Lazuli – Etre et ne plus être

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Depuis des années, nos amis de Lazuli racontent sur scène et toujours avec le sourire, la dépression qui nous habite en ces temps de réchauffement climatique, de connerie humaine, de guerre, de montée du fascisme et de violence ordinaire.

Être et ne plus être, leur dernier album, paru le 30 janvier, le groupe ne va pas déroger à la règle, bien au contraire. En douze titres, Dominique raconte notre société en posant un regard souvent pessimiste sur l’humanité.  Et plus que jamais, Être et ne plus être est un album à texte. 

D’ailleurs la musique se fait plus discrète, usant de nouvelles sonorités, délaissant les grandes envolées de guitares et de léode pour mieux laisser entendre les paroles. 

Certes, il y a Romain qui se prend pour Rachmaninov dans ‘Quel dommage’, Arnaud qui joue quelques notes de blues, la léode qui miaule occasionnellement et la guitare acoustique solitaire de Dominique dans ‘L’instant’, n’empêche, cet album est différent.

D’abord, je n’aime pas vraiment la pochette avec ces trois bustes de glace qui fondent dans une flaque d’eau.

Ensuite les paroles me paraissent moins légères qu’à l’accoutumée. Elles sont empreintes de tristesse, de désolation, j’irai même jusqu’à dire déprimées.

Tout n’est pas désespéré bien sûr dans les mots de Domi, il y a encore de l’amour comme dans ‘Chaque jour que soleil fait’ et de la nostalgie dans ‘L’instant’ mais vous entendrez surtout beaucoup de désillusion et d’amertume comme dans ‘Quel dommage’.

Citons par exemple ‘Etre et ne plus être’ qui nous rappelle notre insouciance face au désastre climatique comme dans ‘Une chanson Cherokee’, l’humour noir de ‘Sourire’, le retour de la colère dans ‘Matière Première’, la mal bouffe de ‘Mon body se meurt’, des états d’âmes que résume bien le dernier morceau de l’album ‘Au bord du précipice’.

Ce sont les titres ‘Quel dommage’, ‘Être et ne plus être’ et ‘Matière première’ qui m’ont immédiatement interpellés par leurs paroles comme la musique.

J’ai eu plus de mal avec ‘Les 4 raisons’ et ses chœurs. Et que dire de la musique très épurée de ‘Au bord du précipice’ qui m’a tout d’abord surprise.

Il me faudra peut-être plus de temps que d’habitude pour adopter Etre et ne plus être, car il est très différent des autres albums de Lazuli (ce qui est toujours une bonne chose d’après-moi). 

Mais je suis certain qu’il va entrer dans la liste des albums que j’écouterai très régulièrement cette année.

Alors, foncez l’acheter, c’est un album que j’aime beaucoup, garanti sans IA, réalisé par des êtres humains laborieux, sensibles et faillibles.

Ils seront Chez Paulette vendredi 3 avril à Pagney derrière Barine près de Toul, pour l’anniversaire de l’association ArpegiA et joueront en première partie de Marillion sur la tournée française du groupe. Surtout ne les manquez pas.

HamaSaari – Pictures

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Le premier album de l’année 2026 est français, enfin pour moi. Il s’agit de Pictures du groupe HamaSaari.

J’avais découvert le groupe en live l’an passé au P8 à Karlsruhe et je suis tout de suite tombé amoureux de leur premier album Ineffable. Du coup j’attendais avec impatience la sortie de Pictures. Mais comme c’est souvent le cas chez moi, lorsque j’ai trop d’attente, je suis souvent déçu à l’arrivée.

Pictures n’a pas dérogé à la règle. Ma première impression fut des plus mitigée.

Pictures, se sont sept morceaux de cinq à six minutes pour moins d’de trois quarts d’heure de musique.

Sur cet album il n’y a plus de claviers (enfin il me semble), juste des guitares et une section rythmique. Les morceaux se partagent équitablement entre acoustique et électrique, certains sont épurés (‘Under the Trees’), d’autres nettement plus nerveux, un peu comme dans Ineffable mais en moins contrasté.

L’album s’inspire des mythes et légendes, des civilisations disparues, des rêves, de la réalité comme de la fiction. Enfin, c’est ce qu’écrit le groupe, car sans les paroles, je n’en sais pas vraiment plus.

Vous entendrez des références appuyées aux guitares de Porcupine Tree dans ‘Below the Lightnings’, ‘The Wild Ones’ ou encore ‘Home’, du Marillion sur ‘Lost In Nights’ (‘Ocean Cloud’),  ainsi qu’un peu Pink Floyd saupoudré partout ou encore de Karnivool. Bref des touches de rock progressif et de post rock sur une écriture très alternative.

Je n’ai pas aimé la brusque entrée en matière de Pictures avec la guitare qui ouvre ‘Below the Lightnings’. Je trouve cette approche trop directe. Le morceau aurait été plus à sa place un peu plus loin dans l’album.

Je n’ai pas non plus retrouvé la fraîcheur qui me plaisait tant dans Ineffable et plus j’écoute l’album, plus je lui trouve trop de points communs avec Porcupine Tree. Après, ce n’est pas forcément un défaut.

J’ai également trouvé que le titre acoustique ‘Under the Trees’ tournait un peu en rond avant d’en goûter toute la saveur.

Il m’a fallu du temps pour apprivoiser les sept morceaux. J’ai tout d’abord accroché aux titres les plus énervés composés par HamaSaari : ‘The Wild Ones’ et ‘Our Heads Spinning’ par exemple.

‘Frames’ est celui que j’ai adopté immédiatement, peut-être grâce à la présence de la bassiste et chanteuse malgache Christelle Ratri du groupe Kristel qui accompagne Jordan au chant. Je me suis réconcilié tardivement avec l’entrée en matière de ‘Below the Lightnings’, même si à chaque fois que j’écoute l’album, je suis surpris par son absence d’ouverture.

Je n’ai pas immédiatement adopté Pictures contrairement à son prédécesseur Ineffable, Il m’aura fallu pas mal d’écoutes pour rentrer dedans et je lui préfère toujours leur premier album sorti en 2024.

La proximité de plusieurs morceaux avec Porcupine Tree n’est sans doute pas étrangère à ce désamour. C’est souvent quelque chose qui m’agace. J’aime bien que les groupes prennent leurs distances avec leurs modèles.

N’empêche, j’ai hâte de revoir le groupe en live et je vous recommande quand même fortement la découverte de leur second album Pictures.

Monkeys On Mars – Monkeys On Mars

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Après le voyage sans retour de la chienne Laïka dans l’espace, ce sont maintenant des singes que l’on va envoyer sur Mars. Ils ne savent plus quoi inventer.

C’est Stéphane Gallay qui m’a fait découvrir Monkeys On Mars, la compression de deux groupes de stoner, Mars Red Sky et Monkey 3.

Je ne vais pas vous mentir, je ne suis pas un inconditionnel de ces deux formations françaises et suisses. Pourtant, lorsque j’ai écouté cet EP, symbiose de leurs deux démarches musicales, j’ai immédiatement accroché.

L’EP Monkeys On Mars ne comprend que trois titres pour vingt-huit minutes de musique, deux grands formats et un petit morceau de trois minutes qui n’est autre que la version edit du premier morceau. Les pièces empruntent principalement au psychédélique et au space rock avec des sonorités vintages pour faire bonne figure. Un EP majoritairement instrumental chantées par Julien Pras du groupe Mars Red Sky.

Le premier titre, long de dix minutes, s’intitule ‘Seasonal Pyres’, les bûchers saisonniers. Un long texte empreint de multiples connotations religieuses, qui reste, après plusieurs lectures, relativement ésotérique. Libre à vous de l’interpréter comme il vous plaira. La pièce prend son temps pour se mettre en place sur des claviers space rock avant l’arrivée de la basse et de la guitare. Le chant quasi féminin de Julien, prend alors la relève sur un rock progressif où les guitares ont le beau rôle.

‘Hear The Call’, le titre le plus long de l’EP du haut de ses treize minutes instrumentales,  baigne dans de fortes influences orientales. Un titre en trois grandes parties qui débute par une longue section space rock cinématique avant de nous guider en Orient puis de nous plonger dans du psychédélique au solo de guitare hallucinogène.

Bien évidemment, vingt-huit minutes, c’est bien trop court, surtout lorsque trois de ces minutes reprennent le premier morceau en version edit. Mais voilà, c’est très bon, alors pourquoi bouder notre plaisir ?

Le groupe passera au P8 à Karlsruhe en Allemagne le 25 avril, la dernière date d’une longue tournée européenne, je vais essayer d’en être.

Je vous engage fortement à découvrir cet excellent EP, il est à petit prix sur Bandcamp, alors ne vous privez pas.

HamaSaari – Ineffable

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Désolé, j’ai trou de mémoire, je ne me souviens plus qui m’a recommandé le groupe français HamaSaari, mais j’ai tout de même ma petite idée sur le sujet, ça doit être moi…

Bon, toujours est-il que j’ai mis leur album Ineffable dans un coin et que j’ai bien noté qu’ils passaient en concert le 22 octobre au P8 à Karlsruhe. J’ai écouté l’album et j’ai pris la route du P8.

Ineffable, sorti en 2023, est leur premier album. Sept titres pour trente-neuf minutes de musique prog/alternative à tendance acoustique. Le prochain arrivera début 2026. Mais HamaSaari est né sur les cendres du groupe Shuffle que j’avais découvert du temps du webzine Neoprog.

Le quatuor joue de guitares, de batterie et de basse. Leur musique me fait penser à des groupes comme Klone, Lag I Run ou encore Wolve. Et si vous avez lu quelques-unes de mes chroniques sur ces groupes, vous comprendrez vite pourquoi j’aime HamaSaari.

Les morceaux sont majoritairement softs avec quelques poussées plus électriques sorti de ‘White Pinnacle’ qui donne clairement dans le metal prog énervé avec même du growl.

Ineffable est un album à l’écriture classique et très originale à la fois. J’en suis tombé amoureux dès la première écoute.

Le chant clair un peu fragile associé à ces guitares électro-acoustiques qui de temps en temps durcissent le ton, rappellent Porcupine Tree sans les plagier comme dans le titre ‘Old Memories’.

Il y a quelques claviers, mais juste en trame de fond. On pourrait s’en passer, d’ailleurs, en live, il n’y en avait pas.

‘Crumbs’ joue de l’américana pour nous parler de la révolte quand ‘Lords’ revisite notre catéchisme, d’abord en douceur avec ses délicieuses notes de guitares avant de hausser légèrement le ton et finir sur un instrumental tout en délicatesse.

Une des merveilles de cet album (il y en a plein) s’appelle ‘Prognosis’. Le dernier morceau de l’album, d’un peu plus de quatre minutes, me transporte à chaque écoute. Il est joué tout en retenue dans des tonalités électro acoustiques fragiles, avec un court texte en forme de conclusion.

J’adore également la bombe thermonucléaire de ‘White Pinnacle’ qui met sens dessus dessous tout l’album. Il faut dire que les paroles ne font pas dans la dentelle puisqu’elles évoquent à demi-mots de ces curés qui abusent du corps des enfants au lieu de sauver leur âme.

Ineffable serait sorti cette année, il figurerait dans mon top 2025, car j’en suis tombé amoureux.

J’attends le prochain album de HamaSaari avec une impatience teintée d’inquiétude mais les premiers extraits que j’ai entendus en live me donnent de l’espoir. C’est toujours compliqué un second album.

Allez écouter Ineffable, aller écouter HamaSaari en live, ce groupe est plus que prometteur.

La fin des dinosaures

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L’amateur de rock progressif français est une espèce en voie d’extinction qui appartient au troisième âge. Il parle plus de sa prostate que du dernier album de The Flower Kings. Tous ses tee-shirts XXL possèdent une étrange déformation au niveau du nombril que l’on nomme communément le bébé houblon. Il écoute principalement des artistes anglophones mais ne comprend pas un traître mot de la langue de Shakespeare, de toute manière il est à moitié sourd.

Le proghead béret braguette est fidèle en amour. Il n’admettra jamais que son groupe fétiche pourrait avoir commis un jour une bouse. C’est également un intégriste qui chante le Genesis en latin. Il n’écoute que du prog, décliné sous toutes ses formes, rétro-prog, canterbury, prog symphonique, post-rock, doom, métal -prog, psychédélique, stoner, jazz-fusion, space-rock, cinématique, néo-prog, zeuhl, hard-rock… attention, c’est pointu !

Chaque année il part en croisière avec ses potes et ses artistes adulés pour des heures de concert, d’autographes et de bain de soleil. Pour peu que le navire croise un iceberg, le rock progressif, qui se fait déjà bien rare, disparaîtrait définitivement de la scène musicale.

Il se rend à de nombreux concerts partout en Europe en déambulateur, mange dans des restaurants étoilés et dort dans des hôtels confortables. Car il est vieux donc il a les moyens. Il se plaint quand même du prix du compact disk et des vinyles de temps en temps, il faut dire que le digital, il ne connaît pas et qu’il s’offre plusieurs albums par semaine.

Dans vingt ans, sans même la chute d’une météorite, ce sera une nouvelle extinction de masse. Celle des amateurs de rock progressif et des artistes qu’ils écoutent. Parce que vu la pyramide des âges, on sera tous bientôt six pieds sous terre.

Moonshine Blast – Realm of Possibilities

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Entre des écossais et des allemands, j’ai décidé de glisser un groupe français qui chante en anglais, histoire de changer un peu de langue.

Je ne sais plus vraiment comment j’ai entendu parler de Moonshine Blast et peu importe. Il s’agit de quatre musiciens de la région parisienne qui proposent du rock progressif à la sauce alternative.

J’avais survolé leur premier album Reality Fear sorti en 2018 sans être totalement convaincu et j’attendais leur prochain effort pour voir s’ils progresseraient. Et pas de doute, Realm of Possibilities change de braquet.

Leur nouvel album est ambitieux avec douze titres en comptant ‘The Cell’, le grand format de plus d’un quart d’heure. Realm of Possibilities explore de nombreuses facettes du rock progressif, des morceaux de quatre à seize minutes qui empruntent au prog, au métal, à l’alternatif et aussi à la pop.

Fatalement, on y retrouve de nombreuses influences comme celle de Porcupine Tree qui est certainement la plus flagrante. ‘Only You’ flirte plutôt avec la pop quand l’instrumental ‘Liquid Feels II’ porte clairement la marque du rock alternatif expérimental de Steven Wilson et que ‘Broken Arrow’ possède quelques passages néo-progressifs quand ‘Fractal’ emprunte des éléments à Opeth.

Pour continuer les comparaisons, j’entends dans Realm of Possibilities du anasazi avec ‘When The Wind Blows’, du Cris Luna sur le rageux ‘Strangled’, du Marillion ou du Peter Gabriel, mais l’influence la plus évidente reste, je l’ai déjà dit, celle de Porcupine Tree.

Le titre album compte peut-être parmi les plus originaux, disons que j’ai beaucoup plus de mal à le raccrocher au travail d’autres artistes que j’écoute régulièrement. J’aime beaucoup son ouverture à la basse et la guitare ainsi que l’énergie de la voix Nicolas.

Je trouve que le groupe ne maîtrise pas vraiment la forme longue. ‘The Cell’, du haut de ses seize minutes, est un titre prometteur sur le papier. Hélas, je me perds rapidement en route, passé sa première partie presque psychédélique. Au bout de quatre minutes, Moonshine Blast se lance dans un quasi cover Porcupine Tree qui traine ensuite en longueur, et là, je décroche à chaque fois.

Et c’est bien dommage, car l’album s’achève sur une petite pépite, le délicat ‘When The Wind Blows’ qui débute à la guitare acoustique et au chant pour s’enrichir progressivement de claviers, de batterie et de guitare électrique.

L’album est assez varié, ce qui est une bonne chose si l’on considère sa durée. Par contre, il lui manque une identité bien marquée, et le chant, pourrait être mieux maîtrisé et plus varié.

Realm of Possibilities est album intéressant, certes pas très original et sans doute trop long à mon goût, mais il mérite la découverte.

ANASAZI – UNIVERSE 25

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Je viens de bousculer ma programmation musicale 2025 pour vous parler du dernier album d’ANASAZI. Oui, j’ai bien écrit ANASAZI en majuscules, car pour la première fois le groupe Grenoblois écrit son nom en capitales.

Et ce n’est pas la seule première.

UNIVERSE 25 est aussi un album sans paroles, quarante-sept minutes cent pour cent instrumentales, du jamais vu jusqu’à ce jour.

Je ne m’attendais vraiment pas à ça. Je ne vous cache pas que j’ai été surpris, voire tout d’abord déçu.

Je connais le groupe depuis près de vingt ans. J’ai suivi leur carrière et écouté tous leurs albums, d’ailleurs certains tournent en boucle régulièrement à la maison comme playing ordinary people, et ce, depuis The Principles Of (Hate). Toutefois, arrivé à la fin du septième morceau de Universe 25, j’avais totalement changé d’avis.

Je venais d’écouter un album instrumental, post-rock, pendant lequel je ne m’étais pas ennuyé une seule seconde, ce qui est suffisamment rare pour être souligné.

Tout d’abord, j’ai retrouvé l’univers sonore d’ANASAZI (décidément je ne m’y ferai pas avec les majuscules), les guitares de Mathieu et la batterie d’Anthony sans parler de l’orgue joué par Tristan. J’ai retrouvé la rage et la douceur des paroles de Mathieu dans ses notes de guitares électriques et acoustiques.

Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de parole qu’une musique ne raconte rien. D’ailleurs chaque pièce possède son histoire : des inspirations de films (Ghost Story, Into The Wild’), une expérience scientifique (Universe 25), des sessions de jam, dls titres sont la continuation logique du morceau ‘once dead’ écrit pour l’album ask the dust sorti en 2018.

Les morceaux sont variés, libérés des multiples influences qui ont fait grandir le groupe. On retrouve bien entendu le jeu de guitares d’anasazi, ces délicates mélodies acoustiques qui rencontrent de lourds riffs sur le jeu des sticks du batteur de Collapse.

Je ne vais pas vous décortiquer tous les morceaux, mais simplement jeter un coup de projecteur très subjectif sur trois d’entre eux, afin de vous donner un aperçu de cet album :

Le titre ‘UNIVERSE 25’, qui donne son nom à l’album, est, un must, d’une part, par sa durée, presque dix minutes, ensuite par l’atmosphère qu’il construit. Il me fait beaucoup songer au travail du groupe suisse Ticket To The Moon dont je vous ai parlé à de nombreuses reprises. Le morceau parle d’une expérience réalisée sur des rats en rapport avec les liens sociaux et la surpopulation. Une expérience qui fait froid dans le dos avec nos huit milliards d’habitants si ses conclusions pouvaient être rapportées à l’homme.

Le morceau le plus lent de l’album s’intitule ‘The Rite’. On n’est pas loin d’une écriture incantatoire que l’on retrouve chez quelques groupes de la mouvance psychédélique. Mais ne vous fiez pas aux cinq premières minutes, la pièce prend un virage métal expérimental tourmenté quand arrive le rite.

Sur le dernier morceau ‘Start Anew’, Mathieu se lâche nettement plus à la guitare. D’ordinaire, il confiait quelques soli à Tristan, cette fois, c’est lui qui s’y attelle avec brio. Une pièce dans laquelle l’orgue joué par Tristan Klein rencontre les guitares de Mathieu sur la batterie posée d’Anthony. Mais soudain, à partir de la troisième minute, tout bascule, la guitare livre une explosion de riffs suivie d’un long solo éblouissant.

Je me rends bien compte que je n’ai jamais dit du mal d’un album d’anasazi depuis leur début. Je ne suis pas du tout objectif lorsque je parle de ce groupe, d’ailleurs, je ne suis jamais vraiment objectif lorsque je parle de musique. N’empêche, encore une fois les grenoblois m’enthousiasme comme rarement, surtout avec un album instrumental, genre que je ne prise pas particulièrement.

Universe 25 mérite un pressage vinyle, au minimum une édition CD, afin qu’il ne disparaisse pas au fil des mois dans ma grande collection digitale.

Je vous le recommande donc chaudement, et qui sait, avec un peu de chance, si vous êtes nombreux à encourager le groupe, peut-être verrons-nous sortir un jour une édition physique de ce très bel album.

Oddleaf – Where Ideal and Denial Collide

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C’est encore une fois Stéphane Gallay qui m’a vendu le groupe français Oddleaf. Lui a reçu leur premier album Where Ideal and Denial Collide en service presse. Moi je l’ai acheté.

Oddleaf est une jeune formation française née en 2020 qui joue du rock progressif inspiré de King Crimson, Jethro Tull, Genesis mais aussi de The Flower Kings ou Steven Wilson. Du prog de haut vol avec flûtes, claviers, guitares, basse, batterie, chant et chœurs joué par cinq musiciens, deux filles et trois garçons.

Where Ideal and Denial Collide comprend six morceaux de une à quatorze minutes dont trois qui dépassent les dix et un qui frise les huit.

Un concept album très instrumental qui parle de notre planète bleue et de ses habitants qui l’ont irrémédiablement empoisonnée et défigurée. Les textes parlent de la beauté de notre monde avant que l’homme n’en fasse un dépotoir, du réchauffement climatique, de la montée des océans, du COVID-19, du numérique qui nous submerge mais aussi de la nature qui résiste tant bien que mal.

Les compositions sont signées par Carina Taurer, la claviériste du groupe. Est-ce donc un hasard si l’album est d’une grande richesse en claviers de tous poils  comme dans le long et brillant instrumental ‘Coexistence – Part I’ ?

Pour la petite histoire, elle jouait auparavant avec le flûtiste du groupe, Mathieu Rossi, dans le trio de musique médiévale Vagarem.

Le timbre d’Adeline Gurtner me fait un peu songer à celui de la chanteuse de Magenta, Christina Booth quand sa ligne vocale me rappelle celui d’Elodie du groupe Auspex. Une voix qui a toutefois tendance à me fatiguer quand elle monte en force dans la gamme. Mais comme l’album possède une forte composante instrumentale, ça passe sans douleur.

Pour la musique, rien à dire, c’est du lourd. Le groupe assure et les compositions sont d’une grande richesse. Difficile de faire plus progressif d’autant qu’il y a de la flûte et des claviers vintages rugissants au menu. Les sections instrumentales sont tout simplement éblouissantes et le dernier titre ‘Coexistence – Part I’ est un feu d’artifice qui ravira les amateurs de rock progressif. C’est d’ailleurs mon préféré.

Donc si vous voulez écouter du rock progressif français de très bonne facture, foncez découvrir le groupe Oddleaf, il est sur Bandcamp et propose même une belle édition CD en digipack, comme ça vous avez le choix.

Wormsand – You, The King

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Ce n’est pas souvent que j’écoute du stoner, encore moins du stoner français. Pourtant je suis tombé, je ne sais plus comment, sur l’album You, The King du groupe Wormsand et j’ai craqué.

Un album de huit titres de deux à sept minutes chanté en anglais et joué par un trio de Menton. Il s’agit de leur troisième production après un EP en 2019 et un premier album en 2021.

Stoner est clairement trop réducteur pour décrire la musique du ver des sables. Sludge psyché stoner serait plus approprié en réalité.

Ne nous mentons pas, la pochette du disque réalisée par l’illustrateur Johrice m’a tout de suite tapé dans l’œil, je la trouve magnifique. Un roi vêtu de bleu au visage grisâtre partiellement masqué par sa couronne imposante. Une image totalement raccord avec le thème de ce concept album puisque l’on parle ici du déclin d’un roi.

C’est pourtant la musique qui m’a amené à cet album. Un stoner lent, appuyé, frisant souvent le psychédélique où scream et chant clair racontent la chute du souverain sur des guitares saturées et pesantes d’où surnagent quelques accords plus clairs.

De prime abord, la musique et le concept font de You, The King un album très homogène. Mon oreille n’étant pas vraiment familiarisée avec les subtilités du stoner, j’ai tout d’abord entendu le gros son des coups de boutoirs de la basse de Clément et de la guitare de Julien. Du coup ce sont les contrastes vocaux (et il y en a pas mal) qui ont commencé par rythmer l’histoire. Le chant clair de Clément me fait penser à Ghost quand le growl bien épais de Julien nous ramène à du post hardcore démoniaque.

Au gré des immersions successives dans l’album, les soli de guitares comme dans ‘Digging Deap’, les subtils breaks à la ‘Daydream’ et les intros inventives comme celle de ‘You, The King’ (second du nom), m’ont prouvé que Wormsand ne se contentait pas de jouer un stoner basique. En réalité leur musique est complexe, très écrite, bien loin des standards du stoner. Je trouve d’ailleurs You, The King nettement plus subtil et mieux produit que leur premier album Shapeless Mass sorti il y a trois ans.

Si je critique souvent les groupes français essayant de chanter en anglais, sincèrement je trouve que Wormsand s’en sort avec les honneurs. Disons qu’avec mon niveau dans la langue de Shakespeare je n’y vois que du feu.

Si vous aimez le stoner raffiné, je vous recommande chaudement la découverte You, The King, vous ne serez pas déçu du voyage.