre quand même, qu’il y ait des spectateurs ou non, cela n’y change rien. Ma grand mère mourut folle, sans que cela m’émeuve vraiment, ma tata adorée succomba à un cancer, puis mon grand père admiré. A chaque fois je vécu ces disparitions dans le déni.

Puis mon grand frère, mon poteau, celui qui m’invitait à d’épiques fiestas, tomba gravement malade, encore un cancer. Sa vie fragile devint l’affaire de quelques mois, jusqu’au coup de téléphone, celui que vous redoutez tant et qui vous fait détester à jamais les sonneries stridentes. Ce fut ma première cérémonie funéraire, civile, mais belle, entouré de ses amis. J’étais préparé à cette disparition, enfin je le croyais, mais il me manque toujours terriblement.

Lorsque la mort s’invite chez vous par surprise, sans frapper à la porte, sans faire de bruit, le choc n’en est que plus brutal. Un dimanche matin, après une nuit joyeuse chez des amis, ce maudit téléphone sonna une nouvelle fois. Un autre grand frère venait de partir, lassé de la vie. Le corps ne contient pas assez de larmes pour noyer le chagrin qui vous submerge alors brutalement. Un second frère s’en était allé, sans prévenir. Un nouveau voyage au pays de mes ancêtres, un train que je vais apprendre à détester comme la sonnerie du téléphone, une nouvelle cérémonie civile, une famille qui se réduit comme peau de chagrin.

Peu après, tout aussi brutalement, son fils mit fin à ces jours. Une malédiction, un roman d’horreur, une famille ravagée part la douleur Le téléphone puis le train et une nouvelle cérémonie civile.

Puis ce fut ma mère, et sa douloureuse fin de vie, des jours et des nuits à l’hôpital puis le coup de fil de l’interne au petit matin. Son heure était arrivée depuis longtemps, ce fut presque un soulagement pour elle. Mais cette fois la cérémonie fut sordide.

Ma rencontre avec la mort fut brève et intense. Nous nous sommes croisés sur une piste cyclable. Elle avait un skateboard, moi un vélo. J’ai survécu de justesse à la première nuit grâce à un médecin avisé et ensuite j’ai regardé le monde d’un tout autre oeil.

Mais si cette fois elle m’avait épargné, elle n’en a pas moins continué son oeuvre.
La même année mon oncle partit des suites d’un cancer et au premier de l’an de l’année suivante une amie disparut, me laissant bouleversé après ces jours de festivités. Je pense souvent à elle.

Puis la mort signa une trêve, enfin une courte trêve avant décès d’une nouvelle amie. Un SMS foudroyant, porteur de la sinistre nouvelle. Ce fut la première fois que je me rendais à une cérémonie religieuse, pour soutenir son frère, ami de très longue date. Je déteste les cérémonies religieuses avec tout leurs rituels ésotériques, un peu ridicules, mais c’était une façon de pleurer la disparue en compagnie d’amis. Ce jour là, dans l’église froide, j’ai pensé à tous ces proches que j’ai perdu, mes frères, mon neveu, ma mère, ma tante, mon grand père, mes amis.

La semaine suivante, un ami et collègue partait lui aussi. Je l’ai appris par une actualité anonyme sur le site internet de notre entreprise. Sordide.

Il ne reste plus grand monde à tuer dans ma famille, un vieux père fatigué, un frère avec qui j’ai peu de contact et moi même.

Je ne songe pas à mon épouse, encore moins à mes enfants, attendez donc que je sois froid avant des faire les cons, j’y perdrai sinon la raison.

Cependant j’avoue être curieux. Curieux de la mort, de préférence sans souffrance, juste pour savoir. Je ne suis pas pressé notez le, sauf parfois lorsque les crises de migraines deviennent trop violentes et rapprochées. Je n’ai pas peur, pas encore, sauf la crainte de traîner trop longtemps. Je ne suis pas mystique, ni religieux, juste curieux de savoir qui avait raison.