Réjouissez-vous

La planète se réchauffe, le niveau des océans s’élève, la biodiversité est en péril et les hommes continuent de saigner la Terre à mort. Comment cesser ce massacre ? 
Et si la solution venait d’ailleurs ? Tel est le thème de Réjouissez-vous, le roman Steven Erikson.

Tout commence par l’enlèvement de Samantha, une autrice de science-fiction. Elle disparaît en plein jour, emportée par un O.V.N.I. Peu de temps après, d’étranges champs de force empêchent les humains de s’entre-tuer, de sur-exploiter les ressources naturelles, d’accéder à certains endroits de la planète.

L’homme ne peut plus être violent, pollueur, dangereux. Il est contraint soudain à la sagesse.

Tel est le thème de Réjouissez-vous, une intervention extra-terrestre qui met brutalement fin à tous les maux créés par l’homme. L’espèce humaine perd son libre arbitre. 

Commencent alors, à travers le quotidien de (trop) nombreux personnages, une série de réflexions de nature religieuse, politique, économique, scientifique, philosophique au sujet de cet Intervention.

Le livre n’est pas toujours facile à lire, sans doute trop intelligent pour un roman dit de SF mais il pose des questions intéressantes sur l’humanité. Dommage que l’auteur ajoute des thèmes ridicules comme les Petits Gris ou bien la théorie du complot dans son récit, c’était inutile.

Hélas, mille fois hélas, aucun extra-terrestre ne viendra sauver la Terre de la bêtise humaine, c’est à nous de nous débrouiller tous seuls et tout de suite !

L’Esprit Des Vents

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Ceci est ma première participation à Masse Critique, une opération menée par le site Babelio et les éditeurs, proposant à quelques lecteurs de recevoir un livre en échange d’une critique. Non content de chroniquer du rock progressif, je m’emploie à parler de livres, à croire que je n’ai que ça à faire ? Et si c’était le cas ? Toujours est-il qu’un beau jour de juillet, je reçu par la poste, le livre de François Simon, L’Esprit Des Vents.

Dans un roman, le lecteur est rarement placé dans la peau du vaincu, de celui qui a perdu la guerre et qui doit payer le tribu au vainqueur.

Le Japon se réveille au son de la voix enregistrée par l’Empereur. La guerre est finie, les japonais capitulent. 

François Simon, critique gastronomique, nous raconte la chute de l’Empire du levant, la cuisine aux huitres, l’amitié de deux enfants et la couleur des vents avec des phrases courtes et poétiques à la manière d’Alessandro Baricco

Le livre raconte les histoires de Tateru, Ryu et de nombreux personnages comme leurs parents, le kamikaze yakuza, la tante, la jeune Manechiyo vendue par sa famille. Tous survivent dans la ville de Tokyo occupée par les GIs. Des destins croisés, qui nous racontent un Japon en pleine mutation après la chute de l’empire.

Après l’insouciance de l’enfance sur l’île de Kingdao en Chine, l’exode vers le Japon en ruine et le refuge à Karuizawa, le récit se déplace vers une Tokyo ruinée en pleine reconstruction avec sa pègre, ses militaires, la crasse, la misère et la faim.

L’Esprit Des Vents, plus qu’une histoire d’amitié entre deux adolescents, nous raconte à travers ses différents personnages et les mots de François Simon, un Japon très éloigné des clichés occidentaux. Le roman, servi par une belle plume culinaire, perd peu à peu son fil conducteur pour raconter des histoires dans l’Histoire. Vers la fin, le récit est quelque peu décousu et s’achève sans conclusion, laissant ouverte la suite, peut-être un prochain roman.

Outresable

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Certains écrivains trouvent d’étonnantes idées : un puit refuge enfoui pour protéger toute une population, une balise spatiale et son gardien de phare, un plongeur des sables à la recherche de trésors.

Hélas une idée ne suffit pas toujours à un roman, il faut également une histoire. Le dernier livre de Hugh Howey décrit une terre de sable désolée, des plongeurs qui descendent sous les dunes piller les vestiges d’une civilisation déchue et une famille unie par la même souffrance, celle d’un père parti un matin, sans prévenir. L’univers d’Outresable réinvente, après Dune, un monde hostile, dominé par le soleil, le sable et le vent, où l’eau comme les anciens objets du vingtième siècle sont des denrées précieuses. Une mère, une sœur, trois frères, tous survivent à leur manière dans le désert, à l’abri du mur sur lequel jadis ils ont vécu. 

Malgré un monde prometteur, le récit se dilue rapidement et nous conduit vers une fin prévisible et l’insistance de l’auteur pour nous faire comprendre que le sable règne en maître sur la terre devient pesante au fil des pages. 

Outresable propose un univers intéressant pour le Jeu de Rôle mais ne suffit pas à en faire un bon roman. Hugh aurait limité son récit à la plongée de Palmer jusqu’au gratte ciel, cela aurait donné une excellente nouvelle, un peu comme celle qu’il avait écrit d’abord pour Silo. Howey possède sans doute suffisamment de matière comme pour Silo afin d’écrire une suite, mais ce serait à n’en pas douter une bien mauvaise idée.

Au fait, si, vous voulez partager vos chronique littéraires comme moi, je suis également sur Babelio.

Le géant enfoui

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Un couple, à l’automne de sa vie, décide de quitter son village pour aller saluer leur fils qu’il n’ont pas vu depuis très longtemps. Ainsi débute l’étonnant roman de Kazuo Ichiguro, un japonais vivant aujourd’hui en Grande Bretagne.

Voici un singulier roman, celui d’un auteur que l’on m’avait recommandé, un livre qui m’a demandé beaucoup de temps à terminer. Un roman sur l’oubli, à mi chemin entre le récit fantastique, le roman de la table ronde et l’essai philosophique.

Axl et Béatrice, qui vivaient dans des galleries, sans lumière la nuit pour les éclairer, partent, malgré leur grand age, à la recherche de leur fils perdu. Traversant des contrées sauvages, peuplées de monstres, ils rencontrent un guerrier Saxon, un chevalier de la table ronde, des moines, des villageois, qui tous, comme le vieux couple, souffrent d’un étrange mal, celui de l’oubli.

La plume de Ichiguro est sublime, un style étrange et envoûtant qui vous entraîne dans ce lent voyage quasi initiatique qui conduira le couple aux portes de la vérité. Les mythes se mélangent de cette histoire, l’auteur parle de la guerre entre les saxons et les bretons, aborde les légendes de la mort, parle d’Arthur, de Brennus et nous fait visiter une Grande-Bretagne, celle du haut moyen-âge, imaginée par un japonais, avec ses propres références mythologique.

Si j’ai peiné à avancer dans le récit, c’est qu’il ne s’y passe pas grand chose au final, que les dialogues sont lents, répétitifs, que l’idée que développe Ichiguro met beaucoup de temps à se dévoiler au grand jour et surtout parce que je peinais beaucoup à rester concentré sur un livre.

J’ai cependant beaucoup aimé ce livre, son histoire, ses enseignements, le style de l’auteur, et je suis certain que je reviendrai prochainement sur ces autres romans. Si vous aimez les belles plumes, les contes, les voyages et les récits initiatiques, je vous recommande ce Géant Enfoui. Un très beau livre.

Entends la nuit

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Une jeune femme jongleuse de rue, quitte la vie qu’elle aime et son squatt à Amsterdam pour aller vivre chez sa mère et travailler dans des bureaux à Paris. Ainsi commence le roman de Catherine Dufour, Entends La Nuit. 

Je l’avais emprunté sur un malentendu, ayant lu au dos du livre les mots datamining, veille de réseaux, bref des trucs pour geek. Le roman aborde bien des sujets, mais aucun de ceux évoqués plus haut. 

Myriame, l’héroïne, prend son nouveau poste dans une étrange société et plonge dans l’univers impitoyable du travail avec les collègues, les petits chefs, les grands patrons, les intrigues de pouvoir, les sorties et la vie parisienne. Retourner vivre chez sa mère faute d’un salaire décent pour s’installer ailleurs, s’installer dans un bureau humide truffé de problèmes électriques, supporter sa nouvelle chef de service, se faire espionner en permanence par le tchat d’entreprise et gérer des dossiers immobiliers ennuyeux à mourir, Myriame commence sa nouvelle vie parisienne.

La première moitié du roman est intrigante, je l’avoue, d’autant qu’apparaît alors un mystérieux et beau personnage, quasi virtuel, qui lui offre le CDI inespéré ainsi qu’un appartement d’un autre âge après lui avoir sauvé la vie.

Puis le récit bascule dans un sous Twilight. Déjà que Twilight, ça ne cassait pas des briques, alors que dire de la seconde partie de Entends La Nuit qui est juste affligeante. Myriame rencontre un être surnaturel, tombe amoureuse, veut devenir comme lui. Sa vie est soudain menacée, elle plonge dans les merveilles et les horreurs de cette existence non humaine… Un copier coller du premier tome de la saga de vampires sans l’exotisme et sans que l’on parle de buveurs d’hémoglobine.

Ici le roman parle de chair et de pierre.

Je suis quand même allé jusque la dernière page par curiosité. Surtout ne commettez pas cette erreur, relisez plutôt Twilight. Oui je sais…

L’Or du Diable

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L’alchimie et moi, ça fait deux. Déjà la chimie, ça n’a jamais été mon truc, et puis finir sur un bûcher, encore moins. Pourtant c’est le sujet du dernier livre que j’ai lu, sorte de thriller historico contemporain, mais écrit par Andreas Eschbach un des auteurs dont je dévore tous les bouquins. Il est probable sinon je pense que je ne l’aurais pas lu.

L’idée du livre est de mêler des récits médiévaux imaginaires à un thriller actuel. Un looser de la finance tombe un jour par hasard sur un livre ancien parlant de la Pierre Philosophale.

Rien de bien original en soit, mais traité avec finesse, le bouquin aurait pu figurer longtemps dans la bibliothèque avec les incontournables de l’auteur comme Jésus Vidéo ou Des Milliards de Tapis de Cheveux.

Sauf que les récits anciens qui parsèment le roman, sont écrit dans un style hélas, affreusement actuel, un résultat du plus mauvais effet pour moi qui aime les textes médiévaux.

L’histoire moyennement crédible met en scène un raté en quête de gloire et son frère professeur tournesol du nucléaire, tout deux embarqués dans la quête de la Pierre Philosophale. Les élucubrations alchimiques manquent cruellement de consistance, le héros est assez déplaisant, volant, trompant sa femme, courant après la gloire, ayant peu de scrupules, qui fini par retourner sa veste à la fin et redevenir humain.

Dépaysement, sexe, grosses voitures, argent, mensonges, pseudo science, violence, suspens, voila la recette d’un roman de gare, pas de chance je prenais l’avion…

Bref, si vous ne l’aviez pas compris, je n’ai pas aimé ce dernier roman de Eschbach, un livre trop proche des thrillers façon Dann Brown, un auteur à succès qui m’agace au plus haut point.

Une vie de chien

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Paul Auster vous connaissez ? Oui cet écrivain américain qui dans presque chacun de ses romans transforme son personnage principal en SDF.

J’aime beaucoup sa plume même s’il faut espacer les lectures pour éviter des redites.
Généralement ses histoires ne respirent pas la joie de vivre et ses personnages sont souvent perdus dans la vie.

Avec Tombouctou, le narrateur est un chien, M. Bones, qui raconte la vie de son maître et sa propre existence de bohème, quand son bipède de compagnon passe l’arme à gauche.

M. Bones est un chien qui comprend l’anglais faute de le parler, même si certaines subtilités de langage lui échappe encore. Un vieux chien pouilleux de sept ans, plein de tiques, de vers, un bâtard intelligent qui aime son poète de maître.

La première partie du roman raconte la vie et la mort de l’écrivain maudit, vu d’un regard canin et sincèrement le récit part très vite en vrille, entre rêves, hallucinations et agonie. Le lecteur prend peur et se demande s’il va continuer l’histoire.

Puis le poète meurt pour de bon (il se loupe plusieurs fois) et M. Bones devient un chien errant, affamé, battant la campagne, traînant dans les rues, avant d’être recueilli par des gamins qui le maltraitent, un petit chinois dont le père ne veut pas d’animal à la maison et enfin une famille aisée qui s’occupe du bâtard comme ne le ferions avec notre animal de compagnie.

C’est alors notre monde vu par le chien, le traitement que nous réservons aux animaux de compagnie qui est raconté par Bones, une vision à quatre pattes qui ne manque pas de sel et de lucidité, toilettage, castration, interdits, chenil, solitude et orgie alimentaire. Après avoir lu Tombouctou, vous regarderez différemment votre chien, même s’il ne comprend pas l’anglais.

Et Tombouctou dans l’histoire ? Lisez le livre, vous comprendrez…

AP 2022

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AP 2022 est un roman décrivant notre monde dans un futur proche, dans quatre années exactement. Il a été co écrit par de nombreux auteurs que vous ne connaissez pas forcément, un roman sous forme de plusieurs nouvelles traitant d’un seul et même sujet, l’extermination programmée d’une catégorie sociale.

Si l’ouvrage ne brille pas forcément pas son style, son sujet lui est brûlant et cruellement d’actualité. Ecrit comme une étude de la dernière extinction de masse ou de l’holocauste, avec un regard très détaché du sujet, le livre raconte comment une société se réorganise en reléguant sur le banc de touche la moité des joueurs. Ceux qui restent sur le terrain doivent s’adapter, les autres, sont contraints de se débrouiller pour trouver une nouvelle équipe qui veuille bien d’eux.

AP 2022 pourrait être considéré comme une continuation du génial film de Terry Gilliam, Brazil. Après la toute puissance de la bureaucratie, avec son lot d’employés inutiles, de dépenses ridicules, de complexités administratives sans fin, viendrait l’ère de l’épuration ethnique, de la simplification à la dynamite, de l’effondrement des ronds de cuirs.

La population stigmatisée dans ce roman s’appelle les fonctionnaires, ces agents de l’état et des collectivités locales, ces feignants surpayés qui ne font rien de leurs journées et qui augmentent nos impôts prélevés à la source.

AP 2022 raconte comment la fonction publique va être réorganisée dans un futur très proche, détaillant chaque métier avec son effectif cible, sa hiérarchie, sa géolocalisation, son catalogue de postes, de métiers et de déménagements, un pavé très détaillé qui oublie un seul sujet, pourtant crucial : que deviennent ceux qui n’ont plus de poste ?

Pour les vieux, la solution Soleil Vert semble acceptable, tant qu’à se faire dévorer, autant que ce soit par les collègues, on reste en famille. Pour ceux à qui il reste encore quelques années avant une hypothétique retraite, la situation est délicate, d’autant que le dossier des retraites sera sur la table l’an prochain. Localement les postes ferment. Il faut donc chercher ailleurs, mais ailleurs, clairement, personne ne veut de vous. Un fonctionnaire peine à se vendre dans le privé, et dans les autres administrations, étant donné qu’elles ont le même problème de récession, il n’y a guère de place, et s’il y en a, encore faut-il avoir le profil pour postuler.

En feuilletant les pages du roman AP 2022, j’ai appris que je n’avais plus de travail dans un avenir proche. Et cette histoire ne parle pas de reclassement, d’indemnité de licenciement, d’assurance chômage. Il y a bien un chapitre accompagnement mais si j’ai bien compris, il se limite à me conduire jusque la porte du bureau.

Une mouche a du se coincer dans l’imprimante.

Progressions progressives

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Un geek webmaster mal aimé – pardon abstinent – entouré de nymphomanes elfes extraterrestres, un thriller science fictionnesque metaleux new age, un groupe de metal prog qui nous sauve de la fin du monde, une tournée qui passe partout en Europe sauf en France, des références appuyées à la scène prog actuelle (cherchez qui est qui), voici Progressions, le roman de mon petit suisse Gervais, pardon Gallay.

Les extraterrestres sont parmi nous, ils possèdent des oreilles pointues et aiment la baise. Mais un complot cherche à les foutre dehors alors que certains d’entre eux veulent juste sauver la planète bleue des hommes. Thriller internet, tournée de métal, partouze extraterrestre, bienvenu dans l’univers de Stéphane.

Au début du récit, notre auteur s’attarde beaucoup sur les tenues vestimentaires des différents protagonistes et les pages passant, il détaille de plus en plus l’absence desdits vêtements, l’humain ne semble alors séparé du stellaire que par une paire de chaussures à talons et une culotte. Isaac Asimov doit se retourner dans sa tombe.

L’intrigue du roman tient la route mais pas forcément en haleine. La plume cynico satirique d’Alias se fait trop sérieuse dans son livre et l’aspect Jeu de Rôle prend parfois le pas sur le roman. Notez j’écris tout ça parce que je suis jaloux, jaloux de n’avoir jamais été à la Loreley, jaloux de n’avoir jamais finalisé un roman, jaloux de n’avoir plus de temps pour le Jeu de Rôle, jaloux de ne pas m’envoyer en l’air avec des elfes.

L’immersion dans cette tournée improbable de VUUR – mais c’est pas eux enfin ! Mais si c’est clair c’est VUUR. Mais enfin, non Anneke n’est pas nympho ! Tu es bien sûr ? Heu non… – à travers l’Europe ne manque pas de charme, coupant l’envie à n’importe qui de monter un jour un groupe de rock et de partir sur les routes. Le thriller se perd dans un nuages de protagonistes (c’est qui le méchant ? Les méchants tu veux dire ? Nan LE méchant…) et on ne sait plus très bien qui culbute qui et dans quel sens à la fin. C’est très emboîté tout ça.

Si vous êtes un geek rôliste metalleux qui lit encore des livres (une race pas loin des elfes en fait), essayez Progressions, rien que pour mieux connaître Stéphane alias Alias alias Rage, vous serez surpris. Mélanger science-fiction, thriller, complot planétaire, orgie soft et metal progressif en deux-cent-cinquante pages seulement relève de l’exploit.

La langue de Molière

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J’expliquais à mon fils à table, un soir, que la langue française est riche en subtilités alors qu’il utilisait le mot tiroir pour placard. Pour l’exemple, car il ne semblait pas convaincu par la différence et également pour faire rire la galerie, je lui demandais : “Tu préfère te faire tirer ou te faire plaquer ?”. Je pense que cette leçon est retenue pour cette fois.

Notre belle langue use de nombreuses expressions fleuries pour éviter d’aborder frontalement un sujet délicat :

  • “Vous la portez à droite ou à gauche ?” demande le tailleur lorsque vous vous faites tailler un costume sur mesure (j’ai bien dit un costume).
  • “La secouer plus de trois fois c’est pécher mon fils.”, du moins c’est ce que qu’affirmait le prêtre aux yeux caressant lorsque nous nous attardions trop longtemps aux toilettes lors des cours de catéchisme.
  • “Vous avez fait votre petite toilette ?” me demandait chaque jour l’aide soignante à l’hôpital alors que je n’avais pas le droit de bouger le petit orteil. Petite toilette, de quoi voulait-elle parler ? De ça ? petite petite…
  • “Et le monsieur, il fait pipi sur ses chaussures ?” demande à chaque fois notre vénérable médecin du travail aux agents qui ont dépassé la cinquantaine. Ben oui, ça arrive, quand je suis bourré…

Tout ça pour dire que les mots sont précieux, ils peuvent être très précis comme élusifs. Trouver le juste mot, l’adjectif approprié, éviter les “faire”, les “être”, les “on” embellit les textes et nous oblige à enrichir un vocabulaire parfois très pauvre. Je m’efforce, autant que faire se peu, à donner du style aux chroniques et aux articles, de varier, de trouver les mots justes. Mais ce n’est pas chose aisée. J’aime les mots, les phrases, j’aime lire, même me relire (oui, c’est narcissique je l’avoue) quand les phrases possèdent une belle tournure. J’enquiquine les rédacteurs du webzine en proposant de nouvelles tournures de phrases pour leur chroniques quand Lolo lui corrige l’orthographe défaillant et je m’énerve à chaque fois des tags HMTL mal fichus noyés dans le texte (les pauvres). Dans mes rêves les plus fou je voudrais atteindre la perfection de Marguerite Yourcenar (prétentieux en plus), des phrases courtes, musicales et ne contenant que l’essentiel.

Peut-être qu’un jour, je me lancerais dans l’écriture d’un roman, ce ne serait que le troisième tentative. Bien évidement, il s’agirait d’un roman de science-fiction, du moins pour le premier et une fois que le prix Hugo ornerait ma cheminée, je pourrais commencer les mémoires d’un chroniqueur de rock progressif ou une anthologie du prog de 1969 à 2050 qui sait ?

En attendant je noircis ce blog, encore un billet inutile… Heu et pourquoi cette illustration ? le billet parlait de la langue de molière et évitait soigneusement le mot bite, alors j’ai recherché les mots clefs Molière et bite sur Google. Molières 2015, l’acteur Sébastien Thiéry montre sa bite lors de la cérémonie.