Tant de travail et si peu de temps.

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En France, le temps de travail hebdomadaire légal est encore de 35 heures par semaine. Cela donne 7h24 par jour de présence au bureau en travaillant 5 jours par semaine.

Lorsque vous arrivez au travail, vous buvez le café avec vos collègues, vous prenez de leurs nouvelles. Et comme tout le monde n’arrive pas au même moment, cette pause indispensable pour bien démarrer une journée, peut durer une trentaine de minutes.

Plus que 6h54

Le café appelle souvent la cigarette, mais comme il est interdit de fumer dans les locaux, vous sortez dehors en griller une: 10 minutes.

Plus que 6h44

Le café stimule la vessie, surtout chez les personnes d’un certain âge, il vous faut donc vous rendre aux toilettes rapidement.

Plus que 6h34

Quand le chef vous tombe dessus avec son stress matinal et l’énervement du aux embouteillage, une seconde cigarette s’avère très vite nécessaire pour décompresser.

Plus que 6h24

Un second café est souvent nécessaire pour tenir les yeux ouverts toute la matinée, cette fois tout le monde est là et travaille un peu, la pause sera un peu plus brève.

Plus que 6h00

Le café appelle, une fois encore, la cigarette et comme il est interdit de fumer dans les locaux, vous sortez dehors en griller une: 10 minutes.

Plus que 5h50

Vous l’avez compris,  la prostate est un problème: un passage aux WC s’impose.

Plus que 5h40

Après le repas, non décompté, ce qui est mesquin en soit, vient un café expresso qui va de paire avec une cigarette fumée dehors, un passage aux toilettes et une sieste réparatrice avant que le chef ne revienne.

Plus que 5h00

Le quart d’heure médisance est obligatoire, et sous prétexte d’aller en griller une, vous cassez du sucre sur le dos des collègues, à côté des poubelles.

Plus que 4h40

L’inévitable discussion avec le chef arrive, “le travail n’avance pas”, “les pauses café sont trop longues”, “nous n’atteindrons pas nos résultats cette année”, “blabala blabla blabla”. Une bonne demie sacrifiée en parlote inutile alors que le travail s’accumule.

Plus que 4h10

Une petite clope pour évacuer tout ce stress et vous vous metrez au travail.

Plus que 4h00

Comme d’habitude, il y a le coup de barre de l’après-midi. Tout le monde travaille et impossible de se concentrer sur quoique ce soit. Un petit tour au toilettes, on s’assoit, on éteint la lumière et hop, un petit dodo.

Plus que 3h00

Bon c’est pas le tout mais faudrait s’y mettre. Lecture de la boite mail perso, un petit tour sur Facebook, un achat en ligne, un oeil sur le mail professionnel quand même et deux heures passent très vite.

Plus que 1h00

Sérieusement, vous croyez qu’il est possible d’entreprendre quelque chose en une heure vous ? Non évidemment. Alors vous jetez un coup d’œil à l’heure, les minutes qui s’écoulent lentement, vous rangez votre bureau, fermez la fenêtre, en grillez une pour patienter, un petit tour aux toilettes pour ne pas vous retrouver incontinent dans les embouteillages et il est temps de partir. Pire même, l’heure est passée, vous avez travaillé 15 minutes de trop !

Il faudra penser à arriver plus tard demain matin…

AP 2022

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AP 2022 est un roman décrivant notre monde dans un futur proche, dans quatre années exactement. Il a été co écrit par de nombreux auteurs que vous ne connaissez pas forcément, un roman sous forme de plusieurs nouvelles traitant d’un seul et même sujet, l’extermination programmée d’une catégorie sociale.

Si l’ouvrage ne brille pas forcément pas son style, son sujet lui est brûlant et cruellement d’actualité. Ecrit comme une étude de la dernière extinction de masse ou de l’holocauste, avec un regard très détaché du sujet, le livre raconte comment une société se réorganise en reléguant sur le banc de touche la moité des joueurs. Ceux qui restent sur le terrain doivent s’adapter, les autres, sont contraints de se débrouiller pour trouver une nouvelle équipe qui veuille bien d’eux.

AP 2022 pourrait être considéré comme une continuation du génial film de Terry Gilliam, Brazil. Après la toute puissance de la bureaucratie, avec son lot d’employés inutiles, de dépenses ridicules, de complexités administratives sans fin, viendrait l’ère de l’épuration ethnique, de la simplification à la dynamite, de l’effondrement des ronds de cuirs.

La population stigmatisée dans ce roman s’appelle les fonctionnaires, ces agents de l’état et des collectivités locales, ces feignants surpayés qui ne font rien de leurs journées et qui augmentent nos impôts prélevés à la source.

AP 2022 raconte comment la fonction publique va être réorganisée dans un futur très proche, détaillant chaque métier avec son effectif cible, sa hiérarchie, sa géolocalisation, son catalogue de postes, de métiers et de déménagements, un pavé très détaillé qui oublie un seul sujet, pourtant crucial : que deviennent ceux qui n’ont plus de poste ?

Pour les vieux, la solution Soleil Vert semble acceptable, tant qu’à se faire dévorer, autant que ce soit par les collègues, on reste en famille. Pour ceux à qui il reste encore quelques années avant une hypothétique retraite, la situation est délicate, d’autant que le dossier des retraites sera sur la table l’an prochain. Localement les postes ferment. Il faut donc chercher ailleurs, mais ailleurs, clairement, personne ne veut de vous. Un fonctionnaire peine à se vendre dans le privé, et dans les autres administrations, étant donné qu’elles ont le même problème de récession, il n’y a guère de place, et s’il y en a, encore faut-il avoir le profil pour postuler.

En feuilletant les pages du roman AP 2022, j’ai appris que je n’avais plus de travail dans un avenir proche. Et cette histoire ne parle pas de reclassement, d’indemnité de licenciement, d’assurance chômage. Il y a bien un chapitre accompagnement mais si j’ai bien compris, il se limite à me conduire jusque la porte du bureau.

Une mouche a du se coincer dans l’imprimante.

Hérésie cathare

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En septembre dernier, je changeais de fonction dans mon administration. Nouvelles compétences, formations, mise en pratique, je suis depuis quelques mois opérationnel et autonome.

Mais voila, c’était sans compter sur la réforme de notre organisation.

Je vais disparaître.

Bien entendu je ne suis pas le seul, en fait presque tout le monde va disparaître chez nous, services, agents, mais pas les métiers. Alors qui va faire le travail soit disant indispensable et très chronophage ?

Ma hiérarchie me demande de transférer mes compétences à des collègues qui travaillent dans toute autre activité. Voila neuf mois que je suis arrivé, tout juste formé et opérationnel et ma direction me demande de transmettre des connaissances fraîchement acquises à d’autres agents. Pas un seul instant il n’a été question de ce que j’allais devenir. Si je ne fais plus le travail pour lequel je viens d’être formé, que vais-je faire à la place, où vais-je travailler, que vais-je devenir ?

Notre DRH nous envoie des liens de sites de recrutement de la fonction publique et territoriale, des annonces de concours, des postes soit disant éligibles au travail à distance mais qui ne le sont pas en réalité.

C’est bête, mais j’aime mon nouveau métier. Cela faisait huit ans que j’espérais ce poste, que j’attendais qu’une place se libère.

Les services se défont, sont centralisés, les agents travailleront bientôt presque tous à distance avant qu’on ne les force à migrer vers le sud pour écraser l’hérésie cathare. Le ministre est pressé, il faut que cette réorganisation aille vite, d’ailleurs il a débloqué près de trois millions d’euros pour accélérer l’opération.

Initialement implantés dans chaque département dans les années quatre-vingt-dix, nous nous sommes réfugiés dans les bastions régionaux, abandonnant les terrains de la proximité pour toujours. Puis nous avons renoncé à ces fortifications avancées où ne veillent plus que de vieux croisés fatigués. De plus de cent-vingt places fortes, nous sommes passés à neuf, bientôt il n’en restera qu’une, au bord de la Garonne. Pour combien de temps encore ?

Vous me direz, ça pourrait être bien pire, notre belle assemblée pourrait mettre un terme au statut autrefois si convoité de fonctionnaire…

Bipolaire

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La journée avait bien mal commencé avec un violent orage à six heures du matin et mon linge qui séchait dehors. La nuit avait été brûlante et lourde et les chattes s’étaient craché dessus pour deux croquettes. Je n’avais plus de bière au frigo, juste une 1664 sous l’évier pour noyer les limaces. Le soleil de plomb brûlait maintenant et il n’avait pas assez plu pour les plantes déshydratées du jardin. Treize heures et pas encore un seul ados hagard à l’horizon. Mes potes eux se réveillaient sans doute après une nuit fabuleuse au festival à la Loreley, moi j’étais comme un con à la maison et les cons, on allait pas tarder à les entendre beugler dans quelques heures, la France est en finale.

Ça me déprime. Une finale de football c’est un peu le stade terminal de la connerie humaine, les perdants battent leur femme, les gagnants violent leurs filles. On va gagner qu’ils gueulent à côté ces abrutis. Gagner quoi ? La retraite à 65 ans, la fin du service public, la dictature par ordonnance, la fin des instances de consultation dans les entreprises, la médecine à deux vitesses, la privatisation des transports publics, 3.5 degrés d’ici la fin du siècle ? On va gagner ? Des fois l’espèce humaine me déprime.

Pourtant la journée commençait bien. Un orage avait rafraîchi l’air, il me restait une 1664 à boire, mes ados n’étaient pas encore descendu me casser les pieds, le chien des voisins n’avait pas encore gueulé de trop et la France jouerait en finale ce soir. On allait leur mettre la pâté aux croates, on est les meilleurs ! Comme en 98. Trop forts !

Raz le bol. Obligé de sortir du lit à six heures pour ramasser le linge qui sèche dehors. Impossible de me rendormir avec le tonnerre. En parlant de tonnerre les footeux ne vont pas tarder à gueuler dans la rue avec les drapeaux de fête nationale pas acheté pour cette occasion. Ils auraient mieux fait de défiler en rangs hier sur les Champs ces branleurs.

On va gagner ! On va gagner ! Burp ! La seize est tiède mais on va gagner, y a qu’à regarder ce putain de soleil pour être sûr. La fête a commencé avec des coups de canons pour saluer les sportifs, ça va être grand beau, énorme ! On va gagner !

Putain de débiles macaques. Je vais me foutre un casque sur les oreilles et écouter Mystery. Même mon petit dernier, soit disant surdoué, est à la fête. Je préviens. Si un foutu ballon passe par dessus mon muret, je le crève comme l’abruti qui a shooté dedans. Je hais la planète.

Le vidéo projecteur est en place, les chips dans les assiettes, la bière au frigo, bobonne fait la vaisselle, on va les éclater ces serbo-croates comme pendant la guerre ! Ça va être trop bon, ça vaudra pour mon salaire bloqué et la non reconnaissance de la pénibilité de mon travail. Tous égaux, ben c’est ce que l’on va voir. Aux chiottes l’arbitre !

Après la pluie vient le soleil, la journée est radieuse. Cet après-midi le France joue en finale, je suis en vacances et il y a des glaces au congélateur. Ce soir nous serons enfin tranquilles. Allez les croates, allez !

Overloaded (Dans mon iPhone n°26 je crois)

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Comment vous dire, entre mon déplacement à Besançon, la fête de la musique, le concert de Galaad et de Lazuli, le développement de photographies, le bac pour mes deux garçons et trois migraines en sept jours, je n’ai pas eu vraiment le temps de vider ma boite mail, d’écouter les promotions, de chroniquer, de relire la prose de mes confrères, de lire des bouquins ou de même de regarder des séries TV. Sans compter que j’ai reçu pas mal de musique : le vinyle d’Alco Frisbass, les deux CDs de Fleesh, le dernier Apogee et que je reviens de Chez Paulette avec Mon Grand Amer de PYT.

Alors qui y a t-il dans mon iPhone ? En fait la même chose que la semaine dernière. Je n’ai pas eu le temps de convertir les nouveaux CDs sur iTunes en ALAC, d’importer les promotions mp3, d’écouter autre chose que Fleesh, Apogee, PYT et Alco Frisbass (c’est déjà pas mal), du coup aucun changement. Avec un peu de chance, entre deux déplacements cette semaine, je trouverai le temps de faire une mise à jour.

Dès que j’aurai un peu de temps, je rédigerai le live report de vendredi soir et transcrirai l’interview ‘exclusive’ de Lazuli, réalisée dans la campagne (enfin derrière la salle du pub rock).

Finalement ma vie professionnelle et privée se résument à ceci : quatre à cinq heures de conduite, deux à trois heures étouffantes, épuisantes et passionnantes sur place, une douzaine d’heures de coma sous médocs très forts, puis de nouvelles heures devant l’ordinateur à traiter les informations recueillies, les analyser, les mettre en forme.

Parfois je ferme les yeux et je ne fais rien pendant quelques minutes. Vous n’avez pas idée comme c’est bon… de recommencer juste après à bosser. Et tout ça pour quoi ? Pour cent-cinquante lecteurs les bons jours. J’adore ma vie !

 

Trois de moins

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Un obèse asthmatique, un grand maigre et une petite grosse viennent de partir, de quoi faire un bon sandwich avec le gros bout de pain, la tranche de jambon et le second morceau de brioche, moins épais mais tout aussi moelleux.

Nous ne les regretterons pas.

Dark Vador insultait les gens, parlait tout seul, pestait contre les ordinateurs et effrayait les fournisseurs. La garniture radotait et bégayait, faisant fuir les clients potentiels, la brioche brillait par son incompétence, se reposant tout le temps sur son adjoint.

Ils ne seront pas remplacés, ce qui ne changera pas grand chose à notre quotidien, à part trois nouveaux bureaux vides.

Aujourd’hui j’ai compté en allant dire bonjour à mes collègues, nous disposons de dix bureaux déserts alors que le bâtiment débordait de vie il y a cinq ans.

Les couloirs commencent à résonner.

Obésité (Dans mon iPhone n°25)

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Quelques achats, quelques promos, des écoutes en retard et mon iPhone déborde à nouveau. Je me suis offert California de Marco Ragni qui était réédité, L’Albatros de Seven Reizh pour découvrir ce concept album livre intrigant. Nous avons reçu Galasphere … Continue reading

Le 31 mai, lors d’un trajet…

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Le 31 mai 2016, lors d’un trajet Illkirch-Illkirch, une planche à roulettes percute un vélo. Résultat un rein fracturé, cinq mois d’arrêt.

Le 31 mai 2018, lors d’un trajet Lingolsheim-Illkirch, un scooter percute un vélo. Résultat un poignet fracturé, trois mois d’arrêt.

Le 31 mai 2020, lors d’un trajet Sélestat-Illkirch, un bus percute un vélo. Résultat deux jambes brisées, un mois d’arrêt.

Le 31 mai 2022, lors d’un trajet Mulhouse-Illkirch, un 747 percute un vélo. Résultat un corps broyé, pas d’arrêt.

Le 31 mai 2116, lors d’un trajet Lune-Illkirch, le Battlestar Galactica percute un vélo. Résultat une planète désintégrée. Ce n’est pas grave, le fonctionnaire n’avait de toute façon plus de travail depuis des années.

Ces exemples montrent bien la fabuleuse évolution de la science et de la technologie au fil des années.

Tout d’abord, nous constatons qu’avec une bicyclette, nous parcourons de plus en plus de kilomètres chaque jour, ceci bien entendu grâce à l’évolution technologique des vélos électriques.

La distance maison travail ne fait qu’augmenter, la crise du logement et la flambée des prix de l’immobilier en est la cause bien évidement.

Ensuite, découvrons que les aménagements des pistes cyclables vont s’améliorant. Là où en 2016, un vélo et une planche à roulettes peinaient à cohabiter, en 2022 il y a presque assez de place pour un avion long courrier et un vélo électrique.

Enfin, regardez les progrès de la médecine, en huit ans. Un petit hématome au rein, cinq mois d’arrêt et toujours des séquelles deux années après. En 2020, un corps broyé, même pas besoin de congé de maladie.

Le 31 mai 2018, deux ans jours pour jours après mon accident, une collègue, en se rendant au travail, s’est fait faucher par un scooter sur une piste cyclable. Fracture du poignet gauche. Elle vient de se faire opérer et restera à la maison jusque septembre dans le meilleur des cas. Que pouvait bien faire un scooter sur une piste cyclable, le matin ?

Ma vie en Zelda

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Ma vie, c’est un peu celle du célèbre personnage de Nintendo.

Je recherche des sanctuaires (sites pour installer une station de mesure) à l’aide de ma tablette sheikah (GOOGLE Earth, GPS), à chaque fois une nouvelle épreuve m’attend (mais à qui est ce terrain, où est l’électricité), je combats des monstres (les entrailles de l’administration), je parcours le monde à cheval (Clio, Kangoo), je vole en para-voile d’un sommet à une vallée (Strasbourg/Toulouse), je grimpe aux sommets des tours pour cartographier la région (classification de station aux jumelles), je dépense des rubis pour mieux m’équiper (des bottes, une batterie de PC, essence de la Clio), je dors à ma belle étoile ou dans rares auberges (nuitée à 39€), je mange au coin du feu (picnic dans la voiture sous la pluie battante), j’affronte des boss tous puissants (chef, adjoint, directeur, PDG) et tout ça pour quoi me direz-vous, pour passer le temps, pour récupérer des cœurs, des rubis et surtout parce que j’ai été programmé pour ça.

Je l’avoue, j’ai replongé dans Zelda Breath of the Wild. J’étais bloqué, à poil, sur une île remplie de monstres depuis des mois, jusqu’au moment où je me suis décidé à venir à bout des bestioles et passer à la suite. Un passage de l’aventure sans sauvegarde, pour lesquel vous gagnez quelques malheureux rubis et perdez souvent la vie. Après cette victoire éclatante je suis arrivé chez les piafs et dans la foulée j’ai vaincu le méchant boss, et de deux. Me voila maintenant bloqué à nouveau dans un sanctuaire à affronter l’épreuve d’extrême force où j’échoue lamentablement étant donné mes réflexes de moule intoxiquée.

Patience petit Link, tu y arriveras. En attentant, continues d’arpenter l’Alsace dans ta Clio à la rencontre d’autres voyageurs qui te guideront dans ta quête climatologique.

De belles personnes

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Des années durant, j’ai passé mes journées face aux ordinateurs, seul, avec un téléphone désespérément silencieux à côté de moi.

Je recevais des emails de demande production de commerciaux situés à quatre cent kilomètres de mon bureau, je ne savais rien du client, ni de ses attentes, et bien souvent je me rendais compte de l’absurdité de ce que je fabriquais.

Mais consigne était donnée, “interdiction de contacter le client”, il fallait passer par le commercial, et le commercial s’en moquait, il avait vendu un produit, son travail était terminé. J’étais très seul. Je lançais la production, envoyais la commande, notifiais le commercial de la tâche terminée et passais à la demande suivante. Le temps modernes.

Aujourd’hui je suis sur le terrain, je vais à la rencontre des gens, de ces êtres humains qui sur nos machines ne sont que des numéros. Je prends le volant le matin, parcours l’Alsace sur des routes peu fréquentées, arrive au milieu de nulle part et sonne à la porte d’inconnus avec qui je vais faire connaissance.

Il y a des rendez-vous très impersonnels, des gens pressés et puis il y a ceux qui vous accueillent, curieux de vous connaître, désireux de parler, de partager leurs passions avec vous.

J’ai rencontré un astronome amateur qui pourrait être mon père. Le garde champêtre d’un village au fond d’une vallée, qui n’a pas son certificat d’étude et qui pourtant a fabriqué seul, plusieurs télescopes et qui scrute le ciel profond lors des nuits étoilées. Un passionné, qui, avec des matériaux de récupération, à assemblé une monture anglaise portant cinq instruments, du 150 au 400 mm, pour un poids total de deux tonnes.

J’ai été chez un bricoleur fou, qui a bâti sa propre maison de ses mains, qui collectionne les légos dans une vaste salle de jeu et répare, dans son atelier, toutes les machines qu’on lui apporte.

J’ai discuté avec un chasseur d’orages, un passionné de météorologie, avec sa station de mesure au fond de son jardin, aussi bien entretenue que les nôtres, voire mieux, qui dès que le temps devient menaçant, grimpe dans sa voiture, et part à la poursuite de cumulonimbus, dans l’espoir de voir une tornade ou de photographier des éclairs.

J’ai vu un radio amateur, avec ses antennes qui hérissent le toit de sa maison, paraboles, multibandes, HF, équipé de trois stations de mesures météorologiques et qui, dans une galerie de son jardin, mesure les oscillations de la croûte terrestre pour le compte du CNRS. Et lorsque les ondes sont muettes, que la terre ne bouge pas, il sort un petit télescope pour parler aux étoiles.

J’ai admiré le potager fabuleux d’un retraité, ses salades croquantes, ses oignons nouveaux, ses plants de tomates prometteurs, ses allées binées sans l’ombre d’une mauvaise herbe.

J’ai discuté avec de vieilles personnes d’une rare gentillesse, qui vivent simplement, coupées du monde, loin de l’Internet et de la téléphonie 3G, qui prennent encore le temps de parler des choses simples de la vie.

Le bureau et son ordinateur ne me manquent pas même si les journées sont plus fatigantes. Chaque semaine, je prends la route, rencontre des personnes en chair et en os, auprès desquelles je m’enrichis et redécouvre mon humanité perdue.