Sur l’échafaud

De nos jours il existe des textes, des règlements, des lois pour tout régir et nous protéger des autres comme de nous-même.

Travailler sur un chantier n’est pas une affaire des plus simple, il faut se protéger et protéger les autres et croyez-moi, les textes ne plaisantent pas sur le sujet.

Autour de notre bâtiment, s’élève depuis quelques jours un énorme échafaudage car nous allons offrir un lifting à notre vénérable administration.

Après un fastidieux appel d’offre, une société a été retenue, mais ce n’est pas elle qui fera le travail. Elle fait appel à des sous-traitants. Un pour l’échafaudage, un pour l’isolation, un autre pour le crépi, un autre pour le zinc, un dernier pour l’électricité.

Tous devrons passer sur l’échafaud. L’assemblage de tubes et de passerelles métalliques peu s’apparenter rapidement à une condamnation à mort si tout n’est pas fait dans les règles de l’art.

La pose tout d’abord. Si le sous-traitant est bien assuré et habilité pour installer et gambader sur l’échafaudage non conforme, nous découvrons très vite que les autres sous-traitants ne le sont pas. Donc lorsque l’assemblage sera terminé et réceptionné, personne, à part la société qui a fait le montage, ne pourra travailler sur le chantier.

Mais encore faudrait-il que l’échafaudage soit aux normes et bien assemblé. Car il y a des règles en la matière, des règles de distance, de montage, de sécurité, des plans de circulation, des plans de prévention. L’échafaudage n’est pas terminé. Il a commencé à s’élever il y a maintenant trois semaines mais les ouvriers ne sont venus travailler que cinq jours sur cette période. Impossible de travailler lorsqu’il pleut nous disent-ils, alors ils ne viennent que lorsqu’il pleut et sont absent les beaux jours. Allez comprendre. Les bases doivent êtres assises sur des planches, mais point de bois, nul part, alors que l’édifice de métal s’élève dans les cieux. “Vous savez que vous devez mettre des planches ?”. “Oui oui mais on a pas reçu les bois.”. “Et vous continuez à monter l’échafaudage ?”. “Oui oui, on les mettra dessous après…”. Respect.

Accessible à tout promeneur curieux, sans garde corps, dangereux, notre échafaudage a déjà failli blesser un agent alors qu’il n’était pas encore totalement assemblé. Des planches sont tombées du ciel.

Le chantier devait débuter fin septembre mais l’échafaudage n’est toujours pas terminé, pas réceptionné et les entreprises qui doivent intervenir n’ont pas les assurances pour grimper dessus. Des courriers sont partis, des pénalités de retard brandies, des menaces proférées. L’hiver arrive et le chantier devra bientôt être interrompu à cause du gel. Il devait s’achever avant décembre, c’est bien mal parti. Des têtes vont tomber.

Plein plein plein

Il y a vraiment plein plein plein d’albums dans mon iPhone. Les promotions de l’automne sont tous les ans monstrueuses mais cette année la récolte bat des records. Pour la première fois depuis longtemps, je suis obligé de ne mettre dans mon lecteur portable que les promotions dites prioritaires, n’ayant pas le temps d’écouter les autres. Encore une fois, notre équipe est trop petite pour tout absorber, d’ailleurs elle se réduit de jour en jour, mais où est la relève ?

Non content de recevoir des promotions en masse, j’achète toujours autant d’albums. Opeth, IQ, Brieg Guerveno, Damian Wilson, Big Dead. Le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai que l’embarras du choix, d’autant que de nombreux autres devraient arriver : Out5ide, Franck Carducci (également en promo), Bruce Soord, Leprous, The Flower Kings (bientôt la chronique), Marillion, Vanden Plas (en promo aussi) et Dreamgrave que nous conseillait Stéphane sur son blog.

La chronique du moment est pour groupe allemand CrayonPhase dont je ne vous parlerai pas étant donné que c’est une chronique et que si vous voulez en savoir plus il faudra aller la lire sur le webzine. Même chose pour les promotions, vous n’avez qu’à attendre que nous publions quelque chose pour savoir si nous avons aimé.

Par contre je peux vous parler des albums que j’ai acheté et que je ne chroniquerais probablement pas, sauf si nous les recevons en promotion. Car c’est la nouvelle idée. Pourquoi parler des grosses machines comme Opeth si leur label ne fait pas l’effort de nous envoyer une promotion. Je joue l’enfant gâté ? Oui et non. Oui car qu’est-ce que cela me coûte de chroniquer Opeth puisque je l’ai acheté, non car en faisant la promo de groupes connus sans avoir reçu de promotion, je traite de manière inégale les petits labels et artistes qui eux font encore l’effort de nous envoyer du matériel. Je ne cherche pas à faire des économies, car si j’aime, j’achète toujours l’album. C’est juste une question d’équité.

Alors ce Opeth justement ? Ben je l’ai trouvé, bof en fait, un peu comme le dernier IQ, pas aussi bien que les précédents. Par contre l’EP de Damian Wilson tourne en boucle en attendant le vinyle. Big Dead m’a surpris mais pas totalement convaincu. Et l’album de Brieg ? En fait, il ne faudrait pas que j’en parle, il n’est pas sorti, je n’ai pas eu de promotion et j’ai terriblement envie d’en écrire la chronique (si ça peut vous donner une piste). C’est ça le problème de se donner des grands principes. Ne pas chroniquer sans promotion, c’est bien, mais lorsque l’on tombe sur une merveille comment faire, demander la promotion ? Brendan, je peux considérer le mp3 du crowdfunding comme du matériel de promotion ? Dis oui, dis oui !

Je ne me suis pas tout à fait remis de Strangers de Rise dont je viens de commander le vinyle histoire de renouveler le plaisir bientôt, alors j’écoute Brieg Guerveno et Damian Wilson pour me consoler entre deux vinyles de ma collection.

Argent trop cher, la vie n’a pas de prix

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Que pensez-vous de la gratuité de net ? Tout sur la toile devrait-il être gratuit ? Les créateurs de contenus méritent-ils d’être rétribués ? 

Tout dépend dudit contenu me direz-vous. Bien entendu. Et c’est là que je me dis, que mes collègues et moi-même devons produire de la merde, de la merde lue tout de même par un millier de personnes chaque semaine. 

Quinze heures de travail hebdomadaires se négocient plus de cinq cents euros par mois au Tarif syndical. Pas de quoi payer le loyer ni remplir les assiettes mais ce serait toujours mieux que rien après tout. 

Mais soyons honnêtes, si nous dégagions ne serait-ce même que cent euros de revenus par mois ce serait un miracle. Car s’il y a bien un bouton donation depuis un an sur le site, celui-ci n’a jamais été utilisé par qui que ce soit à part moi-même pour le tester. J’ai remis la publicité mi mai, et cette magnifique manne nous a rapporté vingt euros jusqu’à présent, juste de quoi payer le nom de domaine pendant une année, mais pas l’hébergement du site. Ceci dit, je ne m’attendais pas à plus.

Alors comment faire pour monétiser le magazine ?

Et si nous rendions accessibles certaines chroniques qu’aux donateurs ? Un petit texte alléchant pour donner envie et pour lire la suite, obliger à passer au tiroir caisse ? 
Elle est pas bonne l’idée ? Je pense que nous n’aurions plus aucun lecteur. Il existe plusieurs autres webzines de qualité qui proposent leur contenu gratuitement, donc naturellement les habitués changeraient de crèmerie non ? Enfin moi, c’est ce que je ferais.

Mais pour quelle raison mendier après tout ? Je n’ai pas encore été viré par mon employeur, je gagne correctement ma vie, alors ? Tout travail mérite salaire dit-on, c’est ça l’idée ? Non pas vraiment. 

Si le webzine dégageait quelques bénéfices il serait possible de financer certaines opérations, hébergement, web design plus sexy par un pro, défraiement pour couvrir certains festivals éloignés, participation à des campagnes de financement au nom du webzine, encouragement de l’équipe de rédaction. Car les gars qui bossent à Neoprog le font pour des prunes, même pas pour un CD, juste du mp3 watermarké, autant dire rien.

Un bouffon m’écrivait un jour que « vous les chroniqueurs, vous recevez pleins de CDs, vous êtes invités à tous les concerts, bla bla bla, bla bla bla ». Ben non, peut-être dix CDs promo par an sur mille en mp3, et disons cinq invitations à des concerts où nous pouvons nous rendre sans traverser l’Europe en voiture. Je l’ai déjà écrit, le webzine me coûte plus de trois-milles euros par an. « Ok man, mais c’est ta passion. », certes, mais ce n’est pas la seule man, loin de là, je ne suis pas mono maniaque… encore que, bon passons.

Mais voila, je me plains je me plains, mais il suffit que j’écrive un brouillon de billet et que je parte en vacances une semaine pour que Neoprog reçoive ses deux premières donations, vingt euros au total, de quoi participer au financement de notre hébergement internet. Alors merci infiniment à Eric et Stéphane pour leurs dons.

La grande transhumance

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Aujourd’hui je change les panneaux signalétiques devant les portes des bureaux de notre bâtiment. Je ne change pas les noms des personnes y travaillant, je change les services auxquels ils appartiennent. Au lieu de Strasbourg/Climatologie, j’inscris Toulouse/Production Finalisée, Paris/Finance, Toulouse/Observation, Paris/Ressources Humaines…

Le bâtiment qui abritait le service régional devient progressivement un regroupement de bureaux pour des agents travaillant pour d’autres entités géographiques. Nous venons même d’accueillir le premier locataire qui ne travaille pas pour notre administration.

Après la grande migration, la désertification, voici la transhumance qui commence. Mes anciens collègues de bureau travaillent aujourd’hui à distance voir en télétravail, un mot de plus en plus en vogue chez nous. Leurs collègues et supérieurs hiérarchiques habitent et travaillent à cinq-cent, mille kilomètres de là. Ils communiquent entre eux via des terminaux de vidéo conférence, par mail, au téléphone et ne se rencontrent qu’une à deux fois par an.

Plus des deux tiers de notre effectif va de se disperser entre Toulouse et Paris tout en restant sur place. Une poignée de personnes deviennent des agents de proximité, chargés de faire fonctionner les locaux et de pourvoir aux besoins de ceux qui travaillent à distance. Une belle réorganisation où personne ne trouve son compte, agents démotivés propulsés là où ils ne voulaient pas travailler, agents changeant de travail pour ne pas bouger, agents partant pour éviter le pire.

Travail à distance ? Mais pour combien de temps encore ? Lorsque les frais de déplacements auront explosés tous les budgets, lorsque la bande passante allouée ne sera plus suffisante pour gérer des web conférences multiples, lorsque les chefs toulousains et parisiens en auront assez de gérer des agents distants, lorsque la première tempête se sera calmée, ne vont-ils pas demander aux fonctionnaires travaillant déjà à distance de remplir leurs cartons et de régulariser leur situation géographique en venant travailler dans les locaux de la capitale de cathare ?

Que deviendront alors les agents chargés de gérer les centres provinciaux désertés ? Combien d’années nous reste-il avant que nos énarques, ministres et présidents décident que les implantations régionales n’ont plus raison d’être, que finalement, nous ne servons à rien ?

L’habit ne fait pas le moine

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Il m’arrive de bricoler, comme dans ma salle de bain aujourd’hui terminée. Plâtre, plomberie, électricité, j’y arrive, mais je ne suis pas doué. Par exemple je déteste la plomberie, craignant sans cesse la fuite. Cela me donne même des insomnies. Pour ce qui est du placo, je ne fais pas confiance à mes fixations et je crains toujours que le plafond suspendu me tombe sur la figure, quant à la l’électricité, imaginez mes angoisses.

Mais voila, mon nouvel emploi d’homme à tout faire m’amène de temps en temps à devoir bricoler au travail, une porte récalcitrante, un serrure à changer, une fuite dans les toilettes, une prise électrique à remplacer. Du travail de base, qui ne demande pas de grandes qualifications, mais qu’il faut bien faire si on ne veut pas que nos locaux tombent en ruine.

Le hic, c’est que pour monter sur une échelle (même un escabeau), une habilitation travail en hauteur est obligatoire, et je ne l’ai pas. Embêtant non ? Si je tombe, l’administration pourra toujours dire que je n’avais pas l’habilitation pour monter dessus. Alors que fais-je, je monte ou je ne monte pas ? Ben je monte.

Pour l’électricité, c’est la même chose, avant de démonter un interrupteur, rentrer dans un local électrique, abaisser un disjoncteur, il faut être habilité, et là, je le comprends nettement plus. Peut-être parce que je ne suis pas très rassuré quand je touche au fils (d’ailleurs lequel faut-il couper, le jaune, le rouge, le bleu ou le noir ?).

J’ai donc insisté pour faire un stage d’habilitation électrique. J’en vois déjà certains qui se marrent au fond de la salle, et ils ont raison.

Mon service formation permanente m’inscrit donc à un stage d’habilitation électrique, neufs mois après ma prise de fonctions et plusieurs interventions électrique sur le site. Trois jours intensifs non loin de chez moi.

Jusque là tout va bien.

Je me pointe donc le premier jour avec une dizaine d’autres personnes, pour tout savoir de comment travailler en toute sécurité pour changer une prise et une ampoule sans monter sur un escabeau cela va sans dire. Sauf que dans l’assistance, le public est très très hétérogène, une ingénieur chimiste de maintenance de spectromètres de masses, un électricien haute tension, un gars d’une SSII, un vendeur Leroy Merlin etc etc… Je commence à avoir une petite inquiétude.

Le formateur, un gars bien sympathique, commence par nous poser à tous une question étrange : “Pour quelle habilitation venez-vous à ce stage ?”. “Ben heu, électrique” lui répondis-je naïvement. “Oui d’accord mais laquelle ?”, et là il nous énumère toutes les lettres de l’alphabet ainsi que les chiffres dans diverses combinaisons, la liste des habilitations existantes H0, BS, B2V, HC, B2MT et j’en passe. Certains répondent, d’autres hésitent et moi je ne sais que dire.

“Bon vous faites quoi au travail comme manipulations électriques ?” me demande-t-il. “Heu je change les ampoules, remplace un interrupteur, une prise, c’est tout”. “Ok c’est le BS ça, mais ici on ne prépare pas au BS, nous faisons les habilitations pour électriciens, votre employeur n’aurait pas du vous inscrire à cette session, mais à celle d’avant hier. On verra avec la secrétaire ce qu’ils ont demandé pour vous tout à l’heure.”.

La fille qui bosse sur des spectroscopes de masse comme le gars de la SSII sont un peu comme moi, sauf qu’eux ne touchent même pas une prise ou un interrupteur, sauf pour débrancher un appareil où allumer la lumière.

La formation commence, très intéressante, me faisant réaliser très vite qu’il faut que j’arrête de bosser comme un salop sinon je ne vivrai pas très vieux, quand après la pause, le formateur revient avec la listes des habilitations demandées par nos employeurs. Pour moi ils ont exigé ceci : BS, BC, BR, B2V.

Mais encore me direz vous. Je dois pouvoir changer une prise, une ampoule, un interrupteur hors tension, jusque là tout va bien, je dois pouvoir consigner un circuit électrique (la version hyper sécur de baisser le disjoncteur), là ça se corse, je dois pouvoir intervenir seul sur une installation électrique de moins de 32 A et 400 V, sérieusement ?, je suis chargé de travaux électriques aux voisinages de pièces nues sous tension, mais vous êtes dingues ? Ils ne manquerait plus qu’il me demandent l’habilitation 50000 V sous tension tant qu’à faire… Non sauvé, la formation ne porte pas sur la haute tension.

Il doit y avoir une couille dans le pâté. Je ne suis pas électricien, tout juste si je me souviens de la loi d’Ohm. Je veux juste une autorisation légale pour changer les ampoules grillées du bâtiment, pour ne pas faire venir un électricien au boulot, juste une petite BS de rien du tout. Ben non… J’ai presque la totale, le formateur est mort de rire.

Après trois jours passés les mains dans une armoire électrique sous tension, après avoir regardé des vidéos hilarantes montrant des ouvriers se faire électrocuter (c’est à dire mourir à cause de l’électricité), après avoir contemplé des photographies de bras brûlés, de visages défigurés, après avoir partagé nos diverses expériences d’électrisation, nous passons l’examen final, des QCMs pour chaque habilitation remplis de questions tordues.

Par malheur, je m’en sors pas trop mal, à croire que j’ai écouté pour une fois au lieu de dormir. Le formateur donne un avis favorable afin que mon employeur m’octroie les habilitations BS, BC, BR, B2V. Merde…

Alors j’ai négocié avec lui, pour qu’il mette des fortes réserves sur les BC, BR, B2V, car je n’ai pas très envie de travailler sous tension dans une armoire électrique, posé sur un tapis isolant, équipé de gants en latex et recouvert d’un casque pour remplacer un disjoncteur de puissance alors que tout le bâtiment est sous tension.

55 Ko pour rien

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Lundi matin je me rendais sur un aéroport pour le travail. Rendez-vous avait été pris le vendredi précédent avec le chef du centre pour le conduire également là bas. Mais il fallait partir tôt, car d’après ses dires, sa journée s’annonçait chargée.

Lundi, 7h00, dans les starting blocks, je charge la voiture et attend mon passager et guide, car pour se rendre sur cette plateforme, il faut être accrédité et accompagné, comme pour un concert, sauf que là c’est vraiment compliqué. (Je me demande au passage comment la première personne a pu rentrer dans ce lieu, si elle n’était pas accompagnée par quelqu’un déjà sur place, c’est un peu comme le problème de le poule et de l’œuf, mais bon passons).

7h45, ne voyant pas le bonhomme arriver, et ayant tenté à plusieurs reprises de le contacter sur son portable, sur son fixe, je décide à partir sans lui. Car bon voila, moi aussi j’ai du travail et la route est longue. Par précaution, je me muni des numéros de téléphones des services de l’aérodrome, afin que quelqu’un puisse me faire passer les différents contrôles de sécurité, une fois arrivé sur place.

Vers 9h15, me voici près de l’aérogare, ne sachant où me rendre pour arriver aux services techniques. Je me gare, prend mon téléphone et appelle le centre. Un répondeur, en allemand, boucle sur le même message vocal incompréhensible. J’essaye un autre numéro, même baragouinage. Après plusieurs tentatives infructueuses, j’appelle au secours la maison mère située à cent cinquante kilomètres de là, et je tombe sur un bon samaritain qui me fournit alors des numéros de téléphone complètement différents de ceux notés sur notre site web professionnel… étrange, notre annuaire ne serait-il pas à jour ? C’est la seconde fois en une semaine que je tombe sur ce problème… La prochaine fois il faudra penser à être plus prudent avant de partir.

Je tente donc le nouveau numéro du chef de centre. Occupé… C’est déjà mieux que des mots prononcés dans une langue que je ne comprends pas. Mais je suis toujours dehors. Son portable ? Sur répondeur… Seule solution, tester tous les numéros du centre, avec un peu de chance… après le 01, je fais le 02, et je tombe sur un collègue à qui j’explique ma galère et qui m’indique où me rendre et qui vient me faire passer les trois barrages de sécurité. Ce sera mon ange gardien pour le reste de la journée.

Autant, lorsque vous prenez l’avion, vous acceptez d’enlever votre manteau, votre ceinture, vos chaussures, vos clefs, votre téléphone portable, vos pièces de monnaies dans une boite avant de passer à poil sous le portique, autant lorsque vous venez travailler, chargé de matériel, un peu pressé par le temps, la procédure devient quelque peu irritante, surtout répétée à plusieurs reprises. Un premier contrôle d’identité, remplissage de formulaires et fourniture d’un badge inopérant, fouille de la voiture, inspection des bagages, puis c’est le premier portique, puis la double barrière, puis la barrière et enfin la barrière.

10h00 je suis enfin sur place. Le chef de centre, en conférence téléphonique, daigne à peine me saluer, me laissant me débrouiller avec le travail qu’il était censé initialement réaliser (“oui mais tu comprends, c’est mieux que tu viennes le faire”). Un café peut-être ? Dans tes rêves. Deux heures de manip plus tard, pour lui, quelques cigarettes grillées sur la terrasse, j’ai terminé. Mais voila, impossible de sortir du bunker maintenant, la sécurité n’ouvre ses bureaux qu’à 14h00. Je prends mon repas sur place, gagnant au passage le droit à un nouveau contrôle de portique pour évaluer ce que j’ai pu manger de dangereux (un pistolet, voire une grenade) et puis je patiente jusque l’heure libératoire, sans que personne ne daigne me proposer un café, je n’ai pas eu ma dose depuis 7h00.

15h45, après près de deux heures de route, d’embouteillages, et quelques fous furieux sur la route, j’arrive enfin au travail, énervé, fatigué et surtout en manque de caféine.

L’heure est alors au bilan de la journée. Levé à 6h00, parti un peu avant 8h00, j’arrive une heure trente plus tard, je poirote une demie heure sur place, je travaille deux heures, je patiente deux autres heures, je roule deux heures, tout ça pour, à peine cent-vingt minutes de travail effectif… Mais la journée n’est pas finie, car on m’informe que la moitié du bâtiment n’a plus de courant, la faute à un disjoncteur capricieux. Il est 16h00, j’appelle un électricien qui arrive à 16h30 et qui constate la panne avant de m’annoncer qu’il ne pourra rien faire.

Il est 17h00, je suis debout depuis onze heures avec un seul café dans les veines, j’ai travaillé à peine deux heures, pourtant je suis épuisé. J’aurai pu m’épargner plus de trois heures de route, éviter de relâcher plus 55 Kg de CO² dans l’atmosphère, tout cela si une personne avait fait son travail Suis-je en colère ? Devinez…

La panne

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Depuis quelque temps c’est la panne.

Mon épouse me dit que ce n’est pas grave, que c’est du au stress de mon nouveau travail, que ça va passer, à croire qu’elle s’en réjouit, car la lumière s’éteint plus tôt le soir, oui c’est une marmotte.

J’ai essayé Cinquante nuances de gray, mais hélas, c’est un navet qui ne me fait aucun effet. Druna peut-être ?

Pourtant je devrais être émoustillé, j’ai tout ce dont j’ai besoin : une bonne histoire, du dépaysement, un style irréprochable et de la matière à réflexion. Cependant, après une ou deux pages du Géant Enfoui, je somnole et ferme le livre.

Alors en désespoir de cause, après les tribulations de Lanfeust, je me suis lancé dans la relecture d’Orbital, cette fabuleuse série, qui raconte les aventures de deux diplomates intergalactiques à la Valerian. Un scénario fouillé, un très beau graphisme, des personnages attachants, la série est vraiment excellente. 

Mais, j’aimerais bien revenir vers un livre. J’en ai assez de cette panne de lecture. Le problème c’est que les auteurs de SF ne me font plus rêver comme avant, je n’ai pas retrouvé de Franck Herbert, Dan Simons ou Iain Banks depuis bien longtemps, Eschbach n’a pas écrit de merveille depuis des mois. Je n’ai plus la force de lire des trucs intelligents le soir et je n’ai pas découvert de nouveau Lackberg ou Larsen.

Il faut que je pose, loin d’internet, à la montagne, avec rien d’autre à faire que me promener, lire, m’ennuyer. C’est si bon de s’ennuyer. Là je retrouverai le plaisir de la lecture, au calme, loin des chroniques, des news, des interviews, des concerts, des sorties.

Non à la dématérialisation

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L’heure est à la dématérialisation. Même dans la fonction publique. Mais là, ce sont les agents que l’on passe au broyeur. Le papier lui, il reste, conservé précieusement dans dans des cartons dans des sous-sol humides et poussiéreux pour qu’il pourrisse lentement. Mais auparavant, nous les numérisons, car allez retrouver la note 35B de la DSO dans les lugubres rayonnages de nos archives secrètes, éclairées par des néons qui clignotent de manière sporadique.

La musique a été dématérialisée à perte, copiée, dénaturée mais la tendance aujourd’hui est de revenir à la gravure. Le livre perd ses feuilles à l’automne du patriarche, se télécharge et tue à petit feu les librairies de quartier. Les bandes dessinées suivent elles aussi cette impitoyable éradication pixélisée. A quand la famille 32 bits ?

Mais la plus grande perte, lors de cette déferlante digitale, ce fut celle des billets de concerts. Aujourd’hui un QR code vous ouvre les portes des salles, à moins que ce ne soit un petit canard tamponné sur le poignet. Les billets de concert, je les conservais comme un fétichiste collectionne les petites culottes, soigneusement rangés dans un tiroir, souvenir de grands moments passés avec Peter Gabriel, Pink Floyd, Sting ou Fish (je parle bien des billets, pas des petites culottes). Des bouts de carton colorés, où figuraient la date, le lieu, l’artiste, l’artwork de la tournée, des objets de collection, aujourd’hui quasis introuvables.

Numérisez les décisions administratives si vous le voulez (je travaillerai d’autant plus vite), compressez la musique à souhait (je ne l’écouterai pas), transformez les livres en octets si cela vous chante (je ne les lirai pas), mais rendez-nous nos billets de concerts par pitié !

Vous verrez, un jour, ils finiront même par digitaliser les sous-vêtements féminins si on les laisse faire…

On va le payer

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En climatologie, lorsque nous subissons un épisode de sécheresse intense, les vieux, qui n’ont toujours pas intégré le concept de réchauffement climatique, disent à chaque fois la même chose : “On va le payer”. Comprenez, Gaïa, mère nature, va rééquilibrer tout ça en nous faisant tomber sur la figure des trombes d’eau pendant des jours. Autant en météorologie ce concept d’équilibre est totalement inepte, autant dans la vie courante, mes excès se payent toujours au prix fort.

Janis et Out5ide à Barr, O.R.k. et de The Pineapple Thief à Strasbourg, Lifesigns à Russelsheim, Collapse à Strasbourg, le programme des derniers jours bien fut chargé. C’est toujours dans ces moments là que l’on nous demande de couvrir O.R.k. à Paris, Haken à Lyon, Manticora à Karlsruhe, Evergrey à Mulhouse alors que la boite mail déborde, que les artistes nous sollicitent, qu’au travail je tiens trois postes en même temps et qu’à la maison la plomberie fuit.

Ces excès d’activité, cette frénésie, qui me caractérisent, se payent chaque fois le prix fort. Après les pics, viennent les creux, de longues phases d’apathie, d’épuisement, pendant lesquelles je ne trouve la force que de lire des BDs faciles et d’écouter de la musique pour le plaisir. J’ai un fabuleux bouquin à lire, mais je m’endors au bout d’une page, même Lanfeust de Troy n’arrive à tenir mes paupières ouvertes que sur une vingtaine de planches. Je peine à avancer sur ma chronique, pourtant un album sublime, et je procrastine devant le PC, retardant le moment où il faudra transcrire l’interview de Lorenzo, préparer les chroniques de la semaine prochaine, faire les comptes, passer l’aspirateur, régler la tuyauterie du lavabo, changer la caisse du chat, aller faire des courses.

Le problème, c’est que l’horizon ne s’éclaircit pas franchement, avec Out5ide qui passe chez Paulette le 23 mars, Soen le 3 avril au Z7, Crippled Black Phoenix le 4 à la Laiterie, Neal Morse le 10 au Z7, ARENA le 11 au Das Rind, un tribute à King Crimson le 11 à l’Espace Django à Strasbourg, le Art Rock Festival du 12 au 14, RPWL le 20, Orphaned Land le 23 au Z7… Comment choisir ?

Il fut un temps, lorsque je ne connaissais moins de groupes, je trouvais que les concerts étaient bien trop rares. Aujourd’hui, je trouve qu’ils sont trop nombreux. Même si je m’efforce d’aller à la découverte de groupes que je n’ai jamais vu en live (O.R.k., Lifesigns, Crippled Black Phoenix, Orphaned Land), le webzine est également sollicité pour couvrir des événements, l’occasion d’interviews, de photographies, de rencontres, comment refuser ? A chaque fois cela me crève le cœur de dire non, désolé, on ne peux pas, on ne pourra pas interviewer Manticora, couvrir Evergrey, revoir O.R.k. aller à la release partie de Moyan.

Le rêve serait de professionnaliser le webzine, de le transformer en quelque chose qui me permette de m’y consacrer à temps plein, d’en tirer au minimum un SMIC, mais comment ? Ouvrir une boutique de CDs ? d’autre l’ont fait sans succès. Mettre de la pub ? ça ne rapporte rien. Un bouton de donation ? la bonne blague. Devenir manager de groupes ? je n’ai pas les contacts même si j’ai été sollicité, et puis comment être objectif et manager des groupes ? Épouser une vieille rockeuse pleine de tunes ? je suis déjà marié. Vendre de la drogue ? Je risque de tout consommer. Et puis, sincèrement, étant donné le nombre de visiteurs, si je veux monétiser, il va falloir passer à Booba, Céline Dion et laisser tomber le rock progressif. Quel intérêt alors ?

En fait j’ai trouvé un plan : je vais vendre mon corps à la science, car avec l’abus de triptans, de corticoïdes, d’antibiotiques, ma dégénérescence osseuse, mes migraines, mes genoux foutus, mon rein boiteux sans parler de mon cerveau malade, je dois être un bon cas d’école. J’espère juste que, contrairement Au Sens de La Vie, ils ne viendront pas récupérer ma carcasse fourbue avant qu’elle n’ait officiellement cessé de fonctionner.

Tyrannique ?

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Je suis apprécié de mes supérieurs hiérarchiques. Ils me considèrent comme sérieux et fiable. Quand ils me donnent un travail à réaliser, je m’en occupe immédiatement à condition d’avoir le temps. Quand ils me recommandent des méthodes de travail, je les applique, même si je les trouve débiles. Je suis un bon soldat.

Je travaille mieux que les autres, non pas que je sois docile, mais j’ai l’air sérieux. J’ai toujours été bien noté, même quand je n’en branlais pas une, caché derrière mon écran Facebook. Je ne suis pas franchement une lumière non plus mais je suis très organisé. Lorsque l’on me montre comment procéder, j’enregistre et après quelques tâtonnements arrive toujours avec une méthode plus efficace, donc plus rapide, qui me laisse autant de temps pour me reposer.

Je ne fais pas grève car je trouve à chaque fois que les syndicats mènent le mauvais combat, le plus souvent, je valide les réorganisations, bref je suis vendu, un lèche botte, un collabo, dénué de toute ambition, étrangement. Pendant l’occupation, je suis certain que j’aurais fait du bon travail pour la Gastapo, pas certain par contre de garder beaucoup d’amis à la libération du coup.

Si j’étais chef, je serais une crevure, un sale con dictateur ne faisant pas confiance à son équipe et plus exigeant pour les autres que pour lui même. Humain ? Certainement pas.

Pour le malheur de certains, j’ai une petite équipe de collaborateurs travaillant pour le webzine, des personnes qui bossent sans salaire ni compensation pour signer de leur prénom des chroniques de rock progressif. Non content de ne pas les payer, de ne pas les récompenser, je les tanne régulièrement pour qu’ils produisent plus de mots à la minute, qu’ils maîtrisent les arcanes du HTML, qu’ils se débrouillent avec des suites bureautiques collaboratives, qu’ils se lancent dans des interview démentes ou des live reports marathon. Bref j’exige d’eux ce que je fais par passion en y consacrant presque tout mon temps libre. En fait, j’aimerais bien qu’ils soient aussi motivés que moi. Je suis un monstre.

Alors pour une fois, je vais leur rendre hommage à ces petites mains pigistes : bravo les gars, vous faites du bon travail, c’est beau, ok vous pourriez en faire un peu plus, un tout petit peu plus… Mais putain, bougez-vous le cul, on publie cinq chroniques la semaine prochaine et je n’ai toujours pas reçu vos copies, mais qu’est-ce que vous foutez ?!

Vous voyez comme je suis, même là je ne peux m’en empêcher…