Lettre à mes amis

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Mes chers et nombreux amis, je m’aperçois aujourd’hui que je vous connais bien mal, votre visage ne me dit pas grand chose, pas plus que votre nom.

Vous n’êtes pas loin de cinq cent alors que je peine à retenir dix noms et cinq visages.

Qui êtes vous ? Nous sommes-nous, ne serait-ce qu’une fois rencontré ? Pourquoi sommes-nous devenus amis ? Je me suis souvent posé la question. Ne le prenez pas mal, mais connaître autant d’amis inconnus, cela interroge.

A de rares occasions j’ai refusé votre amitié, lorsque votre poitrine gonflée de vie et vos nuisettes avantageuses auraient pu heurter la sensibilité de mon épouse. Il m’est également arrivé de vous réduire au silence lorsque vos propos m’agaçaient et de vous mettre dehors lorsque vous vous dépassiez les bornes.

Qu’avons-nous en commun ? Une même passion pour la musique  ? Est-ce bien la même d’ailleurs ? Un même besoin de combler notre solitude ? Je ne suis pas seul, désolé.

J’ai plus d’amis Facebook que de lecteurs réguliers du webzine. Ne parlons même pas des follower Twitter. Nombres d’entre eux sont des musiciens, devenus amis afin de faciliter nos échanges, pour me remercier d’une chronique. Quelques uns, ils sont devenus des connaissances voire des amis dans la vraie vie, mais c’est l’exception. Reste quelques lecteurs avec qui j’ai échangé une fois ou deux, des rencontres de concert que je ne reconnaîtrais pas forcément (pardon, je ne vous snobe pas, mais mon cerveau est limité à dix noms et cinq visages).

Il y a sans doute aussi ces amis qui sont mes ennemis, sans que je le sache. Des gens qui me détestent et qui restent mes “amis”… Et puis il y a ces inconnus absolus, avec qui je n’ai jamais échangé, des amis d’amis d’amis demandant à être amis. Dans le doute j’accepte certaines demandes, sauf pour les bombasses suspectes, on ne sait jamais, des fois que ce soit un promoteur avec son profil privé, ça arrive.

Je ne vous connaît pas les amis, vous ne me connaissez pas, alors pourquoi sommes-nous amis ? Pour faire grimper votre score Facebook, pour avoir un “people” dans vos connaissance ? Je ne suis pas un “people”. Vous ne likez pas mes articles de plus en plus rares, je ne vais pas sur votre profile, vous n’échangez pas de message avec moi, nous sommes de parfaits inconnus. Alors pourquoi sommes-nous amis ?

J’ai remarqué un comportement assez surprenant sur les réseaux sociaux. Lorsque que vous postez une information, un lien, un article, une chronique, vos amis, vos abonnés likent facilement, commentent, mais combien cliquent sur le lien et lisent réellement ce qu’il y a derrière ? Un sur dix ? Si je me fie aux statistiques du webzine du temps du groupe de discussion Neoprog, nous n’étions pas loin de ce score. Alors, quoi sert ce pouce en l’air, ce cœur, ce rire, cet air dubitatif ou en colère si les clickeurs fous ne regardent même pas vraiment le texte derrière la photo. Ils y en a même, qui commentent sans lire.

Je lis occasionnellement le fil d’actualités de quelques personnes que je connais, je like assez peu, je ne souhaite plus les anniversaires, que ce soit pour les vrais amis ou les inconnus, ça n’a pas de sens, je refuse la plus grande part des invitations car je ne suis pas un fan de guitare, ni de basse, ni de batterie, je n’enregistre rien dans les studios, je ne compte pas presser de vinyle ni devenir producteur. Je me suis retiré des groupes, je n’y allais de toute façon plus depuis longtemps et j’ai cessé les débats sur la toile, c’est épuisant.

Je suis bien tenté pas un grand nettoyage par le vide mais j’ai peur d’offenser des personnes, alors, si, vous qui me lisez, vous ne me connaissez pas, ne m’aimez pas, n’avez pas un besoin vital de rester en contact avec moi, n’hésitez pas à vous enlever de mes amis, je ne vous en tiendrais pas rigueur, bien au contraire. Si vous restez quand même, s’il vous plais, ne m’invitez pas dans des groupes, à des événements sans rapport avec le rock progressif et si vous êtes une bombasse désireuse de me rencontrer, essayez une méthode plus directe d’approche, car le numérique à ses limites…

Exhibinet

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Un jour, il y a bien longtemps, alors que vivais encore en Seine et Marne, j’assistais, dans un petit bois, à un bien étrange spectacle. Dans un fourré, un homme en imperméable gris se tenait debout au milieu de feuilles mortes. Il portait des chaussures, des chaussettes, mais point de pantalon, encore moins de caleçon ou de chemise. Le pauvre homme devait grelotter de froid – nous étions en hiver – , cependant, à chaque fois qu’une personne passait non loin de lui, il ouvrait les pans de son imper Gestapo, exhibant son engin dressé à la face du monde médusé.

Quel besoin de montrer son poireau aux promeneurs du dimanche ? Était-il en manque d’amour ? Voulait-il prouver aux franciliens que son pénis était le plus long ? Je ne le saurais jamais, je n’ai pas osé lui demander.

Aujourd’hui, il n’aurait plus besoin de se geler les miches dans la forêt de Montceaux-les-Meaux, il pourrait faire cela de son salon, à l’aide d’une webcam et d’un ordinateur connecté, voire même depuis son smartphone, caché dans les toilettes pour que son épouse ne le découvre pas.

L’exhibitionnisme a pris bien des formes de nos jours, depuis l’avènement de la fibre optique. Facebook, Twitter, Google, Snapchat, Pineterest, Flickr, Overblog, Youtube, Instagram, Babelio, Blogger, les gens se racontent sur la toile, photographient leur chats, livre leur vie, hurlent leur colère et montrent leurs fesses. Pitoyables.

Et soudain je réalise. Les mots que vous lisez en ce moment s’affichent sur un blog, sur mon blog. Je m’exhibe sur le net. Et pas qu’un peu. Facebook, Twitter, Flickr, Google+, WordPress, je suis partout. Je commente, je raconte, je m’énerve, j’aime, je bloque, je deviens amis, je suis, je fais suivre, je poste, je montre, je m’exhibe !

Pour ma défense, Facebook, Twitter et Google+ me servent principalement de médias pour faire connaître le webzine Neoprog, ainsi que pour rester en contact avec les artistes. Flickr devait servir à publier les photographies de concert mais est rapidement devenu un moyen de montrer les photographies que je faisais. Sur Facebook, il arrive régulièrement que je sorte du cadre musical pour parler de moi. Mais la vrai dérive, ce fut il y a un an, quand, je décidais de lancer un nouveau blog, un blog parlant de mes délires, de mes humeurs, le blog que vous êtes en train de consulter en ce moment.

Certes, je n’y montre pas encore mes fesses (sauf si vous le demandez gentillement) et je préserve la majeure partie de ma vie privée, ne racontant que des épisodes anodins de mon quotidien. Mais dans quel but ? Pourquoi parler des livres que j’ai lu, des séries TV que tout le monde a regardé avant moi, des disques que j’ai achetés, des photographies que j’ai raté et de mon travail qui part en couilles ? Serais-je si seul que cela ? N’ayant personne a qui parler, je m’épancherai sur le web ? Aurai-je un ego démesuré, un besoin de reconnaissance sans limite ? Qu’est-ce qui pousse au juste une personne à raconter sa vie sur la toile ?

Publier du contenu est addictif. Rapidement l’auteur veut connaître les réactions des lecteurs. Combien ont lu cet article, qui a aimé cette photographie, qui est de mon avis, qu’en pensent les autres, elle est comment ma bite ?

Je suis debout, au milieu de la toile, en imperméable gris. A mes pieds, des chaussures et des chaussettes, pas de pantalon, pas de caleçon ni même de chemise. Est-ce que je vaux mieux que ce pauvre gars qui exhibait son pénis aux promeneurs, je me le demande souvent. J’ai limité mon activité sur les réseaux sociaux pour la multiplier sur le blog. J’évite ainsi les nuisances en retour, la mienne n’est plus qu’à sens unique. Mais je m’exhibe toujours autant, voire plus qu’avant, par chance, peu de gens regardent.

Sevrage

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Ma période de sevrage vient de débuter. A suivre trop de groupes, à accepter trop d’invitations, le fil de mes actualités était devenu une cacophonie de publications nauséabondes, de photos de familles et de non information.

J’utilise Facebook, Twitter, Google pour me tenir informé de l’actualité musicale, pour faire connaître le webzine et garder le contact avec quelques amis proches.

Le problème est de maîtriser ce flux de données, de le filtrer pour ne conserver que l’essentiel. Les demandes d’amis sont nombreuses et comment les refuser quand il s’agit d’artistes ou de passionnés de rock progressif ? Mais quand vous acceptez une invitation, vous vous retrouvez abonné par défaut aux publications, et soudain, votre page d’accueil se retrouve inondée de photos de vacances sans grand intérêt pour moi, de billets d’humeur parfois insupportables et d’invitations à des pages, événements, jeux ou groupes dont je n’ai rien à faire.

Sur Facebook, j’ai archivé les groupes Néoprog et Prog pour ne plus avoir à modérer leurs contenus puis j’ai créé une page pour le webzine où je ne publie que l’essentiel. J’ai même commencé à cesser le partage des publications dans des groupes relatifs au rock progressif. Après tout, si les gens veulent nous lire, ils n’ont qu’à aller sur le site. Je suis conscient que cela va entraîner une baisse de la fréquentation, et alors ? Ce n’est pas comme si le webzine rapportait de l’argent.

Ensuite, je suis en train de me désabonner des publications de beaucoup mes ‘amis’, ne le prenez pas mal, j’essaye juste d’optimiser les informations que je veux consulter. De même, je vais aimer moins de groupes de musique car je suis noyé sous leur non information quotidiennement. Cela ne signifie pas que je n’aime pas leur musique, cela signifie que leurs publications, trop nombreuses, polluent un peu ce que cherche à savoir.

Votre amitié Facebook est bienvenue évidemment mais elle ne vous apportera pas grand chose, quand je parle de musique, c’est sur la page Neoprog et surtout dans le webzine. Ma vie non musicale (si si j’en ai une) s’exprime un peu via ce blog mais très peu sur Facebook. Mais s’il vous plais, ne m’inscrivez pas dans un groupe, ne m’invitez pas à des jeux, évitez de me citer à tout bout de champ pour attirer mon attention sur tel ou tel événement, c’est franchement usant à la longue.

Pour Twitter, c’est beaucoup plus simple, je me désabonne des profils polluants qui sont assez rares au final. Et sur Google+, c’est encore plus facile, je suis très peu de profils et quasiment aucune communauté,  me contentant d’actualités scientifiques, photographiques et geek. De toute façon, il n’y presque personne sur Google+.

Ma vie numérique, très intense jusque là, va se calmer un peu je l’espère. De plusieurs centaines de mails, notifications, invitations, commentaires quotidiens, je compte bien descendre à une cinquantaine, voire moins. L’été arrive, alors autant être dehors devant les tomates et les courgettes que face à son écran LCD.