Exhibinet

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Un jour, il y a bien longtemps, alors que vivais encore en Seine et Marne, j’assistais, dans un petit bois, à un bien étrange spectacle. Dans un fourré, un homme en imperméable gris se tenait debout au milieu de feuilles mortes. Il portait des chaussures, des chaussettes, mais point de pantalon, encore moins de caleçon ou de chemise. Le pauvre homme devait grelotter de froid – nous étions en hiver – , cependant, à chaque fois qu’une personne passait non loin de lui, il ouvrait les pans de son imper Gestapo, exhibant son engin dressé à la face du monde médusé.

Quel besoin de montrer son poireau aux promeneurs du dimanche ? Était-il en manque d’amour ? Voulait-il prouver aux franciliens que son pénis était le plus long ? Je ne le saurais jamais, je n’ai pas osé lui demander.

Aujourd’hui, il n’aurait plus besoin de se geler les miches dans la forêt de Montceaux-les-Meaux, il pourrait faire cela de son salon, à l’aide d’une webcam et d’un ordinateur connecté, voire même depuis son smartphone, caché dans les toilettes pour que son épouse ne le découvre pas.

L’exhibitionnisme a pris bien des formes de nos jours, depuis l’avènement de la fibre optique. Facebook, Twitter, Google, Snapchat, Pineterest, Flickr, Overblog, Youtube, Instagram, Babelio, Blogger, les gens se racontent sur la toile, photographient leur chats, livre leur vie, hurlent leur colère et montrent leurs fesses. Pitoyables.

Et soudain je réalise. Les mots que vous lisez en ce moment s’affichent sur un blog, sur mon blog. Je m’exhibe sur le net. Et pas qu’un peu. Facebook, Twitter, Flickr, Google+, WordPress, je suis partout. Je commente, je raconte, je m’énerve, j’aime, je bloque, je deviens amis, je suis, je fais suivre, je poste, je montre, je m’exhibe !

Pour ma défense, Facebook, Twitter et Google+ me servent principalement de médias pour faire connaître le webzine Neoprog, ainsi que pour rester en contact avec les artistes. Flickr devait servir à publier les photographies de concert mais est rapidement devenu un moyen de montrer les photographies que je faisais. Sur Facebook, il arrive régulièrement que je sorte du cadre musical pour parler de moi. Mais la vrai dérive, ce fut il y a un an, quand, je décidais de lancer un nouveau blog, un blog parlant de mes délires, de mes humeurs, le blog que vous êtes en train de consulter en ce moment.

Certes, je n’y montre pas encore mes fesses (sauf si vous le demandez gentillement) et je préserve la majeure partie de ma vie privée, ne racontant que des épisodes anodins de mon quotidien. Mais dans quel but ? Pourquoi parler des livres que j’ai lu, des séries TV que tout le monde a regardé avant moi, des disques que j’ai achetés, des photographies que j’ai raté et de mon travail qui part en couilles ? Serais-je si seul que cela ? N’ayant personne a qui parler, je m’épancherai sur le web ? Aurai-je un ego démesuré, un besoin de reconnaissance sans limite ? Qu’est-ce qui pousse au juste une personne à raconter sa vie sur la toile ?

Publier du contenu est addictif. Rapidement l’auteur veut connaître les réactions des lecteurs. Combien ont lu cet article, qui a aimé cette photographie, qui est de mon avis, qu’en pensent les autres, elle est comment ma bite ?

Je suis debout, au milieu de la toile, en imperméable gris. A mes pieds, des chaussures et des chaussettes, pas de pantalon, pas de caleçon ni même de chemise. Est-ce que je vaux mieux que ce pauvre gars qui exhibait son pénis aux promeneurs, je me le demande souvent. J’ai limité mon activité sur les réseaux sociaux pour la multiplier sur le blog. J’évite ainsi les nuisances en retour, la mienne n’est plus qu’à sens unique. Mais je m’exhibe toujours autant, voire plus qu’avant, par chance, peu de gens regardent.

Sevrage

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Ma période de sevrage vient de débuter. A suivre trop de groupes, à accepter trop d’invitations, le fil de mes actualités était devenu une cacophonie de publications nauséabondes, de photos de familles et de non information.

J’utilise Facebook, Twitter, Google pour me tenir informé de l’actualité musicale, pour faire connaître le webzine et garder le contact avec quelques amis proches.

Le problème est de maîtriser ce flux de données, de le filtrer pour ne conserver que l’essentiel. Les demandes d’amis sont nombreuses et comment les refuser quand il s’agit d’artistes ou de passionnés de rock progressif ? Mais quand vous acceptez une invitation, vous vous retrouvez abonné par défaut aux publications, et soudain, votre page d’accueil se retrouve inondée de photos de vacances sans grand intérêt pour moi, de billets d’humeur parfois insupportables et d’invitations à des pages, événements, jeux ou groupes dont je n’ai rien à faire.

Sur Facebook, j’ai archivé les groupes Néoprog et Prog pour ne plus avoir à modérer leurs contenus puis j’ai créé une page pour le webzine où je ne publie que l’essentiel. J’ai même commencé à cesser le partage des publications dans des groupes relatifs au rock progressif. Après tout, si les gens veulent nous lire, ils n’ont qu’à aller sur le site. Je suis conscient que cela va entraîner une baisse de la fréquentation, et alors ? Ce n’est pas comme si le webzine rapportait de l’argent.

Ensuite, je suis en train de me désabonner des publications de beaucoup mes ‘amis’, ne le prenez pas mal, j’essaye juste d’optimiser les informations que je veux consulter. De même, je vais aimer moins de groupes de musique car je suis noyé sous leur non information quotidiennement. Cela ne signifie pas que je n’aime pas leur musique, cela signifie que leurs publications, trop nombreuses, polluent un peu ce que cherche à savoir.

Votre amitié Facebook est bienvenue évidemment mais elle ne vous apportera pas grand chose, quand je parle de musique, c’est sur la page Neoprog et surtout dans le webzine. Ma vie non musicale (si si j’en ai une) s’exprime un peu via ce blog mais très peu sur Facebook. Mais s’il vous plais, ne m’inscrivez pas dans un groupe, ne m’invitez pas à des jeux, évitez de me citer à tout bout de champ pour attirer mon attention sur tel ou tel événement, c’est franchement usant à la longue.

Pour Twitter, c’est beaucoup plus simple, je me désabonne des profils polluants qui sont assez rares au final. Et sur Google+, c’est encore plus facile, je suis très peu de profils et quasiment aucune communauté,  me contentant d’actualités scientifiques, photographiques et geek. De toute façon, il n’y presque personne sur Google+.

Ma vie numérique, très intense jusque là, va se calmer un peu je l’espère. De plusieurs centaines de mails, notifications, invitations, commentaires quotidiens, je compte bien descendre à une cinquantaine, voire moins. L’été arrive, alors autant être dehors devant les tomates et les courgettes que face à son écran LCD.