La grande braderie du Père Noël

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Non je ne vais pas vous parler de la grande orgie du Black Friday à laquelle je refuse de participer par principe. Je vais vous parler de ma grande braderie à moi, certes plus modeste mais nettement plus utile.

De temps en temps je suis pris de coups de folie. Cette fois, j’ai décidé de faire le ménage par le vide dans la maison, car il faut bien l’avouer, nous en emmagasinons plus que nous ne nous débarrassons. Telle est la cruelle loi de notre impitoyable société de consommation.

Et pourquoi ne pas essayer de donner une seconde vie au barda qui encombre la maison plutôt que stocker ou pire de jeter ? Une ou deux photos, une annonce, un prix attractif et le tour est joué. 

Leboncoin, Rakuten ce sera au plus rapide qui emportera le lot faute de marché aux puces. Bien entendu il faut sacrifier au rituel des questions débiles, particulièrement sur Leboncoin, de l’inévitable marchandage de tapis et des arnaques classiques.

Après des questions du genre « Il est de quelle couleur votre cheval blanc d’Henri IV ? », des marchandages du style « allez tu me le fais à 40, non ? 45 alors ? non ? bon ok pour 50 ? ». « Ok c’était le prix demandé. » et des tentatives pitoyables de vol « vous me l’expédiez à Abidjan, je vous payerai dès réception en francs CFA », quelques ventes ont été conclues.

J’ai ainsi débarrassé la maison d’un vieux portable asthmatique, de deux meubles de rangement de jouets, de nombreux jeux vidéos et de quelques livres. 

A mon grand désespoir les livres se revendent très mal, sauf s’ils ont été édités récemment. Le hic, c’est que je lis très lentement moi alors du coup, même les nouveautés, je les revends longtemps après. Les jeux vidéos, vendus à prix raisonnable, partent comme des petits pains et le PC à cinquante balles a soulevé une avalanche de demandes.

Financièrement Rakuten n’est pas très intéressant, ils se prennent une marge gigantesque, mais la plateforme est pratique avec la prise en charge de l’expédition. 

Leboncoin ne coûte rien mais les acheteurs sont souvent pénibles et si votre annonce a plus de deux jours, autant la supprimer. Les offres qui arrivent ensuite sont le plus souvent des tentatives d’escroquerie.

Il me reste encore des disques à me débarrasser, des erreurs de jugement le plus souvent. Pour ça j’irai dans une boutique d’occasion où je troquerai dix CDs pour un vinyle de collection. Pas d’argent entre nous, ce sont des potes.

Pour les cadeaux de Noël, cette année, on va se la jouer soft pour une fois. Les garçons sont grands et n’ont plus besoin de jouets et leurs parents s’offrent tous seuls leurs cadeaux, donc tout ça n’a guère de sens à part faire fonctionner la pompe à fric. 

Je poursuivre le vide grenier commencé il y a peu. Il reste quatre mètres cubes de caisses de jouets sous une bâche. Vingt ans de développement cérébral pour de deux avortons. Quand on voit le résultat aujourd’hui, je me dis que l’on aurait du limiter les frais. Enfin bref. Je pourrais revendre les Legos des enfants au poids ou les Playmobils aux collectionneurs plutôt que de stocker tout ce bazar au grenier, mais pour ça il me faudrait leur bénédiction à tous les deux, autant dire jamais.

Restent des objets invendables ou invendus, un vieux micro-ondes, des enceintes pourries achetées il y a vingt-cinq ans, un vidéo projecteur VGA à la lampe grillée qui coute plus cher qu’un nouveau projo, un grille pain qui met le feu à la cuisine, un lecteur de CD dont personne ne veut, même donné, deux parasols déchirés, un grille moustique avec lequel on s’électrocute, une chatte tricolore dans un carton… tout ça hélas, est parti à la déchèterie faute de trouver une seconde vie, des années de bazar accumulé dans un grenier. Par chance les chats en ont sept de vies, mais c’était moins une.

Mon Black Friday devrait nous rapporter trois cent euros. Pas de quoi pavoiser certes mais assez pour financer quelques crowdfundings (Galaad, Dark Horse White Horse et Monnaie de Singe) et faire un don à une association caritative comme Les Restos du Coeur, la Fondation Abbé Pierre ou le Secours Populaire. En ce moment beaucoup de gens ont plus besoin d’argent que moi.

L’Envol du Soleil

A la fin du XVII siècle, l’effluve et une intelligence artificielle extraterrestre révolutionne le règne du Roi Soleil. 

Nous nageons en pleine uchronie à l’écriture maniérée et niaise peuplée d’inventions guères originales. 

Johan Heliot nous ressort le coup de la radioactivité, des pistolets lasers, des voitures électriques, de la télévision et des vaisseaux spatiaux. Certes cela se passe à l’époque de Colbert, mais quel manque d’imagination ! 

La saga de la famille Caron se poursuit dans un Paris révolutionné par l’énergie effluvique, et tous les enfants sont amenés à des actions et des postes exceptionnels pour de simples fils paysans démunis. Jeanne est la voix du peuple, Marie la concubine du roi, Pierre le surhomme géant aveugle vengeur, Martin le spationaute et Etienne le digne héritier de Pascal. Mais quelle famille ! 

Le premier livre n’était pas folichon. Le second est navrant et il m’en reste un dernier à lire…

Peau d’Homme

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Le vendredi 30 octobre 2020 nous allions repartir pour quatre semaines de confinement. Le président l’avait annoncé la veille au soir. Nous nous y attendions un peu mais quand même, alors le jeudi ce fut la panique. A petit jour, je partis dare dare sur mon vélo pour faire des courses de premières nécessité, car comme l’avait annoncé Emmanuel Macron, seuls les magasins de première nécessité resteraient ouverts. Mais lui et moi n’avons pas les mêmes besoins manifestement. Je pourrais me passer de papier toilette mais pas de livres. Et les librairies, médiathèques et bibliothèques allaient fermer. Je suis donc allé, avec un sac à dos, chez mon libraire préféré, faire le plein de livres. Non pas que je n’ai plus rien à lire, mais que j’ai besoin d’être entouré de perspectives de lectures pour dormir correctement. Il m’avaient tellement manqué durant le premier confinement.

Dans mon sac à dos, sur le chemin du retour, se trouvaient trois romans et une bande dessinée : Une Colonie, le dernier Hugh Howey que j’attendais avec impatience, Le Cinquième Coeur un Dan Simmons, auteur culte que je boude depuis Flashback, Tupinilândia de Samir Machado De Machado qui m’a attiré avec sa jaquette “Entre Orwell et Jurassic Park” et Peau d’Homme, une BD de Hubert et Zanzim.

Pour tout vous dire je n’achète pas souvent de bandes dessinées, il y a en a trop à a maison et je ne les achète presque jamais chez mon libraire mais dans une boutique spécialisée à Strasbourg. Je suis comme ça. Mais là, pour le coup, je n’ai pas su résister à l’appel de Peau d’Homme. Il faut dire que la couverture, une femme nue dans un décors médiéval revêtant la peau d’un homme m’a tout de suite émoustillée. J’ai donc ouvert la bande dessinée, un acte qui ressemble à s’y m’éprendre à ouvrir la boite de Pandore. Une fois fait, impossible de la refermer. Les graphismes simples et beaux m’ont immédiatement happé comme les touches l’érotisme naïf de l’histoire. Une fois la bande dessinée ouverte, il était trop tard, j’étais obligé de l’emporter à la maison.

Peau d’Homme raconte l’histoire de jeune file rebelle que l’on va bientôt marier. Sa marraine, comme dans les contes de fées, l’entraîne chez elle et l’invite à se vêtir d’une peau d’homme, qui transforme la belle rousse en un jeune homme à la peau halée. Avec sa nouvelle peau, la jeune femme va pouvoir découvrir le monde des hommes, apprendre à connaître celui à qui elle est destinée et dont elle ignore tout.

Peau d’Homme parle des hommes, des femmes, de l’homosexualité, de la religion, de l’intégrisme, du quand dira-t-on, des faux semblants, de l’hypocrisie de la société, des fous de dieu et bien entendu de l’amour avec une grande justesse.

Graphiquement la bande dessinée propose de grandes pages où des scènes monochromes sont habités de personnages en couleur, où sur un décors unique se déplace des personnages, des grandes planches colorées, en d’autres mots une narration graphique qui sort de l’ordinaire. L’histoire est simple, intelligente, pleine d’humanité et invite à la tolérance.

Lorsque nous déconfinerons, n’hésitez pas à aller feuilleter cette bande dessinée chez votre libraire, elle est magnifique.

The Expanse T 4

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Le tome 4 de la série de livres The Expanse n’a jamais mieux porté son nom. L’humanité, après avoir colonisé la ceinture, Mars et quelques satellites joviens, quitte le système solaire et part à la découverte de planètes inconnues.

La première élue se nomme Ilus, ou New Terra tout dépend de quel monde vous venez. Atmosphère respirable, continents et océans, biome extraterrestre non hostile enfin à part les limaces, tout pour s’installer et prospérer. D’ailleurs, dès sa découverte connue de tous, un groupe de ceinturiens s’embarque pour un voyage illégal et sans retour de plus d’un an pour s’installer sur Ilus.

Sauf que, et c’est l’histoire de bien des peuplades, la RCE a reçu une autorisation d’exploitation de la planète par les Nations Unies, et la RCE voit d’un très mauvais œil la présence des premiers colons en place.

Mais au fait, The Expanse, ce n’est pas l’histoire de James Holden, sauveur de l’humanité avec sa petite équipe à bord du Rossinante ? Si, si. Alors quel rapport avec notre histoire ?

Abracadabra ! Holden est proposé comme médiateur dans la crise qui oppose colons et RCE sur Ilus, crise qui s’envenime d’heures en heures. Holden en médiateur ? Sérieusement…

Vers la moitié du roman, alors qu’Holden fait de son mieux, traduisez aggrave la situation, l’histoire bascule brutalement et revient au sujet premier du livre, à savoir la proto molécule. Une grosse explosion et plus rien n’est pareil ensuite. Les factions restent sur leurs positions mais la survie l’emporte sur les rivalités, encore que.

Cette seconde partie du livre, plus dans l’action, qui sent la pluie, la boue et l’odeur confinée des scaphandres spatiaux, n’est pas forcément celle qui m’a le plus enthousiasmée mais il fallait bien que l’histoire bouge un peu pour les lecteurs avides d’adrénaline et de rebondissements.

Les feux de Cibola poursuit les aventures de Holden et cie honnêtement, sans m’emballer plus que ça. Par chance, le dernier chapitre laisse espérer une suite prometteuse, un peu plus politique. Jusqu’où vont-ils nous amener ? Vous le saurez en lisant le tome 5.

Vous savez, j’ai un travail aussi

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Depuis plus de vingt ans je gère un webzine de rock progressif. Programmation, administration, sauvegardes, mises à jours, publications, la bête m’occupe beaucoup. Et comme il faut alimenter le site en contenu pour nos lecteurs, je chronique des albums, couvre des concerts, fait des interviews, écrit des actualités, enregistre les groupes, leurs albums et leurs concerts. Et comme pour chroniquer il faut de la musique, je sollicite les labels, maisons de disques et artistes. Et n’étant pas seul dans le webzine, il faut en plus que je partage la musique, relise le travail des autres, relance les gars pour qu’ils livrent leur prose à temps, et tout ça justement prend du temps. Je me suis fixé un rythme de publication de trois chroniques hebdomadaires, sans parler des news quotidiennes, parfois plus lors de la rentrée musicale.

Toute cette pression exigeait un exutoire alors j’ai créé un blog pour parler de ma folie, de la musique d’un point de vue politiquement moins correct, pour raconter ma vie, pour décompresser. Mais un blog, même s’il a moins d’exigences que le webzine, doit être mis à jour et surtout alimenté régulièrement en billets. Alors, depuis mon smartphone, j’écris quand me vient une idée, comme en ce moment puis je la mets en forme, cherche un titre, une image et plus tard, si le billet me semble toujours acceptable, je le publie. Je me suis fixé un rythme de deux billets par semaine, parfois je cale devant la page blanche, parfois j’en gribouille cinq en une semaine.

Le rock progressif m’a ramené à la photographie par hasard en voulant proposer des images pour les live reports. Au début j’empruntais du matériel au travail mais bien vite j’ai voulu un matériel adapté à l’exercice. J’ai retrouvé les joies de la photographie avec un reflex, un sport abandonné avec la fin de l’argentique. De photographie de concert je suis revenu tout simplement à la photo. J’ai rapidement adopté Flickr pour publier les clichés de concerts et mes premiers pas dans le numérique. Avec cette plateforme j’ai découvert le travail d’autres personnes et j’ai voulu trouver mon style. J’ai également découvert le développement numérique qui m’a définitivement rendu accroc à l’image. Au début je publiais une photo de temps en temps, en fonction de mes ballades, aujourd’hui je m’oblige à sortir une image par jour en plus des photos de concert. Trouver une idée, la photographier, la développer, la publier, l’image m’a totalement asservie.

Et comme j’aime lire, je partage mon enthousiasme littéraire sur le blog ainsi que sur Babelio, mais ça, pour une fois, ça ne me prend pas trop de temps.

Chaque jour j’écoute de la musique, publie des actualités, des chroniques ou billets, répond au médias, relis des textes, met en ligne des photos 

Mais j’ai un travail et une famille vous savez. Chaque jour je sacrifie sept heures à mon employeur, chaque jour je fais à manger, je change la caisse du chat, sort les poubelles, fait les courses, lave et étend le linge, passe l’aspirateur, la serpillière, l’éponge, la brosse à dent. Et après toutes ces activités éreintantes je trouve encore le temps de regarder une série télé, de lire un ou deux bouquins et de dormir neuf heures les bonnes nuit, sans parler des migraines qui me volent 24 heures de ma vie toute les semaines, enfin les bonnes semaines…

Infinités

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Je lis trop rarement des nouvelles, préférant des récits de plus longue haleine. Mais quand Alias a parlé dans son blog de Infinités de Vandana Singh avec enthousiasme, j’ai su qu’il fallait que j’ajoute ce livre à mes lectures. L’auteure est indienne, à priori musulmane et se passionne pour le genre littéraire fantastique, autant dire un joli mélange d’univers. 

Infinités ce sont dix nouvelles et un court essai sur le fantastique spéculatif, essai qu’il faudrait lire en guise d’introduction aux nouvelles. 

Vandana n’écrit pas à proprement parler de la science-fiction ici. Elle dépeint la vie quotidienne de la société moyenne en Inde avec ses conflits religieux, sa misère, ses saisons, glissant dans le récit de subtiles touches de fantastique.

Pour un européen qui n’a presque jamais voyagé, le recueil offre un voyage dépaysant dans un pays et une culture très éloignée de notre société matérialiste. Parfums, couleurs, paysages, bruits, chaleur, moiteur, les mots de Vandana nous plongent dans un autre univers, souvent celui de femmes au foyer, reléguées à leurs tâches domestiques avec des mots emplis d’humanité.

Toutes les nouvelles n’auront pas eu le même impact sur mon imaginaire. Infinités qui donne le titre au livre m’a laissé indifférent avec ses mathématiques pourtant étudiées à la faculté de sciences. Par contre La chambre sur le toit, Delhi, l’Epouse et d’autres m’ont fasciné.

L’univers de Vandana Singh semble imprégné des mots et de la sagesse d’Ursula le Guin, une de mes auteure préférée, tout genre confondue. Il va falloir que je procure son unique roman de science-fiction Distances, histoire de poursuivre un bout de chemin avec elle, avant qu’elle ne se fonde avec l’encre et le papier de tous les romans écrits de par le monde, à la fin de la mousson.

Le grand Siècle

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Je ne suis pas avide d’uchronies et encore moins passionné d’histoire contrairement à mon libraire, mais il m’arrive d’en lire à l’occasion.

J’ai détesté étudier le règne du roi soleil et la révolution française au collège et pourtant j’ai pris en librairie Le Grand Siècle de Johan Heliot. Il faut dire que c’était le 12 mai, un jour après la fin du confinement et que mon libraire n’avait pas grand chose encore à proposer. Alors une uchronie, pourquoi pas.

Sauf que le volume qu’il proposait était le tome 3, La Conquête de la sphère, un titre alléchant à priori. Mais arrivé en caisse, mon libraire prévenant me demande si j’ai lu les deux autres tomes, ce à quoi je réponds non. Il me conseille alors de les lire avant de m’embarquer dans celui-ci.

Sauf que le tome 1, L’Académie de l’éther est épuisé, il n’a que le tome 2. Je prends le tome 2, L’Envol du Soleil, le tome 3, quitte à faire l’impasse sur la première partie du récit, et dans la foulée cherche sur internet le premier volume. Après quelques tentatives, je trouve L’Académie de l’éther sur Rakuten où je revends habituellement mes bouquins, et neuf de surcroit. Me voila donc avec une trilogie uchronique sur le roi soleil écrite par un auteur dont je n’ai jamais lu un ouvrage. Le pari est risqué.

Le Grand Siècle nous propulse au début du règne de Louis XIV, en pleine Fronde. Un jour le jeune roi assiste à la présentation d’une sphère tombée du ciel aux pouvoirs surnaturels. Cet évènement, sensé n’être qu’une distraction pour le jeune roi, va faire basculer l’histoire sur un chemin parallèle à celui consigné dans les ouvrages scolaire.

Le roman raconte le destin d’enfants de paysans contraints de rejoindre la capitale pour survivre, du roi et de ses ministres, de Blaise Pascal, de Condé et bien entendu de cette sphère pensante qui, pour retourner chez elle, va donner un petit coup de pouce au destin.

J’ai failli renoncer à la lecture du Grand Siècle dès les premières pages tant le style ampoulé prêté à ces fils de paysans semblait en total décalage avec l’histoire. Mais comme j’avais deux autres tomes à lire, je me suis accroché. Arrivé au chapitre 5, lorsque le récit s’est enfin attardé sur la sphère, mon intérêt est monté d’un cran, et au bout du compte je suis arrivé à la fin du premier tome avec l’envie de continuer l’aventure.

Johan Heliot ne propose pas ici de la grande littérature mais bien un plaisant divertissement idéal pour les vacances. Les amateur d’uchronie facile devrait y trouver là une bonne lecture et pourquoi pas, un univers clef en main à utiliser pour le jeu de rôle.

Une Anneke caniculaire

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Anneke van Giersbergen

Le thermomètre affiche 27 degrés centigrades dans le salon. Vautré sur le canapé vert bouteille, je patiente jusqu’au coucher du soleil, lorsque le mercure descendra sous le seuil raisonnablement tolérable des trente degrés. La platine joue l’intégrale des albums d’Anneke pendant que je lis Infinités de Vandana Singh.

Nous subissons la seconde vague de canicule de l’été. Cette fois elle devrait durer au moins dix jours, dix jours à plus de trente degrés centigrades, enfermés derrière des volets clos, déshydraté malgré toute l’eau bue, comateux, dormant en pointillés, allongé sur le parquet inconfortable du rez-de-chaussée.

Je viens d’un pays où 25 degrés semblaient une chaleur insupportable et où après deux journées de soleil, la pluie, le vent et les nuages revenaient en force.

Cet hiver, les minimales sont à peine descendues sous la barre du zéro. Pas de neige, pas de lac gelé, pas de bise glacée du nord-est. J’ai à peine allumé le chauffage et les végétaux n’auront eu qu’une trop courte dormance pour résister cette année.

Les conséquences du réchauffement climatique sont déjà perceptibles et cela ne fait que commencer à moins que ce ne soit qu’un épi phénomène et que mère nature va bientôt tout remettre en ordre. Un RAZ comme dans la nouvelle « Ecoute ! » dit l’oiseau-tipi.

Je pourrais creuser une piscine et plonger dedans pour aggraver la pénurie en eau. Je pourrais installer une climatisation et vivre à 20 degrés afin d’augmenter le réchauffement climatique. Je pourrais partir découvrir la banquise et les derniers ours polaires histoire de me rafraîchir les idées, ramener de belles images et augmenter la concentration en CO2 dans l’atmosphère au passage.

Mais non, je suis sur mon canapé vert anglais, tournant les pages de Infinités en écoutant Symphonized, me demandant quand est-ce que la température commencera à baisser, rêvant de retourner vivre en Bretagne alors que mon épouse pense à Aix en Provence.

L’usage de ventilateurs est déconseillé pour éviter de faire circuler le virus. Le port du masque est devenu obligatoire dans les espaces publics, bientôt ils vont nous annoncer que l’eau du réseau peut transmettre la maladie et qu’il faut éviter les douches et boire l’eau du robinet. 

Pour ce qui est du ventilateur, de toute façon, le son des palles brassant l’air poisseux gâcherait la délicieuse voix d’Anneke sublimée dans Let the Light In, son dernier live symphonique, hélas uniquement disponible pour l’instant qu’en digital. Alors pas de ventilo, quitte à mourir de chaud, la musique est plus importante que la souffrance.

Le soleil va tourner au sud-ouest, m’obligeant à fermer les derniers volets encore ouverts. Je ne pourrais plus lire faute de lumière mais il me reste Vuur, Verloren Verleden et Drive à écouter. Et puis l’obscurité convient parfaitement à mon mal de tête, car le manque de sommeil conjugué à la chaleur et la déshydratation sont un terreau favorable à mes épouvantables migraines hebdomadaires.

Ce soir, lorsque le soleil se couchera, que la température plongera sous les trente degrés, lorsque j’aurai écouté tous les albums d’Anneke, ceux d’Ayreon et de The Gathering compris, j’abandonnerai ma lecture pour aller écouter le live de PI au jardin des deux rives, eux aussi jouent du métal progressif mais sans chanteuse.

[IMG_1334.jpg / 26 juillet 2020 / 18 h37 / Illkirch-Graffenstaden ]

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La capitale du Groendland, forte de de dix-huit-mille habitants s’appelle Nuuk. Nous sommes au pays des nuits de vingt-quatre heures, du blizzard, de la neige et des phoques. 

C’est là qu’enquête Qaanaaq, le chef de la police de Nuuk, inventé par l’écrivain Mo Malo. Pour sa troisième aventure, le commandant Qaamaaq Adriensen, en faisant le tour des postes de police sous sa responsabilité, découvre des suicides de jeunes femmes en relation avec la tradition inuit.  

Avec Nuuk, le lecteur survole le Groenland en hélicoptère, trace sur la glace en motoneige, découvre les traditions inuit et la spécialité locale: la tourte au foie et abats de phoque.

Friand de récits se déroulant à proximité du cercle polaire, je me faisais une joie de lire Mo Malo, un nouvel auteur arctique. 

Si l’histoire est complexe et bien menée, j’ai compris l’essentiel de l’intrigue plus d’une centaine de pages avant la fin. Pourtant, lorsque je joue au Cluédo, je perds à chaque fois. 

J’ai été surtout frustré par le manque de profondeur des personnages et des descriptions à peine esquissées des paysages. Pour les personnages, peut-être faut-il commencer par lire Qaanaaq puis Disco pour leur trouver de la profondeur. Pour le décor, Mo Malo, qui vit en France, devrait peut-être aller quelques mois chasser le phoque en motoneige sur la banquise et nous ramener des images prises avec le téléphone portable du commandant Adriensen.

Salina

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Se plonger dans les mots de Laurent Gaudé relève à chaque fois de la magie.  

Avec Salina, l’auteur nous entraine, comme dans La mort du roi Tsongor, dans l’histoire d’une vengeance, celle d’une femme chassée de son village parce qu’elle n’aime pas le bon frère. 

Salina est également un roman initiatique où le fils conduit la mère vers sa dernière demeure, retraçant pour les vivants l’histoire de cette femme pleine de colère et d’amour. 

Le roman prend place dans les somptueux paysages désertiques d’Afrique, au milieu de tribus qui se livrent une guerre éternelle, où les hyènes et les vautours se disputent les corps des vaincus.

La magie règne sur ces terres arides avec l’évocation du second fils de Salina qui se battra contre Saro et les vertèbres du roi éparpillées aux quatre coins du désert, sans lesquelles la dépouille ne trouvera jamais le repos.

J’aurais bien passé quelques pages de plus avec Salina et son histoire car le roman de Laurent Gaudé possède presque le format d’une nouvelle et se retrouve trop vite terminé.