Altesia – Embryo

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En 2019, Altesia nous livrait son premier album Paragon Circus. Un CD cinq titres aux couleurs de opeth qui avait été salué par les amateurs et la presse spécialisée. Il trône fièrement entre Weather Systems et Insomnia dans ma collection idéale.

Deux ans plus tard, le groupe revenait avec un second opus Embryo glissé dans son très beau digipack. Entre temps Altesia avait troqué son bassiste Antoine pour Hugo, invitant au passage un saxophone ainsi qu’un violon à les rejoindre sur l’album.

Si on pouvait reprocher à Paragon Circus sa proximité avec quelques formations comme Opeth, Embryo et ses sept titres, ressemble à s’y méprendre à du Haken.

Les musiciens ont gagné en technicité mais n’ont pas encore trouvé leur identité, à moins qu’ils ne cherchent pas à en revendiquer une. 

Pour les inspirations littéraires, lisez Voltaire. Oui, Clément Darieu semble se cultiver avec autre chose que des mangas le soir.

Embryo est nettement plus agité que son prédécesseur, nettement plus technique, nettement plus cover également. Il prend aussi plus de risques comme dans ‘The remedial sentence’ aux inspirations jazzy. C’est au passage mon titre préféré du CD.

Le grand format final en quatre parties, ‘Exit Initial’, navigue toute voiles dehors, entre du Dream Theater  et du Haken, enfin surtout Haken pour la ligne vocale très Ross Jennings. Vingt et une minutes qui ne laissent pas franchement beaucoup de répit pour souffler sorti d’un break jazzy où le saxo de Julien Deforges livre un magnifique solo.

Ce qui étonne chez un jeune groupe comme Altesia, c’est la maîtrise des instruments et la qualité de la production des albums quand on sait qu’ils ont été enregistrés et mixés à domicile pour la plus grande part. On pourrait presque se poser la question de l’intérêt des grands studio aujourd’hui en écoutant Embryo.

Je préfère l’atmosphère émotionnelle de Paragon Circus à celle plus technique de Embryo. Cela n’enlève cependant rien aux qualités de ce second album que vous pouvez découvrir sur Bandcamp.

Reste à savoir ce que le groupe sera capable de nous proposer la prochaine fois. En espérant que ce coup-ci, ils prendront plus de distance avec leurs modèles.

Teeshirt : Altesia

The Green Lantern

Alors oui, j’ai encore changé le visuel des Chroniques en Images au début de l’année. Et oui, quelqu’un à râlé, il faut dire que ce n’est pas très joli (de râler bien sûr). Mais croyez-le où non, ce n’est pas de ma faute, mais bien à cause de toutes ces personnes non vaccinées contre la COVID-19.

Ben oui, avec les nouvelle mesures sanitaires, je dois télé travailler de temps en temps. Et comme je l’ai expliqué mercredi, le télétravail implique une certaine organisation. Du coup, le salon est devenu un bureau et le transformer en studio de youtubeur chaque semaine impliquerait beaucoup de modifications. Alors je me suis installé devant l’écran du vidéo-projecteur, du moins pour deux chroniques, le temps de trouver une autre solution.

La nouvelle solution s’appelle l’écran vert, une technique du cinéma pour filmer dans un décors virtuel. Rien de très compliqué en fait. Les acteurs jouent devant un mur bleu ou vert et au montage vidéo, la couleur est remplacée par une image, une modélisation 3D ou une autre vidéo.

Mais pour se faire j’avais besoin d’un écran vert ou bleu et d’un support pour faire tenir tout le bazar. Par chance, cela se trouve assez facilement sur Internet à petit prix. J’ai trouvé un cadre avec trois écrans (vert, noir et blanc) ainsi que des pinces de fixation pour une cinquantaine d’euros. Certes, encore un achat de plus après les projecteurs, le micro et le prompteur, mais cela reste raisonnable vu l’audience des Chroniques en Images… Heu non en fait.

Peu importe. Le hic, c’est que cela prend beaucoup de place et installer l’écran demande un certain temps. Déjà que la mise en place du prompteur et des projecteurs m’occupaient une bonne demi heure, avec l’écran vert, il me faut maintenant près d’une heure pour mettre en place l’enregistrement.

Du coup, je me suis installé dans la chambre de mon petit dernier qui est parti étudier à l’autre bout de la France et qui ne revient que deux fois par an.

iMovie, le logiciel qui me sert au montage vidéo, n’est pas franchement armé pour la gestion de l’écran vert même s’ils expliquent comment procéder. Une chronique de quatre minutes me prend maintenant une bonne heure de post traitement pour un résultat, disons hasardeux. Et c’est mon ami Cris Luna qui en aura fait les frais, le pauvre, j’espère qu’il ne m’en voudra pas trop, mais je voulais parler très vite de son album The Musical War que j’ai adoré.

Idéalement il ne faut pas de plis sur l’écran, mais je ne suis pas doué pour le repassage et une fois que la toile est bien tendue en haut, c’est une toute autre paire de manches pour qu’elle le soit en bas, surtout avec trois pinces. Alors il existe d’autre solutions que mon machin pas cher comme le Elgato Green Screen ou le un super écran chez Manfrotto mais ça coûte un peu cher quand même.

Maintenant, je mets en fond d’image la pochette de l’album, une photo de musicien, un paysage, bref ce que je veux et je me pose devant, racontant mes inepties pour une dizaine de curieux. C’est vachement fun à faire, je m’éclate ! J’ai l’impression que c’est un peu mieux que la version écran blanc, on va voir vos réactions.

Mais dès le premier jours j’avais déjà 31 vues avec la chronique de Cris Luna, ce qui est un record pour mes chroniques en images. Bon ceci dit j’ai comme l’impression que Chris a partagé la vidéo.

Cris Luna – The Musical War

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J’ai connu Chris à l’époque du webzine Neoprog, lorsqu’il sortait son second album Maëlstrom. Un grand blond sans chaussure noire au cœur immense. Un rocker passionné dont je suis immédiatement tombé amoureux.

La veille de Noël, après quatre années de travail, de doutes et de souffrances, il glissait dans ma boite aux lettres, tel le vénérable barbu à capuche rouge, son nouveau bébé, The Musical War, un concept album de soixante-douze minutes, un cri pour la liberté.

Un vinyle en feu illustre le digipack, des flammes rouges qui lèchent le PVC noir estampillé Cris Luna. Tout un symbole, en cette période où les artistes indépendants peinent à presser leurs galettes et sont interdits de concerts.

C’est avec l’annonce de la mort d’Elvis, de Bowie, de Burton et d’autres étoiles du rock que commence l’album, un premier instrumental agité, peuplé de flashs d’information. ‘Amen’ poursuit cette introduction sur la batterie de Benoît Cazzulini qui claque sur de nouveaux enregistrements d’actualité. Autant dire que ça démarre fort. Queensryche, Bowie, Metallica, Pink Floyd et surtout Cris se percutent sur douze morceaux parfois très énervés où ses guitares déchirent les décibels.

Le monde s’est effondré et les rockers partent en guerre contre l’establishment. On peut y voir la résistance des artistes face aux majors, aux plateformes de streaming qui volent les musiciens, contre l’état qui ferme les salles de concert pendant la pandémie et sans doute bien d’autres choses encore. Et si l’album est sombre, il n’est pas totalement désespéré, l’amour y trouve sa place et la fin laisse pointer à un peu d’espoir. 

The Musical War est rock, metal, progressif et hard-rock, du gros son à écouter bien fort même s’il faudra la loupe pour lire les paroles cachées dans le livret. 

Il faut dire, pour la défense de Cris, que ces paroles sont imprimées en anglais et français ce qui prend pas mal de place dans le livret où figurent déjà douze photographies de Julien Oddo, une par chanson et par page. Cela ne laissait pas beaucoup de place pour les textes et les remerciements. 

Après les deux instrumentaux ‘In Memorian’ et ‘Amen’, la fin du monde survient dans ‘Panic’ au son metal des années quatre-vingt. ‘Dome Of War’, le titre le plus long de l’album avec plus de neuf minutes, est également le plus torturé alors que ‘Blind’ semble épouser le rock caméléon de David Bowie. 

‘Heart Break Motel’ offre une courte accalmie à la contrebasse et guitare acoustique avant de repartir plus fort encore et de lâcher la bride au doomesque ‘Gates Of Dawn’. Une once d’espoir pointe dans ‘Salimah’ mais la bataille couve dans l’enragé ‘Kingdom of The Pigs’ pour exploser avec ‘The Musical War’ après le lugubre interlude instrumental floydien de ‘Fallen Angels’.

L’histoire s’achève avec ‘Peace’, encore un titre à la manière de Bowie. Les rockers ont gagné la guerre. “Nous voici donc à nouveau revenus au point de départ.”. “Nous avons l’amour à faire maintenant, Oh donnez-moi la paix.”.

The Musical War est un sacré bon disque bourré de références, de guitares et d’émotions. Certainement le plus abouti des quatre albums de Cris Luna. Et je ne dis pas ça parce que mon nom figure dans les remerciements ou parce que Chris est mon pote, je dis ça parce que j’ai vraiment aimé ce disque et que j’attends avec impatience le double vinyle prévu pour le mois de mars. 

Teeshirt : Cris Luna

Compressé n°2

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Le grand méchant JC est de retour avec un second numéro de compressé, des albums qui n’ont pas trouvé grâce à mes oreilles même si je me suis efforcé de les écouter plusieurs fois.

Commençons en France avec MDS.

Je suis le groupe Monnaie de Singe depuis leur album Error 404. Tout d’abord dans la mouvance trip-hop, la formation a viré au rock progressif, perdant au passage leur chanteur.

Après Error 404, un disque qui figure dans ma discographie idéale, ils sont sorti un concept album de fin du monde intitulé The Last Chance. Et cette année, après une longue attente, leur crowdfunding a donné naissance à un récit nordique, The Story Of Rose Ola Seks.

Si The Last Chance ne m’avait pas complètement convaincu, The Story Of Rose Ola Seks m’a tout simplement déçu. 

L’histoire de cette folle prend trop le pas sur la musique et étant donné que Anne-Gaelle n’est pas franchement une cantatrice, dès le second titre, je me retrouve noyé dans une couche de poudreuse maculée de sang dans laquelle il est difficile de progresser.

J’aurai bien aimé vous dire que cet album m’a plu, d’autant que j’ai contribué à son financement, mais sincèrement non, il va être très vite oublié.

Passons à une autre déception, et de taille celle-là. C’est le dernier Glasshammer, Skallagrim.

Encore un concept album, encore un groupe pas très connu.

Je me souvenais de Glasshammer comme du digne successeur de Yes avec son rock progressif symphonique et ses harmonies vocales délicieuses. 

Cette époque semble révolue. Seuls Fred et Steve ont survécu à cette époque bénie. Le son de Glasshammer s’est fait plus épais avec une chanteuse à coffre à la place du génial Jon Davison.

Dommage, car l’artwork de ce dernier opus est réussi et que sur les treize morceaux, on compte trois pièces de plus de sept minutes. 

Mais voilà, la dentelle des compos a fait place à une basse lourde, une rythmique quasi metal sans parler d’un chant tout sauf délicat. Encore un CD qui va rejoindre le cimetière. Par contre le teeshirt, lui, je le garde, il est magnifique.

La troisième erreur de casting a pour nom Chain Reaktor.

Je ne sais même plus pourquoi je l’ai commandée, surtout en vinyle. Peut-être pour la pochette…

Si j’avais été plus attentif, j’aurais remarqué que les deux fils de Erik Laan de Silhouette, étaient à l’origine de la chose avec leur papa. Leur précédente expérimentation, le groupe Skylake, avait été pourtant très décevante. 

J’ai l’impression que les frangins ont les yeux plus gros que le ventre. Ils devraient s’essayer à des projets moins ambitieux.

La prod du vinyle est assez désastreuse (par chance j’ai aussi le CD). La musique aurait été sympa avec un bon mix, mais la tessiture à quatre notes de Bart et son timbre passe partout achève l’album. 

La quatrième victime de cette hécatombe s’appelle The Mandoki Soulmates.

Utopia for Realists est un album que j’ai acheté après l’écoute du très beau titre ‘The Torch’. Pour ma défense, je ne connais pas Leslie Mandoki et très peu les musiciens figurants sur cet album.

L’idée était de composer autour de la musique de Béla Bartok et si je retrouve bien l’esprit du maître hongrois par moment, je ne suis pas certain que le mélange prog, classique, folk et jazz fasse bon ménage ici.

Les dix-neuf artistes présents sur cet album sont d’excellents musiciens, certaines sections sont éblouissantes, mais l’ensemble est relativement déconcertant. 

C’est un peu du Unitopia en très pointu. Je ne dis pas que l’album ne soit pas bon, loin de moi l’idée, c’est juste que je n’accroche pas.

Teeshirt : Glasshammer

Fierce Deity – Power Wisdom Courage

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Bonne année à tous et à toutes !

Jonathan Barwick est un australien qui se prend pour Arjen Lucassen et Ramin Djawadi, du moins sur son dernier album Power Wisdom Courage.

Une fois de plus, c’est KMäNriffs qui m’a fait découvrir cette perle sur Twitter, alors merci à lui. Il semble particulièrement affectionner les trucs qui déchirent sévère mais de temps en temps il s’attendrit un chouilla, comme ici.

Fierce Deity joue dans la cour du power metal progressif épique avec trois titres à rallonge de huit à treize minutes.

Sachez tout de même que si vous vous aventurez sur ses autres productions, que Power Wisdom Courage n’est pas franchement représentatif du reste, même si c’est plutôt bon.

Vous connaissez Arjen (qui a dit non ?) : Ayreon, Star One, du metal prog à claviers et invités mais connaissez-vous Ramin Djawadi ? Non ? C’est le compositeur de la BO de la série Games Of Thrones, vous savez ce machin que l’on entend partout, massacré lors des auditions de classes de violoncelle.

Jonathan, le gars derrière Fierce Deity, joue tout seul, contrairement à Arjen et s’il reprend le thème de Game Of Thrones, il le fait avec intelligence dans le dernier morceau intitulé ‘Courage’.

Ne vous y trompez pas, la flûte gentillette de ‘Power’ est vite remplacée par des chœurs lyriques et un bon gros power metal de derrière les fagots où les claviers rappellent furieusement Ayreon. 

De même le “court” ‘Wisdom’, seulement huit minutes après tout, au chant limite crié, après des claviers “pouet pouet”, lance une charge lourde aux riffs épais et au refrain martial.

Ce long EP ou court LP, comme vous voudrez, s’achève avec le grand format ‘Courage’ qui démarre comme un vieux diésel avant d’atteindre son régime de croisière. C’est là que s’incruste une version épurée du ‘Main Title’ de Games Of Thrones, ajoutant s’il était besoin, une touche épique à la charge de guitares.

Il n’y a franchement rien à jeter dans Power Wisdom Courage. C’est du lourd épique à souhait qui a même sut gagner les faveurs de mon épouse, c’est tout dire. 

Allez l’écouter, vous me direz ce que vous en pensez, il est sur Bandcamp. Et le premier d’entre vous qui m’enverra un commentaire sur le blog, aura même droit à un code de téléchargement pour l’écouter chez lui.

Teeshirt : Monnaie de Singe

Dream Theater – A View From The Top Of The World

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Si je n’aime pas beaucoup James et si je regrette le départ de barbe bleue, il faut quand même reconnaître à ces cinq ricains une furieuse maîtrise du genre et de la technique. Sorti de Metropolis Part I, Octavarium et de A Dramatic Turn Of Events, je ne suis pas vraiment fan, surtout si nous parlons de la bouse The Astonishing. J’ai pourtant toute leur discographie et même quelques live, car passer un Dream Theater à fond dans la maison chasse les souris, traumatise mon chat et emmerde les voisins.

Mais qu’est-ce qui m’a pris de l’acheter en vinyle cette fois ? Je ne sais pas, peut-être pour remplir mon quota mensuel de dépense. Bref me voilà avec une paire de godasses posées au bord d’une gigantesque faille dominant une mégalopole. A View From The Top Of The World, soixante-dix minutes de metal progressif technique à souhait. Sept morceaux dont le dernier et très long titre album, A View From The Top Of The World renoue avec les titres fleuves et l’instrumental. Un bon point car on entend assez peu l’abri de jardin bêler.

Bel artwork, galettes 180 grammes, CD en bonus et livret XXL, décidément le label Inside Out a encore soigné l’objet. Ils vont finir par devenir ma référence vinyle s’ils poursuivent sur ce chemin.

‘The Alien’ propose en ouverture, un long instrumental grandiloquent où guitares et rythmiques volent la vedette à tour de rôle. Puis Petrucci s’envole avec Rudess avant le second refrain pour nous en mettre plein les oreilles encore une fois. Une pièce longue de plus de neuf minutes qui met en appétit. Du grand classique furieusement efficace.

‘Invisible Monster’ et son couplet basse batterie marque également quelques points avant d’emprunter ensuite de surprenant chemins de traverse pour un groupe comme Dream Theater. 

Je pourrai également vous parler de ‘Sleeping Giant’ à la section instrumentale éblouissante ou de la fabuleuse intro de ‘Awaken The Master’ mais il faut que je garde un peu de temps pour le titre album en trois parties qui occupe à lui seul la face B du second vinyle. Comment dire ? En fait, depuis ‘Octavarium’, je n’avais pas retrouvé ce souffle épique chez Dream Theater. Son ouverture synphonico metal cinématique annonce tout de suite un morceau hors norme qui ne sera pas bâclé en trois minutes. De fait, vous en prendrez pour vingt où guitares virtuoses rencontrent piano classique, violons, batterie effrénée, basse trépidante et claviers fous. 

Magistral.

S’il n’y avait qu’un seul album de Dream Theater à écouter depuis l’arrivée de Mike Mangini, ce serait celui-ci. Bon à condition de supporter ce groupe bien entendu.

Teeshirt : Némo (parce les gars de Némo ne sont pas fans de Dream Theater justement)

Alex Henry Foster – windows in the sky

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Le 28 octobre j’étais à La Laiterie à Strasbourg pour écouter The Pineapple Thief. Et en première partie, se produisait le québécois Alex Henry Foster, l’ex leader du groupe Your Favorite Enemies.

Je m’attendais à un gars seul devant un micro avec sa guitare électro acoustique. A la place, ce furent deux batteries, trois guitares électriques, des claviers, une saxophoniste choriste et un frontman fou à lunettes embuées qui envahirent la scène.

Après une longue ouverture post-rock cinématique, une bombe explosa le dôme de silence, une tempête de colère froide, d’infra basses, de guitares jouées à l’archet et une voix mi slam mi chantée désespérée. Un tsunami émotionnel et sonore de plus de quinze minutes intitulé ‘The Hunter’. J’étais à terre, conquis.

Ce n’est pas tous les jours qu’une première partie me fait cet effet là. Surtout lorsque je ne connais pas l’artiste. Alors, évidemment, je suis reparti avec le vinyle dédicacé par Alex et le teeshirt pour faire bonne mesure. 

La pochette où figure un portrait de l’artiste flouté, cache deux étuis blancs qui ensemble reconstituent la photographie en noir et blanc d’un colibri, oiseau symbole de guérison de l’âme. 

Et il devra œuvrer cet oiseau-mouche pour soulager l’infinie douleur qui règne sur cet album.

windows in the sky est un premier album d’une heure et huit morceaux qui n’aurait jamais dû exister. Un voyage thérapie à Tanger aux confins du chagrin où Alex parle du deuil, celui de son père décédé en 2016.

Post-rock, cinématique, trip-hop, parlé, chanté, l’album ne possède pas la violence de leur prestation live. Il est nettement plus en retenue et moins contrasté. 

Cela n’enlève rien à sa beauté torturée, devenue juste plus intérieure. Le voyage se fait également avec les mots traduits en français que vous pourrez découvrir sur son site. Une manière de mieux comprendre l’univers désespéré de windows in the sky.

Alex m’a expliqué à la fin du concert, que chacune de ses prestations live était différente avec toujours une grande part d’improvisation. 

Si vous écoutez Standing Under Bright Lights, son live à Montréal sur Bandcamp, vous pourrez apprécier la différence avec l’album studio.

Fort, torturé, désespéré sont des adjectifs qui collent à la peau de cet album atypique. Attention cependant, si vous êtes dépressif chronique, évitez son écoute à haute dose, ça ne va sans doute pas vous aider beaucoup.

Une voix désespérée déclame des “The Beginning Is The End” sur des cordes torturées, des battements de coeur, des basses et des claviers cinématiques hallucinogènes. 

La musique se cherche, se répète, annonçant la tempête qui n’explose jamais vraiment. Des constructions sonores planantes et tendues rythmées par les mots de Alex Henry.

L’album, en plus d’être sublime, remue beaucoup d’émotions enfouies en nous. Mais peut-être faut-il être un rescapé de l’existence pour appréhender pleinement la beauté de windows in the sky. 

Teeshirt : Alex Henry Foster

Trifecta – Fragments

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Je ne vais pas vous parler de la carrière solo du leader de Porcupine Tree mais de trois des musiciens qui ont joué avec lui : Craig, Adam et Nick.

Au début Trifecta n’aurait pas dû faire l’objet d’une chronique. Je l’avais écouté d’une oreille distraite sur Bandcamp sans y trouver d’intérêt. Mais en passant chez mon disquaire, je suis tombé sur cette affreuse pochette rouge et me suis dit, allez, pourquoi pas ? Faut dire, je venais d’acheter Operation Mindcrime et le dernier Coldplay, je n’étais plus à ça près.

Trifecta c’est le meilleur de Wilson sans Steven Wilson, à savoir Craig Blundell, Adam Holzman et Nick Beggs, de fabuleux techniciens du prog qui se louent très cher pour une tournée.

Fragments est principalement un album de prog fusion instrumental de haut vol relativement accessible, même par son prix. 

Quand j’ai posé la galette sur la platine, j’ai été immédiatement scotché par le superbe mix d’Adam doublé d’un master aux petits oignons signé Andy VanDette. Un travail auquel le streaming de Bandcamp ne rend franchement pas honneur.

L’album se compose de quinze fragments aux noms improbables, entre prog, jazz, gospel et expérimental, où les trois magiciens se répondent sans tirer la couverture à eux. 

Trifecta c’est un peu le Liquid Tension Experiment du prog fusion avec l’inspiration en plus. On y retrouve d’ailleurs les couleurs de Steven Wilson avant qu’il ne sombre dans sa bouillasse électro commerciale.

Ici le son est d’une rare précision, magnifiant la finesse du jeu de nos trois compères, les basses, le stick Chapman, le Minimoog, les Korg, l’orgue Hammond et la batterie. Un pur régal audiophile.

Ces fragments se révèlent plus rythmiques que mélodiques, parfois enjoués (‘Proto Molecule’), parfois angoissants (‘Have You Seen What The Neighbours Are Doing ?’.

Sur le galopant ‘Clean Up On Aisle Five’, Adam impose avec force de claviers un style progressif, peut-être pour séduire les fidèles, mais dès ‘Check Engine Light’, l’album change de tonalités. 

La proto molécule du troisième fragment est clairement jazzy comme ‘Sally Doo Dally’ alors que ‘The Enigma of Mr. Fripp’ est à l’image du jeu du guitariste de King Crimson, un peu hermétique il faut l’avouer comme le titre ‘Lie 2 Me And Take My Money’.

Le dixième fragment est chanté par Nick, le chien de Pavlov qui tue le chat de Schrodinger. Il fallait quand même l’inventer.

J’aime également beaucoup l’atmosphère cinématique de ‘Dry Martini’ dans laquelle le trio mélange les genres.

Ces fragments sont variés, intelligents, tout en subtilité, techniques mais pas du tout prise de tête. De la musique très complexe facile à écouter.

L’album de l’année devait être Aphelion ou One To Zero que je n’arrivais pas à départager. Fragments est arrivé à point pour trancher le débat.

Teeshirt : Steven Wilson

Fleesh – Eclipsed

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Le duo Fleesh s’est fait connaître par ses reprises de Rush, Marillion, Renaissance ou encore Genesis, mais Gabby et Celo ont également composé trois albums, What I Found en 2017, Across The Sea en 2019 et Eclipsed cette année.

Il est certainement plus facile d’écouler des compilations de reprises de groupes connus que de percer avec ses propres compos de rock progressif. Surtout lorsque l’on est pas franchement connu. Alors Fleesh joue sur les deux tableaux, un peu comme The Watch.

J’ai presque tous leurs disques excepté leur tribute à Renaissance, sans doute parce que je n’aime pas trop Renaissance. Alors lorsqu’ils ont annoncé la sortie de leur nouvel album Eclipsed, j’ai passé commande du CD malgré des frais de port plus que dissuasifs.

Gabby chante et Celo est l’homme orchestre. Comme sur leur clips, le barbu rondouillard joue des guitares, claviers et basse quand la blonde au piercing chante, parfois accompagnée d’une guitare acoustique.

La voix de Gabby, un peu monotone au début, a gagné en personnalité sur cet album et si la musique s’inspire de Marillion comme dans ‘One By One’ et de Pink Floyd sur ‘Till The Morning Comes’, elle se forge peu à peu sa personnalité.

Après le concept album Across The Sea très prometteur, Eclipsed confirme les espoirs que j’avais placé dans ce jeune duo brésilien.

Eclipsed raconte une histoire en une heure et onze morceaux. Comme sa pochette le suggère, une éclipse solaire qui éclaire une montagne de crânes survolée d’oiseaux charognards, Eclipsed ne vibre pas d’ondes positives bien au contraire et la plongée dans le livret aggrave cette sensation. 

Voici les premières paroles de ‘Stuck’  : “Quelque part à l’intérieur de ce chaos, je suis toujours en vie. Je suis juste allée trop loin pour en comprendre tous les signes.”. 

On dirait que Fleesh poursuit son récit sur la dépression entamé dans Across The Sea, les textes elliptiques livrent des états d’ames plus qu’une histoire à moins que je n’ai rien compris encore une fois.

‘All My Sins’, riche d’éléments symphoniques, est une des pièces les plus puissantes de l’album et une belle réussite vocale. J’ai également adoré les claviers très néo prog qui ouvrent l’album avec ‘Stuck’ et j’ai aimé le solo guilmourish de ‘Till The Morning Comes’ qui commence pourtant comme un blues.

Eclipsed n’est pas parfait. Il est très dense avec beaucoup de chant et une production perfectible.

N’empêche, je l’aime beaucoup et je vous recommande sa découverte, peut-être en numérique étant donné les frais de port exorbitants. 

N’hésitez pas à découvrir également leurs albums cover. Mon préféré est celui de Genesis sorti tout récemment.

Teeshirt : Marillion

Genesis – The Last Domino ?

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Teeshirt : Porcupine Tree – Deadwing 2005

Vous connaissez la différence entre Isaac Asimov, Mike Rutherford, Phil Collins et Tony Banks ? Allez je vous donne deux indices, lisez bien : livre et disque. Alors vous avez trouvé ? Ben y en a pas. On les trouve tous les quatre dans le même magasin.

Des fois, je rentre dans une boutique pour m’offrir un truc, n’importe quoi, mais un truc. C’est ce qui m’est arrivé il y a peu, je suis rentré à Cultura et suis sorti avec Foundation, le bouquin d’Asimov et le coffret The Last Domino ? de Genesis.

Foundation, je n’avais jamais réussi à le lire mais la série Apple à relancé mon enthousiasme. Pour ce qui est de Genesis, j’ai déjà tous leurs albums et plus encore. 

C’est mon troisième amour musical après Johnny Hallyday et AC/DC. Preuve que l’on peut toujours s’améliorer avec l’âge.

Je n’écoute que rarement mes disques de Genesis aujourd’hui. Il faut dire que je les connais par cœur en fait. Alors pourquoi ce coffret ? Parce que je ne les verrai pas en live ? Même pas. S’ils étaient passés à Strasbourg, je ne serais pas allé les écouter. Pour la collection alors ? Sans doute un peu. Mais c’est surtout parce j’aime les vinyles, alors un coffret de quatre galettes 180 grammes, sorte de best of de la période Collins, comment résister ?

Je possède également Kdrive, la compile de 2014 qui ne sort jamais de son étagère. Mais The Last Domino n’est pas du même tonneau. C’est une compilation moderne du trio infernal, bourrée de tubes, un magnifique objet au son fabuleux. Depuis que je l’ai, j’écoute au moins un des vinyles chaque soir pour le plaisir.

Quatre pochettes reliées dans une couverture rigide protègent les vinyles glissés dans des étuis à l’effigie de chacun des musiciens et du trio, chaque fois avec une petite citation. Sans surprise, celle de Phil est la seule qui soit drôle : “It’s a democracy as long as we agree with Tony”.

De nombreuses photographies agrémentent cette compile, les trois vieux mais aussi leurs compagnons de tournées. En cherchant bien (il est caché au fond d’une pochette), vous trouverez un code de téléchargement  pour ces titres que vous avez déjà à la maison. Car n’espérez aucun inédit ou version déviante, ici, c’est de l’archi connu.

Vingt sept tubes remplissent le coffret : ‘Home By The Sea’, ‘No Son Of Mine’, ‘Abacab’ et quelques reliques du prog pour ne pas fâcher les vieux comme moi ‘Dancing With The Moonlit Knight’ ou encore ‘Firth Of Fifth’. La cohabitation de ces deux mondes peut perturber comme passer de ‘Carpet Crawlers’ à ‘Abacab’ sur la face B de la dernière galette mais ils ont évité de coller ‘The Knife’ avant ‘Congo’, c’est déjà ça.

The Last Domino ? est un super cadeau de Noël pour votre grand-père audiophile atteint de collectionnite aiguë et pour lutter contre son alzheimer inéluctable. 

Bref un truc pour les vieux riches qui ne savent pas quoi faire de leur fric.