Ubique

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Je ne vais pas vous parler d’un célèbre roman de Philipp K. Dick aujourd’hui, je vais vous parler de mes problèmes. Vous doutiez-vous que j’avais des problèmes ? Si vous suivez ce blog, vous avez la réponse depuis longtemps. Pour les nouveaux venus, jugez par vous-même.

Je suis totalement débordé. J’ai un travail très prenant qui me conduit sur les routes de la région Grand Est plusieurs fois par semaine, de l’autoroute au chemin forestier en passant parfois dans des chemins agricoles, j’ai une famille, deux ados bougons, une épouse fantasque, plusieurs passions et je gère un webzine de rock progressif.

J’ai sur le feu quatre-cent-cinquante photographies que je n’ai même pas prises à développer, une interview franco-anglaise-espagnole de trente minutes à retranscrire en anglais puis à traduire en français, une autre à préparer, deux chroniques de rock progressif à finaliser, plusieurs albums à écouter, des textes à relire, d’autres à publier, des promotions à écouter/trier/jeter, des chroniqueurs fatigués à remotiver.

Si j’étais plusieurs, je pourrais traiter mon travail, le webzine, ma famille, le ménage, les courses, le potager, la photographie de grenouilles, les concerts, la préparation de l’anniversaire de ma femme, les repas chez les amis, les concerts classiques, metal et progressif, les livres à lire, les films à voir, le shopping, mon nouveau reflex et mon sommeil sans problème.

Mais je suis un. Tant mieux d’ailleurs, parce que sincèrement je ne supporterais mes doubles. Je suis certain qu’ils me laisseraient le travail rebutant, car je connais bien l’original. Ils critiqueraient ce que je fais, fanfaronneraient sur le blog au lieu de se consacrer à 100% à leur activités et pire que tout, ils seraient comme moi, imbus, prétentieux, grognons, migraineux, distraits, pénibles.

Je suis certain que eux aussi voudraient des doubles. Mettons que je me dédouble deux fois, un photographe, un chroniqueur et moi, qu’ils fassent de même à leur tour le lendemain, nous serions déjà sept en deux jours, quinze en trois jours, trente et un à l’aube du quatrième jour… Non ce n’est pas possible.

Alors, je me laisse déborder, je fais mon travail du mieux possible, enfin j’essaye, la vaisselle pour ne pas manger sur la nappe qui est sale, je dors un peu parce que je suis épuisé et je prends du retard sur tous mes dossiers, chroniques, photos, lecture, cinéma, jardin. Le webzine fonctionne encore, mais de justesse. La maison est vivable, mais à la limite de l’acceptable. Les ados nous rappellent les urgences, l’argent pour manger, le paquet de céréales vide, les slips au sale, la caisse du chat qui sent très très mauvais. Avec un coupecoupe, je me rends dans le potager où des plantes carnivores dépérissent faute d’arrosage et claquent un coup de mâchoire sur mon passage dans un dernier sursaut avant de mourir. Les moutons courent le plancher du salon, la salle de bain est en chantier, les CDs s’empilent sur la platine, le disque dur déborde de fichiers RAW et ma boite mail ne désemplit pas.

Vous croyez que je me plains ? Alors vous n’avez rien compris à rien. J’adore ça, être au taquet, ne plus savoir où donner de la tête, être sollicité de toute part. J’ai alors la sensation illusoire d’exister, d’être utile. Avec une passion supplémentaire pour occuper mes nuits, je suis certain d’atteindre le Nirvana.

Le Grand Ried

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Lundi matin, café tiède et retour de vacances. Il fait doux, je troque les habits d’hiver pour ceux d’été et sors ma pochette noire pour y ranger mes papiers.

Arrivé au travail, je cherche le GPS dans lequel sont enregistrés les quatre sites que je dois visiter aujourd’hui et surprise, l’appareil n’est pas dans le bureau. Je me souviens l’avoir laissé pour une mise à jour au service informatique, une semaine plus tôt, car oui, nous ne pouvons pas le faire nous-même, c’est ainsi. Après trente minutes de recherche, je trouve enfin l’objet tant convoité, charge la voiture et prend la route du grand nord. Visite du Grand Ried, ses sens interdits que le GPS ne connaît pas malgré une mise à jour, ses cigognes, ses castors, ses sympathiques habitants xénophobes anti Allemands, antisémites, puis exploration de la campagne profonde, sur de petites routes peuplées de tracteurs.

Une souche bancale comme base instrumentale de précision, un thermomètre aux mesures aléatoires à moins que ce ne soit les relevés qui ne manquent de justesse et un ventre qui gronde, l’heure du repas approche. On me conseille une bonne adresse pas loin de là, “c’est notre fille qui fait le service”, alors si c’est votre fille…

Mais où se trouve donc ma pochette noire ? Vous savez la pochette noire, avec dedans les papiers de la voiture, la carte de péage d’autoroute et de carburant, mon portefeuille, mon téléphone portable. Pas de pochette noire.

Demi tour. Je remonte vers le Grand Ried, passe une nouvelle fois le long la Ligne Maginot qui se marre faute d’avoir servi à quelque chose. Après un détour d’une heure et quelques sueurs froides, je récupère la pochette noire que je ne lâcherais plus de la journée.

Mon estomac n’en peu plus mais je n’ai plus le temps pour un repas chaud au restaurant. Au programme salade sandwich Sodebo sur le bord d’une départementale bruyante, un petit chemin bucolique que tout le monde emprunte pour soulager sa vessie et ses intestins. Charmant…

J’arrive juste à temps, après un café McDo, pour la troisième visite du jour, accueilli par deux pyrénéens joueurs, un agneau collant et un cheval taquin. Je sors du coffre le grand jeu cette fois: table de camping, ordinateur portable, jumelles, trépied, pour effectuer un relevé d’obstacles tip top. Le temps d’expliquer, d’installer, de relever 200 des 360° à effectuer, la batterie du super PC semi durci me lâche. Génial, une manip pour rien. Normal, je l’ai chargé à fond juste avant de partir en vacances. Je découvre que la batterie toute neuve ne tient pas la charge. Toujours bon à savoir pour la semaine prochaine. Je remballe le matos, il faudra revenir.

Dernière visite, je descends vers Strasbourg, talonné par un utilitaire pressé d’en découdre avec un fonctionnaire. Au milieu d’une végétation luxuriante, je découvre la merveille de technologie, une centrale autonome météorologique, alimentée par le soleil, qui envoie toutes les heures ses relevés thermiques et pluviométriques via le réseau mobile à Toulouse, alimentant en temps quasi réel, nos bases de données. Une petite merveille de technologie à l’ombre d’un sapin de quinze mètres, le long d’un mur de pierre, mesurant la température de l’ombre en hiver, celle du mur en été et comptant les gouttes d’eau tombant des épines toute l’année. Une mesure représentative du jardinet, pas de l’Alsace.

C’était mon premier jour, la première des dix tournées pour visiter notre réseau de mesure. Le temps était agréable, les rencontres sympathiques, les chiens joueurs, le restaurant rigolo, la route belle. Une agréable journée de reprise.

Lundi prochain quatre nouvelles visites, dans le nord-ouest cette fois.

Une semaine de vacances

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Vous aviez remarqué que j’étais en vacances la semaine dernière ? Non ? Moi non plus… Pourtant c’était bien le cas.

Tout a commencé le jeudi soir par une escapade touristique à Karlsruhe. Interview de Persefone, aller retour au centre-ville, recherche de toilettes, concert de Defecto, Oddland et enfin Persefone puis retour à Strasbourg.

Le vendredi saint, développement des photographies de la veille, rédaction du live report, contact avec les groupes, amen.

Le samedi, décompression explosive, migraine, donc rien.

Le dimanche, voyons voir, qu’ai-je fait le dimanche ? Si, une promenade à Strasbourg, une ballade de street photographie, premier jour et dernier de détente des vacances.

Les arcades

Le lundi, c’était stage photo. J’emmenais un spécialiste du cliché au ralenti se promener dans la nature pour lui expliquer les bases du maniement d’un appareil reflex avant qu’il ne parte couvrir un festival en Allemagne. Nous verrons bientôt s’il a compris mes explications.

Mardi c’était le grand jour, je posais le plafond de ma salle de bain. Location d’un lève plaques qui, démonté, rentrait à peine dans la voiture, découpes de plaques, positionnement, redécoupe, levage, vissage, injures, coupures, un programme 8h00-18h00 assez chargé pour une pièce d’un peu plus de 6 m², l’enfer !

Mercredi, début de la transcription de l’interview de Persefone. Trente minutes franco, anglo, espagnoles à comprendre puis à coucher sur le papier. Inutile de le dire, ce n’est pas fini. Ce genre d’exercice me prend une dizaine d’heures en moyenne.  En début de soirée, direction Pratteln en Suisse, pour couvrir le concert de Ticket to the Moon et Lazuli. Pas d’interview cette fois, mais de belles rencontres et un beau concert.

Jeudi, décompression explosive, la seconde. Développement des photos de la veille, écriture du live report, le tout au ralenti.

Vendredi, qu’ai-je fait vendredi ? Du bricolage encore. Il restait quelques finitions à apporter au plafond et une plaque à poser sur un des murs. Et puis retour au jardin, pour le nettoyer, semer des petits poids, préparer le sol.

Samedi, nouvelle décompression explosive, la troisième en une semaine, inquiétant, mais vu le rythme soutenu des derniers jours, guère surprenant. Cela ne n’empêche pas de bricoler encore un peu et de fabriquer une rampe grillagée pour faire pousser, citrouilles et potimarrons cet été.

Ne restait que le dimanche pour me reposer, mais non. Un peu de bricolage, une cloison, et un concert de musique de chambre pour lequel je suis sollicité pour la balance et pendant lequel je vais faire de photos. Neoprog va devenir bientôt Classiprog.

Bien entendu, chaque jour, je prépare à manger, écris des notes de blog, poste les actualités et les chroniques du webzine, écoute de la musique, chronique des albums, lance des lessives, étends le linge, nourrit le chat, vide sa caisse, fait la vaisselle, engueule mes ados, tire les chasse d’eau derrière tout le monde, fait un peu de ménage, regarde une série TV, bouquine, la routine quoi.

Vivement lundi, que le travail reprenne.

Dans la rue

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Dans la rue ou à la rue ?

Demain, une fois n’est pas coutume, je serai dans la rue. Pas pour défendre la revalorisation du point d’indice, pas pour supprimer le jour de carence, mais pour défendre mon travail, une certaine idée de la fonction publique, pour protester contre la purge stalinienne que nous impose l’état.

J’ai voté Emmanuel Macron pour contrer Marine Le Pen, et je l’assume ce choix. Mais pas un seul instant je n’ai cautionné son projet politique.

Je ne suis pas syndicalisé, je ne suis pas un revendicateur, je ne suis pas un gréviste, je suis un fonctionnaire fatigué de subir les restructurations destructives les unes après les autres, de voir les bureaux se vider, de voir le travail dégradé faute d’effectifs et de moyens.

Peut-être que la sécurité des biens et des personnes n’a plus d’importance aux yeux de nos gouvernants, peut-être coûte-t-elle trop cher ? Après tout, que vaut une vie humaine ? Peut-être que le réchauffement climatique n’est plus un enjeu majeur pour l’avenir, peut-être que nos modèles numériques sont si performants que l’homme n’a plus de valeur ajoutée à apporter à la machine ? Peut-être qu’il est plus simple de contenter les électeurs en supprimant ces fainéants de fonctionnaires quitte à dépenser beaucoup plus cher pour les remplacer par des prestataires extérieurs.

Demain je serai dans la rue, et vous, défendrez-vous votre service public ?

Et on vous paye pour ça ?

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Une journée à Neoprog débute bien avant 7h du matin par le démarrage de la cafetière puis de l’ordinateur et la publication des actualités, chroniques, live reports et interviews. Ensuite, il faut ouvrir les médias sociaux, Twitter, Facebook et Google+ afin de poster une de ces publications qui fera peut-être venir un nouveau lecteur sur le webzine. C’est également le moment de regarder les notifications et messages de ces médias sociaux pour y répondre plus tard si besoin. Je jette également un coup d’œil à la fréquentation du site, pour voir si tel ou tel article à cartonné la veille, qui sais…

De 7h jusque 16h30, la machine s’arrête, le rédacteur en chef est parti gagner sa vie sur les routes du Grand-Est ou dans les bureaux d’une administration en danger. La pause repas est souvent l’occasion de rouvrir les médias sociaux et le mail pour assister aux réactions des dernières publications.

Une fois rentré, fourbu, c’est l’heure du lait d’épeautre réconfortant au cacao avec une tartine beurrée comme les petits.

Puis on rallume l’ordinateur pour consulter une fois encore les médias sociaux, répondre aux messages et ouvrir la boite mail, la boite qui s’est remplie au fil des heures de vidéos, de promotions numériques, d’annonces de concerts, de sorties d’albums, de sollicitations d’artistes, la boite mail qui ne désemplit pas chaque jour, même le weekend et dont il faut consulter attentivement chaque message pour ne pas manquer une information essentielle. Les vidéos seront vites triées, s’il s’agit d’une sortie d’album, on garde, sinon on jette le plus souvent, après tout, tout le monde peut aller sur Youtube. Pour les promotions, il y a des labels et promoteurs qui auront notre priorité, le black metal arrivant en queue de peloton devant toutefois le punk, la pop française et la new wave. Un premier tri vertical avant de commencer à écouter quelques extraits et poursuivre l’écrémage jusqu’à ne garder qu’une ou deux promotions généralement sur la dizaine quotidienne. Ils faut également répondre aux sollicitations diverses, demande de chronique, d’interviews, de couverture de concert et que sais-je encore. Vers 18h, il est temps de préparer les actualités du lendemain, la chronique du jour, les dates de concerts, les albums à venir et de vider la boite mail. Il reste encore un peu de temps alors pour écouter de la musique tout en préparant le repas du soir et en partageant les  promotions. Vers 20h30 le WIFI se coupe dans la maison pour nous préserver des ‘ondes’ mais principalement pour déconnecter un peu, lire un livre, écouter de la musique pour le plaisir ou regarder une série télé et puis dormir.

Mais avec tout ça, je n’ai pas trouvé le temps d’écouter les promotions et de travailler sur la chronique en cours. Ce sera pour le weekend, à condition de ne pas courir sur les routes pour un concert, un tournois de tennis de table, une session photo, du bricolage dans la salle de bain, une ballade dans les Vosges ou une visite chez des amis. Reste qu’il faut relire et corriger les chroniques de l’équipe, les remettre en forme (mais je ne suis pas seul), préparer leur publication, mettre à jours les méta données (artistes, titres des morceaux…) titiller les rédacteurs pour qu’ils avancent dans leur travail, suggérer des choix d’albums, prioriser, prendre le temps de discuter avec tel artiste ou tel label, corriger un bug du site et toujours lire cette boite mail qui n’arrête pas de se remplir, même le weekend, pas vrai Roger ?

Le weekend en plus de chroniquer les albums que j’ai écouté, j’essaye également de m’offrir une écoute plaisir, généralement un vinyle pour ronronner devant ma Rega. Il faut également remplir mon iPhone d’où le post hebdomadaire “Dans mon iPhone n°x” et préparer les articles du blog, du moins les idées qui seront développées plus tard, en fonction de l’humeur et du temps libre. J’oubliais le backup intégral du site, base de données et fichiers, une opération de sauvegarde indispensable pour éviter toute douloureuse surprise, comme cela est déjà arrivé à d’autres confrères.

La réponse au titre, “Et on vous paye pour ça ?”, est non. En fait tout cela coûte de l’argent, au bas mot un mois de salaire par an. Hébergement, voyages, matériel, musique, ça va très vite, tel est le prix d’une passion dévorante, beaucoup de temps et un peu d’argent.

Les temps modernes

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Remplacez cent ouvriers méritants par vingt machines anonymes.

Cent ouvriers dont les salaires annuels cumulés payeront les vingt cerveaux de silicone qui les remplaceront. Cent ouvriers se levant à l’aurore, se couchant la nuit tombée contre vingt machines actives nuit et jour, minutes après minutes. Des employés dévoués, passionnés, certes pas infaillibles, mais palliant aux faiblesses du système par leur intelligence. Vingt robots obtus, sans discernement, répétant inlassablement le même travail.

Certains des ouvriers remerciés, accueilleront les machines dans leur foyer pour les remplacer, cruelle compensation…

Nombres de ces hommes et femmes étaient âgés, cela ne coûtait pas si cher de les laisser terminer leur carrière paisiblement. Au lieu de ça, la machine prend leur place, leur passion.

Ce sont les temps modernes, vous êtes dépassés, mais continuez de nous servir encore quelques avant que l’on vous jette.

Et si après tout cela, vous pouviez encore nous aider gracieusement, ce serait parfait.

Merci pour votre participation.

Bagage en cabine

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Cette semaine, je suis à Toulouse, pour me former à la classification de sites, activité que je pratique depuis bientôt six mois.

Cours théoriques, atelier pratique, me voila parti pour trois journées intenses au pays cathare. Au programme retrouvailles avec un ami d’adolescence perdu de vu (celui qui m’a fait passer d’AC/DC à Genesis), visite de ma nièce adorée qui étudie là bas, nuits solitaires dans une citée étudiante et repas à l’infâme restaurant administratif de la météo-pole.

Savez-vous ce qu’est une classification de poste ? J’imagine bien que non, c’est un travail très particulier. Celui-ci consiste à mesurer tous les obstacles qui se situent autour d’un site, afin de calculer les ombres portées sur les capteurs, les perturbations dans l’écoulement du vent, la rugosité etc… L’opération dure environ une heure si tout se passe bien. Pour se faire, nous utilisons un matériel de pointe : des jumelles laser militaires, un pied à niveau très stable de 1.50m de haut non déployé, un PC semi durci résistant aux chocs et aux intempéries et un appareil photo pour effectuer un panoramique ainsi que des images des quatre coins cardinaux. Un package coûtant deux fois le prix de ma Logan et qui rentre à peine dans son coffre.

Début janvier je reçois mon billet électronique Hop pour me rendre à Toulouse, décollage lundi à 6h30, retour jeudi à 8h35 avec un bagage à main. Trois jours à Toulouse, une brosse à dents, une console, deux livres, deux slips, deux tee shirts, ça devrait tenir dans la valise de cabine, tant pis pour le PC, je mettrai le webzine et le blog en veille.

Mais voila, lundi dernier, je reçois un message inquiétant de notre formateur : “N’oubliez pas d’emporter les jumelles, le trépied et l’ordinateur pour le stage.”. WTF ! Ni une ni deux j’appelle le gars qui me confirme qu’ils n’ont qu’un équipement à Toulouse (vu le prix cela peut se comprendre), que nous sommes douze, et que si nous travaillons chacun notre tour sur ce matériel, la journée de travaux pratiques risque d’être très très longue.

Résumons, j’ai droit à un bagage cabine et je dois mettre dedans une brosse à dents, une console, deux livres, deux slips, deux tee shirts, des jumelles laser, un PC semi durci, un trépied de 1.50 m et la connectique qui va bien. Cherchez l’erreur… Je peux rogner sur un slip, un tee shirt, la console et un livre, mais même comme ça, impossible de faire rentrer le matériel dans une valise de 52 x 30 x 21 cm. Que faire ?

J’en informe l’administratif débordé qui gère l’accueil, le courrier, les missions, les finances, fait office de secrétaire de direction et qui travaille toujours avec le sourire, un saint ! Il me dit “Oui oui pas de problème je m’en occupe.”.

  • Lundi soir, pas de nouvelles, “Oui, oui je ne t’ai pas oublié mais je n’ai pas eu le temps.” (tu m’étonnes).
  • Mardi soir : “Oui alors il me faudrait les dimensions et le poids de ton matériel.”.
  • Mercredi midi : “Oui, il faut que je vois ça avec l’agence Havas.”.
  • Mercredi soir : “Oui oui, je ne t’ai pas oublié mais Havas ne répond pas.”.
  • Jeudi matin à 9h00 caché derrière deux mètres de courrier : “Oh oui désolé, j’ai pas le temps, mais je te passe devant, sur la pile
  • Jeudi midi : “Il te fallait quoi déjà, une valise supplémentaire ?”
  • Jeudi soir, entouré de quatre personnes le sollicitant : “Tu finis vendredi à midi ? La vache faut que je me dépêche, je m’en occupe, promis.”
  • Vendredi matin : “Je finis le courrier et je traite ta demande.”
  • Vendredi 11h : “Je viens de leur envoyer un mail, généralement ils répondent vite.”
  • Vendredi 11h45 : je reçois cinq mails, un de Havas avec mon billet, quatre de Air-France avec les suppléments bagage. Le trépied coûtera 30€, la valise en soute 90€ , soit le prix de mon billet aller retour Strasbourg Toulouse… Hop là !

Hier à Toulouse, dans le froid glacial, sous des flocons, j’ai utilisé mes jumelles, mon trépied et mon ordinateur semi durci environ trente minutes avant de rentrer me réchauffer dans la salle de cours. J’ai encore les mains engourdies ce matin. Avec tout ça, j’avais oublié de prendre des gants pour travailler…

Chronique d’une mort annoncée

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Qui a lu le fabuleux roman de Gabriel Garcia Marquez, Chronique d’une mort annoncée, ou vu le film de Jim Jarmusch avec Johnny Depp ?

Dans les deux cas, ces histoires parlent d’un homme qui va mourir.

Alors rassurez-vous, je suis bien vivant, et je ne crois pas devoir mourir tout de suite. Par contre, quand je lis les compte rendus alarmants de nos syndicats et que j’écoute notre directeur quand ils parlent de notre belle administration, j’ai l’impression de me replonger dans l’univers pesant de Marquez.

Les gens du privé nous envient souvent, à raison, notre stabilité professionnelle. Certains s’imaginent que nous ne travaillons pas, d’autres que nous gagnons des millions. Dans ces légendes il y a du vrai et du faux comme toujours. Mais ce qui est certain, c’est que depuis quelques années, nous essuyons de plus en plus de tempêtes et que le navire commence à prendre l’eau.

Après les centres départementaux, régionaux, le rabot financier s’attaque à la planche des centres inter régionaux. Des services opérationnels remaniés de fond en comble trois fois en dix années, des métiers placés sur un piédestal puis jeté en pâture aux cochons, des clients essentiels devenus sans intérêt, des missions régaliennes piétinées, nous naviguons, ballotés de droite à gauche, selon les caprices du vents, et celui-ci ne souffle plus dans le bon sens.

Bien entendu il faut moderniser, simplifier, pour gagner en efficacité. Des économies sont également nécessaires, en personnel comme en moyens techniques, l’état nous l’a fait comprendre à maintes reprises. Notre décentralisation des années 80 est devenue un luxe, alors centralisons, pourquoi pas. Il est vrai que les outils numériques nous permettent aujourd’hui un travail autrefois impossible. Mais depuis quelques mois, nous naviguons à vue, changeant sans cesse de cap, sollicitant les agents sur des compétences en interne alors que l’on veut les voir disparaître à très court terme, portant aux nues des métiers qui vont mourir dans quelques mois.

La DRH nous invite à valoriser nos compétences passées, dans l’espoir que d’autres administrations pourraient être intéressées par notre profil. Elle nous encourage à quitter notre métier et à aller voir ailleurs. A demi mot, notre directeur avoue que tout ce qui compte, c’est d’afficher une diminution de cinq cent fonctionnaires, même si, au final, il est hautement probable que ce changement entraînera un surcoût budgétaire du fait de l’externalisation des métiers de l’informatique et de la maintenance. Le ministre demandait à ce que l’on abandonne des missions, notre PDG propose de toutes les conserver mais de serrer la ceinture de cinq crans. A l’horizon 2022, deux services réduits sur les six existants devraient subsister là où je travaille.

Nous savons, comme Bill Blake dans Dead Man, que nous allons mourir. Nous sommes gravement blessés et il nous reste quelques années d’agonie avant de succomber aux amputations successives de notre ministère de tutelle. Notre dernier voyage nous conduira peut-être dans l’ultime bastion des ambassadeurs du ciel, la citée cathare des maîtres nuageurs, mille kilomètres plus au sud. En attendant cet exode annoncé, nous regardons les bureaux se vider de le sang.

Y’a toujours un peintre italien

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Je ne suis pas italien, je chante faux et siffle encore plus mal. Par contre je bricole, je plâtre, je peins, je câble, je monte, je visse, je cloue, bref je refais ma foutue salle de bain.

Mais comment bosser sans musique ? J’ai toujours besoin, pour me concentrer, d’écouter des morceaux que j’aime, pour me donner courage et rythme.

Entre la salle de bain et le salon du musique, s’intercalent quatre pièces, l’entrée, la cuisine, le salon vidéo et le salon piano. Si en pratique, la salle de bain se trouve à trois mètres de mes deux enceintes Triangles, deux murs nous séparent et le son ne passe pas. Alors comment faire ? J’ai d’abord utilisé le lecteur home cinéma situé à deux pièces (le salon vidéo), mais si vous me lisez, vous devez savoir tout le mal que je pense de mon home cinéma, piètre lecteur audio, c’est surtout le pire ampli qui soit pour la musique. En plus il faut mettre le son à fond pour entendre quelque chose depuis le chantier.

Alors j’ai repris mon vieil iPod 160 Go, remplit jusqu’aux oreilles de musique, je l’ai branché sur deux horribles enceintes PC et j’ai lancé une playlist aléatoire. Le son est cracra, mais moins casserole que mon home cinéma et surtout juste à mes côtés.

Dans cet iPod, il y a tout mes artistes préférés. Mon best of : Sting, Genesis, Kate Bush, Marillion, IQ, Muse, Arena, Queen, Dream Theater, Placebo, Fish, Radiohead, anasazi, Georges Michael (enfin pas tout ces albums quand même), Deep Purple, AC/DC, Pink Floyd, les Beatles, Weend’ô, Colplay (les premières années), Lazuli, Tool, Ayreon, William Sheller, Haken, Cris Luna et plein d’autres.

Faute de peintre italien, je lance la playlist. Allègrement j’alterne metal suédois et pop française, une dizaine de milliers de titres que je connais par cœur et qui me permettent, le temps de passer l’enduit sur la résille de ma plaque de plâtre, d’écouter autre chose que des albums qui sortiront dans deux mois. De temps en temps, il est agréable de revenir sur de vieilles choses confortables (non je ne parle pas de ma femme), de se faire plaisir sans analyser, saucissonner, critiquer chaque note et de se laisser porter par la musique, quitte à talocher un peu trop généreusement le mur au cours un brillant solo de Gary Moore.

Où j’en suis de ce foutu chantier ? Ben pas beaucoup plus loin qu’après les vacances de Noël. Je termine les murs, les étagères, un peu de charpente métallique, un peu de placo, un peu d’enduit, pas mal de vis, beaucoup de découpes, de la poussière, des coupures et du ménage à chaque fois. D’ici 2019 nous pourrons peut-être prendre une douche chez nous dans de bonnes conditions qui sait. En attendant, je révise mes classiques.