Une fin d’année

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Tous les ans je décore la maison, des guirlandes à l’extérieur, un sapin à l’intérieur, histoire de chasser le brouillard et la nuit qui nous entoure.

Il y a ceux qui détestent Noël et le Jour de l’An, qui s’enferment, qui s’isolent pour les fêtes, qui fuient la famille, les réjouissances. Je ne suis pas de ceux-là, j’aime les fêtes. J’aime me retrouver entouré des miens, sans excès, pour partager une soirée ensemble. Une bouteille de bon vin, un repas simple mais bon, un jeu de société, l’occasion de parler, de se retrouver, d’évoquer des souvenirs, de partager quelque chose ensemble.

Mon épouse n’aime pas les fêtes mais fait un effort pour moi. Nous restons en famille, tous les quatre avec le chat, installés devant une coupe de champagne à discuter en grignotant. Pour le réveillon de la Saint Sylvestre, l’usage est de faire un long repas, entrecoupé de jeux de société et jeux vidéos: Saboteur, Bomberman, Monopoly, Mario Kart, Novembre Rouge. Le repas commence vers vingt heures et s’achève l’année suivante, généralement avec une ultime partie de kart alors que les derniers pétards explosent à nos fenêtre.

Mais cette année quelque chose s’est brisé.

Il n’y aura pas de réjouissances familiales.

Le petit dernier, en seconde année de prépa, ne nous parle plus, ne mange plus avec nous, se contentant de déposer son linge sale et de nous hurler dessus si quelque chose ne lui convient pas. A Noël, il est resté enfermé dans sa chambre. J’en ai terriblement souffert.

Quant au grand, il est en pleine dépression, traînant sa carcasse et son mal être dans la maison depuis cinq mois. Chaque jour nous nous réveillons en nous demandant s’il ne s’est pas fait sauter le caisson. Mais non, il réapparaît vers midi, lorsque nous le sortons du lit, plus déprimé que la veille, moins décidé que jamais à prendre sa vie en main.

Alors non, même moi, je n’ai plus de goût pour les fêtes cette année. Jeune, je croyais que les enfants seraient une source de bonheur, d’enrichissement, que nous leur transmettrions des valeurs, que je ne reproduirai pas les erreurs de mes parents. Je suis bien loin du compte semble-t-il.

Plus qu’une soirée de “réjouissances”. Je pense me coucher tôt, je travaille aujourd’hui, enrhumé, avec un bon mal de crâne lancinant, et je sens que les pétards vont me taper particulièrement sur le système cette année.

On se retrouve en 2020 pour de nouvelles réjouissances.

Virtualisation

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Réseau sociaux, email, webzine, promotions numériques, streaming, smartphone, ordinateur, tablette, combien d’heures nous passons devant les écrans, enfermés entre quatre murs. La révolution numérique ressemble beaucoup à une geôle électronique dont la porte est grande ouverte sur l’extérieur.

Aujourd’hui passons plus de temps à échanger des messages avec des avatars qu’à discuter en tête à tête ? Les acteurs du net, après une journée bien remplie devant des ordinateurs, rentrent à la maison et se détendent devant un jeu vidéo, sur un réseau social, en regardant des vidéos ou en écoutant de la musique en streaming. Au restaurant, à la maison, le smartphone est sur la table, dans la rue, il est devant les yeux, dans la chambre, à côté de l’oreiller.

Les bienfaits du NET sont indéniables et multiples, révolution culturelle, puits sans fond de connaissance, source d’information parallèle non contrôlée, moyen de communication instantané et sans frontière. Mais ne sommes-nous pas devenus les esclaves de cette technologie qui devait briser nos chaînes ?

Je me virtualise.

En écrivant pour ce blog, en publiant des articles pour le webzine, en écoutant de la musique sur la toile, en lisant et en répondant aux sollicitations des artistes, en mettant en page, en partageant, en relisant notre travail, je reste bloqué devant ma dalle OLED qui me cache la fenêtre, qui éclipse le soleil couchant et j’en oublierais presque qu’il fait beau dehors, que j’ai des amis avec qui je dois parler.

Comment ne pas se faire aspirer par les pixels, ne pas disparaître dans la fibre optique et se diluer dans les serveurs planétaires. Parfois je me demande si mon avatar n’est pas plus vivant que moi-même.

Avez-vous déjà mesuré votre temps passé chaque jour sur Internet ?

Les problèmes de santé accentuent forcément cette dématérialisation. Au lieu de sortir écouter un groupe jouer en live, j’écoute leur musique sur l’ordinateur pour m’épargner la route, la fatigue et la migraine du lendemain. Au lieu d’aller boire une bière avec un ami, je commence une conversation SMS avec lui. Au lieu d’aller me promener, je retravaille des photos prises des mois plus tôt. Le temps compressé passé connecté est volé au monde réel. Les heures virtuelles se substituent aux secondes analogiques et la journée s’envole, sans que l’on aie réellement parlé avec un être humain où respiré l’air d’une forêt.

Pour reprendre forme humaine, sortir de notre avatar, nous devons nous déconnecter, nous obliger à couper de Wifi, la 4G, poser le smartphone, éteindre les écrans, mettre des chaussures, ouvrir la porte de la maison et sortir. Sortir dans la rue, renter dans les boutiques, marcher le long d’un canal, entrer dans une salle de concert, poser un vinyle sur la platine, soigner son potager, discuter avec ses voisins, parler avec ses proches à table, réserver un espace temps au monde réel.

Vivre.

Déchet ultime

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Saviez-vous que votre ami félin contribue pour une part non négligeable à la production de déchets ultimes ?

Non ?

Alors je vous explique :

Cette douce fourrure qui aime ronronner sur vos genoux lorsque vous regardez une série, en plus d’être un serial killer pour oiseaux, un psychopathe paranoïaque, un esclavagiste patenté, se trouve être indirectement sans doute, un pollueur hors norme.

A votre avis, combien de vidéos de chatons débiles sont visionnées par jour sur YouTube, Facebook, Vimeo ? Combien de photos de parasites sont publiés sur la toile puis partagées sur les réseaux sociaux ?

Après être un plat très prisé des asiatiques, le chat est devenu l’animal de compagnie favori des français. Petit, il ne demande que peu de soins, quelques croquettes, du chauffage et une caisse de sable pas trop sale.

Et le problème est là. 

Contrairement au chien qui pisse sur votre porte et pose ses étrons fumants au milieu du trottoir, le chat fait tout cela sur une litière et parfois hélas dans les bacs des plantes de maison.

La caisse du chat, installée dans un lieu stratégique de l’habitation, est l’objet de tous les soins de la part des esclaves du félin. Pas ou peu entretenue en temps et en heure, elle devient une bombe sale à retardement. Le choix de la litière est très important pour bien absorber les liquides toxiques et les quenelles explosives. De toute manière, si le sable ne convient pas au quadrupède miaulant, vous vous en rendez compte très rapidement.

Le sable doit être remplacé régulièrement pour évacuer les boulettes agglomérées et les dates indigestes. Le plus souvent il s’agit de roche calcaire broyée, un produit non recyclable, non incinérable, bref, un déchet ultime.

Étant donné le nombre de chasseurs de souris par foyer en France, le problème devient critique. Que faire de ce sable ?

Si vous avez des enfants, vous pouvez regarnir régulièrement leur bac à sable au fond du jardin avec. Ils adoreront ces petites choses noires qui leur permettront de décorer leurs châteaux comme les boulettes ammoniaquées inspireront certainement leur créativité débridée. Mais pas certain que le pédiatre apprécie et surtout veillez à ce qu’ils ne confondent pas les excréments avec des Kinder Surprise, encore que l’on peut se poser la question de savoir ce qui est le pire pour la santé.

Vous pouvez également décorer l’allée du jardin avec ces déchets au lieu d’utiliser des gravillons ou avec, garnir le fond de l’aquarium de poissons exotiques. Vous pouvez amener les sacs à la mer pour compenser le sable ramassé par les touristes et par le BTP chaque année. C’est également un bon moyen pour lutter contre la montée des eaux.

Je déconseille toutefois aux bobos écolos de fabriquer des briques avec pour élever une dépendance, une cabane de jardin ou une extension à la maison. Le dosage sable pétoules urine et argile sera complexe, ensuite ne perdez pas de vue que si le sable est un déchet ultime, la merde non.

Fort de ce constat, n’ayant plus d’enfant qui joue dans le bac à sable où poussent mes carottes, possédant déjà des gravillons dans mon allée et habitant loin de la mer, je me retrouve avec un cas de conscience : comment gérer la caisse du chat ?

Je pourrais foutre le chat dehors dès qu’il manifeste l’envie de pisser ou chier, comme le font les propriétaires de chiens, mais la bête est sournoise et pourrait bien revenir miauler à la fenêtre sans s’être allégée. Je pourrais lui mettre un bouchon ou ne lui donner que du poulet cuit à manger (constipation garantie), mais voilà, j’aime un peu ce parasite.

Alors je vais essayer le sable bio bobo, des copeaux de bois que je pourrai mettre au compost avec mes épluchures de légumes et mes mauvaises herbes en espérant que Madame trouvera la litière à son goût sinon nous serons dans la merde.

En attendant n’achetez plus de chatons, allez à la SPA récupérer un psychopathe abandonné. Il vous en sera peut-être reconnaissant un jour. Dans tous les cas coupez leurs coucouniettes et opérez ces dames, il y a vraiment trop de chats sur la planète. Et surtout, arrêtez de regarder, partager, commenter des vidéos chats sur Internet, pour limiter votre empreinte carbone et gagner un temps libre considérable.

En grève

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Je ne suis pas syndiqué, je ne suis pas fainéant, je ne suis pas revendicatif, je suis simplement fatigué. Une réforme des retraites est certainement nécessaire, du moins c’est ce que le pouvoir en place nous explique tout le temps, alors allons-y, prenons encore ça dans la figure.

En quinze ans, au gré des réorganisations, je suis passé d’administrateur informatique à concierge, subissant des fermetures de services, des réductions de personnel, des restructurations, tout ça pour éviter un exil à mille kilomètres plus au sud, loin de ma famille, de mes amis.

Maintenant que je débouche les toilettes de mes anciens collègues, que je change leurs ampoules, distribue leur courrier et le gouvernement m’annonce que je vais devoir continuer ce travail plusieurs années supplémentaires si je ne veux pas aller aux restos du cœur quémander mes repas après des années au service de l’état. Alors oui, je suis un peu énervé.

Je ne vous parle même des salaires gelés depuis des mois, de l’incertitude dans laquelle nous vivons au quotidien quant au travail que nous ferons demain, si nous avons encore un travail et où ?

Si je suis en grève, c’est parce que j’en ai vraiment assez que le gouvernement nous impose ses réformes les unes après les autres sans se pencher sur les vrais problèmes de notre société.

L’ONU l’a dit, “nous allons dans le mur avec le réchauffement climatique”. Que fait notre gouvernement ? Rien. Les migrants se noient en Méditerranée. Que font nos politiques ? Ils durcissent les règles d’accueil. Les hôpitaux sont au bord de l’implosion, les déserts médicaux s’agrandissent. Que propose la ministre ? Des augmentations de salaire…

Alors je suis en grève pour tout ça et le reste, le reste c’est ce qui suit, et ça n’est pas moins important :

Je l’avoue, aujourd’hui, pendant ma grève, outre la protestation évidente, ce fut également l’occasion de rester au lit, de terminer le livre The Game d’Alessandro Baricco, de tailler ma vigne, de caler une interview via Skype avec Brieg Guerveno, de réécouter The Pure Shine de Flaming Row, Brave de Marillion et Waiting For Miracles de The Flower Kings. La grève quoi.

Le commerce est loi

Patrouilles de CRS, contrôles et fouille au corps à l’entrée de la ville, transports ne desservant plus le centre, hordes de touristes, cars parkés sur les grands boulevards, la ville est en état de siège; le marché de Noël vient de débuter à Strasbourg. 

Comme je comprends l’exaspération des habitants, noyés dans les vapeurs de vin chaud, les odeurs de churros et les troupeaux en bonnets rouges à clochettes, ces habitants qui ne peuvent plus circuler librement chez eux. Oppressant.

J’ai passé les barrages avec un gros sac noir lourdement rempli de BDs, l’entrouvrant à peine, car il pleuvait ce jour là, ne montrant que la couverture de la première au vigile peu regardant. Caché dessous, il aurait pu y avoir 2 kg de plastique. Mais voilà, je ne dois pas avec la gueule de l’emploi. J’ai une tête de bon français. 

A quoi tout ce dispositif sert-il ? A rassurer les touristes qui dépensent leurs euros au marché de Noël, dans les restaurants, les hôtels et les boutiques de luxe ? 

C’est vrai, l’an passé nous avons eu peur, et c’est bien naturel, pensez donc, une fusillade en plein centre ville.

Mais est-ce que le dispositif alors en place a arrêté le tueur ? Non.

La ville sent les marrons grillés, le vin chaud, la cannelle, la vanille de synthèse. Les vitrines croulent sous les décorations et les chalets sont installés sur la place de la cathédrale.

Pourtant je n’ai pas envie de visiter le Marché de Noël cette année, encore moins que l’an passé. Trop de touristes se pressent dans les allées, trop de policiers scrutent les visiteurs, trop de Strasbourgeois sont pris au piège dans leurs appartements attendant que tout cela se termine enfin.

J’aimais tant le Marché de Noël avant que Strasbourg n’en devienne la capitale, avant l’invasion touristique de masse et la sécurisation à outrance. 

Aujourd’hui, avec ces barrages, cette foule compacte, cette agression sonore, ces patrouilles armées jusqu’aux dents, étrangement, j’éprouve plus que jamais un sentiment d’insécurité alors que je devrais être émerveillé par la magie de Noël. Quelque chose s’est brisé.

Bon à rien

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Dilettante, je m’intéresse à tout et je ne vais au bout de rien. Chroniqueur de rock progressif, je suis un non spécialiste du genre faisant l’impasse sur les discographies de nombreux groupes phares du genre. Photographe amateur, je possède un très bon matériel et pourtant mes clichés restent passe-partout dans le meilleur des cas. Blogueur, j’inonde la toile de ma prose auto-satisfaite remplie de fautes d’orthographe et lue par dix personnes au monde. 

Je suis un touriste, un rigolo même pas drôle qui survole sans jamais approfondir. Astronomie, informatique, musique, photographie, bricolage, littérature, jardinage, science-fiction, je dilapide mon temps et mon argent sans jamais aller au bout du sujet. Lorsque les difficultés surviennent, je passe à autre chose ou je trouve un raccourci pour ne pas m’infliger la honte d’un échec.

Ne serait-il pas plus intelligent de consacrer toute cette énergie débordante à une seule passion, d’aller au fond du sujet, de tenter d’être vraiment pointu dans un domaine ? 

Le problème c’est que des tas de domaines attirent mon attention, j’aimerais tout faire, tout essayer, tout connaître, enfin, presque tout. Au lieu de cela je possède un vernis Reader Digest, des résumés sur tout et surtout sur rien, un vernis facile à gratter sous lequel il n’y à rien. 

Vous me direz, de nombreuses personnes ne s’intéressent à rien, une vie sans passion, juste le foot, les gosses et le boulot. Mais sont-ils moins heureux pour autant ? Recherchent-ils cette reconnaissance futile de ceux qui en savent encore moins et qui sont éblouis par pas grand chose ?

Des fois je me demande à quoi peut bien servir cette fuite en avant dénuée de sens. Échapper au monde réel, au sordide quotidien ? 

Je pense qu’il est temps que je me remette sérieusement en question, que je laisse tomber la photo, le rock, le bricolage, les livres, les séries TV, le jardin, les jeux vidéos, le travail, la musique, les filles et que je me concentre sur une seule activité, l’unique l’ultime, la psychologie, pour aller au fond du sujet une fois pour toute, c’est à dire au fond de moi.

La météorite de Noël

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La presse annonçait la catastrophe dès début octobre. Mais bien entendu personne n’y croyait. Pensez donc, une météorite d’un kilomètre de diamètre qui choisirait justement Noël pour nous percuter, quelle bonne blague. Et puis des bolides frôlant la Terre, la NASA en détecte tellement souvent que le sujet intéresse encore moins que des migrants retrouvés noyés sur nos côtes.

Pourtant le vingt-cinq décembre, à trois heures U.T.C., l’immense caillou en forme de vaisseau spatial pénétra notre atmosphère, se brisant en cinq blocs gigantesques que les frottements ne parvinrent pas à désintégrer totalement.

A trois heures quinze, les météorites percutèrent la croûte terrestre en plusieurs points du globe. Mais contrairement aux scénarios des blockbusters américains, seule l’Europe fut touchée, d’abord la Suisse, puis le Luxembourg, Andorre, la principauté de Monaco puis le Liechtentheim. 

Des explosions comme plusieurs bombes thermonucléaires ébranlèrent la surface, soulevant des tonnes de poussière dans l’atmosphère, rasant tout sur des kilomètres et creusant des cratères plus profonds que celui de l’Arizona.

Miraculeusement, les ondes de chocs ne franchirent pas la frontière française, c’est du moins ce qu’affirma un journaliste enfermé dans bunker à Mururoa.

Honnêtement, vu par le cadre de la fenêtre brisée, seul vestige de ma maison alsacienne soufflée par les explosions conjointes du sud-est et du nord, mon jardin potager faisait grise mine, un peu comme le jour où une société de démolition a malencontreusement effondré le mur de la grange voisine dans notre propriété.

Les immeubles les plus résistants s’étaient écroulés sur leurs habitants, seul le putain de clébard des voisins semblait avoir survécu vu qu’il gueulait comme un damné sous les gravas. Qu’il crève, de tout façon nous allons tous crever me suis-dit alors.

D’ailleurs, comment se faisait-il que je sois encore vivant ? Un coup de chance du destin farceur sans doute. Peu avant trois heures, ma vessie pressée par ma monstrueuse prostate me donnait pour conseil de courir vite aux toilettes du bas, celles du haut étant bouchées suite à une utilisation abusive. Vous savez cette salle de bain qui me demanda tant de mois de labeur. Un abri anti atomique en plaquo-plâtre suspendu conçu par mon génie prévoyant. A la première explosion helvétique, les plaques se détachèrent et le sol se déroba sous mes pieds, me téléportant miraculeusement dans la cave, un étage plus bas. Une cave bâtie avec des poutres millénaires qui en avaient vu d’autres.

Lorsque je repris mes esprits, la poussière grise masquait le soleil et l’horizon étrangement plat. Il faisait nuit en plein jour. L’air irrespirable transportant des odeurs innommables provoquait des quintes de toux.

J’étais seul avec le chien, à crier en toussant au milieu des décombres. Partout un sol gris, un ciel noir, de la poussière et de la fumée pour toute atmosphère.

Mes plus proches voisins avaient dû mourrir rapidement, la construction artisanale de leur bâtisse ne leur laissait guère de chance de survie. Et dire qu’ils m’avaient emmerdé un an durant avec leur chantier barbecue. Les voitures ne stationnaient plus sur le trottoir et les bus ne klaxonnaient plus dans la rue. Tout était calme à part ce putain de roquet infatigable.

Le jour avait dû de lever quelque part derrière ce linceul gris. Malgré le silence – le chien venait de se taire – le jour débutait sous d’étranges auspices. Pas de café, pas de douche, impossible de retourner me coucher sous la couette et plus de médicaments en cas de crise de migraine foudroyante. Pas de céréales, de pain, de beurre demi sel, de jus de fruit. Malgré la désolation autour de moi, je pensais plus à mon petit déjeuner, mon confort, mon café. Des millions de personnes étaient sans doute mortes, peut-être étais-je le seul survivant d’une France épargnée par les explosions et je ne pensais qu’à mon confort, mon estomac.

Et là horreur ! Au milieu des poutres, des briques, des cables, du plâtre, je trouvais l’écran de mon Mac brisé. Plus de Mac ? Comment allais-je poster les dernières actualités du webzine ? Mon iPhone était introuvable mais je tombais sur celui de ma défunte épouse, encore branché à son chargeur. Joie ! je connaissais son code. Pas de réseau ? Pas de wifi ?

Plus de 4G, plus de fibre, plus de téléphone, tout ce que je trouvais fut une vielle radio qui m’appris qu’au moins un fonctionnaire français à Mururoa avait survécu au cataclysme avant que les piles ne rendent l’âme à jamais. Quelle poisse !

Le chien se remit à gueuler dans le silence cotonneux. Finalement, cela faisait du bien d’entendre quelque chose. Je l’appellais de son nom débile. La bête se mit à couiner et le tas de gravas non loin de moi à bouger. Je dégageais des planches et quelques morceaux de placo jusqu’à que le chien émerge des décombres en jappant. J’avais toujours faim mais pas encore assez pour le considérer comme mon prochain repas. J’espère qu’il faisait lui-même le même calcul. On allait être bons copains jusqu’à que le premier d’entre nous craque. Brave toutou, il léchait mes mains couvertes de poussière.

En parlant de main, je crois que c’est justement ça qui dépassait d’un petit amas de tuiles brisées, une main tenant quelque chose de sombre et rectangulaire. A manger ? Tout comme moi, le chien vit la chose et trottina jusque l’intrigant objet. Il le renifla, jappa, couina puis s’en éloigna déçu. Ce n’était que ce qui restait de ma voisine, la partie de son anatomie la plus vive, équipée de son accessoire le plus vital, celui qui lui servait à passer des coups de téléphone dans son jardin. Encore une qui ne ferait plus chier. Mais pas de chance, le smartphone était hors service.

Inspectant les ruines avec le chien, en quête de nourriture et d’eau, je trouvais d’autres morceaux de viande froide appartenant à mes voisins et mes proches éparpillés un peu partout. Mais point de conserve de fruits aux sirops, de bouteille d’eau, ni même de pâté pour chat. Le chien déterra bien un bidon, mais il s’agissait de mon désherbant Monsanto.

J’avais soif, faim, j’étais déjà en manque de caféine et la migraine n’allait pas tarder à exploser. Mais le pire dans tout ça était de ne pas pouvoir publier les articles du jour. D’ailleurs, quel jour étions-nous ? Hier c’était mardi, donc mercredi, ouf pas de chronique à mettre en ligne, par contre j’avais rendez-vous avec une société d’alarmes au travail. Je risquais d’être en retard si je ne me dépêchais pas, sans vélo, il me falait bien une demi-heure en temps normal pour y aller à pied, et vu l’état du quartier…

Au travail il y avait plein de cafetières, trois frigos, la fibre très haut débit, une antenne satellite et même des liaisons spécialisées sécurisés et un groupe électrogène. Si le bâtiment avait tenu, je pourrais boire un café et publier les actualités du webzine.

Difficile de s’orienter dans les ruines de ma ville de poussière. Les rues se confondaient avec les jardins, les carcasses de voitures avec les maisons et les panneaux indicateurs couchés avec les cadavres. Il me fallu une heure, suivi du chien pour atteindre mon but. Le pont enjambant le canal du Rhone au Rhin était encore debout, le Mc Donald plus que ruine et la piste cyclable où j’étais mort plusieurs fois effacée. Plus de jeunes cons adolescents à éviter, plus de voitures à me couper la route mais partout des décombres, des carcasses, des gravats, des cadavres.

Il semblait que ma belle administration soit le dernier bastion debout dans la région, entouré de son exosquelette d’échafaudage. J’allais peut-être pouvoir boire un café, même froid. Mais arrivé au pied de la vénérable bâtisse, je découvris avec horreur que seul l’échafaudage avait résisté à l’onde de choc. Derrière les tubes d’aciers, il ne restait plus qu’un amas de béton, de verre et de métal, pas même un thermos cabossé contenant encore un peu de breuvage noir.

De rage je balançais un coup de pied au chien qui me suivait fidèlement depuis une heure en couinant. La pauvre bestiole décolla et s’empala sur une tige de fer rouillée. Merde ! Maintenant j’étais vraiment tout seul.

C’est alors que j’entendis la voix de Mariuzs dans le silence angoissant. Il chantait un titre de Wasteland. J’étais allongé dans mon canapé vert, un bouquin de Cormac McCarthy posé près de moi. La chaîne jouait du Riverside, j’avais renversé mon café sur le parquet et mon iPhone affichait une actualité sur la Météorite de Noël.

Un bus passa dans la rue en faisant trembler la maison, le chien des voisins se mit à hurler et j’avais un bon mal de crâne comme souvent malgré les triptans. 

Tout était nominal.

Algoflash

Rassurez-vous, je ne vais pas écrire un billet sur l’état de ma pelouse que j’ai semé ce printemps et qui ressemble maintenant à un condensé de mauvaises herbes. Manifestement je suis maudit question gazon…

Je vais vous parler d’une autre malédiction, celle de la loi des séries. Des séries télé bien entendu, vous m’aviez compris n’est-ce pas ?

Après l’ennui provoqué par la saison 2 de Zone Blanche et avec Acquitted me voila aux prises avec Flash, la saison 3 que je finirai pas.

Les personnages se bousculent grâce aux multi-univers, Terre 2…Terre 19, se mélangent dans une seule réalité et les bidouillages temporels de notre héros mettent une jolie pagaille dans sa réalité. Cette fois nous avons quatre supersoniques dont le méchant Savitar, dieu de la vitesse, Kid Flash et la fille du professeur Wells. Il y a aussi cette histoire de Flash Point tordue qui est au cœur de la série puisque la petite chérie de Barry, Iris, risque de passer à la casserole. C’est également le grand retour de Grodd le gorille savant et de ses congénères en colère, et ça on s’en serait bien passé. On note également l’arrivé d’un petit nabot de Poudlard.

Cette saison 3 me donne l’impression de faire appel à un algorithme de génération aléatoire de scénarios d’où le titre de ce billet. Si au début l’histoire se tient, elle part rapidement en coquillettes, tentant de se raccrocher tant bien que mal au Flash Point. L’histoire d’amour Barry Iris est toujours aussi peu convaincante sans parler des autres amourettes, papa West, Wally et Francisco.

Il n’y a que la nouvelle incarnation du Docteur Wells, un débile sympathique avec deux sticks qui donne encore à cette série un peu de piment.

C’est mon os

Tout d’abord, quelques notions d’histoire :

La civilisation celtique connu son apogée vers -300 avant JC. Les romains se battirent contre les gaulois et les tribus celtes furent parfois des troupes mercenaires des légions romaines. Kernunos fait figure de dieu majeur dans le panthéon celtique, symbole du renouvellement des saisons, de la vie et de la mort. Les quatre principales fêtes celtiques sont Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad… Je n’ai jamais entendu parler de c’est mon os et cerf nonos.

Faut pas me chercher avec le celtisme.

Une fois cela posé, parlons de Zone Blanche saison 2. Aille, vous sentez vous aussi que je suis agacé ? Des sapins à perte de vue, de la brume à chaque plan, des troncs, une carrière, un lac, une route et les sommets des Vosges plantent le décors de cette nouvelle saison, j’ai l’impression de replonger dans Aquitted, pas de bol.

La super gendarmette a survécu contre toute attente alors que cinq personnes décèdent de mort violente dans le bled. Le proc, devenu le personnage le plus intéressant de la série, se découvre une sexualité débridée, nounours se rebelle et le vieux flic se révèle pas si irréprochable que prévu.

Les faussaires meurent, les prisonniers se frappent la tête contre les murs, les battues s’achèvent en carnage et cerf nonos se balade en toute liberté dans la forêt. La routine.

L’intrigue se concentre cette fois sur l’enlèvement de la gendarmette traumatisée et sur la carrière remplie de produits chimiques. Les gens meurent – rarement dans leur lit -, la morgue ne désemplit pas et les urgences sont au taquet.

Brume, forêt, mythes celtiques, romains et cadavres, la saison deux de Zone Blanche ne tient pas les promesses de la une alors nous allons attaquer Flash saison trois.

Sur l’échafaud

De nos jours il existe des textes, des règlements, des lois pour tout régir et nous protéger des autres comme de nous-même.

Travailler sur un chantier n’est pas une affaire des plus simple, il faut se protéger et protéger les autres et croyez-moi, les textes ne plaisantent pas sur le sujet.

Autour de notre bâtiment, s’élève depuis quelques jours un énorme échafaudage car nous allons offrir un lifting à notre vénérable administration.

Après un fastidieux appel d’offre, une société a été retenue, mais ce n’est pas elle qui fera le travail. Elle fait appel à des sous-traitants. Un pour l’échafaudage, un pour l’isolation, un autre pour le crépi, un autre pour le zinc, un dernier pour l’électricité.

Tous devrons passer sur l’échafaud. L’assemblage de tubes et de passerelles métalliques peu s’apparenter rapidement à une condamnation à mort si tout n’est pas fait dans les règles de l’art.

La pose tout d’abord. Si le sous-traitant est bien assuré et habilité pour installer et gambader sur l’échafaudage non conforme, nous découvrons très vite que les autres sous-traitants ne le sont pas. Donc lorsque l’assemblage sera terminé et réceptionné, personne, à part la société qui a fait le montage, ne pourra travailler sur le chantier.

Mais encore faudrait-il que l’échafaudage soit aux normes et bien assemblé. Car il y a des règles en la matière, des règles de distance, de montage, de sécurité, des plans de circulation, des plans de prévention. L’échafaudage n’est pas terminé. Il a commencé à s’élever il y a maintenant trois semaines mais les ouvriers ne sont venus travailler que cinq jours sur cette période. Impossible de travailler lorsqu’il pleut nous disent-ils, alors ils ne viennent que lorsqu’il pleut et sont absent les beaux jours. Allez comprendre. Les bases doivent êtres assises sur des planches, mais point de bois, nul part, alors que l’édifice de métal s’élève dans les cieux. “Vous savez que vous devez mettre des planches ?”. “Oui oui mais on a pas reçu les bois.”. “Et vous continuez à monter l’échafaudage ?”. “Oui oui, on les mettra dessous après…”. Respect.

Accessible à tout promeneur curieux, sans garde corps, dangereux, notre échafaudage a déjà failli blesser un agent alors qu’il n’était pas encore totalement assemblé. Des planches sont tombées du ciel.

Le chantier devait débuter fin septembre mais l’échafaudage n’est toujours pas terminé, pas réceptionné et les entreprises qui doivent intervenir n’ont pas les assurances pour grimper dessus. Des courriers sont partis, des pénalités de retard brandies, des menaces proférées. L’hiver arrive et le chantier devra bientôt être interrompu à cause du gel. Il devait s’achever avant décembre, c’est bien mal parti. Des têtes vont tomber.