Le Test

Un matin je me suis réveillé avec un petit mal de gorge de rien du tout et le nez congestionné, rien de grave, le premier signal grippal de l’année.

Mais cette année, nous sommes en 2020, et quand des fous ne décapitent pas des fonctionnaires, la COVID-19 se charge de régler leur compte.

Alors, pas question de me présenter au travail en toussotant, je serais immédiatement confiné dans une pièce close, isolé de mes collègues et sans café, en attendant qu’un haut fonctionnaire décide de mon sort. 

J’ai téléphoné au médecin qui m’a invité à répandre mes microbes et peut-être virus dans son officine et à les partager avec cinq autres patients. 

Tension check, température check, respiration check, gorge, pas check. Bon c’est vrai la gorge me gratte un peu et je toussote. Sirop, corticoïdes, Doliprane, arrêt maladie. Arrêt maladie pour un rhume ? Oui car avant de retourner au travail je vais devoir passer un test.

QI ? Non PCR. Vous savez le coton tige que tout le monde redoute d’avoir dans le nez. Même pas peur, je l’ai déjà eu dans la bite. Le médecin m’arrête deux jours, le temps d’avoir les résultats du test PCR.

Vous avez entendu notre gouvernement vous aussi, priorité aux personnes symptomatiques. Bon. Je téléphone au laboratoire près de chez moi et on m’envoie bouler vers le site de logiciel libre docto. Heu… et si j’avais pas Internet moi ? J’essaye un autre laboratoire plus éloigné, pareil. Je réessaye en disant que je suis malade et que j’ai une ordonnance, pareil, pareil, pareil. Alors je me connecte sur Doctolib et découvre que la dernière fois que j’ai utilisé ce site, c’était pour ma défunte mère. Ça sent le sapin tout ça. 

Je m’escrime pendant un quart d’heure pour modifier ce compte et en désespoir de cause, devient Herveline agée de quatre-vingt-sept ans et morte depuis quatre ans. Bref. Là je découvre alors les disponibilités de rendez-vous à moins de vingt kilomètres de chez moi. Dans six jours, pas avant ! 

Sérieusement ? Mais je suis prioritaire parce que malade et avec une ordonnance et que je vais peut-être mourir de troubles respiratoires (le rhume) dans la nuit. Docto machin s’en fou comme les labos. J’ai dû mal comprendre le président où alors lui a dû mal comprendre sa ministre de la santé ou bien ils se foutent du monde ou c’est le bordel le plus total.

Je trouve tout de même un laboratoire d’analyse à plus de vingt kilomètres, paumé dans la cambrousse, qui peut me prendre dans l’après-midi, miracle ! Un gros quart d’heure de voiture dans le potage et me voila à me fourrer des contons tiges dans les narines, quelle chance !

Mais imaginons que j’ai été au RSA, sans voiture, sans abonnement Internet, parce que je n’arrive déjà pas à me loger, me chauffer et me nourrir décemment. Comment aurais-je fait monsieur docto démerde-toi ? Certains pointent du doigt le fait que le virus frappe principalement les classes sociales défavorisés, pourquoi est-ce que ça ne me surprend pas ?

Au moment où je publie ces lignes je viens d’apprendre que je sauvé. Je m’en doutais un peu aussi parce bon voila, j’ai un rhume. Je vais pouvoir retourner travailler et répandre ma crêve parmi mes collègues afin qu’ils expérimentent à leur tour l’efficacité de notre système sanitaire de crise. Bon courage les potes !

Le masque et la plume

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A la manière de la Comedia dell’arte, nous jouons tous une pièce dans laquelle nous portons des masques. En tissu lavable, en papier jetable, FFP2, chirurgical, il en existe de toutes les formes, couleurs et matières. 

Au travail nous devons porter le masque, pas le voile. Un masque pour aller et venir dans les couloirs, un masque pour travailler dans les bureaux partagés.

Un masque oui, mais lequel ? Notre employeur, qui doit fournir l’indispensable objet, a fait le choix du masque lavable, dans un souci d’écologie. 

Bien entendu, les employés n’aiment pas porter un masque et le sujet semble cristalliser tout le mécontentement actuel au travail. Les masques sont inconfortables, difficiles à nouer, trop minces, trop épais, pas jolis, difficiles à laver. Les masques fournis dans d’autres entreprises sont bien mieux que les nôtres etc, etc…

Nous disposons d’un stock stratégique composé de quatre type de masques, trois lavables contre un jetable. Officiellement, les masques jetables n’existent pas car tout le monde en réclame à corps et à cris (étouffés par le masque), que nous n’en avons pas assez et que la direction a choisi l’éco responsabilité. Les jetables sont réservés aux situations d’urgence et aux agents devant effectuer des travaux pénibles, là où le maximum de confort est nécessaire pour travailler en toute sécurité.

Bien entendu, certains ne portent pas le masque, car ils l’ont oublié, que ça cache leurs favoris ou bien qu’ils n’en voient pas l’utilité pour marcher dix mètres jusqu’au photocopieur. Bien entendu, pour fumer en bonne compagnie, boire le café entre collègues, manger à la même table, nous ne portons pas le masque comme dans le “paradoxe du restaurant” où la place assise n’est jamais contagieuse.

Nous portons majoritairement des masques lavables, sauf pour ceux qui ont acheté leurs propres masques jetables.

Ces masques, il faut les laver, à 60 degrés Celsius, après chaque utilisation. Mais savez-vous qui doit les laver ? L’agent ? Non. L’employeur !

L’entreprise doit laver les masques de ses agents ou bien les dédommager du lavage. C’est la loi. Les bras m’en tombent. Je nous vois bien acheter des machines à laver le linge et employer un agent à temps plein au lavage des masques de tout le personnel. Et comment identifier les masques d’untel ou untel ? Avec des étiquettes comme au pressing ? Pourvu qu’aucun syndicaliste ne tombe sur ce texte, car nous serions dans une merde noire.

Je pense que si cela arrivait, nous trouverions brutalement des crédits pour doter chaque personne de masques jetables. Parce que j’imagine mal l’état créer la prime de lavage de masque indexée sur le nombre de jours travaillés, minorée du nombre de RTT, des jours de grève et des congés payés.

Actuellement nous travaillons sur une répartition équitable des masques en fonction du poste occupé par l’agent, la densité de personnes autour de lui et son niveau potentiel de nuisance syndical. Un tableur Excel bourré de formules. Et vu que nous disposons de trois type de masques, et qu’un des modèles est particulièrement inconfortable, la répartition des types de masques se fera au prorata du nombre fourni à chaque agent. Je suis d’ailleurs en train de d’aiguiser mes ciseaux pour découper des quarts de type de masques A, B ou C, comme ça pas de jaloux.

Le titre de ce billet était la Masque et la plume, en référence à une émission culturelle de ma jeunesse. Le masque vous comprenez pourquoi j’espère. Mais la plume alors ? He bien, vous savez où vous la mettre la plume si vous n’êtes pas content de votre masque ?

Trois semaines et trois jours

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L’année deux-mile-vingt fut éreintante et elle n’est pas terminée. Pendant que certains télé travaillaient j’étais au front. Et comme les bureaux restent déserts, depuis mars je fais le travail de deux personnes, des fois un peu plus.

Ma première semaine de congés de l’année, je l’ai posée début juillet pour bricoler dans la cuisine laissée en plan depuis Noël et me reposer avant que je ne craque pour de bon, pas vraiment des vacances en réalité.

Alors début septembre, j’ai oublié le travail pour presque un mois. Je devais installer mon petit dernier près de Lyon pour ses études, peindre les murs de la cuisine et surtout partir en vacances, loin de la maison, histoire de couper avec la routine, même pour une destination peu exotique comme La Rochelle. Location à vingt mètres du sable chaud, restaurant en bord de mer, paysages magnifiques, couchés de soleil à tomber par terre, baignade quotidienne, le paradis sur terre. J’ai déconnecté complètement.

Après trois semaines sans portable qui sonne sans cesse, sans boite mail qui se remplit plus vite que je ne peux lire son contenu, il a bien fallu revenir.

Mon mail débordait d’urgences non traitées, de travail pas fait, de réunion manquées, de réclamations ignorées, de messages de syndicats, de communications de la direction, de décisions inutiles, de publicité et de spams indésirables. Tout le monde semblait content de me revoir, chacun avec son masque sur le visage et ses questions sur le bout des lèvres. Il m’a fallu trois jours pour absorber le plus gros des urgences catastrophiques, des nouveautés à maîtriser tout de suite et pour découvrir l’ampleur du désastre. Mais qu’avait fait mon collègue ? Il avait acheté un vélo pliant, monté quatre fauteuils, commandés des masques jetables sans les distribuer, du gel hydroalcoolique alors que nous en avons des litres et ignoré tous les mails pénibles ou urgents dont il ne voulait pas s’occuper. Il avait également ignoré la petites liste de dossiers que je lui avait préparé il qu’il fallait suivre absolument. Je l’aime bien quand même et il part à la retraite dans moins d’un an. En juin je risque d’être tout seul.

En trois jours j’ai brûlé tout le bénéfice de trois semaines de congés. Je suis à nouveau rincé, stressé, débordé. Il me faudrait trois nouvelles semaines de vacances, tout de suite !

Vous savez, j’ai un travail aussi

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Depuis plus de vingt ans je gère un webzine de rock progressif. Programmation, administration, sauvegardes, mises à jours, publications, la bête m’occupe beaucoup. Et comme il faut alimenter le site en contenu pour nos lecteurs, je chronique des albums, couvre des concerts, fait des interviews, écrit des actualités, enregistre les groupes, leurs albums et leurs concerts. Et comme pour chroniquer il faut de la musique, je sollicite les labels, maisons de disques et artistes. Et n’étant pas seul dans le webzine, il faut en plus que je partage la musique, relise le travail des autres, relance les gars pour qu’ils livrent leur prose à temps, et tout ça justement prend du temps. Je me suis fixé un rythme de publication de trois chroniques hebdomadaires, sans parler des news quotidiennes, parfois plus lors de la rentrée musicale.

Toute cette pression exigeait un exutoire alors j’ai créé un blog pour parler de ma folie, de la musique d’un point de vue politiquement moins correct, pour raconter ma vie, pour décompresser. Mais un blog, même s’il a moins d’exigences que le webzine, doit être mis à jour et surtout alimenté régulièrement en billets. Alors, depuis mon smartphone, j’écris quand me vient une idée, comme en ce moment puis je la mets en forme, cherche un titre, une image et plus tard, si le billet me semble toujours acceptable, je le publie. Je me suis fixé un rythme de deux billets par semaine, parfois je cale devant la page blanche, parfois j’en gribouille cinq en une semaine.

Le rock progressif m’a ramené à la photographie par hasard en voulant proposer des images pour les live reports. Au début j’empruntais du matériel au travail mais bien vite j’ai voulu un matériel adapté à l’exercice. J’ai retrouvé les joies de la photographie avec un reflex, un sport abandonné avec la fin de l’argentique. De photographie de concert je suis revenu tout simplement à la photo. J’ai rapidement adopté Flickr pour publier les clichés de concerts et mes premiers pas dans le numérique. Avec cette plateforme j’ai découvert le travail d’autres personnes et j’ai voulu trouver mon style. J’ai également découvert le développement numérique qui m’a définitivement rendu accroc à l’image. Au début je publiais une photo de temps en temps, en fonction de mes ballades, aujourd’hui je m’oblige à sortir une image par jour en plus des photos de concert. Trouver une idée, la photographier, la développer, la publier, l’image m’a totalement asservie.

Et comme j’aime lire, je partage mon enthousiasme littéraire sur le blog ainsi que sur Babelio, mais ça, pour une fois, ça ne me prend pas trop de temps.

Chaque jour j’écoute de la musique, publie des actualités, des chroniques ou billets, répond au médias, relis des textes, met en ligne des photos 

Mais j’ai un travail et une famille vous savez. Chaque jour je sacrifie sept heures à mon employeur, chaque jour je fais à manger, je change la caisse du chat, sort les poubelles, fait les courses, lave et étend le linge, passe l’aspirateur, la serpillière, l’éponge, la brosse à dent. Et après toutes ces activités éreintantes je trouve encore le temps de regarder une série télé, de lire un ou deux bouquins et de dormir neuf heures les bonnes nuit, sans parler des migraines qui me volent 24 heures de ma vie toute les semaines, enfin les bonnes semaines…

De quel manière j’écoute de la musique

J’écoute beaucoup de musique. Je dis bien écouter et non entendre, car dès qu’il y a de la musique, quelle qu’elle soit, mon cerveau ne peut s’empêcher d’écouter. La musique est présente tout au long de ma journée, de différentes manières, sous différentes formes.

Il y a tout d’abord la musique zapping streaming. Je ne suis pas abonné à des plateformes de streaming qui exploitent les artistes. Apple Music, Deezer, Spotify, non merci. Le streaming c’est pour moi une poignée de secondes sur Youtube, Haulix ou Bandcamp pour juger de la pertinence de tel ou tel groupe ou album. Du travail en vérité. Car les promotions arrivent, venant de tous les horizons musicaux et il faut faire le tri entre le grain et l’ivraie avant de télécharger le matériel proposé.

Toujours en streaming, vient la musique découverte, lorsqu’un confrère recommande chaudement un disque. Le plus souvent ce sont plusieurs minutes consacrées à l’écoute attentive de quelques titres encore une fois sur YouTube ou Bandcamp.

Le streaming prend fin ici car je n’aime pas le streaming. Arrive la musique en boite de conserve. Je veux parler de mp3 promotionnel stocké dans mon smartphone afin de faire des choix pour la prochaine chronique. Un zapping plus approfondi, casque sur les oreilles pour ne pas rendre fous mes proches voisins.

Vient la musique chronique, celle que je vais écouter en boucle des heures durant. Elle commence souvent en boite de conserve, dans les transports, en ville et pendant ma pause déjeuner au travail. Elle se poursuit avec un ouvre boite, partant de l’ordinateur, elle se dépixellise dans le DAC, s’amplifie dans le Marantz et explose dans les Triangles. Elle se poursuit souvent en immersion dans le casque pour une exploration approfondie.

Il y a la musique atmosphère, celle qui m’accompagne pendant la lecture, le ménage, la cuisine, le développement de photos, la rédaction finale d’une chronique ou d’un billet de blog, une musique facile et connue qui donne un rythme à mon travail sans trop solliciter mon oreille.

Vient la meilleure musique, la plus rare aussi, la musique plaisir, celle que je m’offre souvent les dimanches pluvieux ou les jours de canicule. Cette musique se joue exclusivement sur chaîne hi-fi, à partir d’un CD ou bien d’un vinyle. Le plus souvent il s’agit d’un disque de la discothèque idéale ou des dernières acquisitions. Une écoute religieuse, assis dans le canapé avec le livret ou debout en mode air guitar selon l’humeur.

Il y a également la musique vivante, celle qui se fait de plus en plus rare. Une musique exigeante puisqu’elle demande ne nombreux kilomètres de voiture et souvent une nuit courte suivie de sa punition céphalée. Les concerts au son incertain, à la performance aléatoire et qui donnent un autre éclairage sur la version propre que propose celle de l’album studio. Parfois ce sont des concerts curiosité, parfois des concerts travail et plus rarement des concerts plaisir encore qu’il arrive qu’un live couvre les trois domaines en une soirée.

La musique jouée dans les pièces de la maison sollicite également beaucoup mes oreilles, le piano quart de queue qui s’entend jusque dans le jardin, le piano numérique dont seul le martèlement des touches résonne dans les couloirs, le violoncelle qui habille de ses basses vibrantes le plancher de l’étage.

Il ne faut pas oublier la musique pollution, celle du voisin, celle de l’attente téléphonique, celle de l’ascenseur, celle du restaurant, celle des voitures passant devant la maison fenêtres ouvertes. Cette musique là est insupportable mais je n’arrive pas à l’en extraire.

Enfin, plus rare, il y a la musique voiture, celle que j’écoute sur de longs trajets. La radio avec France-Musique si la programmation me plaît, sinon une fréquence au hasard, et quand il n’y a rien, je branche le smartphone pour m’accompagner sur la route.

En écrivant ces mots j’écoute une musique zapping devenue plaisir et atmosphère, un album écouté et réécouté, chroniqué, devenu un classique de la discothèque idéale, Satur9 & Indigo de My Arrival. Comme quoi la musique peut avoir plusieurs destins.

L’orage

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Lundi dix août au matin, à quatre heures quinze, un coup de tonnerre réveillait la capitale rose. Certains, se souvenant brutalement de l’explosion d’AZF ont craint un nouveau Beyrouth. D’autres ont cru à la fin du monde et enfin les plus censés ont songé à l’orage. La foudre a frappé Toulouse avec une rare violence et cela juste avant l’orage. La pluie, le vent et les éclairs ont touché la ville, mais plus tard.

Ce que les toulousains ignorent, c’est que cet unique éclair surpuissant foudroya une poignée d’habitants le la capitale cathare. De pauvres hères qui partaient effectuer leurs travaux d’intérêt général dans le quartier du Mirail, sous la surveillance d’un ancien militaire homosexuel refoulé, furent traversés par des arcs électriques d’une puissance inouïe.

Alors qu’ils auraient dû mourir, ils se relevèrent, indemnes, du moins en apparence. Car quelques heures plus tard, d’étranges phénomènes se produisirent. L’un déplaça par la simple pensée son gobelet de café, l’autre se dédoubla en deux corps et personnalités distinctes, encore un autre s’envola tel un oiseau… Tous avaient acquis d’étranges pouvoirs.

Ainsi pourvus de talents spéciaux, nos jeunes au banc de la société auraient pu devenir des supers héros et sauver le monde, ou du moins mettre de l’ordre au quartier du Mirail qui en a bien besoin. Au lieu de quoi, que firent-ils ? Semèrent le chaos.

Je viens de finir la cinquième saison de Misfits et l’orage de lundi à Toulouse a coïncidé avec le dernier épisode de la saison. Ce n’est pas forcément la meilleure saison, car à force tout cela tourne un peu en rond il faut bien l’avouer. Cependant, il y a de bons moments alors pourquoi s’en priver. On retrouve la plupart des personnages de la précédente saison, sauf les cadavres enterrés sous le pont bien entendu. D’ailleurs, il n’y plus de place là-bas, pourront-ils réaliser une sixième saison ?

Je me demande si, dans le cas peu probable où la foudre eut frappé notre maison mère au lieu d’un quartier populaire, notre établissement s’en serait trouvé grandi. Notre encadrement aurait peut-être reçu des supers pouvoirs et appris à manager correctement notre entreprise en plein déclin ou alors nos délégués syndicaux auraient pu contrôler l’esprit du PDG pour l’asservir à leurs revendications pathétiques ? On le saura peut-être avec la prochaine réorganisation qui s’annonce.

Les fumistes

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Ne lisez pas ce billet. Il est né de la folie du COVID-19 et je n’approuve aucunement les propos tenus ici. Si vous êtes fumeur ou syndicaliste, surtout n’allez pas plus avant, vous n’allez pas aimer. Après si vous lisez, ne venez pas vous plaindre, vous êtes prévenu.

Durant le confinement je travaillais à temps partiel dans nos locaux, nous étions quatre et à partir du onze mai, cinq de plus à temps plein. Et pour tout vous avouer, nous étions bien.

Dans les bureaux régnait une atmosphère de fourmilière, nous avions beaucoup de travail. Après un bref bonjour à distance, un café expresso, nous nous lancions dans le travail à corps perdu, réalisant après dix heures passées à courir partout qu’il était temps de rentrer à la maison.

Je pouvais travailler fenêtre grande ouverte, dehors aucun un bruit ne venait troubler les grenouilles et aucune odeur n’empuantait l’air. Mais où se trouvaient donc tous les fumeurs ? Chez eux en télé tabac.

Fin juin, les couloirs se sont remplis avec le débarquement des touristes. Les rires ont fusé dans les locaux et les bureaux furent rapidement encombrés de conversations animées. La vie reprenait son cours normal. Les fumées de cigarettes remontaient jusqu’à ma fenêtre et des remarques du CHSCT fleurissaient toutes les cinq minutes : il nous faudrait, on ne devrait pas, les agents sont, la direction devrait…

Attention ne faites pas d’amalgame, tous nos syndicalistes ne fument pas, par contre tous nos fumeurs sont syndicalistes.

Sous ma fenêtre, les fumeurs refaisaient le monde, repensaient la sécurité des agents, remettaient en cause des organisations pensées pour eux, exigeaient des produits en rupture de stock depuis début mars, établissaient de nouvelles règles alors qu’ils n’étaient pas fichus de respecter celles en vigueur.

Une fois revenus de leur pose nicotine, ils erraient d’un bureau à l’autre pour discuter, prendre la température avant de rentrer chez eux télé discuter pour quelques jours. 

⁃ Et toi, tu viens combien de fois par semaine ?
⁃ Tous les jours.
⁃ Tous les jours ? Depuis quand ?
⁃ Depuis toujours.
⁃ Heureusement que tu es là quand même parce que sinon on aurait fait comment sans toi.
⁃ Excuse-moi mais j’ai pas mal de choses à traiter aujourd’hui.
⁃ Ha ? Bon bon, je ne dérange pas plus alors… Mais en fait, j’y pense, tous les agents devraient avoir du désinfectant et des masques, vous allez faire quoi ?
⁃ Les masques ont été distribués et il y a du gel hydro alcoolique à tous les étages en plus de flacons individuels, tu as eu tes masques non ?
⁃ Oui, mais… c’est pas pratique un masque.
⁃ Pour fumer ? Non c’est clair. Nous on les met pour travailler en fait.

Ne trouvant pas de support chez les non fumeurs, les fumeurs se réunissent sous les fenêtres pour bâtir un nouveau monde meilleur à leur image, plein de cendriers auto nettoyants, de masques percés d’un petit trou, de gel hydro alcoolique compatible avec le bronzage intégral et de réduction du temps de travail à huit heures hebdomadaire avec une journée en télé travail avec revalorisation du point d’indice. Car manifestement, étant donné le nombre de dossiers déposées après la crise sanitaire, le télé travail, c’est pas si mal, même si on ne peut pas papoter devant une clope et même si les syndicalistes y étaient totalement opposés lors des précédentes réorganisations à cause des risques psycho sociaux.

Le carton emballé dans un carton

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Chez nous tout est compliqué. Nous possédons des centres dispersés sur tout le territoire mais ce ne sont pas vraiment des entités autonomes. Les agents y travaillent sous l’autorité de chefs distants à plusieurs centaines de kilomètres de là et ils dépendent d’entités diverses même si autrefois ils formaient une même équipe.

Lorsqu’ils ont besoin de fournitures, ils font appel à nos services; une chaise, du papier, un bic, un ordinateur, que sais-je encore. Nous préparons un colis et nous expédions leur commande pour qu’ils puissent continuer à travailler dans de bonnes conditions.

En trois mois nous avons expédié des milliers de masques, des litres de gel hydro alcoolique, des terra octets d’ordinateurs, des claviers, des écrans, des clefs 4G, des smartphones, des lingettes, des thermomètres aux quatre coins de notre vaste région pour que tout ce petit monde puisse continuer à travailler. La machine est bien rodée.

Mais tout se complique lorsque des colis doivent nous parvenir depuis ces centres isolés. 

⁃ Le portable que tu m’as envoyé ne fonctionne pas.
⁃ Tu es certain ? Nous l’avons configuré et testé avant son expédition.
⁃ Oui il marche pas.
⁃ C’est à dire ? Pas de WIFI, un problème logiciel, panne d’écran ?
⁃ Ben il marche pas.
⁃ (Soupir) Ok, bon. Ben renvoie-nous la machine, nous allons regarder ça.
⁃ Je fais comment ?
⁃ Ben tu le mets dans un carton et tu nous l’expédies.
⁃ C’est pas à moi de faire ça.
⁃ (Gros soupir) A qui alors ?
⁃ Ben à vous.
⁃ (Très gros soupir) … tu veux que l’on fasse huit cent kilomètres aller retour pour faire un colis et réexpédier l’ordinateur chez nous c’est ça ?
⁃ … non mais.
⁃ Tu met l’ordinateur dans un carton et tu scotche le bordereau d’expédition que l’on va t’envoyer. Une société viendra le récupérer au centre.
⁃ C’est que, j’ai pas de carton.
⁃ Tu n’as pas un seul carton dans le centre ?
⁃ Ben non.
⁃ Tu ne peux pas en trouver un ?
⁃ J’vois pas comment.
⁃ (Enorme soupir de résignation) Bon ok. Laisse tomber. Nous allons y réfléchir alors.

Réunion de crise, la problématique est la suivante : comment fournir un carton à un centre distant pour expédier un colis chez nous ? Lui faire acheter un carton ? Il va nous demander où. Voir avec la poste les offres colissimo toutes prêtes ? Mais comment la lui envoyer ? Faire appel à un prestataire spécialisé ? Le laisser dans sa mouise ?

Finalement j’ai pris un carton pouvant contenir l’ordinateur, j’ai placé du papier bulles dedans ainsi qu’un rouleau de gros scotch. J’ai mis le carton dans un autre carton plus grand et je l’ai expédié au centre en question. Je n’ai pas poussé le vice à adjoindre un mode d’emploi mais j’ai hésité une seconde. Et si le gars ne savait pas fermer un carton ?

La tempête

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Depuis le début, les marins se tinrent sur le pont, bravant la tempête. Les passagers eux, restaient assis en fond de cale, vomissant leurs tripes, plus par peur de mourir que par la faute de la mer déchaînée. Certains priaient, hurlaient de terreur, d’autres voulaient sauter par dessus bord et l’équipage, malgré ses propres craintes, était à leur côté pour les rassurer. Les matelots avaient tendu des hamacs afin que les voyageurs supportent mieux le roulis, le charpentier avait réparé la coque là où se produisaient des voies d’eau, le capitaine avait préparé les chaloupes au cas où le navire sombrerait dans les eaux froides, le cuistot leur avait fourni des couvertures et du bouillon chaud pour qu’ils n’aient pas froid alors que les hommes étaient trempés jusqu’aux os sur le pont.

La tempête s’est apaisée même si la mer menace toujours. Le barreur navigue à vue, changeant de cap tout le temps pour éviter les récifs, se fiant à la lumière des phares pour trouver son chemin au milieu des trombes d’eau.

Les passagers livides remontent sur le pont, certains se sont souillés et la plupart semblent encore malades. Trop heureux de sortir de la cale malodorante, ils courent sur le pont au mépris du danger et rient de voir les marins agrippés à un bout de corde pour éviter la prochaine déferlante. Ils demandent au capitaine de détacher les chaloupes qui encombrent le pont et de remettre plus de voile pour rentrer à bon port. Ils jettent les couvertures souillées par dessus bord, persuadés qu’ils n’en n’auront plus besoin.

Mais une nouvelle ligne de grain approche, l’équipage ne le sait que trop bien. La tempête peut durer encore plusieurs jours, ce n’est qu’une accalmie. Les passagers se moquent maintenant des marins épuisés lorsqu’ils leur recommandent de redescendre à l’abri, certains les insultent même alors qu’ils tentent de protéger leurs vies. Si l’un d’entre eux passait pardessus bord, le capitaine serait accusé de négligence mais si l’un d’entre eux se voit contraint, pour protéger le navire et ses occupants, il proteste vertement.

En attendant le prochain coup de vent, les hommes veillent sur le pont, épuisés, frigorifiés, scrutant l’horizon et ses sombres présages. Les passagers se reposent, au sec sous la coque des chaloupes qu’ils ont renversée en guise de toit, inconscients du danger qui les menace, pestants contre la longueur de cette traversée qui n’en finit pas et de l’inconfort du navire.

Je discute

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Les fonctionnaires travaillent trop, tout le monde en est bien conscient.

Pour soulager cette pression insupportable, ils organisent des réunions Tupperware au travail. Ils appellent ça un « Je discute » (comprenez le jeudi nous nous réunissons tous pour discuter, d’ailleurs un Je discute a été organisé pour décider du nom du Je discute). Ils se réunissent dans une grande salle pour parler de leurs souvenirs de vacances, du recyclage de plastique, du tricot, des livres qu’ils ont lus, du réchauffement climatique ou de la fabrication de biscuits de Noël.

C’est mignon, bobo et inutile mais cela occupe notre chargée de communication et ça remplit l’après-midi d’agents au bord du burn out.

Pour l’occasion ils mettent en fonctionnement la belle cafetière Nespresso d’ordinaire interdite (la fête quoi) et demandent des petits gâteaux pour accompagner la collation, un peu comme des petites vieilles organiseraient une tea party.

Je dis « ils », car je ne me rends jamais à ces groupes de travail essentiels au bon fonctionnement de notre administration, sans doute parce que je suis un « gros connard de merde » et aussi parce que je n’ai pas forcément le temps ni l’envie de m’y rendre, à moins que ce soit parce que je ne supporte pas plusieurs des protagonistes participant à ces événements.

La dernière réunion en date parlait, il me semble, de zéro déchet, ou comment consommer de manière responsable et ne plus remplir les poubelles. Un sujet louable pour sensibiliser les collègues roulant en SUV et jetant leurs mégots par terre au fait que la planète est en danger. Bon ceci dit, chez nous, on devrait être un peu au courant vous ne croyez pas ?

Le lendemain de l’assemblée écologique, j’ai trouvé le carton d’emballage des biscuits posé sur la poubelle vide, le paquet plastique les contenant un étage plus haut, les capsules Nespresso usagées en aluminium en vrac et la machine café allumée depuis vingt-quatre heures.

Je ne suis finalement pas certain que ces deux heures prises sur le temps de travail aient été franchement pédagogiques où alors le message n’est pas bien passé.

Je pense qu’Il faudra prochainement organiser un Je discute sur l’intérêt des Je discute lors du prochain Je discute.