Photographier les étoiles – le traitement

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Je vous en parle souvent (trop souvent ?), un de mes nouveaux loisirs consiste à photographier les étoiles. Voila quelques temps que je me perfectionne à cette technique et je voulais vous en toucher deux mots, car la photographie astronomique est très différente de la photo classique, même si elle peut se faire avec un appareil photo des plus ordinaire.

Pour photographier le ciel profond (les nébuleuses, les galaxies ou les amas d’étoiles) il est nécessaire d’utiliser un temps de pose long et quand je dis long, on ne parle pas de secondes mais plutôt de minutes, de une à dix minutes en moyenne pour chaque photographie.

Et que voit-on au bout de cinq minutes sur la pellicule ? Ceci :

Ceci est une photographie d’une nébuleuse avec un temps de pose de 300 secondes. Que voyez-vous ? Juste quelques malheureuses étoiles en plissant les yeux. Pourtant la photographie n’a pas été réalisée avec un appareil photo posé sur simple un trépied. Tout simplement parce que les étoiles auraient beaucoup bougé dans le ciel au bout de cinq minutes de pose et que nous aurions des traits à la place des points, comme si vous photographiez une voiture de course passant devant vous avec votre smartphone. Il y aurait du flou de mouvement.

La photo que vous voyez a été réalisée avec une lunette (l’équivalent d’un téléobjectif de 300 mm de focale) installée sur une monture qui compense le lent mouvement de rotation de la terre. C’est ce que l’on appelle une monture équatoriale. Sans ce déplacement, le temps de pose raisonnable sur un trépied pour ne pas avoir de bouger aurait été d’une seconde au maximum.

Pour les photographes qui connaissent cette notion, l’histogramme de notre image ressemble à ceci :

L’histogramme est une courbe qui représente la répartition du signal lumineux enregistré par les photosites de notre capteur sur un graphe, du signal le plus faible à gauche, au plus fort à droite.

Vous voyez à petite courbe à gauche ? C’est le signal reçu par la caméra, à gauche ce sont les lumières sombres, à l’extrême droite, les lumières vives. En photographie classique, un cliché idéal aurait un histogramme en forme de cloche partant de la gauche et terminant à droite. Quelque chose comme ceci :

On en est donc très loin.

A l’aide d’outils assez sophistiqués, ici Pixinsight, il est possible de booster l’histogramme de notre image et enfin voir la nébuleuse. Mais cela augmente le rapport entre le bruit et le signal de votre photographie.

Voici la même image que tout à l’heure, 300 secondes de pose, mais dont l’histogramme à été étiré vers la droite. La magie opère et la nébuleuse commence à apparaître. Son histogramme est totalement différent vous voyez ?

Mais en astronomie, il est rare que l’on fasse une seule photographie. Généralement, on en prend plusieurs dizaines. Cela permet d’ajouter du détail et de réduire le bruit aléatoire généré par le capteur. Sans cette accumulation d’informations, les images resteraient terriblement bruitées, donc très moche.

On procède donc à des dizaines de photographies identiques pendant des heures. 300 secondes cela peut sembler long, alors que direz vous de 36 images de 300 secondes, trois heures de photographie sur la même cible. Et j’écris trois heures, mais c’est bien le minimun syndical. Certains astronomes cumulent des centaines d’heures d’images sur le même objet. Bon évidemment pas au cours de la même nuit bien entendu.

Mais que fait-on de toutes ces images, hé bien on les moyenne avec des algorithmes très sophistiqués qui alignent les étoiles, ajustent les niveaux et extraient le signal du bruit.

Voici le résultat de 26 images de 300 secondes moyennées :

Tout ça pour ça ? Attendez, nous allons à nouveau booster l’histogramme avec nos outils magiques, regardez :

Et la lumière fut ! Outre les couleurs, on commence à voir des détails dans la nébuleuse. Notre histogramme ressemble maintenant à ceci :

Chacune des courbes représentent les composantes rouge, vert et bleu d’une image RGB.

C’est à partir de cette image que l’on appelle un master, ici une accumulation de 26 images de 300 secondes, soit un peu plus de deux heures de photographie dans le froid, que l’on va commencer un long traitement pour en tirer toute la quintessence.

Pour les traitements je vais faire simple.

Tout d’abord on calibre les couleurs de l’image à l’aide des étoiles présentes dessus (certaines étoiles sont bleues, d’autres jaunes, d’autres blanches, d’autres rouges) ce qui permet d’ajuster les couleurs de l’ensemble de la photographie.

Ensuite on retire le gradient de lumière souvent présent sur l’image, un dégradé du à la pollution lumineuse, la lune mais également à l’évolution de l’obscurité au cour de la nuit.

Ensuite on affine les étoiles, on peut les rendre plus rondes car certains défauts optiques ont tendance à les transformer en patates sur les bords de l’image.

Une fois que nos étoiles sont belles, on les sépare du reste du ciel pour ne garder que le nuage de gaz.

C’est magique et surtout cela va permettre de traiter le nuage de gaz indépendamment des étoiles, un peu comme photoshop le fait avec ses calques, c’est le même principe.

Ensuite on va réellement s’atteler à étirer notre fameux histogramme correctement pour obtenir les lumières et contrastes désirés. C’est une étape délicate où il faut user de doigté et de bon goût pour ne pas tout gâcher.

Après divers traitements cosmétiques, usages de masques et une nouvelle calibration liée au filtre utilisé (ici un filtre trois bandes qui ne laisse passer que le signal de l’hydrogène, l’oxygène et le souffre), on obtient cette nouvelle image assez différente. C’est ce que l’on appelle un traitement HOO.

Maintenant il s’agit de rajouter les étoiles. Les voici après avoir boosté finement l’histogramme.

Mais comme il y en a beaucoup et que cela va nuire à la visibilité de la nébuleuse, on va en enlever quelques unes. Ce n’est pas obligatoire, mais j’aime bien.

Il ne reste plus qu’à superposer le calque de la nébuleuse avec celui des étoiles pour obtenir l’image finale.

Magique ! Voilà, nous avons une image qui revient de bien loin, souvenez-vous du début. Mais la vérité c’est que nous n’avons pas fini le travail. La dernière étape demande un logiciel photo classique comme Lightroom ou Photoshop pour peaufiner l’esthétique de l’ensemble. Donc on exporte le travail au format tiff et on part sous Lightroom.

Et voici l’image finale dans sa totalité. Les couleurs ont gagné en saturation, en contraste, les détails en texture et clarté, certaines couleurs ont été renforcées et l’image a été exportée au format jpeg pour être affichée sur les réseaux sociaux. Plusieurs heures de travail pour obtenir une photographie cosmétique mais pas du tout scientifique de la nébuleuse de la flamme.

Nuit blanche à Fréconrupt

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J’aime bien partager mes passions avec le grand public. J’aime pérorer devant un auditoire, quitte à parler pendant des heures d’une tour Eiffel en allumettes. 

Justement, un club d’astronomie scolaire organisait un séjour à Fréconrupt pour une vingtaine d’élèves. L’association m’avait initialement sollicité pour y amener le télescope de 600mm. Finalement l’option grosse artillerie a été abandonnée et après plusieurs échanges avec le prof de physique, responsable de ce camp astro, il a été convenu que je viendrai présenter l’astro photographie aux adolescents.

J’ai préparé à l’arrache une présentation de la photographie du ciel profond relativement abordable et j’ai chargé la voiture avec deux instruments, un pour le visuel, l’autre pour la photo. 

Je suis arrivé le jeudi après-midi à la Maison des Amis de la Nature de Fréconrupt où résidaient les astronomes en culottes courtes. J’ai rencontré Mathieu, le professeur de physique, et ses élèves puis nous avons convenu d’un programme que nous n’avons pas vraiment respecté au final. J’ai installé plusieurs dizaines de kilos de matériel sur la terrasse de la maison pendant que les jeunes jouaient au volley sous le soleil puis j’ai mis en place l’ordinateur pour la conférence sur l’astro photographie.

Comme le soleil était de la partie, j’ai lancé une observation improvisée de notre étoile pour les élèves que cela intéressaient. Tout de suite les questions ont fusé, de l’explication des tâches solaires au type d’instrument utilisé en passant par le fonctionnement d’une monture équatoriale. Du coup nous avons pris un peu de retard.

Autant dire que pendant la présentation qui suivit sur la photo astronomique, j’ai largement dépassé le temps imparti. Je ne m’attendais pas à avoir des ados intéressés, intelligents, attentifs, posant des questions pertinentes. Du coup nous n’avons pas pu aller jusque bout afin d’assister à la démonstration d’un SOLEX sur les derniers rayons du soleil. Non le SOLEX n’est pas qu’un deux roues à traction avant, c’est aussi un petit spectromètre abordable pour étudier le soleil.

Ensuite, après un repas préparé par les jeunes, nous sommes allés dehors pour mettre en place le matériel astro du lycée avec les élèves sur le terrain de volley reconverti en ferme à télescope. C’était l’occasion pour les ados de mettre en pratique une partie de la présentation de l’après-midi. Il fut assez compliqué de leur imposer la rigueur d’un astronome amateur qui s’est cassé les dents à maintes reprises en bâclant sa mise en station. Mais nous y sommes arrivés. J’ai même du réaliser l’alignement polaire sur une monture que je ne connaissais pas, un véritable enfer !

Nous avons ensuite observé la lune, Jupiter et quelques objets du ciel profond. Mais vers minuit, les jeunes sont allés se coucher alors que les plus anciens, le professeur de physique et les astronomes amateurs, ont continué la photo et l’observation jusqu’à 4h du matin.  J’en ai profité pour ajouter quelques heures supplémentaires à la Chaine de Markarian. Après quoi nous avons remballé le matériel et pris la route du retour.

Ce fut une belle expérience humaine et pédagogique à laquelle j’ai pris grand plaisir. Il devrait y en avoir d’autres cet été avec On The Moon Again au Champ du Feu le 20 juin, une sortie avec un centre socio culturel en juillet et l’éclipse de Soleil le 12 août, toujours au champ du feu, parce que je n’ai pas l’intention de descendre en Espagne pour une minute de plaisir.

La nuit de morts vivants

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C’est bête à dire, surtout à mon âge, mais j’ai découvert il y a peu que j’avais peur dans le noir. Je suis souvent dehors en pleine nuit, juste éclairé par les étoiles, je devrais avoir l’habitude. Et pourtant j’ai la frousse. Pas tout le temps bien sûr. Lorsque nous sommes plusieurs à observer ensemble la voûte céleste, à discuter, régler nos instruments, tout va bien.

C’est lorsque je me retrouve tout seul, vers deux heures du matin, que les copains sont partis se coucher et qu’il me reste encore une heure de photo à réaliser que tout commence.

Quelle idée de m’être installé au milieu de nulle part, en bordure d’un cimetière, loin des lumières de la ville, dans une zone blanche non couverte par les opérateurs téléphoniques. La nuit est couleur encre, tout est silencieux autour de moi.

J’entends au loin les cris d’effroi d’un animal qui fait trucider par son prédateur. Des buissons bougent non loin de moi et une ombre glaciale passe dans mon dos. Me reviennent à l’esprit des images des Profanateurs de Sépultures, La Nuit des Morts Vivants, Reanimator et autres films réjouissants. Les battements de mon coeur s’accélèrent, il fait noir, je suis seul, tout peut arriver. Je tends l’oreille dans le silence, scrute l’obscurité et perçois soudain une multitude de bruits suspects et d’ombres mouvantes. Aucune pierre tombale ne se soulève, aucune créature n’avance gauchement vers moi. 

L’angoisse m’étreint pourtant. Et si un sanglier déboulait tout à coup, chargeant mon matériel ?Je me replie dans la voiture et je ferme les portes à clé. Encore neuf images et il faudra sortir ensuite pour tout remballer.

Une lumière blanche aveuglante surgit au loin et se déplace en silence. Un randonneur, un cycliste, à cette heure ? La lumière se rapproche encore et soudain disparaît. Est-ce un psychopathe armé d’une machette qui a aperçu un peu plus tôt la lumière rouge de ma frontale et se dirige maintenant vers sa proie ?

Vous croyez que je suis paranoïaque ? Figurez-vous que la fois précédente, un gars bizarre en scooter défoncé est bien venu nous voir à une heure du matin, soit disant pour aller se recueillir sur la tombe de son père. Sérieusement, c’est un cimetière militaire de la seconde guerre mondiale… D’autant qu’après être resté à nous poser des questions étranges sur l’univers, il est reparti sans faire un tour au milieu des sépultures.

Il va pourtant falloir que je m’habitue. Avec l’été qui arrive, les nuits sont de plus en plus courtes. Je commence à photographier vers 23h00 et si je veux emmagasiner plus de trois heures d’images, je ne suis pas couché avant 4h. Je devrais peut-être regarder des films de zombies histoire de passer le temps lorsque je m’installe près d’un cimetière.

Le sapin de Noël

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Moins quatre degrés, une belle couche de neige fraîche au sol, garé sur un parking désert à plus de mille mètres d’altitude, j’écoute Stéphane Gallay raconter ses derniers concerts.

Le sol est blanc, le ciel est noir. Une lune gibbeuse projette mon ombre sur le goudron glacé à côté de celle de ma lunette.

Eliott est rapidement rentré chez lui frigorifié, Luc est assis sur le siège chauffant de sa voiture et moi j’ai une couverture, trois couches de vêtements, un bonnet, deux thermos tièdes et les mains glacées.

Je photographie un sapin de Noël dans une Licorne. Je sais, les licornes n’existent pas et Noël est passé depuis trois mois. Pourtant c’est ce que je fais. Des photos de NGC 2264, dite nébuleuse du Cône ou du Sapin de Noël dans la constellation de la Licorne. Un minuscule triangle sombre surmonté d’une étoile, à la base d’un vaste nuage de gaz rouge. Une nouvelle cible difficile que j’avais envie de capturer avant qu’elle ne soit trop basse sur l’horizon avec l’avancement de l’année.

Dans quelques semaines il n’y aura plus que des galaxies dans le ciel, il faut que je termine mon catalogue automne hiver avant d’attaquer les robes légères de la belle saison.

Du givre se forme sur le pare brise dans la voiture, le capteur de ma caméra indique -12.6 degrés alors que le système de refroidissement est à l’arrêt. Malgré des chaussettes épaisses, des semelles chauffantes et des bottes grands froids, j’ai les pieds gelés.

Un beau ciel, ça se mérite. L’objectif est d’accumuler trois heures d’images sur cette nébuleuse peu lumineuse avant de redescendre me glisser sous la couette. En attendant je suis à moitié allongé sur le siège passager de la voiture avec une couverture jusqu’au menton à regarder les photos de concert de Stéphane Gallay sur Youtube.

Parce qu’il est impossible de lire dans la voiture, à cause de la lumière qui perturberait le télescope. Je pourrais à la rigueur écouter de la musique pour passer le temps mais je suis assez exigeant quant à la qualité des hauts parleurs. Je pourrais observer aussi sous les étoiles mais Eliott est redescendu il y à longtemps et il fait vraiment trop froid dehors.

Heureusement qu’il y a de la 4G au Champ du Feu. Enfin pas toujours. Mon MMS pour prévenir mon épouse que je suis bien arrivé vivant n’est jamais parvenu en plaine. 

Luc a sorti la Rolls Royce des lunettes, une  magnifique Takahashi posée sur une monture harmonique pour photographier la nébuleuse Messier 78 dans la constellation d’Orion. L’objet est de plus plus bas sur l’horizon, ce qui lui laisse encore moins de temps que moi pour accumuler des images. La partie sombre de l’objet ressort bien sur son écran de contrôle, il devrait en sortir une belle photographie.

Peu après minuit j’avais mes 36 images et moins de douze heures plus tard, après cinq heures de sommeil agitées une photographie traitée de la nébuleuse. L’astronomie, ça se mérite.

Photographier les étoiles – la photo au trépied

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Je rencontre régulièrement des personnes qui désirent se mettre à la photo du ciel. Ils faut dire que pour un non initié, les images que l’on arrive à sortir après une nuit de patience, sont toujours spectaculaires.

Les personnes qui nous voient en action avec tout notre matériel bardé de fils, scrutant sur une tablette ou un ordinateur les premières images accumulées par le setup, ont parfois envie de se lancer dans l’aventure.

A chaque fois, nous leur recommandons de ne pas bruler les étapes, de commencer avec une solution simple et d’évoluer progressivement si l’envie se confirme. Car l’astro photo est un loisir onéreux, nettement plus que la photographie et c’est également un passe temps qui demande un long apprentissage, même s’il existe de nombreux turoriels très bien faits sur internet.

Donc s’il vous prenait l’envie de vous lancer dans cette passion, voici quelques conseils pour commencer en douceur et sans vous ruiner.

Tout d’abord quelques préalables : il est préférable d’avoir déjà fait un peu d’astronomie et de posséder des notions de photographie. Il n’est pas nécessaire d’être un expert dans ces matières. Mais déjà admettre que la terre est ronde et savoir repérer la constellation de la grande ourse est un bon point de départ comme connaître le triangle d’exposition (vitesse, ouverture, sensibilité).

Ce que de nombreuses de personnes ignorent, c’est que l’on peut faire de la photo astro avec un simple appareil photo et un trépied. L’appareil doit permettre des temps de pose de plusieurs secondes, autoriser une mise au point manuelle et disposer d’un retardateur ou d’un déclencheur souple ou sans fil. Il est préférable de posséder un objectif lumineux de bonne qualité (avec un rapport f/d proche de 2.8) et un trépied bien stable.

Rotation des étoiles pendant la nuit

Comme la terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures, les étoiles semblent bouger dans le ciel. Et ce mouvement, aussi faible soit-il, va se remarquer sur vos photos si vous n’y prenez pas garde. Après, cela peu être l’effet recherché. Tout est permis.

Pour éviter ce filé d’étoile, retenez la formule suivante : temps de pose = 500 / focale de l’objectif, et ça pour un appareil photo plein format. Pour un APS-C il faudra diviser ce temps par 1.5, et pour un capteur 4/3, il faudra diviser ce temps par 2. Par exemple, si vous utilisez un objectif de 50 mm sur un boitier plein format, vous pourrez espérer réaliser des photographies avec un temps de pose maximum de 10 secondes. La formule est empirique et dépend du boitier et de l’objectif. Il faudra vérifier l’image en zoomant sur les étoiles pour vérifier quelles ne présentent pas de filé, surtout sur les bords.

Evidemment, si vous voulez photographier une galaxie ou une nébuleuse, il vous faudra une forte focale, au minium 135 mm et donc votre temps de pose sera fortement diminué. Donc la photographie avec un trépied et un appareil photo, sans compenser le mouvement de rotation de la terre, se fera le plus souvent avec des objectifs grands angle de 6 à 35 mm pour avoir le plus de temps de pose possible. Généralement avec ce genre de matériel, on photographie la Voie Lactée.

Maintenant, comment procéder ? Déjà, allez à la campagne, loin des éclairages publiques et de nuit. Prévoyez des vêtements chauds, un thermos, une lampe rouge pour ne pas vous éblouir et un siège de camping. N’oubliez pas votre appareil photo, idéalement réglé au préalable et le trépied.

Une fois arrivé sur place, fixez votre appareil photo sur un trépied, pointez la partie du ciel que vous désirez immortaliser et lancez-vous.

Si ce n’est pas déjà fait, réglez le temps de pose en fonction de la focale de votre objectif, réglez l’ouverture à la valeur minimale si votre objectif le supporte et réglez la sensibilité du boitier entre 1000 et 4000 ISO.

Vous allez devoir faire une mise au point manuelle en obtenant les étoiles les plus fines possible à l’écran, n’hésitez pas à zoomer à l’écran si vous pouvez pour être plus précis. Vous pouvez également vous aider d’un masque de Bahtinov pour réaliser la mise au point, mais c’est un peu plus compliqué. Programmez enfin le retardateur pour éviter un bouger et faite la photo. Il vous faudra certainement ajuster les précédents paramètres pour y arriver, mais cela devrait marcher après plusieurs essais.

De nos jours, les derniers modèles de smartphones, sont tout à fait capables de réaliser des photographies du ciel nocturne d’assez belle qualité, il existe même des modes préréglés pour le faire. Vous pouvez utiliser l’application Nocturne si comme moi vous avec un smartphone pas doué pour la photo.

Objectif 14 mm, 25 s de pose, ouverture f/d 2.8, 5000 ISO
Objectif 14 mm, 15 s de pose, ouverture f/d 4, 2000 ISO
iPhone SE et le logiciel Nocturne

Les comètes lumineuses sont de bonnes cibles pour ce genre d’équipement. Vous n’obtiendrez pas de grands détails de la queue mais vous pourrez réaliser de jolies photos de paysage.

Comète C2023 A3, objectif 24/70, focale 50 mm, pose de 5 s, ouverture f/d 5,6, 4000 ISO
Comète C2023 A3, objectif 24/70, focale 70 mm, pose de 6 s, ouverture f/d 2,8, 1250ISO

Avec un appareil photo et un simple trépied, vous pouvez également photographier la lune. Par contre cette fois, oubliez les objectifs grand angle et privilégiiez les grandes focales, de 200 à 600 mm voir plus.

La lune est une cible facile parce que lumineuse et elle donne de belles photographies. Vous pouvez photographier notre satellite jusqu’à une focale de 1500 mm si vous vous y prenez bien, et ça à l’aide d’un simple trépied.

Prenez un boitier plein format, un téléobjectif de 500 mm couplé à un doubleur et passez votre boitier en mode APS-C. Le temps de pose que je vous recommande est de l’ordre du 1/100 s pour contrer les vibrations et le mouvement de la lune mais vous pouvez descendre jusqu’à la seconde. Là encore, la mise appoint manuelle est recommandée mais certain appareils arrivent à gérer l’autofocus sur la lune. Pour la sensibilité, ce sera au jugé, en fonction de la phase de la lune et de sa hauteur sur l’horizon.

Lune, objectif 500 mm avec doubleur, focale 1000 mm, pose de 1/200 s, ouverture f/d 11, 500 ISO
Eclipse lunaire, 1 s, 5000 ISO, f/d 5.6, 500 mm

Vous pouvez enfin essayer de photographier les planètes Jupiter ou Saturne lorsqu’elles sont bien hautes dans le ciel, mais n’attendez pas de miracle non plus.

Jupiter, objectif 400 mm, temps de pose 1/40 s, f/d 9.5, 4000 ISO

Il est également possible de photographier le soleil, mais je vous le déconseille fortement sauf au coucher du soleil lorsque notre étoile frôle l’horizon et surtout avec les plus grandes précautions. Il vous faudra un filtre ND très puissant et en parfait état, car regarder le soleil à travers un appareil optique risque de vous décoller la rétine et détruire votre matériel.

Coucher de soleil, objectif 200/500 mm, focale 500 mm, 1/60 s, f/d 5.6, 80 ISO
Eclipse solaire, quatre images superposées, objectif 85 mm, 1/8000 s, f/d 11, ISO 100, filtre ND

Donc si vous voulez débuter en astro photographie et que vous faites déjà un peu de photo, pas besoin de vous ruiner. Prenez votre appareil et partez à quelques kilomètres de éclairages urbains, encore que pour la lune, vous pouvez la photographier sous un lampadaire.

La prochaine fois, nous parlerons de photographies avec des temps de pose supérieurs à 30s, à l’aide d’une monture équatoriale.

Le fantôme

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Après m’être fait la main sur des proies faciles, j’ai décidé de m’attaquer à des sujets plus ambitieux. Des petites choses presque invisibles qui se cachent des vivants dans les ténèbres. Pour disparaître à la vue de tous, ces spectres déjà très discrets, se terrent à proximité de brillantes lumières, qui par leur éclat, masquent les fantômes.

IC 63 est de ce genre, on la sort régulièrement pour la fête d’Halloween. Une nébuleuse de magnitude 13,3 pour sa partie la plus lumineuse, ressemblant à un fantôme, qui se cache près de Gamma Cassiopea, un phare bleu qui brille à la magnitude 2.13. 

Plus la magnitude est grande, moins l’objet est lumineux. L’œil humain peut voir des étoiles jusqu’à la magnitude 6, l’étoile polaire a une magnitude 2, la planète Venus de -2, la pleine lune -13, le soleil -27.

Une magnitude 13, dans ma lunette, c’est une lumière à peine perceptible même après cinq minutes de photographie. Après tout se tente, il suffit d’avoir les piquets.

Zéro degré, un vent de nord-est persistant, travail le lendemain, il fallait du courage pour monter au Champ du Feu. Mais la lune n’était pas encore levée et la nuit astronomique débutait vers 20h, laissant pas loin de quatre heures pour photographier avant que la constellation de Cassiopée ne soit trop basse sur l’horizon.

La première nuit, j’ai récolté pas moins de trente-six images exploitables soit trois heures de photographie. L’objet était visible, mais peu détaillé. Il me fallait plus de temps de pose pour obtenir une belle image. 

J’ai guetté une nouvelle fenêtre météorologique favorable pendant une semaine, montant même un soir pour rien alors que le ciel était incertain. Sept jours après la première série d’images, j’ai pu recommencer à shooter.

Le vent soufflait à 15/20 km/h, la température était proche de zéro. J’ai abrité mon matériel et moi même derrière la voiture pour faire paravent et j’ai relancé la session photo. Quarante images plus tard, c’est à dire presque quatre heures, j’avais emmagasiné ajouté trois heures et vingt minutes d’images de 300 secondes aux trois heures précédentes. Mon record à ce jour.

Le MacBook Pro n’a eu aucun mal à empiler ces 76 images de 300s. Après quelques minutes, j’avais devant les yeux le résultat de deux nuits de photographie. Au bout de trois tentatives de traitement des images, j’ai obtenu un résultat relativement satisfaisant.

Je m’étais déjà attaqué à la nébuleuse du fantôme l’an passé, mais hélas l’étoile avait totalement cramé mon image, la rendant quasi inexploitable. Le filtre Antila Triband a corrigé ce problème même si les imperfections optiques de la lunette Skywatcher transforment Gamma Cassiopea en phare bleu dans l’obscurité insondable.

Cette cible exigeante m’a donné confiance en moi et je pense qu’à l’avenir je vais m’attaquer à des objets moins connus et peu lumineux pour voir quelles sont les limites de mon setup.

J’ai observé mon premier OVNI

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Depuis cinquante ans que je scrute le ciel, je n’ai observé que des phénomènes naturels. Aucun vaisseau spatial, aucune rencontre du troisième type, bref rien que de la poussière d’étoiles.

Mais un jeudi soir froid, alors que je cherchais un raccourci que je ne trouverais jamais, j’ai vu un phénomène que je n’avais jamais encore observé.

Ma lunette pointait vers la nébuleuse du fantôme (sans doute un signe), mon télescope se promenait sous la voute céleste, l’appareil photo de Pierre visait le coeur et la lunette d’Eliott cherchait une galaxie perdue. 

Nous étions trois représentants de l’espèce humaine perdus dans le froid à plus de mille mètres d’altitude : un météorologue, un astrophysicien et un DRH, des témoins dignes de confiance. Bon pour le DRH je suis moins sûr…

C’est justement le DRH l’a vu. « Regardez ! » a-t-il dit en pointant sa frontale éblouissante dans notre direction. Et nous l’avons vu, d’abord la lumière crue de sa lampe blanche et ensuite, vers le sud-ouest, cette forme mouvante laiteuse barrée d’une zone sombre, avancer vers nous, entre la constellation d’Orion et les Pléiades.

Photo Pierre Suaud

L’objet de grande taille et lumineux comme la lune, bougeait vite et sans bruit, changeant progressivement de morphologie, dans un ciel sans nuage. On aurait dit une boule de coton poussée par le vent.

Pierre a juste eu le temps de l’immortaliser avec son boitier Canon et son 14 mm Samyang, car après quelques minutes, l’OVNI disparaissait vers le nord-ouest sans laisser de trace.

Nous étions trois témoins de confiance à avoir vu un objet non identifié dans le ciel Alsacien, et ce, cinq jours après le passage d’un bolide qui s’est écrasé en Allemagne.

L’invasion des profanateurs de sépultures avait-elle commencé ? Etait-ce le début de la Guerre des Mondes ? Allions-nous enfin rencontrer le troisième type ? Des auriculaires allaient-ils se raidir chez certains habitants de la Terre ?

Cela ne pouvait pas être un nuage bas, le météorologue l’aurait reconnu. Ce n’était pas une aurore boréale, l’astrophysicien l’aurait identifié. Ça n’était pas un nuage chimique d’une usine classée SEVESO, le DRH aurait viré tout le personnel de l’entreprise. 

Plusieurs hélicoptères militaires avaient survolé le Champ du Feu ce soir là. Poursuivaient-ils un mystérieux engin extraterrestre ? Ou plus simplement, les militaires expérimentaient-ils une nouvelle arme de destruction massive ? Peu probable, nous n’avions pas été kidnappés ou empoisonnés pas un gaz toxique.

L’explication tristement rationnelle provenait de Chine. Une fusée Longue Marche 8A avait décollé à 3h48 heure de Beijing pour mettre en orbite des satellites du genre Starlink. Et le nuage correspondait aux gaz rejetés par la fusée lors de son vol. Ils étaient très lumineux parce la lumière du soleil les éclairait encore du fait de leur altitude élevée.

Mais les sinistres explications scientifiques n’enlèveront rien à ce que nous avons vu. Il s’agissait bien d’un OVNI, enfin jusqu’à ce qu’on l’identifie.

Nuits blanches à Illkirch-Graffenstaden

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On dit souvent qu’un sommeil régulier est essentiel à une bonne santé. Se coucher à une heure raisonnable, avoir ses sept heures de repos, ne pas changer de rythme, etc etc.

Je n’ai manifestement pas compris le message, surtout la semaine dernière, d’ailleurs je me demande encore comment j’ai tenu le coup.

Dans mon agenda prévisionnel j’avais deux soirées de prises : un concert mardi soir et une conférence sur l’astronomie planétaire le vendredi. Rien d’insurmontable.

Mais lundi, le président de notre association a ajouté un conseil d’administration surprise le jeudi soir et moi, lorsque j’ai vu le ciel, j’ai proposé à quelques copains de partir dans les Vosges, pour photographier les étoiles le soir même.

Lundi à 16h, après le travail, j’ai filé faire les courses et une fois arrivé à la maison, j’ai déchargé les sacs pour mettre à la place lunette et télescope dans le coffre. Ensuite je suis parti vers Grendelbruch et à 18h j’installais mon setup dans la nature.

A 1h30 j’étais dans mon lit. A 6h30, je repartais travailler.

Mardi à 18h, après une journée de travail chargée, je prenais la route de Colmar pour 4h de concert de metal et cinq cent photos. Je me glissais sous la couette passé minuit, encore agité par l’énergie déployée par Omnium Gatherum.

Mercredi était une journée de télétravail bienvenue, en robe de chambre devant mon ordinateur, je récupérai au calme des deux soirées intenses. En soirée je m’attelais au développement des photos de concert et commençais à traiter la nébuleuse de la méduse photographiée lundi soir. A 21h30 je dormais à poings fermés.

Jeudi, après une grosse réunion de travail et quelques sujets épineux, je me rendais à l’observatoire de Strasbourg pour mon premier conseil d’administration de la SAFGA, l’association d’astronomie dans laquelle j’ai pris un peu plus de responsabilités récemment. A 0h30 j’étais enfin au lit.

Vendredi, après trois cafés et une ultime journée de travail qui m’a semblé très longue, je suis reparti à l’observatoire à vélo, pour une conférence passionnante sur la photographie planétaire. Evidemment, je ne me suis pas couché avant 0h30.

Samedi c’était enfin jour de repos, une vidéo à enregistrer, deux articles de blog à écrire, trois photos à sélectionner et un ciel qui se dégageait le soir. Allais-je repartir en montagne installer mon matériel et tenter une nouvelle fois la nébuleuse de la méduse ? Vous auriez fait quoi à ma place ? Vous seriez monté n’est-ce pas ? Même malgré la poussière venue du Sahara ?

Alors je suis monté avec plein de copains et nous sommes rentrés à 2h du matin. A 7h j’étais réveillé, à 9h je me préparais à traiter ma nouvelle image de la nébuleuse de la méduse. 

Pour couronner le tout, ce week-end là, se déroulait, comme tous les ans, à Rosheim, un magnifique carnaval vénitien. Allais-je partir là bas faire quelques photos ? 

Et bien non, je me suis contenté d’une promenade bucolique à la campagne. Il faut dire que je tenais à peine debout.

Le troisième âge

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Le jour de mes soixante ans, le ciel a décidé de m’offrir un beau cadeau : du soleil ! C’est vrai qu’en février en Alsace, nous avons toujours un ou deux jours de douceur ensoleillée avant le retour du grand froid grisâtre et humide qui persiste jusqu’au mois de mai.

Dès le réveil, j’ai déballé mon premier cadeau. Je suis parti au bord du Rhin chasser la galinette avec un téléobjectif. J’avais manifestement perdu la main car mes approches furtives des volatiles se sont toutes soldées par l’envol de la cible avant même que je ne puisse appuyer sur l’obturateur. 

Alors j’ai sorti la grosse artillerie, le doubleur couplé au 500 mm et le passage du capteur plein format en mode APS-C pour obtenir une focale équivalente à 1500 mm à f/d 11. Pas facile à manier, surtout avec peu de lumière. C’est avec ce bazooka que j’ai photographié une aigrette en plein décollage à plus de 150 m de distance. Quatre images de l’échassier les pied dans l’eau jusqu’au cliché en noir et blanc de don envol que j’ai finalement sélectionné. 

Pourquoi en noir et blanc ? D’abord parce que j’aime le monochrome, ensuite parce ce que cela change des habituelles photos animalières, enfin parce que l’oiseau était blanc et les arbres plutôt sombres. Ça me semblait être le bon choix.

De retour à la maison, j’ai découvert mon improbable gâteau d’anniversaire fait avec amour avant de partir me promener avec mon épouse à la campagne, sous les rayons d’un soleil quasi printanier.

Une fois rentré, comme la marque Lego n’avait toujours pas sorti le set Minas Tirith à 650 € qui aurait fait un joli cadeau d’anniversaire, je me suis lancé dans la construction de la cité blanche, capitale du Gondor. A l’aide de gravures d’époque et de photographies de Peter Jackson, bref Google Images, j’ai empilé les briques, commençant par les remparts pour continuer par le rocher et enfin assembler toutes les parties.

C’est pendant ces heures laborieuses que j’ai été interrompu par un message Whatsapp d’un copain astronome. Il me proposait de sortir en plaine. Le ciel était toujours clair, défiant toutes les prévisions alors qu’en montagne de nombreux nuages décourageaient une quelconque expédition nocturne.

J’ai laissé là la construction inachevée, j’ai chargé le chariot, rempli le coffre, abandonné femme et enfants, et je suis parti retrouver mon observateur étoilé sur une coline, à un quart d’heure de la maison. Et j’ai pointé la nébuleuse d’Orion que je m’étais juré de refaire cette année. De toute manière, c’était l’une des rares constellations épargnée par la pollution lumineuse de Strasbourg, de l’aéroport d’Entzheim et d’Obernai.

Lorsque la lunette fut prête à shooter, je l’ai laissé travailler toute seule comme une grande et j’ai chassé les amas d’étoiles et les galaxies avec la lunette de mon compagnon d’un soir. Ne croyant pas que le ciel clair se maintiendrait (j’avais pourtant étudié les prévisions et consulté les modèles consciencieusement), je n’avais pas pris la peine de m’équiper pour une longue nuit. Résultat, à 23h, j’étais frigorifié.

J’avais déjà emmagasiné plus de 160 images (avec la nébuleuse d’Orion les photos unitaires ne dépassent pas 30s sous peine de surexposer le coeur de la nébuleuse), alors j’ai remballé le matériel trempé par l’humidité et je suis rentré à la maison me réchauffer.

Mon épouse m’avait abandonné pour aller manger avec une copine, oui, le jour de mes soixante ans, une honte ! Alors j’ai mangé la dernière part de gâteau expérimental et j’ai attendu que ma chérie rentre pour me glisser sous la couette avec une bouillotte vivante.

Je venais de rentrer dans le troisième âge des Terres du Milieu comme dans celui de mon existence. A soixante ans je jouais encore au Lego, chassais les canards et rêvais de poussières d’étoiles.

Lumineuse pollution

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Nous vivons au siècle des lumières. Pas celui de Voltaire mais celui des éclairages urbains, des enseignes publicitaires, des voitures, des avions, des satellites…

Il est certes rassurant déambuler la nuit dans des rues éclairées ou de conduire avec les feux allumés, mais a-t-on besoin de laisser les vitrines allumées, de jouer aux sports collectifs la nuit dans les stades et d’avoir autant de satellites en orbite basse ?

Essayez de trouver un endroit plongé dans le noir où seule la lueur des étoiles vous offre quelques points de repères. Vous verrez toujours un halo jaunâtre à l’horizon, le lointain dôme de lumière d’une ville endormie, les feux clignotants des avions dans le ciel et les panneaux solaires des satellites Starlink qui brillent dans la nuit. 

Vous me direz, pour la poignée d’illuminés qui sortent la nuit observer les étoiles, pourquoi faire des efforts ? Principalement parce qu’il y n’a pas que ces illuminés, il y a les animaux que nos éclairages urbains perturbent.

J’habite en ville, au bord de la rue principale bardée d’éclairages LED, les pires. Mais étrangement, ce ne sont pas les lampadaires qui me dérangent le plus, ce sont les projecteurs munis de détecteurs de présence qui s’allument dès qu’une feuille bouge dans un buisson. Il y en a tout autour de moi, au nord, à l’est, et au sud. Seul l’ouest est abrité par notre maison. Si un piéton passe ou une voiture se gare à proximité, c’est un flash blanc qui illumine la nuit. Résultat, de mon jardin, je ne peux photographier qu’un quart du ciel nocturne, gêné par les toits, les arbres et bien entendu les lumières. 

A l’œil nu, je distingue à peine à constellation de la Grande Ourse, je peine à trouver l’étoile polaire et la Voie Lactée est invisible.

Lorsque j’ai une cible intéressante et que je peux photographier assez longtemps par cette étroite fenêtre, j’obtiens le plus souvent une image décevante, peu contrastée et faible en signal, même avec des filtres très restrictifs qui s’affranchissent d’une partie de la pollution lumineuse. Les lumières ainsi que la pollution atmosphérique sans parler des vibrations du sol dégradent considérablement le signal.

Pour illustrer le problème, je vous présente deux photographies traitées de l’objet Messier 45, l’amas ouvert des Pléiades, ce petit point d’interrogation que l’on peut voir à l’œil nu dans le ciel d’hiver et qui intrigue souvent les profanes en astronomie.

La première photo a été prise depuis mon jardin avec des poses unitaires de trois minutes pendant deux heures et demie.

La seconde photographie a été prise avec le même matériel à la campagne, des poses unitaires d’une minute et un temps total de deux heures et quart.

La différence saute aux yeux, les nébulosités sont nettement plus visibles sur la deuxième image alors que la première devrait être nettement plus détaillée si on considère uniquement les critères photographiques. C’est cela l’effet de la pollution lumineuse sur le ciel.

Alors, si vous voulez faire quelque chose pour lutter contre la pollution lumineuse, parlez-en à vos élus, invitez-les à observer le ciel en ville et à la campagne, éteignez les éclairages inutiles et lorsque que approchez d’astronomes amateurs en plein travail, coupez vos feux, éteignez vos lampes, vous serez les bienvenus pour observer le ciel.

En complément je vous mets quelques liens :

La carte de la qualité du ciel en France : https://lightpollutionmap.app/fr/

L’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes : https://www.anpcen.fr