Nancy Reims Troyes

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8:00-10:00 Strasbourg Nancy – 15:00 – 17:00 Nancy Strasbourg

7:30-09:00 Strasbourg Reims – 15:00-16:30 Reims Troyes

14:00-15:30 Troyes Reims – 17:30-19:00 Reims Strasbourg 

Trois journées d’une semaine ordinaire en plein réchauffement climatique et mille kilomètres pour gérer des sites sur lesquels plus personne ne s’occupe de rien. 

Après les années décentralisation voici les années restrictions. Les centres perdent leur autonomie et leur agents peu à peu. Ils restent tout de même ouverts avec personne à bord pour garder le cap.

Les effectifs baissent et la zone de responsabilité augmente, dix bâtiments dans un rayon de 450 kilomètres. C’est la tournée des grands ducs, il faut visiter nos implantations une par une pour vérifier que tout va bien. Les chefs de service travaillent à Strasbourg, Paris ou Toulouse et les agents à plus de 500 kms d’eux.

Changer une ampoule devient un casse tête, prendre rendez-vous avec un entrepreneur une mission impossible. 

Les agents sur place ne sont plus de notre responsabilité contrairement aux locaux qu’ils occupent. Sur place, personne ne veut se charger de rien. « Je travaille pour Toulouse moi, ce n’est pas mon problème. », « Machin ne fait rien alors je ne vois pas pourquoi j’aiderai. », « C’est votre problème, pas le mien. ». 

N’empêche que ces personnes là sont dans nos locaux et se plaignent lorsque quelque chose va de travers.

Il faut alors prendre la voiture, le train, l’avion pour un rendez-vous avec un électricien, un plombier, un serrurier puisque personne sur place ne veut aider et que souvent les bureaux sont vides.

Nancy 10:00, la femme de ménage prend peur lorsque je déboule dans le centre désert. 

Reims 09:00, l’équipe au grand complet (trois personnes pour 120 m2) m’accueille en sauveur.

Troyes 16:30, deux agents assez spéciaux s’inquiètent de ma présence dans leur bâtiment bordélique où rien n’a été rangé depuis ma dernière visite.

Il faut vérifier les extincteurs, changer les ampoules, commander des détecteurs de fumée, jeter les meubles hors d’usage, vérifier le ménage, écouter les doléances, prendre rendez-vous avec des entreprises, étudier l’installation de bornes de recharge, livrer du gel hydroalcoolique, vérifier le parc automobile et essayer de responsabiliser les locataires. Mission Impossible.

On se veut exemplaire au bilan carbone en achetant des véhicules électriques et, grace aux réductions d’effectifs on doit traverser la moitié de la France en véhicule thermique pour effectuer un travail qu’une personne sur place pourrait effectuer. Joli calcul ! Officiellement la masse salariale baisse et on électrifie le parc automobile, économie, écologie, officieusement on dépense plus en prestations externes et déplacements et on pollue plus car les voitures qui disposent encore d’une autonomie suffisante, sont de vieux diesel Crit’Air 3 ou 4.

Nous avons tout compris.

J’ai la trique

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Je ne vais pas remettre en cause ici les décisions gouvernementales, je laisse ça à d’autres, je vous raconte simplement la réalité du terrain.

Les administrations doivent effectuer leur transition énergétique sous la pression de nos gouvernants. Isolation des bâtiments, modernisation des chaudières, végétalisation des toits, écopaturage, recyclage et fin des véhicules thermiques.

En début d’année nous avons donc reçu notre première Zoe. Une voiture électrique offrant 370 km d’autonomie théoriques c’est à dire 250 km par vent arrière en plein été sans clim à 90 km/h. 

Une Zoe oui, mais pas de borne de recharge. Oups ! Il faut plus de 12 heures pour charger complètement une Zoe sur une prise secteur. 

Si je fais un Strasbourg/Nancy aller-retour, je suis obligé de rester dormir sur place pour repartir le lendemain. Si je vais à Besançon, je n’arrive que le lendemain car il faut que je m’arrête pour recharger, si je vais à Troyes, cela me prends troyes jours pour m’y rendre, six aller-retour.

Alors bien entendu il y a des bornes de recharge sur la route et nous avons une carte pour les utiliser. 

Encore faut-il que la borne soit compatible avec la carte, que le câble électrique soit approprié, que l’emplacement soit libre et que l’appareil fonctionne. Pour la petite histoire un Strasbourg/Mulhouse aller-retour s’est achevé à 80 km/h pour économiser la batterie. À Mulhouse les bornes étaient hors service, occupées ou non compatibles et sur l’autoroute, la seule aire de repos avec recharge était fermée pour travaux.

L’ennui c’est que notre zone de responsabilité augmente alors que le rayon d’action des véhicules diminue et que l’on nous demande d’aller de plus en plus sur le terrain. Alors nous prenons le train ou l’avion et louons un véhicule thermique à l’arrivée… Question bilan carbone, y a comme un os.

Installer des bornes de charge rapide n’est pas une mince affaire. Généralement vous êtes obligé de changer votre abonnement et votre compteur et ça seulement si vous avez la chance d’être calé en triphasé. Sans triphasé votre borne ne charge pas votre voiture en quatre heures mais en huit. 

Afin d’installer les bornes, une équipe parisienne va parcourir la France en véhicule thermique accompagnée d’une seconde équipe chargée des travaux ainsi que d’un responsable de site. Trois voitures, cinq personnes, cinquante sites, de quatre cent à mille kilomètres à chaque fois. Faites le calcul. Et là je ne parle pas des travaux mais de la pré-étude. Car si nous avons commandé les bornes il y a six mois, étant donné la pénurie de matières premières, nous ne les aurons, au mieux, que dans six autres mois. Pendant ce temps, notre Zoe reste en charge la nuit et ne quitte jamais le département. Et comme dit si justement John Snow, l’hiver arrive.

Comptez aussi pour l’installation d’une borne, un nouveau coffret électrique, une centaine de mètres de câbles, quelques trous dans les murs et une grosse coupure de courant. C’est bête mais chez nous, couper le courant c’est un peu comme débrancher un patient sous respirateur. On meurt, et on a pas le droit de mourrir, du moins pas pendant la saison hivernale. Les coupures propres ne peuvent être réalisées qu’en été lorsque la situation le permet. 

Bref, nous ne sommes pas prêt de brancher la Zoe à une borne. D’ici là nous aurons peut-être reçu des directives pour rouler à l’hydrogène qui sait ?

Lettre ouverte à l’Helvétie

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Je lis régulièrement un vieux blogueur suisse gaucho roliste, pro LGBT, enfin vous voyez le genre.

Il parle de metal, de prog et autres musiques de dégénérés quand il ne refait pas le monde ou vente des séries qu’il regarde vautré dans son fauteuil en buvant des bières à la raclette.

 Et il n’est même pas célibataire même si lui au moins a eu le bon goût de ne pas se reproduire.

J’avoue que je lui ressemble un peu en plus chevelu quand même et moins éclectique dans mes choix.

Alors quand il a parlé d’une série genre Star Truk à l’humour potache, j’ai voulu la voir. 

Il aura fallu deux années pour qu’elle soit enfin diffusée en streaming sur Disney et je commence à comprendre pourquoi.

Tapez « parodie Star Trek » dans votre moteur de  recherche préféré et vous tomberez avec un peu de malchance sur The Orville.

Je cite la presse au sujet de cette série : « Dans l’espace, personne ne vous entendra bâiller ».

Ma femme a décroché au premier épisode, mon fils s’est foutu de ma poire lorsqu’il a réalisé le genre de truc que je visionnais et moi j’ai continué à regarder. 

Hem ! Serait-ce à cause de l’ex épouse du commandant qui est également son second ? 

Les cinématiques spatiales sont dignes d’une synthèse d’image générée par un ZX 81 hors d’age, les acteurs semblent dirigés par Ed Wood et le scénariste hésite entre épisodes à morale et grosse farce pipi caca.

Parodie de Star Trek ? Ben oui un peu, du moins au début. Le vaisseau, les aliens, les personnages, les aventures, les costumes, l’équipage, la navette, la propulsion, les transmetteurs, on retrouve tout cela en vrac dans The Orville. 

Star Trek s’auto-parodie tout seul d’une certaine manière, du coup The Orville est obligé de grossir le trait jusqu’à devenir une caricature de la caricature pour parvenir à ses fins tout en essayant de proposer du contenu à ses épisodes. The Orville est une série de science-fiction à la fois potache et moralisatrice, un délicat équilibre que son réalisateur et acteur principal peine à trouver.

Maintenant la question que vous devez vous poser est la suivante : mais que diable allait-il faire dans cette galère ? Heu… j’ai honte… cette série est assez crétine et je continue à la regarder, à raison de trois épisodes les soirs où mon épouse retrouve son amant extraterrestre bleu qui suinte du visage. Je n’ai aucune excuse en fait à part le fait d’être trop accaparé par mon travail. Alors dès que je peux, je pose mon cerveau au vestiaire pour jouer au Lego, écouter un peu de prog facile et visionner une série débile. 

Le nouvel alphabet

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AE, BC, BL, CA, EJ, HT, OS, CA, OS, RAE, moi y en avoir parler comptable. 

Je découvre depuis peu un nouveau monde à la pointe du progrès, où l’initiative est encouragée et la simplification une règle d’or.

Je découvre également l’omnipotence de l’agent comptable public qui fait la pluie et le beau temps sur les administrations. 

L’achat public n’est déjà pas une mince affaire avec ses contraintes sans fin, ses règlements sur les marchés, mais sous le joug de l’agent comptable, c’est simplement l’enfer.

C’est l’agent comptable qui donne son feu vert pour payer chaque facture et comme il est tee tenu personnellement et financièrement responsable de toute erreur ou malversation, il pinaille pour un rien. 

Le RIB n’est pas rattaché au contrat ? Il réclame un  Certificat Administratif. L’agence comptable change ? Il exige un Ordre de Service. La seule pièce du marché est un devis signé ? Il lui faut la preuve que le devis signé vaut pour contrat. Le renouvellement du marché est implicite ? Il demande un document faisant foi dudit renouvellement. Les factures arrivent mensuellement au lieu de trimestriellement ? Il exige un avenant au contrat.

Nos prestataires sont théoriquement payés sous trente jours à condition d’avoir déposé leurs factures sur le portail Chorus Pro à temps. Mais c’est sans compter avec l’humeur de l’agent comptable, la bonne volonté du centre service partagé et la rigueur du prescripteur.

J’hérite d’années de contrats signés par un prescripteur qui était également l’agent comptable. Toutes  ses commandes passaient puisqu’il les validaient et payaient lui-même. C’était magique.

Aujourd’hui mon comptable est à Paris et met le nez dans tout nos contrats, des centaines de conventions passées avec autant d’entreprises. Et rien n’est dans les clous. Chaque facture est rejetée pour cause de RIB, d’échéances, de numéro de contrat, d’adresse, de document non signé, de facturation,  d’argent insuffisant sur un compte, d’engagement juridique inconnu. Des factures qui, il y a peu, passaient sans problème.

Je suis un scientifique, parachuté aux finances. Mes compétences comptables se limitent à crédit débit, surtout le second avec la carte bleue. Et depuis juillet je dois apprendre un nouvel alphabet à deux lettres composé d’Ordre de Service, d’Engagement Juridique, de Certificat Administratif, de Crédit de Paiement, de Bon de Commande et autres noms barbares qui cachent simplement des documents souvent inutiles qui servent à rassurer mon Agent Comptable.

Je passe mes journées à rédiger ces documents, à les faire signer et à les envoyer alors que je devrais planifier et suivre les entretiens des dix sites du Grand Est, gérer le parc automobile que notre direction veut électrifier, les achats pour cent-cinquante agents et préparer le budget 2022.

Quinze pouces

bon là y en a douze je sais

J’ai deux mains et quinze pouces. Je les transporte sur moi pour aller et revenir du travail. Car mon bureau, un jour sur deux, se trouve à la maison. Mes deux mains avec leurs dix doigts me permettent de tapoter les quinze pouces et de travailler à distance. Mais au travail j’ai deux fois vingt-et-un pouces, et chacun de ces pouces m’est indispensable. Alors, lorsque je suis à la maison, tout devient plus compliqué. 

Dans notre administration bien ordonnée, pour commander un crayon papier, j’ai besoin simultanément de six outils informatiques différents. 

Il me faut d’abord aller sur le site du fournisseur afin de trouver les références du crayon à papier et son prix au marché, car nous passons des marchés même pour les crayons à papier. C’est le premier outil. Une page web sur laquelle je dois m’identifier avec un compte impossible à mémoriser.

Le second outil me sert à désigner le fournisseur. Page web, lanceur java, cocher une case et valider, cocher une seconde case et valider, login, password (pas de caractères spéciaux ici), menu, sous-menu, sous-sous-menu, recherche avec des %, tout cela pour récupérer le numéro du fournisseur. 

Le troisième sert à connaître le compte sur lequel imputer la dépense. Web, nouveau login, autre mot de passe, menu, sous-menu, sous-sous-menu, sélection de l’année en cours, Clic sur Ok et la chose m’ouvre un document Libre Office contenant tous les comptes d’imputations de la maison. Il ne reste plus qu’à chercher avec les yeux et copier le numéro.

Un quatrième va m’indiquer le code du produit que je vais acheter. Web, téléchargement d’un PDF puis recherche dans une dizaine de pages bien denses les mots « fournitures de bureau ». 

Ensuite il faut ouvrir un nouveau classeur Libre Office, le cinquième outil, dans lequel je détaille la commande : numéro de fournisseur, compte d’imputation, code produit, numéro de commande, montant hors-taxe et TTC, TVA, destinataire de la commande, marché, commande en ligne, envoi de la commande au fournisseur…

Le sixième outil permet de soumettre la commande au service comptable. Web, autre login, autre mot de passe avec des règles encore différentes, menu, sous-menu, sous-sous-menu, clic, j’y dépose le devis, le classeur Libre Office et clic, ma demande part pour traitement.

Six outils sur un écran quinze pouces. Cela ne laisse pas beaucoup de place pour les caractères. Je crois que c’est une technique pour inciter les agents à revenir travailler au bureau. Ca ne peut-être que ça.

Quatre onglets dans le navigateur web, une application à l’écran, deux documents Libre Office ouverts ainsi qu’un PDF, tout cela sur quinze pouces. L’opération aura duré quinze minutes, le temps d’aller au supermarché acheter le crayon papier avec une carte bleue.

Vous pensiez, comme tout le monde, que les fonctionnaires se tournaient les pouces en télétravail ? Maintenant vous savez, ils commandent des crayons papiers pour les autres fonctionnaires en télétravail avant de les réceptionner puis de les réexpédier aux destinataires…

Discovery

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Un premier avril, Lego lançait la navette Discovery accompagnée du télescope spatial Hubble.

La première action que j’entrepris ce jour là, fut d’allumer l’ordinateur pour commander les 2354 briques multicolores alors que la veille encore j’étais fermement décidé à ne point engager une dépense aussi futile. Mais l’homme est inconstant.

A 55 ans, il est bien tard pour se remettre à jouer aux Lego, mais souvenez-vous, ce n’est pas de ma faute, mon fils aîné m’avait poussé au vice en février avec la fusée Saturn V.

Sept jours plus tard, alors que je me remettais difficilement d’une première dose d’AstraZeneca, le facteur s’annonça avec un gros colis, que malgré ma migraine, mes courbatures et mon envie de vomir, je ne pu résister à déballer.

18 sachets plastiques remplis de Lego m’attendaient, impatients d’être ouverts, accompagnés d’une notice de montage de 319 pages.

Après avoir ouvert le livret et déchiré le premier sachet, j’oubliais vite mes douleurs pour commencer l’assemblage de la navette. La première étape consistait à construire le socle qui supporterait le télescope spatial ainsi qu’un écriteau de présentation, un jeu d’enfant en 16 étapes constitué presque exclusivement de briques noires.

Le sachet numéro 2 lançait la construction de télescope lui-même, une tâche nettement plus ardue de 35 pages et trois sachets. Mais pas de chance, dès l’étape n°2 du sachet n°2, deux briques noires n°600650 manquaient à l’appel. Damned ! Mon mal de tête revenait

Je vidais le sachet, cherchais en pleine lumière, triais une à une les briques par genre et couleur, rien à faire, ces deux petits éléments étaient manquants. Alors la mort dans l’âme je contactais la hotline Lego pour trouver une solution. A ma grande surprise, je tombais sur un numéro de téléphone non surtaxé et j’obtins un rapide contact avec une charmante personne qui prit en compte ma réclamation et commanda aussitôt les pièces manquantes en s’excusant au nom de Leo pour le désagrément.

Brique noire 600650

L’assemblage semblait bien compromis, du moins celui du télescope Hubble, en attendant que la Poste ne me livre ces deux briquettes noires. Alors j’ouvris le manuel à la page 54 ainsi que le sachet numéro 4, pour me lancer dans la fabrication de la navette elle-même. Une bonne partie du jeudi après-midi, savourant les triptans qui commençaient enfin à faire effet, j’emboitais brique après brique. Il fallu cesser à l’heure du repas et je n’en étais qu’à la page 183 et au dixième sachet.

Vendredi matin je dû retourner travailler et patienter jusque 13h00 avant de retrouver le jouet. C’est après un excellent expresso que je m’aperçus, en cherchant le sachet n°11, qu’il existait deux sachets n°2, celui que j’avais déjà éventré pour commencer la construction de Hubble et le second contenant, entre autres, les deux fameuses pièces 600650. Mais qu’elle idée de numéroter deux fois un sachet de la même manière ! Enfin presque pareil en réalité, l’un était possédait un 2 surligné de blanc et pas l’autre.

J’avais dérangé le service client inutilement parce que j’étais débile. Pardon Lego, je ne douterai plus jamais de toi.

Je poursuivis tout de même l’assemblage de Discovery avec ses ailerons mobiles, son train d’atterrissage escamotable, sa soute qui s’ouvre et lorsque l’avion fusée fut terminé je repris l’assemblage du télescope spatial Hubble et ses briques argentées.

Le vendredi soir, à l’heure du souper, après environ quatorze heures passées à quatre pattes sur un coussin pour ménager mes genoux, Discovery et Hubble trônaient fièrement dans le salon, le jeu à cent quatre vingt euros venait de se terminer. Qu’allais-je faire de ce truc en plastique maintenant ? L’exposer au travail à côté de la Saturn V tout simplement.

Mais en attendant de revenir au travail, je disposais d’un weekend entier pour jouer avec mes Lego. Je courus chercher le tapis de sport noir de mon épouse, le projecteur portatif de travaux LED, le pied photo Manfrotto ainsi que le Nikon Z6 et tentais, sans abuser de retouches locales, de placer Discovery en situations spatiales.

Les conditions d’éclairage ne sont pas optimales et je manque de puissance. Les reflets sont nombreux, mais l’exercice m’a bien amusé. Je réalise que j’aurai besoin de projecteurs dignes de ce nom, de réflecteurs et d’une pièce « studio » pour réaliser ces clichés. Quand je pense qu’au travail, nous avons une partie de ce matériel dont personne ne se sert depuis des années, quel gâchis !

Bon et après Saturn V, Discovery et Hubble, quel est le programme ? Il y a bien le module lunaire qui est joli mais ce que j’aimerais ce serait une fusée Redstone avec la capsule Mercury et une fusée Atlas avec la capsule Gemini pour compléter la collection. Vous pouvez faire ça dites ?

Discovery vient de rejoindre avec Hubble et la Saturn V sur une étagère au travail dans mon bureau. On m’appelle maintenant le chef de la NASA au boulot…

Jusqu’ici, ça va

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Après une série de migraines explosives, dont la dernière, dans la nuit de vendredi à samedi fut tout simplement épique, mon médecin a pensé que j’avais contracté la COVID-19. Elle m’a donc prescrit un test sérologique afin d’en avoir le cœur net. Dans la foulé, j’ai reçu un courrier assez désagréable de l’Assurance Maladie m’informant que je faisais partie des heureses personnes à risque. Je ne vois vraiment pas pourquoi, je suis jeune et bien portant, enfin presque.

Du coup j’ai été invité à me faire vacciner sur le champ, sauf que pour se faire vacciner, il faut prendre rendez-vous. Et même lorsque l’on les arcanes d’Internet, la tâche n’est pas des plus aisée, voire il est quasi impossible de trouver un créneau de libre. Enfin si, j’en ai trouvé plein, à l’Hôpital Civil de Strasbourg, sauf qu’après avoir choisi ma date et mon heure, un message m’a informé que si je n’étais personnel soignant, je pouvais aller me faire cuire un œuf. Ca tombe bien Pâques approchait.

C’est la Médecine du travail qui est venue à mon secours. Des gens avec qui je travaille quasi quotidiennement pour gérer les visites quinquennales de mes collègues. Et quand je dis que je travaille quotidiennement avec eux, je veux dire que c’est Ok Corral tous les jours tellement ils sont peu organisés. Bref, j’ai demandé a être vacciné par leurs services (pourvu que l’infirmière ne se venge pas de mes coups fils assassins, me suis-je dit ce jour là).

Rendez-vous fut pris le 29 mars pour voir cela avec le médecin, un rendez-vous pour prendre rendez-vous le 7 avril en réalité, car, comme me l’a délicatement fait remarquer le médecin du travail, des personnels à risque de cet âge là, il y en a très peu dans notre métier… ça veut dire quoi au juste ça, que je suis un débris ?

Le 7 avril au matin, me voila fin prêt pour tester, comme quelques millions d’autres, un vaccin à peine sorti des laboratoires pharmaceutiques. Le AZD 1122 peut provoquer des douleurs au point d’injection (54%) surtout si l’infirmière ne vous aime pas, des céphalées (53%) surtout lorsque l’on fait une migraine un jour sur deux, de la fièvre (8%) du samedi soir après le confinement et peut-être des thromboses (29 cas avant moi).

Même pas peur ! Depuis que j’ai passé une semaine allongé avec une perfusion et une sonde urinaire, les piqures me laissent totalement indifférent, même les plus mal réalisées, ce qui met en confiance n’importe quel étudiant en première année de médecine myope comme une taupe et souffrant de tremblements incontrôlables.

Après un questionnaire médical obligatoire de dix minutes, (le médecin m’avait vu la semaine dernière), « Vous allez bien ? », « Non. », « Bon tout va bien alors, on peut vous vacciner. », l’infirmière, sur qui j’ai hurlé plus d’une fois, s’approche avec l’aiguille vengeresse et me dit, « Voila, c’est fini. ». Ha ? bon… c’est tout ? D’accord. « On vous garde ici un quart d’heure au cas où vous tombiez dans les pommes, ça arrive. ».

Un quart d’heure plus tard, j’étais toujours vivant, en train de consulter les dernières promotions de rock progressif lorsque l’infirmière m’a rendu la liberté. Prochain rendez-vous le 28 juin pour le rappel.

Jusqu’ici tout va bien.

Je ressens une petite gène au bras (54%), rien en comparaison de cette douleur sourde au flanc gauche qui me lance depuis des années (0.001%). Par contre en rentrant, un inquiétant symptôme est survenu (0.000000001%). L’heure du repas approchant, il fallait que je choisisse où récupérer de la nourriture à emporter. J’aurai pu passer à la maison, mais vu que le frigo est toujours vide, il était plus simple de manger dehors. Je pouvais aller à la saladerie habituelle (trois fois par semaine de la laitue avec un peu de quinoa, une tomate cerise et un bout de pain) ou manger chez Mc Do.

Chez MC Do, sérieusement ?

Je ne mange jamais chez Mc Do, ce n’est pas bon, c’est gras, ça pue la frite à l’huile de vidange et j’ai toujours faim après. Pourtant, la voiture est allée naturellement se garer au Drive Mc Do pour commander un burger-frite-coca, tout ce que je déteste en réalité.

C’est grave docteur ?

Tout ça pour dire, vaccinez-vous, au pire vous mourrez de toute façon. Avec beaucoup de chance, en décembre, nous pourrons tous recommencer à vivre un peu. J’invite tous ceux qui se vaccinent à le dire, à poster leur photo et à faire coucou de temps en temps pour prouver qu’ils sont encore vivants et en pleine forme. Il y a trop d’imbéciles qui en ce moment essaye de vous persuader que la COVID-19 est un complot mondial pour vous forcer à recevoir une injection de nano particules qui pourront vous espionner, voire même vous contrôler. renseignez-vous !

Virtualisé

Avec l’épidémie de COVID-19, l’être humain, d’ordinaire créature hautement sociale, a du se réinventer très rapidement. 

Les réunions et les cours se déroulent via écrans interposés, les médecins consultent à distance, les apéritifs entre amis deviennent virtuels, les concerts sont diffusés en streaming, les achats comme les courses se commandent via internet, le sport se fait dans le salon.

Nous sommes rentrés dans une ère numérique quasi absolue. Les rares contacts humains qu’il nous reste sont avec nos proches, les livreurs et la boulangère, tous masqués. Nous parlons à nos amis, nos collègues, notre famille via SMS, conversations téléphoniques, messageries vidéo et même plus par courrier postal. Nous assistons à des spectacles « vivants » en robe de chambre devant notre téléphone ou ordinateur, en direct ou en différé, mettant en pause le temps d’aller boire un verre ou de vider sa vessie.

Le monde est devenu fou mais avions-nous d’autres choix sinon mourir en masse ? 

Et si un jour l’épidémie cesse enfin, et que nous soyons tous immunisés, que va devenir cette génération sacrifiée ? Saura-t-elle revenir à la vie d’avant ? Retrouver les amis, voyager, se déplacer pour aller au théâtre, au cinéma, aux concerts ? Supportera-t-elle encore les contraintes des horaires des spectacles, les désagréments des salles bondées, la promiscuité avec les autres ?

Je me suis aperçu que le confinement ne m’affectait pas tant que ça. Certes mes rares amis me manquent mais je ne les voyais pas si souvent que cela auparavant. Je n’allais jamais au cinéma, ne sortait pas du restaurant ou dans les bars, commandais déjà beaucoup sur Internet. 

Les concerts que j’aime tant sont hélas à chaque fois une telle épreuve pour mon organisme que je me satisfais assez bien de les regarder à l’heure que je veux, confortablement installé dans un fauteuil, sans la route et la fatigue. J’aime bien travailler avec peu de monde dans les bureaux et les poignées de mains hypocrites comme les embrassades enrhumées ne me manquent pas. Et le couvre-feu n’impacte pas la vie déjà très virtualisée. Passé 18h je sors rarement.

Ce qui me manque le plus aujourd’hui c’est de me promener à la campagne sans masque, devoir choisir entre voir et être embué ou vivre dans le flou. Ce qui me gêne ce sont les regards des autres promeneurs que je croise, ce regard inquiet que nous avons tous face à un inconnu. Ce que je déteste c’est l’odeur du gel hydro-alcoolique poisseux sur mes mains les rares fois où je fais du shopping en ville et l’état de ma peau après trois boutiques.

La bonne nouvelle, c’est qu’au rythme actuel de cinquante vaccinations par jour, nous resterons dans la même situation jusqu’en l’an 5300, du coup nous avons tout le temps nécessaire pour nous préparer à un retour à la normalité.

A quoi ressemblera le jour d’après ? Je n’en sais rien. D’autres générations ont connu la famine, la peste, la guerre, une période glaciaire et se sont relevées alors gardons espoir.

N’empêche, j’aimerais bien boire une bière avec Domi ou Franck au comptoir de chez Paulette entre le soundcheck et les premières photos de la soirée, même si le lendemain je dois saturer mon cerveau de triptans pour ne pas souffrir me martyr et vomir mes tripes.

La Terre est sauvée

Aujourd’hui j’ai fait une réunion Bluejeans éco responsable.

Nous disposions de deux heures trente pour sauver la planète.

Les GO, Gentils Organisateurs de cette surprise partie avaient décidé de nous faire utiliser un outil web participatif pour présenter nos idées et faire un brain storming.

Le temps qu’ils maîtrisent Bluejeans et qu’ils nous expliquent comment utiliser la plateforme web thématique de post-its débiles, il ne nous restait plus que quatre-vingt-dix minutes pour sauver le monde.

Une fois la synthèse de nos propositions terminée, les post-its collés, le texte écrit, les commentaires de chacun associé aux post-its, le débat a pu commencer : faut-il rouler dans un vieux diesel 200 chevaux ou prendre son vélo pour aller au travail ? Il nous restait soixante minutes pour en débattre.

– « Alors cela dépend si nous considérons les centrales nucléaires comme polluantes, de toute façon il suffit d’obliger tous les agents à travailler sur site en télétravail sans chauffage dans un jardin participatif où les ruches produiraient de l’électricité non ? »

– « Et si nous rapprochions les centres des agents plutôt que les agents des centres en décentralisant notre société, en créant par exemple un centre par fonctionnaire, chez lui afin de lui éviter de prendre la voiture pour aller travailler, un endroit où des employés d’autres entreprises pourraient travailler afin de partager les ressources informatiques et les moyens énergétiques ? »

– « Moi j’aimerais bien semer des carottes dans le potager collectif et repeindre en blanc toutes les routes et les toits des immeubles, y a qu’à acheter de la peinture à l’eau et des pinceaux, les pots vides serviront pour stoker les carottes et les pinceaux faire des trous dans le sable pour les semis ? »

– « Et si nous remplacions tous les véhicules par des Citroën AMI ? Électriques, rechargeables sur une prise, elles restreindraient les missions à un rayon de 35 km ? Pour les longues distances il suffirait de changer de véhicule dans un des centres décentralisés comme à l’époque des chevaux. Un Paris-Toulouse pourrait s’éffectuer en quatorze heures et neuf relais. »

Pour ma part, agacé par cette mascarade, j’ai évoqué l’impact sur le bilan carbone du télétravail, les ressources internet énergivores, les équipements informatiques nécessaires, les portables, les bi écrans, docks en double distribués aux agents pour mener cette double vie écologique, l’énergie consommée à la maison, pour chauffer, éclairer, alimenter le télétravaileur. Et là silence gêné. Toutes les personnes présentes comme moi-même étaient en télétravail ce jour là, en visioconférence via Bluejeans, au chaud dans leur appartement ou maison.

Deux heures et trente minutes plus tard la planète était sauvée, enfin on le croyait jusqu’à qu’une voix timide demande : « Et il se passe quoi après ? ».

« Nous allons faire une synthèse de vos propositions avec celles déjà faite dans le site web participatif, nous allons les soumettre à l’administration qui donnera son avis dessus et nous publierons alors leurs réponses sur l’outil. ».

Et ?

La Terre est sauvée !

La porte

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Comme dans les romans de Pennac, je suis le Monsieur Malaussène du travail.

Mon bureau est le cabinet des pleurs et réclamations en tout genre, mais je suis surtout le bouc émissaire pour tout ce qui ne plait pas.

Je suis l’homme à tout faire de la maison, celui qui exécute les ordres et qui n’a pas son mot à dire. Donc je fais ce que l’on me demande de faire sans état d’âme. Et en ces temps de crise sanitaire, je suis devenu clairement impopulaire.

J’ai eu droit à des blagues du genre « Tu ne manges pas avec ton masque ? » depuis que le port du bout de tissu est devenu obligatoire.

Lorsque je croise un collègue non masqué dans un couloir à sens unique, il me regarde fautif et dit « oui c’est vrai j’ai oublié mon masque et c’est vraiment chiant ces sens de circulation. ».

Qu’est-ce que j’en ai à faire qu’il ne porte pas son masque et utilise un couloir à contresens ? Je ne suis pas la police…

Mais quand il n’a plus de gel hydro alcoolique, de masque, de désinfectant, soudain il panique et vient me voir en pleurant, pestant contre le manque de précautions prises par l’établissement et les risques qu’il prend en venant travailler un jour par semaine. Moi je prends ces risques là cinq jours par semaine.

Et en ce moment tout peu virer au drame. Il suffit d’une poignée de porte un peu dure et c’est un signalement dans le cahier hygiène et sécurité, comme quoi l’agent pourrait se blesser en ouvrant la porte.

D’ailleurs parlons-en de cette porte. Une belle porte neuve, un peu lourde semble-t-il pour nos agents vieillissants, une porte à code, code qu’il faut taper puis patienter jusqu’au déclic de la clenche avant d’actionner la poignée vers le bas puis de la tirer lourdement vers soi.

« Tire la chevillette, la bobinette cherra. Le loup tira la chevillette et la porte s’ouvrit. ».

Compliqué ? Certainement puisque j’ai reçu de nombreuses plaintes à son sujet. Trop lourde, trop dure, ne s’ouvre pas, ne se ferme pas, ne fonctionne pas, n’est pas pratique. Je me suis donc fendu d’une leçon sur « comment ouvrir une porte » et en réponse j’ai reçu une longue liste de handicaps physiques et mentaux empêchant l’usage de la porte en question.

Comment font-ils chez eux avec leurs portes blindées avec serrures à cinq points ?