Neal Morse Band – L.I.F.T.

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Neal est de retour avec sa bande et je n’ai pu m’empêcher de monter dans l’ascenseur avec eux. Soixante-huit minutes de musique, quatorze morceaux et un long format de plus de onze minutes, le Neal Morse Band fait toujours dans la démesure et j’aime ça.

L.I.F.T. raconte l’histoire d’un homme qui renoue avec le monde qui l’entoure après s’être perdu en chemin. Bref un concept album à la Neal Morse, dieu en moins, encore que…

Avec Neal Morse, c’est toujours la même histoire. Je me dis que je vais arrêter, mais je n’y peux rien, à chaque fois, je replonge.

Il faut dire que les gars savent vraiment y faire. Des musiciens d’exception, un art de la composition consommé et une grandiloquence assumée. Le défaut, c’est que les musiques et les histoires se ressemblent beaucoup d’un album à l’autre.

Par chance, le Neal Morse Band n’en compose pas un tous les ans, ce qui laisse le temps d’oublier et de retrouver le plaisir d’en écouter un nouveau.

L.I.F.T. est un album comprenant de longues parties instrumentales grandiloquentes. On aime ou on déteste, mais c’est la signature de The Neal Morse Band. Du prog symphonique assez pompier avec plusieurs voix (principalement Neal et Eric) qui se croisent et se mélangent  Il n’y a que Randy qui ne pousse pas la chansonnette sur cet album, même Mike y va de sa voix de canard.

Neal Morse puise son inspiration musicale un peu partout, ce qui donne à L.I.F.T. une impression de grande familiarité dès la première écoute. Vous allez y entendre du piano à la Supertramp et des touches de SAGA dans ‘Fully Alive’, du Genesis dans ‘Shattered Barricade’, des cordes et des cuivres dans ‘Fully Alive, Pt 2’ (enfin des synthés) sans parler des figures de styles classiques de Neal.

Que vous dire de plus sur cet ascenseur ? (oui lift en anglais c’est un monte charge ou un ascenseur en anglais). Ben franchement, pas grand chose.

J’ai eu beaucoup de plaisir à l’écouter mais ça reste du Neal Morse alors il ressemble énormément aux autres albums du pape du prog. Les fans apprécieront certainement ce nouvel opus, les détracteurs de Neal le jetteront à la corbeille, c’est un peu comme un Dream Theater, on est fan ou pas.

Il n’y a pas de juste milieu. Moi j’aime. Et ça ne se discute pas.

Big Big Train – Woodcut

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Je crois que je tiens mon premier candidat à l’album de l’année, le nouveau Big Big Train.

En écoutant l’avant-dernier morceau ‘Counting Stars’, mon cœur avait immédiatement chaviré et lorsque j’ai enfin pu écouter les seize titres de l’album, j’ai tout de suite su que j’allais adorer Woodcut.

Il est vrai que j’écoute de moins en moins de concept albums et encore moins de rock progressif. Avec les années, je suis devenu de plus en plus forgeron. N’empêche, un album de prog symphonique rempli de cuivres, de cordes, de guitares, de piano et de claviers vintages, quand c’est bien écrit, cela fonctionne toujours.

Si j’avais eu du mal avec l’arrivée d’Alberto Bravin au chant, lorsqu’il essayait encore de faire du David Longdon, sur Woodcut, je trouve sa performance fabuleuse.

Les compositions hésitent entre du Big Big Train très british et la grandiloquence d’un Transatlantic ou d’un Neal Morse Band, ce qui est un peu la même chose. Les claviers ont gagné en emphase, les guitares se lâchent sur de magnifiques soli et la richesse instrumentale du groupe rajoute une couche épique à une partition déjà bien fournie.

Woodcut, c’est la gravure sur bois, cette technique qui permet d’imprimer des estampes à partir de l’encre retenue dans les sillons creusés sur la planche. L’album parle de l’artiste et de sa relation à son travail, des ciseaux à bois qui creusent la matière, de l’oeuvre qui se dessine en négatif, du monde qui se dévoile en noir et blanc.

L’idée de cette histoire est venue à Alberto Bravin et Gregory Spawton en visitant le musée Munch de Oslo, lorsqu’ils découvrirent le travail de l’artiste. A partir d’une gravure sur bois, ils écrivirent un concept album sur, je cite, l’exploration de l’universel à travers la lumière et l’obscurité des espoirs artistiques et des rêves contrariés.

L’album sort régulièrement de la zone de confort prog symphonique pour prendre son envol comme dans l’instrumental totalement débridé ‘Cut and Run’ aux multiples soli de guitares et de claviers ou dans le brillantissime ‘The Artist’ qui voyage entre Genesis et pur rock, au passage un des titres phare de cet album.

Je pourrais citer également l’excellent ‘Albion Press’ aux tonalités très US avec sa basse et ses claviers qui me rappellent la musique de Spock’s Beard, oui encore Neal Morse décidément…‘Warp and Weft’ va encore une fois en surprendre plus d’un, que ce soit par ses harmonies vocales ou sa musique tout sauf british.

Mais rassurez-vous, si vous n’aimez pas le changement. Big Big Train donne également dans le classique avec le folk ‘The Sharpless Blade’, l’acoustique ‘Chimaera’, ‘Arcadia’, ‘Dead Point’ et bien sûr le magnifique ‘Counting Stars’.

C’est l’avantage de proposer plein de morceaux sur une même galette. Il y en a pour tous les goûts.

On aurait pu s’attendre à des titres à rallonge pour un concept album de plus d’une heure, mais Big Big Train a choisi au contraire de composer de nombreux morceaux relativement courts, allant de trente sept secondes à sept minutes seize. On est bien loin des longs formats tels que ‘East Coast Racer’, ‘Beneath the Masts’ ou ‘Underfall Yard’ par exemple.

Nous ne sommes qu’en février, mais je vous préviens, il va falloir que 2026 me réserve de sacrés surprises pour détrôner Woodcut du titre tant convoité d’album de l’année. Il s’agit pour moi du meilleur album de Big Big Train depuis leur débuts et dieu sait qu’ils en ont déjà composé de fabuleux à ce jour.

Et vous savez quoi, ils seront en plus chez Paulette le 4 octobre, autant dire que je vais tout faire pour être au rendez-vous.

Mardi prochain je serai au Grillen à Colmar pour mon premier concert de l’année avec du lourd, à savoir Omnium Gatherum, Fallujah et In Mourning, du très lourd quoi.

Il y a des chances que je ramène quelques photos en plus de m’exploser les tympans.

Lazuli – Etre et ne plus être

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Depuis des années, nos amis de Lazuli racontent sur scène et toujours avec le sourire, la dépression qui nous habite en ces temps de réchauffement climatique, de connerie humaine, de guerre, de montée du fascisme et de violence ordinaire.

Être et ne plus être, leur dernier album, paru le 30 janvier, le groupe ne va pas déroger à la règle, bien au contraire. En douze titres, Dominique raconte notre société en posant un regard souvent pessimiste sur l’humanité.  Et plus que jamais, Être et ne plus être est un album à texte. 

D’ailleurs la musique se fait plus discrète, usant de nouvelles sonorités, délaissant les grandes envolées de guitares et de léode pour mieux laisser entendre les paroles. 

Certes, il y a Romain qui se prend pour Rachmaninov dans ‘Quel dommage’, Arnaud qui joue quelques notes de blues, la léode qui miaule occasionnellement et la guitare acoustique solitaire de Dominique dans ‘L’instant’, n’empêche, cet album est différent.

D’abord, je n’aime pas vraiment la pochette avec ces trois bustes de glace qui fondent dans une flaque d’eau.

Ensuite les paroles me paraissent moins légères qu’à l’accoutumée. Elles sont empreintes de tristesse, de désolation, j’irai même jusqu’à dire déprimées.

Tout n’est pas désespéré bien sûr dans les mots de Domi, il y a encore de l’amour comme dans ‘Chaque jour que soleil fait’ et de la nostalgie dans ‘L’instant’ mais vous entendrez surtout beaucoup de désillusion et d’amertume comme dans ‘Quel dommage’.

Citons par exemple ‘Etre et ne plus être’ qui nous rappelle notre insouciance face au désastre climatique comme dans ‘Une chanson Cherokee’, l’humour noir de ‘Sourire’, le retour de la colère dans ‘Matière Première’, la mal bouffe de ‘Mon body se meurt’, des états d’âmes que résume bien le dernier morceau de l’album ‘Au bord du précipice’.

Ce sont les titres ‘Quel dommage’, ‘Être et ne plus être’ et ‘Matière première’ qui m’ont immédiatement interpellés par leurs paroles comme la musique.

J’ai eu plus de mal avec ‘Les 4 raisons’ et ses chœurs. Et que dire de la musique très épurée de ‘Au bord du précipice’ qui m’a tout d’abord surprise.

Il me faudra peut-être plus de temps que d’habitude pour adopter Etre et ne plus être, car il est très différent des autres albums de Lazuli (ce qui est toujours une bonne chose d’après-moi). 

Mais je suis certain qu’il va entrer dans la liste des albums que j’écouterai très régulièrement cette année.

Alors, foncez l’acheter, c’est un album que j’aime beaucoup, garanti sans IA, réalisé par des êtres humains laborieux, sensibles et faillibles.

Ils seront Chez Paulette vendredi 3 avril à Pagney derrière Barine près de Toul, pour l’anniversaire de l’association ArpegiA et joueront en première partie de Marillion sur la tournée française du groupe. Surtout ne les manquez pas.

HamaSaari – Pictures

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Le premier album de l’année 2026 est français, enfin pour moi. Il s’agit de Pictures du groupe HamaSaari.

J’avais découvert le groupe en live l’an passé au P8 à Karlsruhe et je suis tout de suite tombé amoureux de leur premier album Ineffable. Du coup j’attendais avec impatience la sortie de Pictures. Mais comme c’est souvent le cas chez moi, lorsque j’ai trop d’attente, je suis souvent déçu à l’arrivée.

Pictures n’a pas dérogé à la règle. Ma première impression fut des plus mitigée.

Pictures, se sont sept morceaux de cinq à six minutes pour moins d’de trois quarts d’heure de musique.

Sur cet album il n’y a plus de claviers (enfin il me semble), juste des guitares et une section rythmique. Les morceaux se partagent équitablement entre acoustique et électrique, certains sont épurés (‘Under the Trees’), d’autres nettement plus nerveux, un peu comme dans Ineffable mais en moins contrasté.

L’album s’inspire des mythes et légendes, des civilisations disparues, des rêves, de la réalité comme de la fiction. Enfin, c’est ce qu’écrit le groupe, car sans les paroles, je n’en sais pas vraiment plus.

Vous entendrez des références appuyées aux guitares de Porcupine Tree dans ‘Below the Lightnings’, ‘The Wild Ones’ ou encore ‘Home’, du Marillion sur ‘Lost In Nights’ (‘Ocean Cloud’),  ainsi qu’un peu Pink Floyd saupoudré partout ou encore de Karnivool. Bref des touches de rock progressif et de post rock sur une écriture très alternative.

Je n’ai pas aimé la brusque entrée en matière de Pictures avec la guitare qui ouvre ‘Below the Lightnings’. Je trouve cette approche trop directe. Le morceau aurait été plus à sa place un peu plus loin dans l’album.

Je n’ai pas non plus retrouvé la fraîcheur qui me plaisait tant dans Ineffable et plus j’écoute l’album, plus je lui trouve trop de points communs avec Porcupine Tree. Après, ce n’est pas forcément un défaut.

J’ai également trouvé que le titre acoustique ‘Under the Trees’ tournait un peu en rond avant d’en goûter toute la saveur.

Il m’a fallu du temps pour apprivoiser les sept morceaux. J’ai tout d’abord accroché aux titres les plus énervés composés par HamaSaari : ‘The Wild Ones’ et ‘Our Heads Spinning’ par exemple.

‘Frames’ est celui que j’ai adopté immédiatement, peut-être grâce à la présence de la bassiste et chanteuse malgache Christelle Ratri du groupe Kristel qui accompagne Jordan au chant. Je me suis réconcilié tardivement avec l’entrée en matière de ‘Below the Lightnings’, même si à chaque fois que j’écoute l’album, je suis surpris par son absence d’ouverture.

Je n’ai pas immédiatement adopté Pictures contrairement à son prédécesseur Ineffable, Il m’aura fallu pas mal d’écoutes pour rentrer dedans et je lui préfère toujours leur premier album sorti en 2024.

La proximité de plusieurs morceaux avec Porcupine Tree n’est sans doute pas étrangère à ce désamour. C’est souvent quelque chose qui m’agace. J’aime bien que les groupes prennent leurs distances avec leurs modèles.

N’empêche, j’ai hâte de revoir le groupe en live et je vous recommande quand même fortement la découverte de leur second album Pictures.

Sic Mundus – Universum

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Après pas mal de chroniques de métal, je reviens vers vous avec un jeune groupe de rock progressif, polonais qui plus est. Sic Mundus a été fondé en 2021 par Andrzej et Artur, respectivement claviériste et bassiste.

Et Universum est leur second album après Illusions sorti en 2023. Neuf morceaux de quatre à onze minutes, sans parler de l’instrumental bonus qui dépasse les dix-huit minutes.

Vous-vous doutez bien de la raison qui m’a poussé à écouter Universum, c’est sa pochette évidement. La couverture et les peintures signées Jarosław donnent vraiment envie de s’offrir l’édition vinyle ou CD. Un paysage hanté par les ruines corrodées d’une ancienne civilisation disparue.

Même si le projet s’est largement étoffé depuis ses débuts avec maintenant trois autres musiciens sans parler des invités, la musique de Sic Mundus est fortement marquée par la présence de ses deux membres fondateurs.

En effet, dès le premier morceau ‘The Road To Nowhere’, la section rythmique impose son tempo dansant sur des claviers très présents. Pour le reste, il y a beaucoup d’instruments sur cet album, outre les claviers parfois très symphoniques. Vous entendrez par exemple du saxophone et de la trompette en plus des instruments habituels d’un groupe de rock progressif.

Mais commençons par ce qui fâche :

Le titre bonus, présent sur le deuxième CD, n’est absolument pas raccord avec le reste de l’album. Il fait penser à du Lunatic Soul ou du Ozric Tentacles mais sans réel contenu. Je l’ai écouté deux fois et il n’y aura pas de troisième tentative.

Par chance, tout l’album n’est pas du même tonneau.

Pour situer Universum dans la sphère progressive, je vais faire des comparaisons, qui bien entendu, n’engagent que moi. Le chant de Mikolaj comme la musique (particulièrement dans ‘The Wheels Of Time’ et ‘Digital Slave’) me font penser au groupe Pain of Salvation lorsque l’ensemble de l’album me ramène plus vers le travail de The Ancestry Program, sans doute pour la richesse des compositions.

Mais le premier morceau assez bondissant, ‘Road To Nowhere’, dont j’ai parlé au début, me rappelle beaucoup le groupe brésilien Aisles.

Il y a même un titre très symphonique qui termine l’album (avant le morceau bonus). Il s’agit de ‘Argatha’ long de onze minutes. Il possède un petit air de Rondo Veneziano (et venant de moi ce n’est pas forcément un compliment). Vous y entendrez une orchestration numérique superposée à de la batterie, de la guitare et de la basse sans parler d’une trompette qui s’invite sur quelques soli. La pièce hésite entre le mauvais goût et le rock progressif de haut vol (la limite étant toujours difficile à discerner entre ces deux exercices).

Mais dans l’ensemble Universum est un bon album qui réussi presque à être original sans être révolutionnaire.

Je n’irai pas jusqu’à acheter le vinyle ou le CD malgré son artwork plutôt réussi et j’oublierai rapidement le disque, n’empêche, je vous recommande d’y jeter une oreille à l’occasion, il pourrait vous plaire.

D’ici là portez-vous bien, achetez vite vos billets pour Lazuli, Airbag et Big Big Train Chez Paulette.

The Reticent – please

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J’ai découvert le groupe The Reticent en 2020 avec l’album The Oubliette qui parlait d’une personne souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Le trio de Caroline du Nord, devenu duo avec l’album please, se complet manifestement dans les thématiques glauques comme le suicide dans On The Eve A Goodbye sorti en 2016.

Leur dernier album parle d’une personne souffrant d’une maladie mentale, un récit autobiographique, ce qui le rend encore plus sombre. please se sont dix titres de deux à huit minutes dont quatre interludes instrumentaux comprenant une narration qui débutent par une étude statistique sur les suicides.

Chant clair et growl se percutent sur un rock alternatif et progressif parfois musclé qui vous fera inévitablement songer à du Porpupine Tree en nettement plus torturé.

please est l’appel désespéré à l’aide d’une personne souffrant de dépression et que personne ne veut écouter. Une souffrance en silence qui le pousse au bord du précipice. Et si vous lisez l’anglais, prenez le temps de vous imprégner des paroles du livret, elles sont terribles !

Seulement deux musiciens œuvrent ici, James Nelson aux guitares et de Chris Hathcock pour tout le reste. Vous entendrez également Brian Kingsland au growl sur ‘The Bed Of Wasps’  et Vienna Gloom pour la narration. Mais malgré le faible nombre d’artistes présents, l’album se révèle d’une grande richesse comme d’une noirceur insondable.

‘The Bed Of Wasps’ est certainement le morceau le plus difficile à aborder de l’album. Il n’est que hurlé, et pas qu’un peu, ensuite il ressemble plus à du death metal que du progressif, enfin, les textes sont complètement flippants. Si nous ne saviez pas ce que vit une personne en pleine dépression, lisez et écoutez.

Mais tout n’est pas aussi violent heureusement, même si l’album reste du noirceur sans fin.‘The Riptide’ est justement un bon exemple de morceau calme et sombre, très wilsonien d’ailleurs comme ‘The Chance’ qui suit juste après), dans lequel notre personnage se noie au fond de sa dépression.

Je pourrais reprocher à The Reticent de ne pas avoir beaucoup évolué dans sa formule. Du prog alternatif à la manière de Porcupine Tree mâtiné de growl racontant des histoires absolument terribles. J’y retrouve beaucoup les intentions et la forme de the oubliette mais j’avoue que malgré ce peu d’évolution depuis ses débuts, le projet m’impressionne toujours autant. 

Et autant vous prévenir tout de suite, the oubliette était easy listening comparé à please qui touche vraiment le fond. N’empêche, je ne peux que vous recommander ce magnifique album après avoir demandé un avis médical bien entendu.

Monkeys On Mars – Monkeys On Mars

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Après le voyage sans retour de la chienne Laïka dans l’espace, ce sont maintenant des singes que l’on va envoyer sur Mars. Ils ne savent plus quoi inventer.

C’est Stéphane Gallay qui m’a fait découvrir Monkeys On Mars, la compression de deux groupes de stoner, Mars Red Sky et Monkey 3.

Je ne vais pas vous mentir, je ne suis pas un inconditionnel de ces deux formations françaises et suisses. Pourtant, lorsque j’ai écouté cet EP, symbiose de leurs deux démarches musicales, j’ai immédiatement accroché.

L’EP Monkeys On Mars ne comprend que trois titres pour vingt-huit minutes de musique, deux grands formats et un petit morceau de trois minutes qui n’est autre que la version edit du premier morceau. Les pièces empruntent principalement au psychédélique et au space rock avec des sonorités vintages pour faire bonne figure. Un EP majoritairement instrumental chantées par Julien Pras du groupe Mars Red Sky.

Le premier titre, long de dix minutes, s’intitule ‘Seasonal Pyres’, les bûchers saisonniers. Un long texte empreint de multiples connotations religieuses, qui reste, après plusieurs lectures, relativement ésotérique. Libre à vous de l’interpréter comme il vous plaira. La pièce prend son temps pour se mettre en place sur des claviers space rock avant l’arrivée de la basse et de la guitare. Le chant quasi féminin de Julien, prend alors la relève sur un rock progressif où les guitares ont le beau rôle.

‘Hear The Call’, le titre le plus long de l’EP du haut de ses treize minutes instrumentales,  baigne dans de fortes influences orientales. Un titre en trois grandes parties qui débute par une longue section space rock cinématique avant de nous guider en Orient puis de nous plonger dans du psychédélique au solo de guitare hallucinogène.

Bien évidemment, vingt-huit minutes, c’est bien trop court, surtout lorsque trois de ces minutes reprennent le premier morceau en version edit. Mais voilà, c’est très bon, alors pourquoi bouder notre plaisir ?

Le groupe passera au P8 à Karlsruhe en Allemagne le 25 avril, la dernière date d’une longue tournée européenne, je vais essayer d’en être.

Je vous engage fortement à découvrir cet excellent EP, il est à petit prix sur Bandcamp, alors ne vous privez pas.

Gazpacho – Magic 8-Ball

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J’imagine qu’il n’est plus besoin aujourd’hui de vous présenter le groupe norvégien Gazpacho propulsé sur le devant de la scène par Marillion en 2004.

Gazpacho a toujours été un mouton noir dans la mouvance progressive avec la voix si particulière de Jan-Henrik et les mélodies très intrigantes des musiciens. Souvenez-vous des albums Night ou Tick Tock pour n’en citer que deux.

Je crois que nous avons tous été surpris par le single ‘We Are Strangers’ sorti le 16 octobre dernier. Cela ne m’a pas empêché de commander leur dernier disque Magic 8 Ball, car si mes débuts avec le groupe n’ont pas été des plus simples, depuis March of Ghosts, je suis un inconditionnel du groupe.

J’imagine que certains fans intégristes ont été traumatisés par la sortie de leur dernier opus, car Gazpacho a clairement décidé de sortir des sentiers battus et rebattus depuis 2002. Mais ne prenez pas peur, vous allez retrouver souvent la forme traditionnelle du groupe dans leur dernier album. N’empêche, assez régulièrement, de petites touches plus mainstream, des bizarreries inattendues, viendront troubler le fan de la première heure. 

Si ‘Starling’ ne devrait pas vous surprendre même s’il s’agit le titre le plus long de l’album, jouant de piano, de violon, de mélancolie et de cette voix si particulière, ‘We Are Strangers’ va mettre à rude épreuve vos convictions. Chant vocodé, touches électros, refrain commercial, batterie nerveuse, difficile de reconnaître au premier abord les norvégiens dans cet OVNI. Il n’y a que le chant de Jan Henrik auquel se raccrocher.

Paradoxalement, j’adore ! Sans doute parce que j’aime mes prises de risque.

Et ‘We Are Strangers’ n’est pas l’exception, même si les morceaux qui suivent apportent leur quota de nouveauté de manière nettement moins frontale.

C’est une guitare, des claviers, une manière de chanter, une écriture plus commerciale, qui vont troubler l’ordre établi. Il y a par exemple un passage de basse/batterie au milieu de ‘Gingerbread men’ que l’on ne voit pas arriver et qui laisse place à une continuation très marillionesque à la manière du titre ‘Montreal’.

Difficile d’ignorer le ‘8-Ball’ très Bouglione où Jan-Henrik descend de presque une octave, dans un registre que je ne lui connaissais pas et qui lui va très bien.

Enfin, que dire du dernier titre intitulé ‘Unrisen’ construit d’une multitude de sonorités étonnantes tout en conservant une très grande cohérence ?

Alors oui l’album Magic 8 Ball va vous déstabiliser lors des premières écoutes, mais c’est pour mieux se faire apprécier. Petit à petit, toutes les étrangetés s’estompent pour devenir la norme. Plus vous avancerez dans sa découverte, plus vous tomberez sur des pépites cachées dans les mélodies et plus vous aimerez cet album.

Il rentre évidemment dans mon top 2025 et je vous invite à l’écouter d’urgence si ce n’est pas encore fait.

Psychonaut – World Maker

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Le groupe Psychonaut n’est pas totalement un inconnu pour moi. Je lui ai déjà tourné autour avec l’album Violate Consensus Reality sans pour autant conclure. Le trio belge de prog psyché né en 2011 vient de sortir World Maker le 24 octobre dernier, un album dix titres d’un peu moins d’une heure, qui me donnait l’occasion de me rattraper.

Le groupe Psychonaut bascule avec déroutante aisance des hurlements à la douceur, du violon à la guitare saturée. Leur musique est autant stoner, psychédélique que progressive, avec un ancrage marqué dans les seventies. Un mélange totalement explosif qui ne laisse pas une seconde pour s’ennuyer. Vous entendrez des influences venues de Tool, Led Zep, Mastodon ou encore Pink Floyd avec tout de même nettement plus de poussées d’adrénaline que les groupes précités.

Stefan De Graef, le chanteur et guitariste du groupe, joue de taping assez halluciné avec sa six cordes comme dans le titre ‘Endless Currents’. Cette technique est clairement pour moi la signature du groupe Psychonaut en plus du côté grandiloquent des compositions. Car en plus de partir dans le chant hurlé assez souvent, Psychonaut donne dans le grand spectacle cinématique, comme dans le morceau ‘… Everything Else Is Just The Weather’.

En plus du trio guitare, basse, batterie, World Maker regorge d’arrangements, voix, claviers, percussions et orchestrations comme dans l’instrumental orientalisant ‘Origins’. La musique s’en trouve fortement enrichie, lui donnant un aspect nettement moins brut de décoffrage que le stoner de base tout en la rapprochant fortement de la mouvance progressive.

World Maker est un concept album empreint de mysticisme. Il parle avec émotion et violence d’une divinité faiseuse de mondes, le « world maker » si vous ne parlez pas anglais. Après, j’avoue ne pas avoir tout compris aux textes qui ne donnent pas vraiment dans l’explicite. Par contre, ils sont magnifiques et écrits comme des poèmes.

Si je devais mettre en avant un seul titre de Psychonaut, ce serait sans doute ‘Stargazer’ qui alterne avec brio poutrage et fragilité pendant pas loin de huit minutes. Il y a du growl, du chant clair à la manière d’Anathema, un refrain à la Steven Wilson, du bon gros metal,de la guitare acoustique limite folk, bref un véritable bento métal progressif.

World Maker est un album tout en puissance mais également d’une grande subtilité avec des passages fragiles et explosifs. Je n’ai pas grand chose de plus à en dire, sorti du fait qu’il rentre de ce pas dans ma petite sélection d’albums de l’année qui a des chances d’arriver dans le trio de tête 2025. Allez l’écouter d’urgence, vous le trouverez sur Bandcamp.

HamaSaari – Ineffable

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Désolé, j’ai trou de mémoire, je ne me souviens plus qui m’a recommandé le groupe français HamaSaari, mais j’ai tout de même ma petite idée sur le sujet, ça doit être moi…

Bon, toujours est-il que j’ai mis leur album Ineffable dans un coin et que j’ai bien noté qu’ils passaient en concert le 22 octobre au P8 à Karlsruhe. J’ai écouté l’album et j’ai pris la route du P8.

Ineffable, sorti en 2023, est leur premier album. Sept titres pour trente-neuf minutes de musique prog/alternative à tendance acoustique. Le prochain arrivera début 2026. Mais HamaSaari est né sur les cendres du groupe Shuffle que j’avais découvert du temps du webzine Neoprog.

Le quatuor joue de guitares, de batterie et de basse. Leur musique me fait penser à des groupes comme Klone, Lag I Run ou encore Wolve. Et si vous avez lu quelques-unes de mes chroniques sur ces groupes, vous comprendrez vite pourquoi j’aime HamaSaari.

Les morceaux sont majoritairement softs avec quelques poussées plus électriques sorti de ‘White Pinnacle’ qui donne clairement dans le metal prog énervé avec même du growl.

Ineffable est un album à l’écriture classique et très originale à la fois. J’en suis tombé amoureux dès la première écoute.

Le chant clair un peu fragile associé à ces guitares électro-acoustiques qui de temps en temps durcissent le ton, rappellent Porcupine Tree sans les plagier comme dans le titre ‘Old Memories’.

Il y a quelques claviers, mais juste en trame de fond. On pourrait s’en passer, d’ailleurs, en live, il n’y en avait pas.

‘Crumbs’ joue de l’américana pour nous parler de la révolte quand ‘Lords’ revisite notre catéchisme, d’abord en douceur avec ses délicieuses notes de guitares avant de hausser légèrement le ton et finir sur un instrumental tout en délicatesse.

Une des merveilles de cet album (il y en a plein) s’appelle ‘Prognosis’. Le dernier morceau de l’album, d’un peu plus de quatre minutes, me transporte à chaque écoute. Il est joué tout en retenue dans des tonalités électro acoustiques fragiles, avec un court texte en forme de conclusion.

J’adore également la bombe thermonucléaire de ‘White Pinnacle’ qui met sens dessus dessous tout l’album. Il faut dire que les paroles ne font pas dans la dentelle puisqu’elles évoquent à demi-mots de ces curés qui abusent du corps des enfants au lieu de sauver leur âme.

Ineffable serait sorti cette année, il figurerait dans mon top 2025, car j’en suis tombé amoureux.

J’attends le prochain album de HamaSaari avec une impatience teintée d’inquiétude mais les premiers extraits que j’ai entendus en live me donnent de l’espoir. C’est toujours compliqué un second album.

Allez écouter Ineffable, aller écouter HamaSaari en live, ce groupe est plus que prometteur.