Virtualisation

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Réseau sociaux, email, webzine, promotions numériques, streaming, smartphone, ordinateur, tablette, combien d’heures nous passons devant les écrans, enfermés entre quatre murs. La révolution numérique ressemble beaucoup à une geôle électronique dont la porte est grande ouverte sur l’extérieur.

Aujourd’hui passons plus de temps à échanger des messages avec des avatars qu’à discuter en tête à tête ? Les acteurs du net, après une journée bien remplie devant des ordinateurs, rentrent à la maison et se détendent devant un jeu vidéo, sur un réseau social, en regardant des vidéos ou en écoutant de la musique en streaming. Au restaurant, à la maison, le smartphone est sur la table, dans la rue, il est devant les yeux, dans la chambre, à côté de l’oreiller.

Les bienfaits du NET sont indéniables et multiples, révolution culturelle, puits sans fond de connaissance, source d’information parallèle non contrôlée, moyen de communication instantané et sans frontière. Mais ne sommes-nous pas devenus les esclaves de cette technologie qui devait briser nos chaînes ?

Je me virtualise.

En écrivant pour ce blog, en publiant des articles pour le webzine, en écoutant de la musique sur la toile, en lisant et en répondant aux sollicitations des artistes, en mettant en page, en partageant, en relisant notre travail, je reste bloqué devant ma dalle OLED qui me cache la fenêtre, qui éclipse le soleil couchant et j’en oublierais presque qu’il fait beau dehors, que j’ai des amis avec qui je dois parler.

Comment ne pas se faire aspirer par les pixels, ne pas disparaître dans la fibre optique et se diluer dans les serveurs planétaires. Parfois je me demande si mon avatar n’est pas plus vivant que moi-même.

Avez-vous déjà mesuré votre temps passé chaque jour sur Internet ?

Les problèmes de santé accentuent forcément cette dématérialisation. Au lieu de sortir écouter un groupe jouer en live, j’écoute leur musique sur l’ordinateur pour m’épargner la route, la fatigue et la migraine du lendemain. Au lieu d’aller boire une bière avec un ami, je commence une conversation SMS avec lui. Au lieu d’aller me promener, je retravaille des photos prises des mois plus tôt. Le temps compressé passé connecté est volé au monde réel. Les heures virtuelles se substituent aux secondes analogiques et la journée s’envole, sans que l’on aie réellement parlé avec un être humain où respiré l’air d’une forêt.

Pour reprendre forme humaine, sortir de notre avatar, nous devons nous déconnecter, nous obliger à couper de Wifi, la 4G, poser le smartphone, éteindre les écrans, mettre des chaussures, ouvrir la porte de la maison et sortir. Sortir dans la rue, renter dans les boutiques, marcher le long d’un canal, entrer dans une salle de concert, poser un vinyle sur la platine, soigner son potager, discuter avec ses voisins, parler avec ses proches à table, réserver un espace temps au monde réel.

Vivre.

Déchet ultime

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Saviez-vous que votre ami félin contribue pour une part non négligeable à la production de déchets ultimes ?

Non ?

Alors je vous explique :

Cette douce fourrure qui aime ronronner sur vos genoux lorsque vous regardez une série, en plus d’être un serial killer pour oiseaux, un psychopathe paranoïaque, un esclavagiste patenté, se trouve être indirectement sans doute, un pollueur hors norme.

A votre avis, combien de vidéos de chatons débiles sont visionnées par jour sur YouTube, Facebook, Vimeo ? Combien de photos de parasites sont publiés sur la toile puis partagées sur les réseaux sociaux ?

Après être un plat très prisé des asiatiques, le chat est devenu l’animal de compagnie favori des français. Petit, il ne demande que peu de soins, quelques croquettes, du chauffage et une caisse de sable pas trop sale.

Et le problème est là. 

Contrairement au chien qui pisse sur votre porte et pose ses étrons fumants au milieu du trottoir, le chat fait tout cela sur une litière et parfois hélas dans les bacs des plantes de maison.

La caisse du chat, installée dans un lieu stratégique de l’habitation, est l’objet de tous les soins de la part des esclaves du félin. Pas ou peu entretenue en temps et en heure, elle devient une bombe sale à retardement. Le choix de la litière est très important pour bien absorber les liquides toxiques et les quenelles explosives. De toute manière, si le sable ne convient pas au quadrupède miaulant, vous vous en rendez compte très rapidement.

Le sable doit être remplacé régulièrement pour évacuer les boulettes agglomérées et les dates indigestes. Le plus souvent il s’agit de roche calcaire broyée, un produit non recyclable, non incinérable, bref, un déchet ultime.

Étant donné le nombre de chasseurs de souris par foyer en France, le problème devient critique. Que faire de ce sable ?

Si vous avez des enfants, vous pouvez regarnir régulièrement leur bac à sable au fond du jardin avec. Ils adoreront ces petites choses noires qui leur permettront de décorer leurs châteaux comme les boulettes ammoniaquées inspireront certainement leur créativité débridée. Mais pas certain que le pédiatre apprécie et surtout veillez à ce qu’ils ne confondent pas les excréments avec des Kinder Surprise, encore que l’on peut se poser la question de savoir ce qui est le pire pour la santé.

Vous pouvez également décorer l’allée du jardin avec ces déchets au lieu d’utiliser des gravillons ou avec, garnir le fond de l’aquarium de poissons exotiques. Vous pouvez amener les sacs à la mer pour compenser le sable ramassé par les touristes et par le BTP chaque année. C’est également un bon moyen pour lutter contre la montée des eaux.

Je déconseille toutefois aux bobos écolos de fabriquer des briques avec pour élever une dépendance, une cabane de jardin ou une extension à la maison. Le dosage sable pétoules urine et argile sera complexe, ensuite ne perdez pas de vue que si le sable est un déchet ultime, la merde non.

Fort de ce constat, n’ayant plus d’enfant qui joue dans le bac à sable où poussent mes carottes, possédant déjà des gravillons dans mon allée et habitant loin de la mer, je me retrouve avec un cas de conscience : comment gérer la caisse du chat ?

Je pourrais foutre le chat dehors dès qu’il manifeste l’envie de pisser ou chier, comme le font les propriétaires de chiens, mais la bête est sournoise et pourrait bien revenir miauler à la fenêtre sans s’être allégée. Je pourrais lui mettre un bouchon ou ne lui donner que du poulet cuit à manger (constipation garantie), mais voilà, j’aime un peu ce parasite.

Alors je vais essayer le sable bio bobo, des copeaux de bois que je pourrai mettre au compost avec mes épluchures de légumes et mes mauvaises herbes en espérant que Madame trouvera la litière à son goût sinon nous serons dans la merde.

En attendant n’achetez plus de chatons, allez à la SPA récupérer un psychopathe abandonné. Il vous en sera peut-être reconnaissant un jour. Dans tous les cas coupez leurs coucouniettes et opérez ces dames, il y a vraiment trop de chats sur la planète. Et surtout, arrêtez de regarder, partager, commenter des vidéos chats sur Internet, pour limiter votre empreinte carbone et gagner un temps libre considérable.

The Game

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Je fais partie des pionniers du numérique français : la première machine sur laquelle j’ai programmé était un TRS 80 de Tandy et j’ai commencé à surfer sur le net aux débuts du web avec Compuserve. Bref je suis un vieux con.

Alors lorsque Alessandro Baricco a publié son essai sur le monde numérique, je me suis précipité chez mon libraire. Car si je suis Mac, iPhone, blogueur, surfeur, je lis encore des livres papiers et écoute des vinyles. 

Alessandro nous raconte l’avènement du numérique, cette révolution technologique et sociale, partant du postulat que les souffrances du XXème siècle ont engendré ce deuxième monde immatériel. J’avoue qu’au début sa thèse m’a laissé quelque peu sceptique lorsque je l’ai écouté présenter son livre sur ARTE dans le 28 Minutes. Il a cependant fini par me convaincre avec ses mots, mais je suis un garçon influençable.

A l’aide de plusieurs moments forts de cette épopée née dans la Silicon Valley (le Web, le moteur de recherche Google, Amazon, l’iPhone, Facebook), présentant quelques piliers de cette construction et traçant pour nous une carte du monde numérique, il raconte l’évolution de notre société, ses résistances, ses paradoxes avec une certaine distance cependant.

Moi qui baigne dans ce monde numérique, j’ai pris conscience de bien des postures, des paradoxes de ce miroir de notre quotidien dans lequel nous passons de plus en plus de temps. Sans être d’accord avec toutes ses assertions (il est artiste, je suis rationnel), il m’a ouvert les yeux sur la révolution culturelle que représente Internet et m’a fait réfléchir à bien des sujets comme ce qu’est aujourd’hui La Vérité dans ce monde deux point zéro.

J’ai pris conscience du Tout en lisant ce livre alors que j’en use chaque jour, l’accès à tous les contenus moyennant pas grand chose. J’ai également découvert que le Mouvement Cinq Etoiles était né sur la toile.

Le livre possède quelques lacunes (je regrette qu’il ait passé sous silence une des grandes révolutions de cette époque, à savoir l’avènement du libre, que ce soit celui de la création artistique ou celui du logiciel), mais il fera réfléchir ceux qui ne le font pas souvent (moi le premier) sur ce nouveau monde fait de réseaux sociaux, d’applications connectées, de jeux, ce monde qu’Alessandro appelle The Game.

Le commerce est loi

Patrouilles de CRS, contrôles et fouille au corps à l’entrée de la ville, transports ne desservant plus le centre, hordes de touristes, cars parkés sur les grands boulevards, la ville est en état de siège; le marché de Noël vient de débuter à Strasbourg. 

Comme je comprends l’exaspération des habitants, noyés dans les vapeurs de vin chaud, les odeurs de churros et les troupeaux en bonnets rouges à clochettes, ces habitants qui ne peuvent plus circuler librement chez eux. Oppressant.

J’ai passé les barrages avec un gros sac noir lourdement rempli de BDs, l’entrouvrant à peine, car il pleuvait ce jour là, ne montrant que la couverture de la première au vigile peu regardant. Caché dessous, il aurait pu y avoir 2 kg de plastique. Mais voilà, je ne dois pas avec la gueule de l’emploi. J’ai une tête de bon français. 

A quoi tout ce dispositif sert-il ? A rassurer les touristes qui dépensent leurs euros au marché de Noël, dans les restaurants, les hôtels et les boutiques de luxe ? 

C’est vrai, l’an passé nous avons eu peur, et c’est bien naturel, pensez donc, une fusillade en plein centre ville.

Mais est-ce que le dispositif alors en place a arrêté le tueur ? Non.

La ville sent les marrons grillés, le vin chaud, la cannelle, la vanille de synthèse. Les vitrines croulent sous les décorations et les chalets sont installés sur la place de la cathédrale.

Pourtant je n’ai pas envie de visiter le Marché de Noël cette année, encore moins que l’an passé. Trop de touristes se pressent dans les allées, trop de policiers scrutent les visiteurs, trop de Strasbourgeois sont pris au piège dans leurs appartements attendant que tout cela se termine enfin.

J’aimais tant le Marché de Noël avant que Strasbourg n’en devienne la capitale, avant l’invasion touristique de masse et la sécurisation à outrance. 

Aujourd’hui, avec ces barrages, cette foule compacte, cette agression sonore, ces patrouilles armées jusqu’aux dents, étrangement, j’éprouve plus que jamais un sentiment d’insécurité alors que je devrais être émerveillé par la magie de Noël. Quelque chose s’est brisé.

L’Escadre Frêle

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C’est avec le premier tome de la bande dessinée La Horde du Contrevent que je suis rentré dans l’univers de Alain Damasio. Une magnifique BD qui m’a donné envie de lire le pavé de l’auteur corse. 

Une lecture assurément difficile mais envoûtante. Alors quand le tome deux de Eric Henninot est paru, j’ai voulu vérifier si les bulles et les images auraient toujours le même pouvoir évocateur que les mots.

L’Escadre Frêle débute après la mort de Pietro et peu avant la rencontre avec les Fréoles. Un récit qui nous conduit jusque la Flaque de Lapsane, cette une immense étendue d’eau et marais, que la horde s’apprête à traverser malgré l’échec des toutes les précédentes.

L’heure est aux doutes pour la horde : trahison, épuisement, choix de route, ce tome est moins dans l’action et le vent que le premier ce qui nous laisse le temps pour apprendre à mieux connaître le monde, le passé trouble de Golgoth et des membres de la horde.

Si le récit en cases prend quelques raccourcis avec les phrases d’Alain Damasio, c’est pour mieux mettre en images ce chapitre plus lent du roman. Je n’aurais pas mieux imaginé le vaisseau fréole, à la fois fleur et machine et la double page représentant le centre de la Flaque Lapsane est tout simplement sublime. Parfois cependant, certains visages trop vites esquissés auraient pu être plus soignés, comme dans le premier tome.

Ce tome est riche en dialogues et voyage peu, l’opposé du premier et j’avoue avoir hâte de retrouver Golgoth, Erg et les autres pataugeant dans l’eau face au vent en train d’affronter les chrones. Une très belle bande dessinée qui rend accessible un roman qui pourrait rebuter les personnes qui lisent peu.

Bon à rien

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Dilettante, je m’intéresse à tout et je ne vais au bout de rien. Chroniqueur de rock progressif, je suis un non spécialiste du genre faisant l’impasse sur les discographies de nombreux groupes phares du genre. Photographe amateur, je possède un très bon matériel et pourtant mes clichés restent passe-partout dans le meilleur des cas. Blogueur, j’inonde la toile de ma prose auto-satisfaite remplie de fautes d’orthographe et lue par dix personnes au monde. 

Je suis un touriste, un rigolo même pas drôle qui survole sans jamais approfondir. Astronomie, informatique, musique, photographie, bricolage, littérature, jardinage, science-fiction, je dilapide mon temps et mon argent sans jamais aller au bout du sujet. Lorsque les difficultés surviennent, je passe à autre chose ou je trouve un raccourci pour ne pas m’infliger la honte d’un échec.

Ne serait-il pas plus intelligent de consacrer toute cette énergie débordante à une seule passion, d’aller au fond du sujet, de tenter d’être vraiment pointu dans un domaine ? 

Le problème c’est que des tas de domaines attirent mon attention, j’aimerais tout faire, tout essayer, tout connaître, enfin, presque tout. Au lieu de cela je possède un vernis Reader Digest, des résumés sur tout et surtout sur rien, un vernis facile à gratter sous lequel il n’y à rien. 

Vous me direz, de nombreuses personnes ne s’intéressent à rien, une vie sans passion, juste le foot, les gosses et le boulot. Mais sont-ils moins heureux pour autant ? Recherchent-ils cette reconnaissance futile de ceux qui en savent encore moins et qui sont éblouis par pas grand chose ?

Des fois je me demande à quoi peut bien servir cette fuite en avant dénuée de sens. Échapper au monde réel, au sordide quotidien ? 

Je pense qu’il est temps que je me remette sérieusement en question, que je laisse tomber la photo, le rock, le bricolage, les livres, les séries TV, le jardin, les jeux vidéos, le travail, la musique, les filles et que je me concentre sur une seule activité, l’unique l’ultime, la psychologie, pour aller au fond du sujet une fois pour toute, c’est à dire au fond de moi.

Sharp Objects

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Bienvenue à Wind Gap.

Camille Preaker, une journaliste rentre chez elle, dans sa maison d’enfance, pour enquêter sur les meurtres de deux enfants. Dans la grande demeure, Adora, sa mère, Amma, sa demie sœur et Alan, son beau père vivent comme à l’époque de la traite des noirs, mais au lieu de couper la canne à sucre, les mexicains employés par la grande exploitation y élèvent des cochons.

Dès les premières minutes, nous comprenons que les relations mère fille sont complexes et tendues, sa demie sœur adolescente joue à la maison de poupées le jour et boit de la vodka la nuit en arpentant la ville en rollers, le beau père écoute de la musique sur sa Hifi hors de prix et la mère fait salon et dirige Vickery, le chef de la police locale.

La série fait de nombreux flash back sur l’enfance de Camille, sur Marian, sa petite sœur décédée, son enterrement, sur leurs fugues en rollers, sur une cabane sordide au fond des bois. L’atmosphère de la petite ville est malsaine, faite de ragots, de vieilles histoires, rancunes, de la chaleur oppressante du sud et du poids des traditions.

Camille, notre journaliste, n’est pas très nette non plus il faut bien l’avouer. Elle sort d’un hôpital psychiatrique, boit comme un trou et est une adepte de la scarification. Et malgré des relations plus que tendues avec sa mère, c’est dans la maison familiale qu’elle va s’installer pour conduire son enquête, faisant resurgir dans son esprit déjà torturé, les fantômes du passé.

Mais Camille n’est pas seule, un flic, Richard Willis, est venu enquêter sur la mort de ces filles, filles à qui le meurtrier a arraché toutes les dents avec une pince, comme pour les cochons, afin qu’ils ne mordent pas. Lui c’est l’étranger dans la ville, celui qui ne comprend pas les gens, leurs silences, leurs codes sociaux mais qui est persuadé que les crimes sont l’oeuvre d’un tueur en série. Il se heurte à la non coopération de Vickery qui est persuadé que les meurtres sont l’oeuvre d’ouvriers mexicains alors que notre sombre étranger pense qu’il s’agit d’une personne de la ville.

La série en huit épisodes est lente, pesante, tendue, parfois à la limite du supportable et j’ai failli abandonner dès le second. Surtout n’en faites rien. Même si l’histoire ne raconte pas vraiment l’enquête la série dépeint un univers familial malsain et une petite ville sudiste. Tout s’accélère très vite dans les deux derniers épisodes, une fois que l’univers de Wind Gap a été bien posé. On ne regrette pas alors d’être allé au bout de la série.

La série est tirée d’un livre écrit par Gillian Flynn à qui on doit entre autres Gone Girl ou les Apparences, deux romans très sombres que j’ai dévoré. Un nouveau livre à ajouter à ma liste de lectures.

https://youtu.be/DgljcMqPG98

Romain Duris

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J’ai découvert Romain Duris avec le film de Cédric Klapisch en 2002, l’Auberge Espagnole. Si pour plein de raisons non avouables j’avais adoré ce film, je n’ai pas forcément toujours été emballé par l’acteur. Il faut dire qu’avec son sourire de tombeur et son physique d’athlète, il faisait parfois désordre dans le casting.

Et puis je suis tombé sur la série Vernon Subutex, ce disquaire marginal au chômage qui se fait expulser de chez lui un beau matin. Et j’ai découvert un autre Romain Duris, un acteur talentueux, crédible, touchant ainsi qu’une série rock’n’roll.

Sur fond de thriller, la série Vernon Subutex nous replonge dans le rock, l’histoire d’amis de la grande époque, gravitants autour de ce disquaire reconnu en son temps et la mort par overdose d’une rock star française qui faisait son comeback. C’est aussi la descente aux enfers d’un homme qui brutalement se retrouve à rue du jour au lendemain et qui après des squats chez des amis termine sous les ponts.

C’est aussi l’histoire de trois K7 vidéos, enregistrées par Alex, la rock star défunte, dans lesquelles il aurait fait des révélations fracassantes avant de mourir. C’est aussi un livre de Virginie Despentes (auteure que je n’ai jamais lu), apparemment très branché sur l’univers lesbien, ce qui donne l’occasion d’ajouter à l’intrigue principale, celle du disquaire, des récits parallèles et non anecdotiques qui à la fin de la série se rejoignent.

Clairement la série est sexe, drogue et rock’n’roll.Mais c’est surtout un magnifique jeu d’acteur signé Romain Duris, cet homme insouciant, venu d’un monde révolu, qui plonge dans la précarité.

Vik

Tout au nord de l’Islande, quelques jours avant Noël, une jeune femme trouve la mort, chutant d’une falaise dominant l’océan.

C’est la première fois que j’ouvre un roman de Ragnar Jónasson, un auteur de polars à succès semble-t-il. Après avoir tenté en vain de lire l’improbable Connerland de Laura Fernandez et avant d’attaquer The Game d’Alessandro Baricco, j’avais besoin de changer d’air, de style, de genre.

Du haut de cette falaise de Kálfshamarsvík, trois femmes sont tombées : la mère, la fille et la sœur, cette femme revenue dans la maison de son enfance après des années d’absence. A Kálfshamarsvík, il n’existe que deux maisons encore debout, celle de Reymar et celle d’Anor, deux maisons aux secrets bien gardés, aux histoires complexes et torturées, deux maisons, une pointe battue par les vents, des formations basaltiques et un phare où se déroule le drame et l’enquête.

Les suspects se comptent sur les doigts d’une main mais les deux enquêteurs auront fort à faire pour comprendre ce qui s’est passé sur cette falaise alors que le réveillon de Noël approche et que la neige recouvre les chemins menant au cap.

Vik se lit très vite et facilement. Le lecteur est immédiatement happé par l’atmosphère de cette demeure où vivent un vieil homme d’affaire et ses deux employés usés par la vie. Un roman humain où l’on découvre des traditions islandaises de Noël, des paysages désolés et grandioses, des personnages esquissés que l’on croit pourtant bien connaître à la fin du livre. Ce n’est pas un un « grand » roman, mais ce ne sera certainement pas le dernier Ragnar Jónasson que je lirai.

Edimbourg

En 1990, je partis avec un ami de longue date pour un périple écossais. Notre objectif se situait à l’extrême nord des terres des MacLeod, un petit archipel d’îles nommées les Orcades. Après un passage mouvementé à Londres en pleine Pool Tax, nous rejoignîmes la ville d’Edimbourg en bus, franchissant le mur d’Adrien, quittant les anglais pour les kilts mangeurs de panse de brebis farcie.

Edimbourg, outre la beauté de la ville, se devait d’être un pèlerinage obligatoire pour mon camarade et moi même. S’il m’avait initié à Genesis, Peter Gabriel et Steve Hackett, je lui avait fait découvrir Marillion et le personnage de Fish l’avait fasciné. Misplaced Childhood était sorti en 1985 et Clutching At Straws en 1987. Les paroles du poète maudit William Dereck Dick hantaient nos esprits et marcher sur le Royal Mile, trainer dans les pubs et admirer the Heart Of Liothian était un devoir de fan.

Misplaced est considéré à raison comme le chef d’oeuvre du groupe Marillion période Fish. Les chiffres parlent d’eux même : 1er des charts anglais pendant 42 semaines, 3ème en Allemagne pendant 45 semaines, un succès commercial et artistiques. Les chroniques de cet album qui fait toujours référence aujourd’hui sont légion sur la toile et les avis sont quasiment unanimes. Il faut dire que Fish s’y met à nu comme jamais, avant d’entamer la longue descente aux enfers qui le conduira à Clutching puis à se faire virer du groupe qui accouchera dans la douleur d’un Season’s End en 1989 avec Steve Hogarth au chant.

Misplaced Childhood représente le sommet de la carrière du groupe Marillion, seulement après trois albums, la consécration médiatique et celle du public, des concerts partout dans le monde, et une maison de disque qui se met à rêver de tubes à répétition. Mais c’est surtout un album sur l’enfance, l’enfance perdue de Fish racontée avec les fabuleuses guitares de Rothery et les claviers de Kelly.

Après Edimbourg, son château, ses pubs, ses rues, sa colline et ses souvenirs, nous remontâmes vers le nord, Inverness, Thurso puis la traversée jusque Stromness où débutait notre périple dans les Orcades. Après l’enfance de Fish, nous explorions l’enfance de l’humanité au milieu des cairns, tumulus, villages de l’âge de fer et ses selkies.

Si vous allez à Edimbourg, emportez avec vous l’album Misplaced Childhood, marchez sur les pavés du Royal Mile, découvrez le coeur du Lothian, dégustez une bière à la mémoire de l’enfant que fut Fish en buvant les paroles de Kayleigh. Vous n’écouterez plus jamais l’album de la même manière ensuite.