Une interview

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Chaque interview est une rencontre. Une rencontre avec un inconnu célèbre. Une trentaine de minutes de face à face, pendant lesquelles chacun doit trouver ses marques et écouter. Tout se fait très vite, après un rapide bonjour, deux banalités, la peur au ventre, face à des monstres sacrés du rock, il faut se lancer, avoir l’air professionnel, ne pas commettre d’impair, être à l’écoute et comprendre le chemin sur lequel veut vous conduire l’artiste.

Le chroniqueur n’arrive pas les mains dans les poches à une interview, il a préparé son travail, la biographie, la discographie, s’est plongé dans le dernier album du groupe, dans les textes. Hélas, il arrive que l’on sache quel personne on va interviewer à la dernière minute et là l’exercice devient délicat, il faut vite se renseigner, ré orienter les questions.

Souvent l’artiste pense que vous connaissez tout de lui et de la musique et vous parle de groupes ou de musiciens dont vous n’avez jamais entendu parler. Le tout c’est de ne pas paraître trop bête dans ces cas là et se renseigner après. Il arrive également que les questions posées dérangent, agacent. Ils faut alors bien lire les signes pour ne pas s’enfoncer d’avantage et ne pas transformer une interview sympathique en enfer.

Il arrive que les réponses soient non publiables, des réponses agacées, des skud lancés en direction d’autres artistes, des réponses à mourir de rire (oui mais s’il te plaît ne publie pas ça), des scoops énormes mais à garder au chaud pendant plusieurs mois car rien n’est vraiment signé.

Dans l’ensemble, nous nous en sommes pas trop mal sorti, même avec mon anglais pathétique.

Une interview c’est une semaine de stress, trente minutes de discussion et quinze à vingt heures de transcription, traduction, relecture et mise en page, tout ça pour moins d’une centaine de vues parfois. Pas rentable assurément. Alors nous avons décidé de n’en faire que pour le plaisir ou pour rendre service.

Mais comment résister à l’envie de rentrer dans l’intimité de la vie des artistes, s’installer dans leur loge, assister à la préparation de leur concert, les entendre parler de sujets improbables, rire, parler de leur passion, la musique, découvrir la personne qui se cache derrière l’icône rock, doubler la file de fans attendant l’ouverture des porte et rentrer dans le saint des saints, sous les regards dégoûtés des groupies frigorifiées par une pluie glaciale qui attendent là depuis des heures ?

Rencontres

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Mon interface neurale d’association visage/prénom est défectueuse et croyez-moi, c’est un sérieux handicap dans la vie.

Même des personnes que je croise régulièrement peuvent perdre leur identité en peu de temps. 

Imaginez moi criant “oh Joséphine” dans un moment d’intimité avec mon épouse Isabelle. Oui ce serait embarrassant, mais là, il se peut que le problème soit ailleurs.

Dans la vraie vie, j’ai du mal a mettre un prénom sur un visage et inversement. Alors quand il s’agit de rencontres IRL, tout devient plus compliqué. Tant que l’on en reste à des échanges sans importance, tant que le pseudo ne change pas ou que l’image de profil reste constante, je m’en sors honorablement. Mais dès qu’un changement survient, c’est la panique. Qui est-ce, un lecteur, un musicien, un promoteur, un contact, un ami ? Les malentendus sont légion et parfois embarrassants.

Le cauchemar absolu c’est lorsque l’échange virtuel se concrétise dans le monde réel, vous savez, les sites de plan c…, je veux dire de rencontre. Enfin bref, lorsqu’une personne avec qui j’ai échangé des mois durant sur Facebook se retrouve face à moi, c’est le drame. Si le visage me dit quelque chose, je ne situe plus la personne, son occupation, le lien qui nous uni, et bien entendu son prénom.

Donc je fais le mort. Je ne vais pas vers les gens. J’attends qu’ils fassent le premier pas. C’est d’ailleurs ce que j’ai toujours fait avec les filles, mais ça c’était pour éviter les râteaux.

Quand j’arrive à un concert, c’est souvent le drame. Dans la queue y a des personnes qui me disent bonjour. Alors je dis “salut”. Mais bien souvent je ne sais absolument pas de qui il s’agit. Je vous assure je ne fais pas le fier, je ne suis pas une star non plus avec 10000 fans, j’ai juste un problème d’interface neurale. Il y a bien des bouilles que je remets à force, mais les prénoms, quelle chianlie !

Bref je ne fais le mort. Si la personne me reconnait, et qu’elle désire me parler, commence alors un étrange manège :

Monsieur X – ‘Salut JC’.

Oups, c’est qui là ? Il a une gratte en main, ça doit être un zicos.

Moi – ‘Heu salut’

Monsieur X – ‘C’était cool ton article là sur nous’

Merde, c’est qui nous ?

Moi – ‘Ben c’est sympa ce que vous faites aussi’.

Monsieur X – ‘J’espère que tu vas aimer ce soir’

Bon y a deux groupes ce soir, trois guitaristes, c’est bien une guitare ? Te mouille pas trop.

Moi – ‘Je suis certain que ça va être super, vous jouez en premier ?’

Monsieur X – ‘Oui, comme ça on sera moins crevé ‘

Ha j’approche. Ils ont deux guitaristes les toulousains.

Moi – ‘Ben oui avec la route c’est fatiguant’

Monsieur X – ‘Oui enfin on a 30 km à faire, c’est pas la mort’

Putain, c’est le groupe local, ils ont inversé la programmation les cons !

Moi – ‘Oui bon mais quand même’

ça y est je vois le groupe, maintenant c’est quoi son prénom, David, Donald, Darwin, ça doit être David, on a jamais vu un alsacien s’appeler Donal ou Darwin sérieusement. Reste prudent quand même...

Monsieur X – ‘Au fait, tu n’as pas vu David ?’

Rhooo putain !

Moi – ‘Heu non, pas encore…’

Monsieur X – ‘Faut que je lui file sa guitare’

Putain c’est qui lui ?

Monsieur X – ‘Bon je te laisse JC, faut que je trouve à tout de suite’

‘Oui à toutes’

Putain putain putain, mais quelle buse !

Voila, vous savez tout maintenant. Mais pas la peine de me faire le coup du “coucou chéri” en me sautant dans les bras, car je reconnais les hommes des femmes, enfin le plus souvent, et mon épouse, après 26 ans de mariage, je sais à quoi elle ressemble.

Non à la dématérialisation

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L’heure est à la dématérialisation. Même dans la fonction publique. Mais là, ce sont les agents que l’on passe au broyeur. Le papier lui, il reste, conservé précieusement dans dans des cartons dans des sous-sol humides et poussiéreux pour qu’il pourrisse lentement. Mais auparavant, nous les numérisons, car allez retrouver la note 35B de la DSO dans les lugubres rayonnages de nos archives secrètes, éclairées par des néons qui clignotent de manière sporadique.

La musique a été dématérialisée à perte, copiée, dénaturée mais la tendance aujourd’hui est de revenir à la gravure. Le livre perd ses feuilles à l’automne du patriarche, se télécharge et tue à petit feu les librairies de quartier. Les bandes dessinées suivent elles aussi cette impitoyable éradication pixélisée. A quand la famille 32 bits ?

Mais la plus grande perte, lors de cette déferlante digitale, ce fut celle des billets de concerts. Aujourd’hui un QR code vous ouvre les portes des salles, à moins que ce ne soit un petit canard tamponné sur le poignet. Les billets de concert, je les conservais comme un fétichiste collectionne les petites culottes, soigneusement rangés dans un tiroir, souvenir de grands moments passés avec Peter Gabriel, Pink Floyd, Sting ou Fish (je parle bien des billets, pas des petites culottes). Des bouts de carton colorés, où figuraient la date, le lieu, l’artiste, l’artwork de la tournée, des objets de collection, aujourd’hui quasis introuvables.

Numérisez les décisions administratives si vous le voulez (je travaillerai d’autant plus vite), compressez la musique à souhait (je ne l’écouterai pas), transformez les livres en octets si cela vous chante (je ne les lirai pas), mais rendez-nous nos billets de concerts par pitié !

Vous verrez, un jour, ils finiront même par digitaliser les sous-vêtements féminins si on les laisse faire…

On va le payer

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En climatologie, lorsque nous subissons un épisode de sécheresse intense, les vieux, qui n’ont toujours pas intégré le concept de réchauffement climatique, disent à chaque fois la même chose : “On va le payer”. Comprenez, Gaïa, mère nature, va rééquilibrer tout ça en nous faisant tomber sur la figure des trombes d’eau pendant des jours. Autant en météorologie ce concept d’équilibre est totalement inepte, autant dans la vie courante, mes excès se payent toujours au prix fort.

Janis et Out5ide à Barr, O.R.k. et de The Pineapple Thief à Strasbourg, Lifesigns à Russelsheim, Collapse à Strasbourg, le programme des derniers jours bien fut chargé. C’est toujours dans ces moments là que l’on nous demande de couvrir O.R.k. à Paris, Haken à Lyon, Manticora à Karlsruhe, Evergrey à Mulhouse alors que la boite mail déborde, que les artistes nous sollicitent, qu’au travail je tiens trois postes en même temps et qu’à la maison la plomberie fuit.

Ces excès d’activité, cette frénésie, qui me caractérisent, se payent chaque fois le prix fort. Après les pics, viennent les creux, de longues phases d’apathie, d’épuisement, pendant lesquelles je ne trouve la force que de lire des BDs faciles et d’écouter de la musique pour le plaisir. J’ai un fabuleux bouquin à lire, mais je m’endors au bout d’une page, même Lanfeust de Troy n’arrive à tenir mes paupières ouvertes que sur une vingtaine de planches. Je peine à avancer sur ma chronique, pourtant un album sublime, et je procrastine devant le PC, retardant le moment où il faudra transcrire l’interview de Lorenzo, préparer les chroniques de la semaine prochaine, faire les comptes, passer l’aspirateur, régler la tuyauterie du lavabo, changer la caisse du chat, aller faire des courses.

Le problème, c’est que l’horizon ne s’éclaircit pas franchement, avec Out5ide qui passe chez Paulette le 23 mars, Soen le 3 avril au Z7, Crippled Black Phoenix le 4 à la Laiterie, Neal Morse le 10 au Z7, ARENA le 11 au Das Rind, un tribute à King Crimson le 11 à l’Espace Django à Strasbourg, le Art Rock Festival du 12 au 14, RPWL le 20, Orphaned Land le 23 au Z7… Comment choisir ?

Il fut un temps, lorsque je ne connaissais moins de groupes, je trouvais que les concerts étaient bien trop rares. Aujourd’hui, je trouve qu’ils sont trop nombreux. Même si je m’efforce d’aller à la découverte de groupes que je n’ai jamais vu en live (O.R.k., Lifesigns, Crippled Black Phoenix, Orphaned Land), le webzine est également sollicité pour couvrir des événements, l’occasion d’interviews, de photographies, de rencontres, comment refuser ? A chaque fois cela me crève le cœur de dire non, désolé, on ne peux pas, on ne pourra pas interviewer Manticora, couvrir Evergrey, revoir O.R.k. aller à la release partie de Moyan.

Le rêve serait de professionnaliser le webzine, de le transformer en quelque chose qui me permette de m’y consacrer à temps plein, d’en tirer au minimum un SMIC, mais comment ? Ouvrir une boutique de CDs ? d’autre l’ont fait sans succès. Mettre de la pub ? ça ne rapporte rien. Un bouton de donation ? la bonne blague. Devenir manager de groupes ? je n’ai pas les contacts même si j’ai été sollicité, et puis comment être objectif et manager des groupes ? Épouser une vieille rockeuse pleine de tunes ? je suis déjà marié. Vendre de la drogue ? Je risque de tout consommer. Et puis, sincèrement, étant donné le nombre de visiteurs, si je veux monétiser, il va falloir passer à Booba, Céline Dion et laisser tomber le rock progressif. Quel intérêt alors ?

En fait j’ai trouvé un plan : je vais vendre mon corps à la science, car avec l’abus de triptans, de corticoïdes, d’antibiotiques, ma dégénérescence osseuse, mes migraines, mes genoux foutus, mon rein boiteux sans parler de mon cerveau malade, je dois être un bon cas d’école. J’espère juste que, contrairement Au Sens de La Vie, ils ne viendront pas récupérer ma carcasse fourbue avant qu’elle n’ait officiellement cessé de fonctionner.

Tyrannique ?

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Je suis apprécié de mes supérieurs hiérarchiques. Ils me considèrent comme sérieux et fiable. Quand ils me donnent un travail à réaliser, je m’en occupe immédiatement à condition d’avoir le temps. Quand ils me recommandent des méthodes de travail, je les applique, même si je les trouve débiles. Je suis un bon soldat.

Je travaille mieux que les autres, non pas que je sois docile, mais j’ai l’air sérieux. J’ai toujours été bien noté, même quand je n’en branlais pas une, caché derrière mon écran Facebook. Je ne suis pas franchement une lumière non plus mais je suis très organisé. Lorsque l’on me montre comment procéder, j’enregistre et après quelques tâtonnements arrive toujours avec une méthode plus efficace, donc plus rapide, qui me laisse autant de temps pour me reposer.

Je ne fais pas grève car je trouve à chaque fois que les syndicats mènent le mauvais combat, le plus souvent, je valide les réorganisations, bref je suis vendu, un lèche botte, un collabo, dénué de toute ambition, étrangement. Pendant l’occupation, je suis certain que j’aurais fait du bon travail pour la Gastapo, pas certain par contre de garder beaucoup d’amis à la libération du coup.

Si j’étais chef, je serais une crevure, un sale con dictateur ne faisant pas confiance à son équipe et plus exigeant pour les autres que pour lui même. Humain ? Certainement pas.

Pour le malheur de certains, j’ai une petite équipe de collaborateurs travaillant pour le webzine, des personnes qui bossent sans salaire ni compensation pour signer de leur prénom des chroniques de rock progressif. Non content de ne pas les payer, de ne pas les récompenser, je les tanne régulièrement pour qu’ils produisent plus de mots à la minute, qu’ils maîtrisent les arcanes du HTML, qu’ils se débrouillent avec des suites bureautiques collaboratives, qu’ils se lancent dans des interview démentes ou des live reports marathon. Bref j’exige d’eux ce que je fais par passion en y consacrant presque tout mon temps libre. En fait, j’aimerais bien qu’ils soient aussi motivés que moi. Je suis un monstre.

Alors pour une fois, je vais leur rendre hommage à ces petites mains pigistes : bravo les gars, vous faites du bon travail, c’est beau, ok vous pourriez en faire un peu plus, un tout petit peu plus… Mais putain, bougez-vous le cul, on publie cinq chroniques la semaine prochaine et je n’ai toujours pas reçu vos copies, mais qu’est-ce que vous foutez ?!

Vous voyez comme je suis, même là je ne peux m’en empêcher…

La dérive

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Nous allons parler une fois encore de notation.

L’objectif de l’éducation nationale est que 90% des français obtiennent leur baccalauréat. Comment y arriver ? Améliorer l’enseignement ? Non trop compliqué. Rendre les français intelligents ? Impossible. Donner le bac dans une pochette surprise ? En voila une bonne idée.

Pour les chroniques, c’est un peu la même chose semblerait-il. Avez-vous calculé la moyenne des notations dans un webzine ? Elle tourne le plus souvent autour de 4/5, 9/10 ou 18/20, à croire que tous les albums critiqués sont très bons ou que les quelques bouses sont sauvées par de grands chef d’œuvres.

Certains magazines n’hésitent pas à affiner l’échelle avec du 4.6/5 afin de différencier l’album à 4.5, du suivant, un tout petit peu supérieur qui aura 4.6… A quand le 4.657124 ? D’autres ont supprimé la note, tout simplement, lisez le texte, vous saurez ce que nous en pensons, moi j’aime bien l’idée même si les artistes préfèrent souvent les étoiles (ça leur évite de lire).

Lorsque nous écoutons le meilleur album d’un groupe, nous avons tendance à lui donner la note maximale – encore que certains chroniqueurs se l’interdisent systématiquement, car la perfection n’existe pas – mais si l’album suivant était meilleur encore, que ferions-nous alors ?

Si dans la carrière d’une groupe, il y a une petite faute de parcours, il est rare que l’album soit sanctionné. Comment punir un groupe que l’on aime ?

Il existe des chroniqueurs lèche boules, mais nous en avons déjà parlé. Il existe ceux qui ne donneront jamais la note maximale. La sélection naturelle joue également beaucoup sur la notation : les chroniqueurs choisissent de préférence de bons albums à des merdouilles innommables pour leurs longues heures d’écoute.

On refuse aux mauvais élèves l’entrée en terminale et du coup les statistiques au bac sont excellentes. Ça s’appelle l’élitisme.

Mais qu’est-ce qu’un mauvais album après tout ? Une mauvaise production, un manque d’originalité avéré, une musique inaudible ?

Quel note donneriez-vous au premier album de Genesis, Genesis to Revelation ? Parce que bon voila quoi, honnêtement, sa production est épouvantable, la musique n’a pas encore atteint la maturité d’un Foxtrot et on retrouve dans ces premiers balbutiements la marque de nombreux groupes de l’époque. Alors… Vous lui donneriez quoi ? Un 2/5 ? Vous oseriez ? Non ? Normal, c’est quand même un album de Genesis. Pour continuer dans cet exercice, prenons Calling All The Stations ou Abacab. Vous leur donneriez combien si ce n’était pas Genesis qui les avait pas composé ?

Tout est relatif donc.

Chez nous, cette dérive est palpable, les albums ayant moins de trois étoiles se font rares. Comment contrer cette dérive ? Chroniquer de très mauvais albums quitte à descendre des artistes en devenir. Se faire mal au oreilles à se dégoûter de chroniquer ? Mauvaise idée. L’inflation semble donc inévitable alors à quoi sert encore la note, je ne sais pas. D’ailleurs, à quoi sert le Bac ?

Groupies

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Avez-vous remarqué l’attrait qu’un jeune homme exerce sur les filles lorsqu’il chante avec une guitare acoustique ? Qu’il soit moche, qu’il chante faux, qu’il joue avec des moufles, elles se collent à lui comme des mouches.

Un vieux con avec du matos photos, qui soit fripé, mauvais ou très grognon, fait un peu le même effet, mais sur une tout autre population de personnes. Ces groupies, apprentis en photographie (ils on eu un boitier pour Noël), veulent absolument partager avec vous cette passion naissante (ils viennent de découvrir qu’il y a un flash sur leur reflex), comparer leur engin avec le votre (la longueur, ça compte énormément) et échanger sur les techniques de la photographie.

Honnêtement, je préférerai que ce soit de jolies filles voulant poser pour moi, mais bon.

J’ai certainement été comme eux, il n’y a pas si longtemps que ça, mais aujourd’hui, je dois avouer qu’ils me fatiguent un peu.

Lorsque j’arrive à un concert et que je déballe le matériel pour effectuer les premiers réglages, j’échappe rarement à la conversation stérile suivante :

Le groupie – ça doit faire de meilleur images qu’un iPhone votre appareil

“Rho putain c’est parti !”

Moi – oui et non, en fait ça n’a pas grand chose à voir, il est possible de faire de très bonnes photos avec un iPhone.

Le groupie – le problème c’est la lumière, c’est ça ?

“Ben oui, avec ton objectif ouvert à f 5.6 et ta vitesse à 1/800, ça doit être sombre mon gars, c’est clair”

Moi – l’ouverture fait beaucoup pour la lumière en effet.

Le groupie – oui, oui, la focale, et ta focale à toi c’est 800 ZO ?

“Je vais te la foutre dans la gueule ta focale moi.”

Moi – heu oui, c’est ça, 800 ISO.

Le groupie – et les réglages, c’est quoi, parce que le mode auto…

“Vroum vroum !”

Moi – manuel.

Le groupie – tout manuel ?

“Devine.”

Moi – ben oui.

Généralement la conversation s’épuise alors, mais il y a les coriaces. Ceux qui se lancent dans un débat sur les boîtiers argentiques alors qu’ils photographient en mode Auto sans même passer par un format RAW.

L’argentique c’est un peu de vinyle de la photographie, un sujet sans fond où chacun y va de ses arguments subjectifs. Sauf que je suis assez vieux pour avoir connu, photographié et développé en argentique. L’idéalisation de la pellicule Kodak T-MAX et des bains pour développer qui encombrement les toilettes, c’est bon, j’ai donné. Je suis très loin de maîtriser suffisamment les techniques de laboratoire pour approcher le travail que j’effectue sur du RAW avec Lightroom, alors passons.

Revenons aux casses-bonbons. Le plus souvent, ces gens lancent le sujet de la photographie pour dériver ensuite sur le réchauffement climatique (à croire que j’ai une tête de climatologue), le complot contre l’humanité, ces ondes qui nous contrôlent (faut croire que j’attire les cinglés) et j’en passe.

Cependant, quelques fois, je tombe sur un vrai photographe, un mec vraiment doué, qui avec un petit hybride et une optique passe partout va faire cent fois mieux que moi avec mes six kilos de d’équipement. Des personnes qui, patiemment, m’écoutent pérorer sur la photo alors qu’ils en savent bien plus que moi et possèdent un vrai talent.

Dans ces cas là, devinez qui est le casse-burnes ?

Va falloir que je me montre plus conciliant la prochaine fois avec l’emmerdeur de service qui m’abordera… Nous sommes tous l’emmerdeur de quelqu’un finalement.

J’ai la rate qui s’dilate

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J’ai une trachéite depuis Noël, le radiologue m’a trouvé une hernie, j’ai un rein qui ne fonctionne pas trop bien, je fais une crise de migraine au moins une fois par semaine, j’ai genou bousillé et un kyste au gros orteil et j’ai tout le temps mal quelque part. C’est grave docteur ? 

Tout bien considéré je m’en sors bien : je ne me suis pas suicidé aux médocs, je ne suis pas mort d’un cancer, je n’ai pas encore sombré dans la dépression ni l’alcoolisme et je ne suis pas totalement cinglé,enfin, je crois. Car pour tout vous avouer, dans ma famille, ça dégage sec. 

Le bon côté de ça, c’est que je fais travailler le secteur tertiaire, des infirmiers, aux hôpitaux en passant par les laboratoires et les médecins. 

Mais bon, ce n’est pas un peu chelou de vivre en permanence avec un grand malade ? Si je suis hypocondriaque c’est à force d’être malade et pas l’inverse soyons clair. Je suis vraiment malade tout le temps. Je consacre d’ailleurs tous mes congés à être malade, ceci afin d’éviter des jours d’arrêt maladie.

Certains disent que je fais trop de choses, que je ne m’arrête jamais, qu’après le travail je commence ma seconde journée de travail. Moi j’ai l’impression de ne rien faire de mes journées mais j’ai aussi le sentiment que mes collègues n’en branlent pas une. Allez comprendre.

Hyperactif ? Non, impossible, ce serait une nouvelle pathologie à ajouter à la liste de mes maladies.

Ceci dit, des fois, il faudrait que je lève le pied. Se rendre à un concert avec une hernie, une trachéite, un début de migraine et une grosse fatigue, est-ce bien raisonnable ? 

Quelques corticoïdes dans un café aux triptans et j’avais presque la forme, alors pourquoi me priver me direz-vous ? 

Parce qu’il y a toujours un matin après la nuit de débauche. Et que ça pique un peu quand même, dans le dos avec les acrobaties photographiques, dans la tête, à cause des basses et des lumières, dans la gorge, à force de tousser et chanter.

Le rhumatologue a fait craquer la colonne et les cervicales. Je n’ai plus les corticoïdes qui me donnaient la patate, les effets des triptans s’estompent peu à peu. J’ai mal à la gorge, une dent me taquine, mon dos est en bouillie, je tousse toujours autant et je suis enrhumé. La semaine va être difficile. Vivement le prochain concert !

Underground Railroad

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C’est le président Obama en personne qui m’a conseillé ce livre de Colson Whitehead. Enfin presque. En réalité c’est Steve Hackett, lui même conseillé par Obama, qui m’a parlé du bouquin. C’est déjà pas mal.

Dans son dernier album, At The Edge Of Light, figure un morceau intitulé Underground Railroad, un titre entre gospel et americana qui tranche avec le reste du disque.

Lorsque j’ai interviewé le maestro, nous nous sommes longtemps attardé sur ce morceau et c’est là que j’ai appris qu’il s’agissait d’un livre de Colson Whitehead, un livre que le président Obama avait conseillé à Steve Hackett.

Pour être tout à fait honnête, sur le coup, je n’ai pas compris que Steve parlait de Colson Whitehead, un auteur américain que j’ai découvert avec son excellent livre de 2014 sur les zombies, Zone 1, livre que je vous recommande au passage. C’est en travaillant à la retranscription de l’interview que j’ai compris qu’il parlait d’un auteur que j’aime beaucoup.

Inévitablement, aimant l’auteur, aimant le morceau, curieux d’en savoir plus sur chemin de fer clandestin, j’ai été cherché le livre chez mon libraire préféré.

Underground Railroad, raconte l’histoire de Cora, une esclave noire américaine, qui fuit sa plantation sudiste. Une sorte de road movie sur fond d’esclavagisme, roman semi historique qui donne un éclairage tout particulier sur ces heures sombres des Etats-Unis.

Comme on le découvre à la fin, dans les remerciements, Colson s’est inspiré de plusieurs récits pour écrire son livre et la narration s’en ressent quelque peu, disons que les différentes vies de Cora semblent parfois misent bout à bout assez sommairement.

Le récit commence dans une plantation, décrivant les conditions atroces dans lesquelles survivaient les esclaves. Puis vient la fuite et la chasse à l’homme, fuite qui passera par ce réseau ferré secret, l’underground railroad. Cora se réfugiera dans un foyer pour noirs, où elle travaillera comme bonne puis comme tableau vivant pour un sordide musée pour blancs. Elle restera enfermée des mois durant dans un grenier, assistant à la mise à mort des siens sur la place du village, elle connaîtra un peu de répit dans une grande exploitation de maïs avant de devoir fuir encore et encore.

Comme tout le monde, j’avais en tête quelques images d’Épinal sur la traite des noirs, le commerce triangulaire, la mortalité lors de la traversé de l’Atlantique. Je me faisais quelques films sur les plantations de canne à sucre mais je n’imaginais pas la vision d’horreur que dépeint l’auteur. Underground Railroad se lit comme un roman, raconte plus qu’un livre d’histoire, remet en question bien des idées reçues sur l’esclavagisme et dévoile un partie de cette histoire, celle du chemin de fer clandestin, qu’avant ce livre, je ne connaissais pas.

Comme le disait Steve Hackett, Underground Railroad ferait un très bon film. En attendant, il en fait une chanson.