Peter Gabriel – Plays Live

Teeshirt : Lazuli – Saison 8 (2018)

Cette chronique est dédiée à mon grand frère adoré Jean-Jacques, mort bien trop jeune des suites d’un long cancer. Je pense à toi tout le temps.

Je vais vous parler de l’artiste solo qui m’a certainement le plus inspiré et d’un album live qui reflète bien mon premier concert de rock. Nous sommes le 28 octobre 1983 à Brest et j’ai 17 ans. Mon grand frère m’a amené à la Penfeld pour écouter Peter Gabriel. Je suis un fan de Genesis depuis quelques années et me suis depuis peu plongé avec délectation dans la carrière solo de l’ex chanteur du groupe.

Pour ce voyage dans le temps, j’écoute la réédition vinyle de 2020, réédition à l’identique pour l’artwork mais au son remixé et remasterisé pour l’occasion, l’édition originale ayant souffert des outrages du temps, de ma passion pour l’artiste ainsi que d’une inondation pendant laquelle j’ai perdu toutes mes galettes.

Il s’agit d’un double vinyle 180 grammes accompagné de son téléchargement en 24 bits, de quoi ravir les audiophiles.

Jerry Marotta, Tony Levin, David Rhodes et Larry Fast étaient aux côtés de Peter pour cette tournée nord-américaine en 1992, avant de poursuivre leurs concerts en Europe pour mon plus grand bonheur. Peter vient de sortir Security et le tube ‘Shock the Monkey’ qui grimpe dans les charts après l’inoubliable ‘Solsbury Hill’. C’est la période africaine de Gabriel : percussions, basse très présente, chants ethniques et la quasi absence de cymbales dans la rythmique.

En 82, Gabriel n’offrait pas encore les shows spectaculaires qu’il mit en scène plus tard. A part le maquillage, une échelle, des barres parallèles et quelques éclairages, tout le spectacle repose sur le chanteur qui ose encore se jeter dans la foule.

Parmis les grands moment de ce live, je soulignerai le mystique ‘The Rhythm Of The Heat’, l’angoissant ‘Intruder’, les quatres tubes de la face C ‘San Jacinto’, ‘Solsbury Hill’, ‘No Self Control’ et ‘I Don’t Remember’ et enfin mes deux titres préférés de la face D, ‘On The Air’ avec la foule en délire et le déchirant ‘Biko’. Je ne mets pas ‘Shock The Monkey’ dans la liste, car désolé, je n’ai jamais été fan des tubes commerciaux du maestro sorti de ‘Solsbury Hill’ que lui, étrangement n’aime pas beaucoup.

Si je ne devais conserver aujourd’hui qu’un seul album de Peter Gabriel, ce serait assurément ce Plays Live dans sa réédition 2020.

Bruit – The Machine is burning and now everyone knows it could happen again

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Teeshirt : mon costume de mariage (1993)

Vous voulez bien faire du bruit avec moi ? Nous allons justement parler de Bruit, ce quatuor de post-rock toulousain qui vient de livrer un second effort. Un album au titre trop long pour tenir dans cette chronique.

Je ne vais pas vous mentir, le post-rock ça me saoule. Mais de temps en temps, je tombe sur la perle rare, comme ce Bruit que Stéphane Gallay a chroniqué dans Blog à Part. J’allais zapper sa prose quand j’ai lu “français” et “musique classique”. J’ai toujours été curieux de la scène locale et j’ai un penchant évident pour les instruments acoustiques. Alors, si le post-rock d’ordinaire me barbe, doté de ces deux ingrédients particuliers, il devenait tentant de s’y pencher quelques minutes.

Bruit est arrivé en 2018 avec un EP deux titres qui sortira bientôt en vinyle, deux titres oui mais proposant vingt minutes de musique tout de même. Cette année ils doublent la mise sur ce qui doit être considéré cette fois comme un album. Hélas, mille fois hélas, pas de CD ou de vinyle à l’horizon, juste du numérique livré avec quelques photographies.

Si j’ai craqué pour l’album, c’est surtout pour ses deux premiers morceaux, ‘Industry’ et ‘Renaissance’. Les deux autres, ‘Amazing Old Tree’ et ‘The Machine Is Burning’ se rapprochent nettement plus de l’idée que je me fais d’un cinématique post-rock convenu. Ceci dit, dans le convenu, il y a bien pire.

Moi qui ne suis pas fan de mur de basses, pas plus que d’électro, j’ai été scotché par ‘Industry’. Basse grondante, cordes, batterie explosive, le titre de neuf minutes trente prend aux tripes. De l’électro, post-rock, cinématique jusqu’à la voix de Albert Jacquard qui parle du « système de la lutte” vers la fin du morceau.

‘Renaissance’ se situe à la croisée des chemins entre Anathema et Nordic Giants. D’un côté une guitare acoustique à Danny Cavanagh, de l’autre des nappes de voix et cordes avec la très belle contribution d’une clarinette.

La pièce épurée ‘Old Amazing Tree’ traite de la déforestation. Une musique minimaliste qui porte un extrait sonore en anglais. Un titre plaisant mais qui manque d’ambition pour me satisfaire complètement.

Enfin ‘The Machine Is Burning’ propose douze minutes de musique de film plutôt convaincantes, rejoignant parfois ‘Industry’ avec ses cordes orientalisantes pour devenir quasi intimiste, le genre de musique qui conviendrait à la B.O. d’un film de science-fiction. 

Depuis que j’ai acheté ce The Machine is burning and now everyone knows it could happen again, je l’écoute au moins une fois par jour, en musique de fond, allongé sur le canapé, en support de lecture ou très fort quand je suis seul dans la maison. Que vous aimiez ou nous le post-rock, écoutez-le, il est sur Bandcamp.

Big Dead – Bones White Branches

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Teeshirt : Los Disidentes del Sucio Motel – Polaris (2021)

Big Dead n’a rien d’un groupe de death contrairement à ce que ce nom pourrait indiquer. Cette formation de Brisbane surfe sur la vague de l’art rock et du jazz.

Bone White Branches sorti en 2019 est leur premier effort si on oublie quelques singles publiés depuis 2009 entre trois EP. Après s’être longuement cherché, Big Dead trouve son style en 2016 avec l’EP cinq titres Shell qui pose les bases de Bone White Branches.

Piano, saxophone, clarinette, voix, guitares, basse, batterie et claviers se rencontrent sur neuf pièces brèves, fragiles et très instrumentales. Le chant n’est ici qu’un instrument parmi les autres, feutré, traînant, lancinant. Il ne vole la vedette à personne.

Dans cet album on retrouve la touche expérimentale de Radiohead, le nu jazz norvégien, le post rock de Tortoise et l’esprit de Sanguine Hum.

L’étonnante pochette couleurs, fusain et encre, représente des membres difformes accrochés à des corps, des mains pied, des bras jambes aux doigts recroquevillés. Un graphisme torturé peu engageant qui cache pourtant une musique d’une grande sensibilité. 

Ici pas de textes, juste une pochette et un vinyle, difficile de savoir ce dont l’album parle, à part qu’il est dédié à Marty, un ami disparu.

Pendant trente-quatre minutes vous entendrez du piano jazz avec ‘Prelude’, de l’art rock à la Pablo Honey sur ‘First/Last’, un ‘Ocean Cloud’ compressé dans ‘Heart and Brain’ et la pop de ‘Reside’.

Le piano, le saxophone et la clarinette basse donnent à la musique des tonalités toutes particulières qui rendent l’album quelque peu inclassable. Lorsqu’il était sorti, je n’avais pas su lui donner sa chance, me poser et l’écouter réellement. C’est en parcourant mes vinyles que j’ai redécouvert cette merveille atypique dont il fallait absolument que je vous parle, rien que pour me faire pardonner.

Progressif, jazzy, art rock et subtilement expérimental, Bone White Branches ne fera sans doute pas l’unanimité, mais écoutez-le avant de juger, il est sur Bancamp

The Central Heart – Inside This Dream

Aujourd’hui je n’ai pas de CD ou de vinyle à présenter. Inside This Dream est un EP que j’ai acheté sur Bandcamp. Pas du mp3 tout de même, restons sérieux, mais de l’ALAC, car ma bibliothèque est sur iTunes. Personne n’est parfait.

Par goût, je n’achète que rarement de la musique dématérialisée. Mais lorsqu’il n’y a que ça, ben je m’en contente et si le disque sort plus tard, ben je l’achète également. Parce qu’une fois la musique perdue dans ma collection numérique, j’ai tendance à l’oublier, alors que lorsqu’elle est gravée sur un compact disk ou une galette, j’y reviens régulièrement.

The Central Heart est un groupe qui mérite ce sacrifice digital. Il s’agit d’un projet solo dans la veine de Tool, proposant un metal progressif alternatif relativement posé.

J’ai découvert le groupe avec l’album Nothing But Sound sorti l’an passé, un disque qui sonnait plus pop progressif que ce dernier EP. 

Et soyons clair, Inside This Dream ne révolutionne pas le genre mais cet EP d’une demie-heure est superbement réalisé.

Une voix douce retravaillée survole des rythmiques tribales portées par une basse claire hypnotique. Entre les deux se glissent des guitares parfois psychées ainsi que de la programmation. 

En posant un casque sur les oreilles, vous entendrez mieux des éléments sonores, qui allègent une écriture doom alternative. Il est vrai, que sans cette écoute attentive, j’aurais tendance à me laisser porter par la rythmique et le chant, oubliant de me concentrer sur le reste, ce qui donne à l’EP une fausse impression d’uniformité.

Le morceau le plus nerveux se nomme ‘Inside This Dream’ et ‘Falling’ ressemble à un single accrocheur, un titre qui résonnait déjà dans la tête après la première écoute. Quant à la dernière pièce ‘Back Home’, elle possède un je ne sais quoi de The Cure, peut-être à cause de la ligne de basse. 

Je ne suis pas certain de vous avoir bien vendu cet EP, mais croyez moi si je vous dit que The Central Heart est un groupe à suivre de près. Espérons que prochainement un album physique verra le jour. En attendant, sa musique est sur Bandcamp.

Gojira – Fortitude

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Teeshirt : anasazi – 1000 yard stare (2013)

Avez-vous déjà entendu parler de la fuite des talents ? Il s’agit de ces chercheurs qui font leurs études dans les universités françaises et qui sont ensuite débauchés par les entreprises américaines.

En musique les exemples sont nettement plus rares, à croire que la francophonie ne fait pas recette aux states. A une exception près cependant, et non des moindres, les métalleux de Gojira. Ils ont traversé l’Atlantique et semblent s’en porter plutôt bien.

La nouvelle galette de Duplantier et Cie s’intitule Fortitude. Et si le groupe est étiqueté metal progressif, croyez-moi, ici ça poutre et ça crie. Comme la pochette le suggère, le metal de Gojira est tribal, rythmique et teinté de world, avec quelques titres comme ‘Another World’ qui s’extraient de la gravité pour tutoyer les étoiles.

L’édition que j’ai entre les mains est on ne peut plus basique. Une simple pochette, une feuille pour les paroles manuscrites et un vinyle brun translucide. L’artwork, signé par Joe est tout simplement magnifique et la production mitonnée aux petits oignons.

Avec ‘Born For One Thing’ comme entrée en matière, le groupe ne fait pas dans la dentelle, même si passé le premier choc, il dévoile ses finesses. L’album ménage cependant les métalleux comme les prog heads, histoire de ne pas s’aliéner une partie de la fan base. ben oui faut bien manger

Gojira sort même un single grand public intitulé ‘Another World’ vendu avec son magnifique clip animé. La grosse surprise vient de cet unique et bref instrumental qui débute la face B, ‘Fortitude’ et de sa continuation dans ‘The Chant’. Gojira sort ici clairement de sa zone de confort et ce n’est pas moi qui m’en plaindrait.

Fortitude véhicule de nombreux messages autour de l’écologie. Il y a autant de matières dans les textes que dans la musique. après faut savoir lire… Les metalleux ne le trouveront pas assez violent, les progeux, sans doute trop rugueux, pour ma part, je le trouve tout simplement parfait.

FROST* – Day and Age

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Teeshirt : Anathema – the optimist (2017)

Après trois chroniques musicales en images, j’ai décidé de changer le générique pour le rendre un peu plus dynamique, il y a même de la musique, composée pour l’occasion avec GarageBand. Folie ! Bon, vous avez le droit de détester.

Ne recevant plus de promo, il a bien fallu que j’achète comme tout le monde Day and Age, histoire de savoir ce qu’il avait dans le ventre.

Et que ce soit clair, je ne suis pas un fan de FROST. Cependant, je reconnais que de temps en temps, ils sortent quand même des trucs vraiment bluffants. J’aime FROST lorsque ces membres sortent des sentiers battus comme dans Experiments In Mass Appeal ou leur dernier EP Others. Nettement moins lorsqu’ils font de la pop progressive.

John Mitchell est un des atouts du groupe. Un atout oui mais aussi une faiblesse. On entend un peu trop la voix et les guitares de John dans le prog : Arena, It Bites, Lonely Robot, The Urbane, Kino…

Le batteur Craig Blundell était une autre des cartes maîtresses de FROST, mais il a quitté le groupe il y a peu. Pour le remplacer, le trio a invité trois batteurs, Mastelotto, Rodriguez et Todd, qui se partagent les huit morceaux de l’album. Et ils n’ont pas à rougir de s’asseoir derrière la batterie de Craig. On retrouve dans Day And Age l’esprit et le style de Blundell. 

J’apprécie vraiment la qualité des éditions vinyles du label Inside Out et le CD bonus qui accompagne les galettes. Ici nous avons une double pochette et deux belles photographies, les paroles sur une feuille volante, deux vinyles 180 grammes, trois faces et bien entendu le CD. Day And Age est vraiment un bel objet. 

Des titres comme ‘Island Life’ et ‘Skywards’ ressemblent hélas furieusement à du Lonely Robot en partie à cause du chant de John. Mais lorsque vous entendrez ‘The Boy Who Stood Still’ – facile à dire -, vous comprendrez que ce nouveau FROST doit figurer dans votre discothèque. Plus conté que chanté, l’histoire de cet enfant qui disparaît, est juste géniale. À lire et à écouter.

Il y a à boire et à manger dans Day And Age. ‘Terrestrial’ est assez décevant alors que ‘Waiting For The Lie’ et ‘Kill The Orchestra’ sont à tomber par terre, sans doute à cause du chant et du piano (on ne se refait pas). Le bien nommé ‘Repeat To Fade’ peut aussi bien agacer que séduire, ça dépend des jours, car à force de se répéter… ben ça se répète…

Ce ne sera sans doute pas le meilleur des albums de FROST, mais il mérite tout de même le détour. Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire.