La météorite de Noël

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La presse annonçait la catastrophe dès début octobre. Mais bien entendu personne n’y croyait. Pensez donc, une météorite d’un kilomètre de diamètre qui choisirait justement Noël pour nous percuter, quelle bonne blague. Et puis des bolides frôlant la Terre, la NASA en détecte tellement souvent que le sujet intéresse encore moins que des migrants retrouvés noyés sur nos côtes.

Pourtant le vingt-cinq décembre, à trois heures U.T.C., l’immense caillou en forme de vaisseau spatial pénétra notre atmosphère, se brisant en cinq blocs gigantesques que les frottements ne parvinrent pas à désintégrer totalement.

A trois heures quinze, les météorites percutèrent la croûte terrestre en plusieurs points du globe. Mais contrairement aux scénarios des blockbusters américains, seule l’Europe fut touchée, d’abord la Suisse, puis le Luxembourg, Andorre, la principauté de Monaco puis le Liechtentheim. 

Des explosions comme plusieurs bombes thermonucléaires ébranlèrent la surface, soulevant des tonnes de poussière dans l’atmosphère, rasant tout sur des kilomètres et creusant des cratères plus profonds que celui de l’Arizona.

Miraculeusement, les ondes de chocs ne franchirent pas la frontière française, c’est du moins ce qu’affirma un journaliste enfermé dans bunker à Mururoa.

Honnêtement, vu par le cadre de la fenêtre brisée, seul vestige de ma maison alsacienne soufflée par les explosions conjointes du sud-est et du nord, mon jardin potager faisait grise mine, un peu comme le jour où une société de démolition a malencontreusement effondré le mur de la grange voisine dans notre propriété.

Les immeubles les plus résistants s’étaient écroulés sur leurs habitants, seul le putain de clébard des voisins semblait avoir survécu vu qu’il gueulait comme un damné sous les gravas. Qu’il crève, de tout façon nous allons tous crever me suis-dit alors.

D’ailleurs, comment se faisait-il que je sois encore vivant ? Un coup de chance du destin farceur sans doute. Peu avant trois heures, ma vessie pressée par ma monstrueuse prostate me donnait pour conseil de courir vite aux toilettes du bas, celles du haut étant bouchées suite à une utilisation abusive. Vous savez cette salle de bain qui me demanda tant de mois de labeur. Un abri anti atomique en plaquo-plâtre suspendu conçu par mon génie prévoyant. A la première explosion helvétique, les plaques se détachèrent et le sol se déroba sous mes pieds, me téléportant miraculeusement dans la cave, un étage plus bas. Une cave bâtie avec des poutres millénaires qui en avaient vu d’autres.

Lorsque je repris mes esprits, la poussière grise masquait le soleil et l’horizon étrangement plat. Il faisait nuit en plein jour. L’air irrespirable transportant des odeurs innommables provoquait des quintes de toux.

J’étais seul avec le chien, à crier en toussant au milieu des décombres. Partout un sol gris, un ciel noir, de la poussière et de la fumée pour toute atmosphère.

Mes plus proches voisins avaient dû mourrir rapidement, la construction artisanale de leur bâtisse ne leur laissait guère de chance de survie. Et dire qu’ils m’avaient emmerdé un an durant avec leur chantier barbecue. Les voitures ne stationnaient plus sur le trottoir et les bus ne klaxonnaient plus dans la rue. Tout était calme à part ce putain de roquet infatigable.

Le jour avait dû de lever quelque part derrière ce linceul gris. Malgré le silence – le chien venait de se taire – le jour débutait sous d’étranges auspices. Pas de café, pas de douche, impossible de retourner me coucher sous la couette et plus de médicaments en cas de crise de migraine foudroyante. Pas de céréales, de pain, de beurre demi sel, de jus de fruit. Malgré la désolation autour de moi, je pensais plus à mon petit déjeuner, mon confort, mon café. Des millions de personnes étaient sans doute mortes, peut-être étais-je le seul survivant d’une France épargnée par les explosions et je ne pensais qu’à mon confort, mon estomac.

Et là horreur ! Au milieu des poutres, des briques, des cables, du plâtre, je trouvais l’écran de mon Mac brisé. Plus de Mac ? Comment allais-je poster les dernières actualités du webzine ? Mon iPhone était introuvable mais je tombais sur celui de ma défunte épouse, encore branché à son chargeur. Joie ! je connaissais son code. Pas de réseau ? Pas de wifi ?

Plus de 4G, plus de fibre, plus de téléphone, tout ce que je trouvais fut une vielle radio qui m’appris qu’au moins un fonctionnaire français à Mururoa avait survécu au cataclysme avant que les piles ne rendent l’âme à jamais. Quelle poisse !

Le chien se remit à gueuler dans le silence cotonneux. Finalement, cela faisait du bien d’entendre quelque chose. Je l’appellais de son nom débile. La bête se mit à couiner et le tas de gravas non loin de moi à bouger. Je dégageais des planches et quelques morceaux de placo jusqu’à que le chien émerge des décombres en jappant. J’avais toujours faim mais pas encore assez pour le considérer comme mon prochain repas. J’espère qu’il faisait lui-même le même calcul. On allait être bons copains jusqu’à que le premier d’entre nous craque. Brave toutou, il léchait mes mains couvertes de poussière.

En parlant de main, je crois que c’est justement ça qui dépassait d’un petit amas de tuiles brisées, une main tenant quelque chose de sombre et rectangulaire. A manger ? Tout comme moi, le chien vit la chose et trottina jusque l’intrigant objet. Il le renifla, jappa, couina puis s’en éloigna déçu. Ce n’était que ce qui restait de ma voisine, la partie de son anatomie la plus vive, équipée de son accessoire le plus vital, celui qui lui servait à passer des coups de téléphone dans son jardin. Encore une qui ne ferait plus chier. Mais pas de chance, le smartphone était hors service.

Inspectant les ruines avec le chien, en quête de nourriture et d’eau, je trouvais d’autres morceaux de viande froide appartenant à mes voisins et mes proches éparpillés un peu partout. Mais point de conserve de fruits aux sirops, de bouteille d’eau, ni même de pâté pour chat. Le chien déterra bien un bidon, mais il s’agissait de mon désherbant Monsanto.

J’avais soif, faim, j’étais déjà en manque de caféine et la migraine n’allait pas tarder à exploser. Mais le pire dans tout ça était de ne pas pouvoir publier les articles du jour. D’ailleurs, quel jour étions-nous ? Hier c’était mardi, donc mercredi, ouf pas de chronique à mettre en ligne, par contre j’avais rendez-vous avec une société d’alarmes au travail. Je risquais d’être en retard si je ne me dépêchais pas, sans vélo, il me falait bien une demi-heure en temps normal pour y aller à pied, et vu l’état du quartier…

Au travail il y avait plein de cafetières, trois frigos, la fibre très haut débit, une antenne satellite et même des liaisons spécialisées sécurisés et un groupe électrogène. Si le bâtiment avait tenu, je pourrais boire un café et publier les actualités du webzine.

Difficile de s’orienter dans les ruines de ma ville de poussière. Les rues se confondaient avec les jardins, les carcasses de voitures avec les maisons et les panneaux indicateurs couchés avec les cadavres. Il me fallu une heure, suivi du chien pour atteindre mon but. Le pont enjambant le canal du Rhone au Rhin était encore debout, le Mc Donald plus que ruine et la piste cyclable où j’étais mort plusieurs fois effacée. Plus de jeunes cons adolescents à éviter, plus de voitures à me couper la route mais partout des décombres, des carcasses, des gravats, des cadavres.

Il semblait que ma belle administration soit le dernier bastion debout dans la région, entouré de son exosquelette d’échafaudage. J’allais peut-être pouvoir boire un café, même froid. Mais arrivé au pied de la vénérable bâtisse, je découvris avec horreur que seul l’échafaudage avait résisté à l’onde de choc. Derrière les tubes d’aciers, il ne restait plus qu’un amas de béton, de verre et de métal, pas même un thermos cabossé contenant encore un peu de breuvage noir.

De rage je balançais un coup de pied au chien qui me suivait fidèlement depuis une heure en couinant. La pauvre bestiole décolla et s’empala sur une tige de fer rouillée. Merde ! Maintenant j’étais vraiment tout seul.

C’est alors que j’entendis la voix de Mariuzs dans le silence angoissant. Il chantait un titre de Wasteland. J’étais allongé dans mon canapé vert, un bouquin de Cormac McCarthy posé près de moi. La chaîne jouait du Riverside, j’avais renversé mon café sur le parquet et mon iPhone affichait une actualité sur la Météorite de Noël.

Un bus passa dans la rue en faisant trembler la maison, le chien des voisins se mit à hurler et j’avais un bon mal de crâne comme souvent malgré les triptans. 

Tout était nominal.

Algoflash

Rassurez-vous, je ne vais pas écrire un billet sur l’état de ma pelouse que j’ai semé ce printemps et qui ressemble maintenant à un condensé de mauvaises herbes. Manifestement je suis maudit question gazon…

Je vais vous parler d’une autre malédiction, celle de la loi des séries. Des séries télé bien entendu, vous m’aviez compris n’est-ce pas ?

Après l’ennui provoqué par la saison 2 de Zone Blanche et avec Acquitted me voila aux prises avec Flash, la saison 3 que je finirai pas.

Les personnages se bousculent grâce aux multi-univers, Terre 2…Terre 19, se mélangent dans une seule réalité et les bidouillages temporels de notre héros mettent une jolie pagaille dans sa réalité. Cette fois nous avons quatre supersoniques dont le méchant Savitar, dieu de la vitesse, Kid Flash et la fille du professeur Wells. Il y a aussi cette histoire de Flash Point tordue qui est au cœur de la série puisque la petite chérie de Barry, Iris, risque de passer à la casserole. C’est également le grand retour de Grodd le gorille savant et de ses congénères en colère, et ça on s’en serait bien passé. On note également l’arrivé d’un petit nabot de Poudlard.

Cette saison 3 me donne l’impression de faire appel à un algorithme de génération aléatoire de scénarios d’où le titre de ce billet. Si au début l’histoire se tient, elle part rapidement en coquillettes, tentant de se raccrocher tant bien que mal au Flash Point. L’histoire d’amour Barry Iris est toujours aussi peu convaincante sans parler des autres amourettes, papa West, Wally et Francisco.

Il n’y a que la nouvelle incarnation du Docteur Wells, un débile sympathique avec deux sticks qui donne encore à cette série un peu de piment.

C’est mon os

Tout d’abord, quelques notions d’histoire :

La civilisation celtique connu son apogée vers -300 avant JC. Les romains se battirent contre les gaulois et les tribus celtes furent parfois des troupes mercenaires des légions romaines. Kernunos fait figure de dieu majeur dans le panthéon celtique, symbole du renouvellement des saisons, de la vie et de la mort. Les quatre principales fêtes celtiques sont Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad… Je n’ai jamais entendu parler de c’est mon os et cerf nonos.

Faut pas me chercher avec le celtisme.

Une fois cela posé, parlons de Zone Blanche saison 2. Aille, vous sentez vous aussi que je suis agacé ? Des sapins à perte de vue, de la brume à chaque plan, des troncs, une carrière, un lac, une route et les sommets des Vosges plantent le décors de cette nouvelle saison, j’ai l’impression de replonger dans Aquitted, pas de bol.

La super gendarmette a survécu contre toute attente alors que cinq personnes décèdent de mort violente dans le bled. Le proc, devenu le personnage le plus intéressant de la série, se découvre une sexualité débridée, nounours se rebelle et le vieux flic se révèle pas si irréprochable que prévu.

Les faussaires meurent, les prisonniers se frappent la tête contre les murs, les battues s’achèvent en carnage et cerf nonos se balade en toute liberté dans la forêt. La routine.

L’intrigue se concentre cette fois sur l’enlèvement de la gendarmette traumatisée et sur la carrière remplie de produits chimiques. Les gens meurent – rarement dans leur lit -, la morgue ne désemplit pas et les urgences sont au taquet.

Brume, forêt, mythes celtiques, romains et cadavres, la saison deux de Zone Blanche ne tient pas les promesses de la une alors nous allons attaquer Flash saison trois.

Sur l’échafaud

De nos jours il existe des textes, des règlements, des lois pour tout régir et nous protéger des autres comme de nous-même.

Travailler sur un chantier n’est pas une affaire des plus simple, il faut se protéger et protéger les autres et croyez-moi, les textes ne plaisantent pas sur le sujet.

Autour de notre bâtiment, s’élève depuis quelques jours un énorme échafaudage car nous allons offrir un lifting à notre vénérable administration.

Après un fastidieux appel d’offre, une société a été retenue, mais ce n’est pas elle qui fera le travail. Elle fait appel à des sous-traitants. Un pour l’échafaudage, un pour l’isolation, un autre pour le crépi, un autre pour le zinc, un dernier pour l’électricité.

Tous devrons passer sur l’échafaud. L’assemblage de tubes et de passerelles métalliques peu s’apparenter rapidement à une condamnation à mort si tout n’est pas fait dans les règles de l’art.

La pose tout d’abord. Si le sous-traitant est bien assuré et habilité pour installer et gambader sur l’échafaudage non conforme, nous découvrons très vite que les autres sous-traitants ne le sont pas. Donc lorsque l’assemblage sera terminé et réceptionné, personne, à part la société qui a fait le montage, ne pourra travailler sur le chantier.

Mais encore faudrait-il que l’échafaudage soit aux normes et bien assemblé. Car il y a des règles en la matière, des règles de distance, de montage, de sécurité, des plans de circulation, des plans de prévention. L’échafaudage n’est pas terminé. Il a commencé à s’élever il y a maintenant trois semaines mais les ouvriers ne sont venus travailler que cinq jours sur cette période. Impossible de travailler lorsqu’il pleut nous disent-ils, alors ils ne viennent que lorsqu’il pleut et sont absent les beaux jours. Allez comprendre. Les bases doivent êtres assises sur des planches, mais point de bois, nul part, alors que l’édifice de métal s’élève dans les cieux. “Vous savez que vous devez mettre des planches ?”. “Oui oui mais on a pas reçu les bois.”. “Et vous continuez à monter l’échafaudage ?”. “Oui oui, on les mettra dessous après…”. Respect.

Accessible à tout promeneur curieux, sans garde corps, dangereux, notre échafaudage a déjà failli blesser un agent alors qu’il n’était pas encore totalement assemblé. Des planches sont tombées du ciel.

Le chantier devait débuter fin septembre mais l’échafaudage n’est toujours pas terminé, pas réceptionné et les entreprises qui doivent intervenir n’ont pas les assurances pour grimper dessus. Des courriers sont partis, des pénalités de retard brandies, des menaces proférées. L’hiver arrive et le chantier devra bientôt être interrompu à cause du gel. Il devait s’achever avant décembre, c’est bien mal parti. Des têtes vont tomber.

Argent trop cher, la vie n’a pas de prix

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Que pensez-vous de la gratuité de net ? Tout sur la toile devrait-il être gratuit ? Les créateurs de contenus méritent-ils d’être rétribués ? 

Tout dépend dudit contenu me direz-vous. Bien entendu. Et c’est là que je me dis, que mes collègues et moi-même devons produire de la merde, de la merde lue tout de même par un millier de personnes chaque semaine. 

Quinze heures de travail hebdomadaires se négocient plus de cinq cents euros par mois au Tarif syndical. Pas de quoi payer le loyer ni remplir les assiettes mais ce serait toujours mieux que rien après tout. 

Mais soyons honnêtes, si nous dégagions ne serait-ce même que cent euros de revenus par mois ce serait un miracle. Car s’il y a bien un bouton donation depuis un an sur le site, celui-ci n’a jamais été utilisé par qui que ce soit à part moi-même pour le tester. J’ai remis la publicité mi mai, et cette magnifique manne nous a rapporté vingt euros jusqu’à présent, juste de quoi payer le nom de domaine pendant une année, mais pas l’hébergement du site. Ceci dit, je ne m’attendais pas à plus.

Alors comment faire pour monétiser le magazine ?

Et si nous rendions accessibles certaines chroniques qu’aux donateurs ? Un petit texte alléchant pour donner envie et pour lire la suite, obliger à passer au tiroir caisse ? 
Elle est pas bonne l’idée ? Je pense que nous n’aurions plus aucun lecteur. Il existe plusieurs autres webzines de qualité qui proposent leur contenu gratuitement, donc naturellement les habitués changeraient de crèmerie non ? Enfin moi, c’est ce que je ferais.

Mais pour quelle raison mendier après tout ? Je n’ai pas encore été viré par mon employeur, je gagne correctement ma vie, alors ? Tout travail mérite salaire dit-on, c’est ça l’idée ? Non pas vraiment. 

Si le webzine dégageait quelques bénéfices il serait possible de financer certaines opérations, hébergement, web design plus sexy par un pro, défraiement pour couvrir certains festivals éloignés, participation à des campagnes de financement au nom du webzine, encouragement de l’équipe de rédaction. Car les gars qui bossent à Neoprog le font pour des prunes, même pas pour un CD, juste du mp3 watermarké, autant dire rien.

Un bouffon m’écrivait un jour que « vous les chroniqueurs, vous recevez pleins de CDs, vous êtes invités à tous les concerts, bla bla bla, bla bla bla ». Ben non, peut-être dix CDs promo par an sur mille en mp3, et disons cinq invitations à des concerts où nous pouvons nous rendre sans traverser l’Europe en voiture. Je l’ai déjà écrit, le webzine me coûte plus de trois-milles euros par an. « Ok man, mais c’est ta passion. », certes, mais ce n’est pas la seule man, loin de là, je ne suis pas mono maniaque… encore que, bon passons.

Mais voila, je me plains je me plains, mais il suffit que j’écrive un brouillon de billet et que je parte en vacances une semaine pour que Neoprog reçoive ses deux premières donations, vingt euros au total, de quoi participer au financement de notre hébergement internet. Alors merci infiniment à Eric et Stéphane pour leurs dons.

La grande transhumance

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Aujourd’hui je change les panneaux signalétiques devant les portes des bureaux de notre bâtiment. Je ne change pas les noms des personnes y travaillant, je change les services auxquels ils appartiennent. Au lieu de Strasbourg/Climatologie, j’inscris Toulouse/Production Finalisée, Paris/Finance, Toulouse/Observation, Paris/Ressources Humaines…

Le bâtiment qui abritait le service régional devient progressivement un regroupement de bureaux pour des agents travaillant pour d’autres entités géographiques. Nous venons même d’accueillir le premier locataire qui ne travaille pas pour notre administration.

Après la grande migration, la désertification, voici la transhumance qui commence. Mes anciens collègues de bureau travaillent aujourd’hui à distance voir en télétravail, un mot de plus en plus en vogue chez nous. Leurs collègues et supérieurs hiérarchiques habitent et travaillent à cinq-cent, mille kilomètres de là. Ils communiquent entre eux via des terminaux de vidéo conférence, par mail, au téléphone et ne se rencontrent qu’une à deux fois par an.

Plus des deux tiers de notre effectif va de se disperser entre Toulouse et Paris tout en restant sur place. Une poignée de personnes deviennent des agents de proximité, chargés de faire fonctionner les locaux et de pourvoir aux besoins de ceux qui travaillent à distance. Une belle réorganisation où personne ne trouve son compte, agents démotivés propulsés là où ils ne voulaient pas travailler, agents changeant de travail pour ne pas bouger, agents partant pour éviter le pire.

Travail à distance ? Mais pour combien de temps encore ? Lorsque les frais de déplacements auront explosés tous les budgets, lorsque la bande passante allouée ne sera plus suffisante pour gérer des web conférences multiples, lorsque les chefs toulousains et parisiens en auront assez de gérer des agents distants, lorsque la première tempête se sera calmée, ne vont-ils pas demander aux fonctionnaires travaillant déjà à distance de remplir leurs cartons et de régulariser leur situation géographique en venant travailler dans les locaux de la capitale de cathare ?

Que deviendront alors les agents chargés de gérer les centres provinciaux désertés ? Combien d’années nous reste-il avant que nos énarques, ministres et présidents décident que les implantations régionales n’ont plus raison d’être, que finalement, nous ne servons à rien ?

L’habit ne fait pas le moine

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Il m’arrive de bricoler, comme dans ma salle de bain aujourd’hui terminée. Plâtre, plomberie, électricité, j’y arrive, mais je ne suis pas doué. Par exemple je déteste la plomberie, craignant sans cesse la fuite. Cela me donne même des insomnies. Pour ce qui est du placo, je ne fais pas confiance à mes fixations et je crains toujours que le plafond suspendu me tombe sur la figure, quant à la l’électricité, imaginez mes angoisses.

Mais voila, mon nouvel emploi d’homme à tout faire m’amène de temps en temps à devoir bricoler au travail, une porte récalcitrante, un serrure à changer, une fuite dans les toilettes, une prise électrique à remplacer. Du travail de base, qui ne demande pas de grandes qualifications, mais qu’il faut bien faire si on ne veut pas que nos locaux tombent en ruine.

Le hic, c’est que pour monter sur une échelle (même un escabeau), une habilitation travail en hauteur est obligatoire, et je ne l’ai pas. Embêtant non ? Si je tombe, l’administration pourra toujours dire que je n’avais pas l’habilitation pour monter dessus. Alors que fais-je, je monte ou je ne monte pas ? Ben je monte.

Pour l’électricité, c’est la même chose, avant de démonter un interrupteur, rentrer dans un local électrique, abaisser un disjoncteur, il faut être habilité, et là, je le comprends nettement plus. Peut-être parce que je ne suis pas très rassuré quand je touche au fils (d’ailleurs lequel faut-il couper, le jaune, le rouge, le bleu ou le noir ?).

J’ai donc insisté pour faire un stage d’habilitation électrique. J’en vois déjà certains qui se marrent au fond de la salle, et ils ont raison.

Mon service formation permanente m’inscrit donc à un stage d’habilitation électrique, neufs mois après ma prise de fonctions et plusieurs interventions électrique sur le site. Trois jours intensifs non loin de chez moi.

Jusque là tout va bien.

Je me pointe donc le premier jour avec une dizaine d’autres personnes, pour tout savoir de comment travailler en toute sécurité pour changer une prise et une ampoule sans monter sur un escabeau cela va sans dire. Sauf que dans l’assistance, le public est très très hétérogène, une ingénieur chimiste de maintenance de spectromètres de masses, un électricien haute tension, un gars d’une SSII, un vendeur Leroy Merlin etc etc… Je commence à avoir une petite inquiétude.

Le formateur, un gars bien sympathique, commence par nous poser à tous une question étrange : “Pour quelle habilitation venez-vous à ce stage ?”. “Ben heu, électrique” lui répondis-je naïvement. “Oui d’accord mais laquelle ?”, et là il nous énumère toutes les lettres de l’alphabet ainsi que les chiffres dans diverses combinaisons, la liste des habilitations existantes H0, BS, B2V, HC, B2MT et j’en passe. Certains répondent, d’autres hésitent et moi je ne sais que dire.

“Bon vous faites quoi au travail comme manipulations électriques ?” me demande-t-il. “Heu je change les ampoules, remplace un interrupteur, une prise, c’est tout”. “Ok c’est le BS ça, mais ici on ne prépare pas au BS, nous faisons les habilitations pour électriciens, votre employeur n’aurait pas du vous inscrire à cette session, mais à celle d’avant hier. On verra avec la secrétaire ce qu’ils ont demandé pour vous tout à l’heure.”.

La fille qui bosse sur des spectroscopes de masse comme le gars de la SSII sont un peu comme moi, sauf qu’eux ne touchent même pas une prise ou un interrupteur, sauf pour débrancher un appareil où allumer la lumière.

La formation commence, très intéressante, me faisant réaliser très vite qu’il faut que j’arrête de bosser comme un salop sinon je ne vivrai pas très vieux, quand après la pause, le formateur revient avec la listes des habilitations demandées par nos employeurs. Pour moi ils ont exigé ceci : BS, BC, BR, B2V.

Mais encore me direz vous. Je dois pouvoir changer une prise, une ampoule, un interrupteur hors tension, jusque là tout va bien, je dois pouvoir consigner un circuit électrique (la version hyper sécur de baisser le disjoncteur), là ça se corse, je dois pouvoir intervenir seul sur une installation électrique de moins de 32 A et 400 V, sérieusement ?, je suis chargé de travaux électriques aux voisinages de pièces nues sous tension, mais vous êtes dingues ? Ils ne manquerait plus qu’il me demandent l’habilitation 50000 V sous tension tant qu’à faire… Non sauvé, la formation ne porte pas sur la haute tension.

Il doit y avoir une couille dans le pâté. Je ne suis pas électricien, tout juste si je me souviens de la loi d’Ohm. Je veux juste une autorisation légale pour changer les ampoules grillées du bâtiment, pour ne pas faire venir un électricien au boulot, juste une petite BS de rien du tout. Ben non… J’ai presque la totale, le formateur est mort de rire.

Après trois jours passés les mains dans une armoire électrique sous tension, après avoir regardé des vidéos hilarantes montrant des ouvriers se faire électrocuter (c’est à dire mourir à cause de l’électricité), après avoir contemplé des photographies de bras brûlés, de visages défigurés, après avoir partagé nos diverses expériences d’électrisation, nous passons l’examen final, des QCMs pour chaque habilitation remplis de questions tordues.

Par malheur, je m’en sors pas trop mal, à croire que j’ai écouté pour une fois au lieu de dormir. Le formateur donne un avis favorable afin que mon employeur m’octroie les habilitations BS, BC, BR, B2V. Merde…

Alors j’ai négocié avec lui, pour qu’il mette des fortes réserves sur les BC, BR, B2V, car je n’ai pas très envie de travailler sous tension dans une armoire électrique, posé sur un tapis isolant, équipé de gants en latex et recouvert d’un casque pour remplacer un disjoncteur de puissance alors que tout le bâtiment est sous tension.

Back In Black

La maison voisine fait peau neuve. Il faut dire que la pauvre, elle n’était pas gâtée par mère nature. Un espace exiguë, des murs fissurés, un toit peu étanche et surtout des propriétaires abrutis. 

Depuis plus de six mois, les travaux battent leur plein, les samedis, dimanches et fêtes, car si la bicoque s’améliore, ses occupants sont toujours les mêmes abrutis. “Y é né pas le sou alo yé fai sa o blaque”. Et le black, c’est le week-end, lorsque l’on essaye de se reposer. Meule, bétonnière, scie circulaire, perforateur, marteau piqueur, perceuse, gueulantes, chien qui aboie, ainsi passent nos fin de semaines dans la poussière soulevée par les machines. 

Back In Black, saison deux. Chaque été le même enfer. 

Tôt le samedi matin des petits coups de marteaux sournois ou une visseuse en pointillés pour vous réveiller en douceur puis le fauve est lâché dans l’arène, le chien se met à hurler sur tout ce qui bouge, lui même compris, alors le maître crie dessus sans effet apparemment avant de découper une poutre métallique avec une meule pas assez puissante. La fourgonnette blanche arrive alors (vous savez celle qui kidnappe les enfants) avec les copains payés à la bière ou les artisans non déclarés (et l’enfant attaché à des chaines à l’arrière). Ça gueule, ça s’engueule, ça tape, ça perce, ça crie et ça n’avance pas (tellement fort que l’on entend plus l’enfant pleurer).
Ils ont enlevé les tuiles (et l’enfant) du toit juste avant un orage épique, fait le crépi avant de changer les fenêtres,  construit un toit avant de décider d’en faire une terrasse. C’est qu’il y a de la jugeote chez ces gens (ils vont certainement demander un rançon).

Puis le soir, dans leur cour de 10m2, ils fêtent l’avancée du chantier, des libations bruyantes à la bière et au barbecue qui fume sous nos fenêtres, des réjouissances arrosées où l’abruti de chien a de nouveau droit à la parole. Tard dans la nuit, après avoir crié tout leur saoul, les travailleurs du dimanche repartent imbibés, le chien gueule une dernière fois pour la forme avant d’aller rejoindre son panier. 

Demain ça recommence.

Et vous ?

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C’est amusant, j’ai comme l’impression que les médias se répètent sans cesse : “Le mois de juillet le plus chaud”, “Une année record”, “Deux canicules en un mois”, “La planète se réchauffe”, “Les glaciers reculent”, “La banquise a déjà fondu”, “Djakarta sous les eaux”, “Record de pollution”, “Tornade sur le Luxembourg”…

Pendant ce temps Donald veut racheter le Groenland, Michel se moque de Greta et Emmanuel part en vacances.

Soudain certains s’inquiètent de l’empreinte énergétique d’Internet, se lamentent sur les incendies de forêt et s’étonnent de tous ces phénomènes météorologiques violents.

Oui la planète se réchauffe, ce n’est pas faute de l’avoir dit et écrit, et oui c’est de notre faute. Oui les phénomènes extrêmes sont en augmentation et oui nous allons régulièrement battre de nouveaux records de température et manquer d’eau.

Alors dépêchons-nous de visiter le Pole Nord avant qu’il ne fonde, d’installer la climatisation dans nos maisons, de creuser une piscine dans le jardin et de rouler en voiture électrique.

Nous avons encore une chance de calmer l’embolie climatique, mais nous devons nous dépêcher. Si nous ratons le coche, ce ne sera pas un degré de plus, mais deux, trois, quatre peut-être que notre atmosphère gagnera en moyenne d’ici la fin du siècle.

Vous avez une idée des dégâts que cela occasionnera ? Regardez déjà ce qui se passe avec un degré de plus actuellement. Ce sera bien pire.

En attendant que nos hommes politiques cessent de penser à leur réélection, au PIB, aux entreprises du CAC 40 et qu’ils prennent enfin de réelles mesures contre le réchauffement climatique, moi que puis-je faire ?

Même si c’est une goutte dans l’eau, je vais : ne pas installer de climatisation dans la maison, ne pas changer de voiture tant qu’elle roule, ne pas prendre l’avion, baisser le thermostat du chauffage à 17 C, prendre moins de douches quitte à ne pas sentir la rose, acheter local et bio tant qu’à faire, me déplacer le plus souvent possible à vélo, sinon en transports en commun ou à pied, cesser de perdre du temps sur Internet à regarder des vidéos de chatons, ne pas remplacer mon smartphone tant qu’il fonctionne, manger moins de viande, acheter moins d’objets non indispensables, voter écologiste à chaque élection et continuer de poster ce genre de billets pour vous demander : Et vous ? Qu’allez-vous faire ?

Numérica

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Avez-vous entendu parler de la propriété intellectuelle ? Je vous demande ça à tout hasard au cas où cette notion vous serait inconnue. Parce que voilà, télécharger des albums sur des sites russes, utiliser du pier to pier, enregistrer du youtube, passer à la médiathèque et ripper tout ce qui rentre dans votre lecteur, cela s’appelle du vol. 

Pour ma part, je me fous de savoir si vous êtes une personne honnête ou non. Je pense simplement aux artistes qui tentent de gagner leur vie en jouant de la musique. 
Vous allez me répondre que la musique c’est cher. Qu’un CD se vend quinze à vingt euros. C’est vrai, c’est cher. Mais une Ferrari est beaucoup plus cher, pourtant vous n’en volez pas, si ? 

Qu’est-ce qui pousse les gens à voler l’immatériel ? Le contenu numérique n’aurait pas de valeur sous prétexte qu’il est impossible de le tenir entre les mains ? Serait-ce la facilité tout simplement ? 

Ne me dites pas « je ne savais pas », même le plus con des cons sait que la musique numérique possède une valeur marchande et que la copier est un délit. 

Fut une époque, j’allais aspirer des albums en pier to pier, des live pirates le plus souvent, des enregistrements officieux de concerts où je m’étais rendu, des enregistrements de mauvaise qualité pour garder un souvenir faute d’un CD ou d’un DVD à regarder. J’ai téléchargé, je le confesse, un ou deux albums pas encore sorti pour pouvoir les écouter en avance de phase. Mais je les ai acheté ensuite. 

Aujourd’hui je reçois beaucoup de musique pour le webzine et les albums que j’aime vraiment, ce que j’écouterai encore, je les commande en CD ou bien en vinyle. Car dans le prog, il y a presque autant de chroniqueurs que de personnes qui écoutent la musique, alors si les chroniqueurs n’achètent pas les albums, qui va le faire ? 

Je connais un gars, un baba cool, grand fan de Yes, ingénieur de son état, bien mieux payé que moi, célibataire de surcroît, qui n’achète jamais de musique. S’il t’emprunte un CD, c’est pour en faire une copie, s’il te parle d’un groupe, c’est qu’il en a téléchargé toute la discographie sur un site pirate. Il ne va même pas aux concerts, « tu comprends, c’est trop cher ». Ces énergumènes, grands consommateurs de musique, ne sont hélas pas si rares et ce sont les premiers à pleurer lorsqu’un jeune talent prometteur laisse tomber faute de moyens. 

Cet été combien de crowdfundings prometteurs ont avorté ? Quelle misère quand on réalise qu’il ne leur fallait que quelques milliers d’euros pour sortir leur album, à peine trois cent souscripteurs à quinze euros pour aller au bout de l’aventure.

Vous aimez la musique ? Alors soutenez les artistes, financez leurs projets, achetez leurs albums et allez les écouter en live.