L’iMac n’a qu’un fil

Les gens de chez Apple sont très forts tout de même. L’iMac est comme un portable pas du tout transportable. Un écran, une U.C., un clavier, une souris et un seul câble pour relier tout ça, la magie du Bluetooth. S’ils s’étaient débrouillés pour que le courant arrive sans fil ça aurait été top. Notez bien que je ne déplace pas souvent un écran 27 pouces.

Mais le tableau que viens de dresser est utopique. Personne n’utilise un iMac de cette manière. 

Tout d’abord, la machine me sert à écouter de la musique, beaucoup de musique, et pour un audiophile comme moi, cela passe forcément par un DAC, donc un câble USB entre l’iMac et la chaîne. Et de deux.

Ensuite, toujours pour la même raison, j’ai de nombreux CDs que j’encode en ALAC (un format de son compressé sans perte, mieux que le mp3) afin d’intégrer les albums à ma bibliothèque iTunes pour ensuite les écouter sur un iPhone. L’iMac ne possède pas de lecteur CD, grave handicap croyez-moi, le 100% dématérialisé ce n’est pas encore pour demain. Il me faut donc brancher un lecteur CD USB à la machine. Et de trois.

L’écran et l’U.C. Ne font qu’un, c’est très fort mais le clavier et la souris alors ? Ces deux accessoires indispensables fonctionnent en Bluetooth, magique, sauf, sauf, que Bluetooth dit alimentation électrique et que de temps en temps, il faut recharger ces charmants périphériques à l’aide de câbles spécifiques. Et de cinq.

Un ordinateur ne serait rien sans un système de sauvegarde digne de ce nom. Même si le cloud a fait ses preuves, je ne suis pas prêt à sacrifier ma bande passante et à livrer à un serveur distant le contenu de ma machine, même si je n’ai rien à cacher. Je branche donc un disque dur externe, en USB, à la machine à remonter le temps, lui confiant le soin de copier régulièrement le contenu de l’iMac. Et de six.

Vous croyez que c’est fini, eh bien non. Je vous ai dit que ma musique était sur iTune et que je l’écoutais sur iPhone également non ? Je branche donc mon iPhone sur l’iMac pour de synchroniser à iTune via un câble USB. Et de sept.

Finalement, la machine livrée sans fil se retrouve ressembler à une tarentule velue et mon bureau à un chaos recouvert de câbles et d’accessoires divers. Il va falloir que j’écrive à Apple pour me plaindre, peut-être à l’aide d’un tablette graphique et d’un stylo spécifique ? Sauf que je n’ai plus de port USB de libre à l’arrière de l’ordinateur.

Le violon d’Ingres

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Mon épouse joue du piano depuis de longues années. Elle en joue d’ailleurs plutôt bien vu ses petits doigts boudinés. Méprisant Mozart, Beethoven, elle leur préfère des compositeurs plus audacieux comme Liszt, Scriabin ou Debussy d’où ma passion pour ce répertoire peu classique. 

Non contente de jouer plus d’une heure par jour sur son quart de queue et piano électrique, elle s’est essayée également à l’alto puis dernièrement au violoncelle. L’alto fut un fiasco et les notes du violoncelle providentielles. 

Encore fallait-il trouver violoncelle à son pied et l’affaire ne fut pas simple : trop grand, trop large, trop court, trop épais, trop moche, trop cher. 

Pour faire ses gammes, ma chérie en a acheté un premier, bas de gamme, puis un second en Angleterre (à peine mieux), a emprunté celui d’un prof haut de gamme, puis s’est décidé à en faire fabriquer un chez un artisan chinois. L’investissement semblait hasardeux (il est toujours compliqué de traiter avec la Chine, demandez à Trump vous verrez) mais le violoncelle était fait main. Un montagnana, gravé au dos. Après quelques hésitations (un risque à trois zéro tout de même), des tribulations douanières épiques, l’instrument arriva à la maison, en parfait état, mais démonté. Un bien bel objet en vérité mais totalement inutile en l’état.

Ma femme candide, alla chez un luthier pour finaliser l’assemblage. Ce qu’elle ignorait, c’est que certains luthiers font comme elle, commandant en Chine des violoncelles qu’ils améliorent un peu chez eux et revendent trois fois plus cher ensuite. Grace à son charme fabuleux, l’artisan de mauvaise grâce, monta les cordes, le cordier et le chevalet, reconnaissant au passage que l’instrument était de belle facture.

Un violoncelle est un instrument très encombrant et fragile. Pour le transporter, il faut absolument une boite, une boite à la bonne dimension, solide pour résister aux chocs, pas une housse souple. La quête de la bonne boite fut longue, très longue, fastidieuse. Choix du matériau, taille, poids, prix, couleur, plusieurs essais furent nécessaires à madame et son chinois. DHL, connu bien vite notre adresse, livrant ou emportant de gros cartons semblables à des cercueils, contenant d’abord des violoncelles puis des boites, de grosses boites, boites qui rentrent non sans mal dans la voiture.

Commença ensuite la course à l’optimisation. Optimisation vous avez dit ? Oui, car comme une voiture de course, il est conseillé de modifier les équipements de l’instrument pour obtenir un meilleur son. Tout commença par les cordes, des fils à linge hors de prix, de qualité certes mais au rendu sonore très différent selon les marques : Larsen, Spiricore, Pirastro, Kaplan et j’en passe. Mon épouse passa des heures sur le net, quand elle ne jouait pas, à trouver la bonne affaire : déstokage, fin de série, soldes, emballage abîmé. Elle a ainsi, petit à petit, commandé, parfois à l’unité, des cordes pour son nouvel instrument. 

Débuta alors le montage des cordes et la phase de test. Trop terne, trop métallique, trop cher, la configuration idéale fut l’objet de nombreux débats et écoutes, mon épouse se reposant sur mes seules oreilles pour procéder à ses choix (si elle savait la pauvre, qu’à force de trop de metal je suis devenu sourd comme un pot, enfin bon…). 

Elle fit remplacer le chevalet d’origine chez le luthier, les cordes étaient trop éloignées de la touche (oui les petits doigts boudinés). Vint ensuite le complexe débat sur la pique, laiton, fibre de carbone ou titane ? Elle a tout essayé pour finir avec une pique en titane recouverte de laiton, un objet pour le moins coûteux pour un bout de ferraille mais qui a renforcé la profondeur sonore du violoncelle, même moi, je m’en suis rendu compte, un vrai violoncelle pour jouer ‘Shadowmaker’ de Apocalyptica.

Le débat suivant tourna autour du cordier, des tendeurs, des vis, et après bien des tâtonnements elle s’en fit fabriquer un sur mesure avec des vis également en titane.
Tout était fin prêt, un violoncelle au top.

Oui mais non. Connaissiez-vous l’importance de l’archet pour le violoncelle, son poids, la position de son centre de gravité, son bois, son crin (pas celui d’une jument, elle pisse dessus) ? Toujours grace à la littérature internet, ma chérie s’est passionnée pour les archets. Aujourd’hui, après moulte expérimentations, ma femme possède de nombreux archets même si elle en a revendu plusieurs,  ils sont rangés dans un tiroir, derrière mes caleçons et mes chaussettes. Nacré, en permambouc, variant de quelques grammes seulement, ils ont en effet une grande influence sur le son restitué par l’instrument.

Après des mois de recherche, des commandes, des renvois, des enchères, des ventes, son violoncelle chinois est devenu une bête de course et le luthier un bon copain, qui lui trouve toujours de nouveaux accessoires hors de prix à vendre (des archets à quatre mille euros par exemple). Pour elle, il est disponible à toute heure. 

La prof de violoncelle de mon épouse lui envie son bel instrument qui sonne merveilleusement bien (normal, vous avez vu comme je suis bâti). Ma femme n’a plus qu’un sujet de conversation, son violoncelle. L’instrument d’abord timide, résonne aujourd’hui dans toute la maison, amplifiant les fausses notes de ma chérie, faisant fuir le chat terrifié par ses cris d’agonie.

Car voilà, si ma femme est musicienne, que son violoncelle sonne comme un moteur huit cylindres, elle n’en reste pas moins une débutante qui essaye pour l’instant de tenir la note juste.

Pas chroniqué ?

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Pour quelle raison ces enfoirés du webzine Neoprog n’ont-ils pas chroniqué votre dernier album ?

Vous avez contacté le boss, vous lui avez envoyé du matériel audio, une bio, une vidéo, glissé un billet un 500 € dans l’enveloppe et rien. Pas une ligne dans les colonnes du plus célèbre magazine de rock progressif de la planète. Pourquoi tant de haine ?

Il n’ y a pas de haine, il n’y a que des choix. Première question à se poser, êtes-vous bien dans l’esprit du webzine, car comprenez bien que pop, punk, jazz, trash, chansonnette, hip-hop, dub-step, opéra, grunge, ska ne trouvent pas leur place dans nos chroniques, où alors accidentellement. Ensuite nous recevons beaucoup plus de musique que nous ne pouvons écouter, même d’une oreille distraite, et pourtant nous en écoutons beaucoup. Et quand je dis beaucoup, c’est vraiment beaucoup.

Le choix de l’album à chroniquer appartient au critique, il n’y a pas de chronique imposée à Neoprog, du coup tout dépend de l’humeur de chacun.

Au cours de l’année, il y a plusieurs temps forts, la rentée musicale de septembre, le début de l’année civile et la fin du printemps. Ce sont des périodes pendant lesquelles les promoteurs et labels nous inondent d’albums, le plus souvent des groupes poids-lourds qu’il est impossible de passer sous silence si nous voulons garder encore quelques lecteurs. Du coup, les artistes moins connus perdent en visibilité pendant ces périodes intenses et il nous arrive de parfois les oublier.

La lassitude est également une raison de non chronique. Etant donné que nous écoutons beaucoup de musique, nous sommes fatalement blasés à force d’écouter des albums qui se ressemblent tous un peu à la fin. Il nous faut donc des sensations fortes pour stimuler nos envies, il nous faut de la variété, d’où des périodes pour certains d’entre nous passant du néo-progressif au metal puis au canterbury pour ne pas tourner en rond. Si par malheur vous arrivez avec du prog symphonique alors que je suis dans ma période doom expérimental, vous n’avez aucune chance d’être sélectionné, c’est injuste mais c’est ainsi.

Un autre facteur rentre en jeu : lorsque notre appréciation de l’album n’est pas des meilleures, nous préférons le plus souvent passer sous silence notre opinion. Le but n’est pas de démolir un artiste ou un album, mais plutôt de donner envie au gens d’écouter de la musique.

Comment mettre toutes les chances de votre côté ? D’abord contactez-nous si vous jouez du rock progressif. Ne nous demandez pas de chroniquer de la musique en streaming, nous ne le ferons pas. Ne nous envoyez pas du mp3 v0, faites au moins l’effort de nous envoyer du 320. Soyez un minimum visibles sur la toile, fournissez nous quelques informations sur qui vous êtes, un dossier de presse est toujours le bienvenu (cela nous évite d’écrire des âneries). N’hésitez pas à nous envoyer un titre sur Youtube, Bandcamp, Soundcloud afin que l’on se fasse une petite idée. Et donnez-nous tous les détails, date de sortie, line up, pochette, label, histoire que l’on puisse déjà vous référencer chez nous. Enfin inutile de nous dire que vous adorez notre webzine et que vous le consultez régulièrement et que nous faisons un super boulot, c’est gentil, mais j’imagine que vous ne lisez pas tous les webzines de rock progressif à qui vous soumettez votre musique…

Nous faisons notre maximum pour donner de la visibilité aux groupes émergents qui, selon nos critères, le méritent. Référencement, annonce de concerts, chroniques, actualités, interviews, livereports… Mais il faut également que nous parlions des formations mainstream pour que le webzine soit lu. L’équilibre est difficile à trouver.

Contrairement à certaines idées reçues ou pratiques d’autre magazines, nous ne faisons pas payer nos publications, nos chroniques, nos interviews. Si nous le faisons, c’est par passion, par envie.

Si la chanteuse du groupe est vraiment mignonne, même si c’est du R&B, on devrait pouvoir s’arranger pour une petite interview chez moi quand ma femme est au travail, mais chut !

PUB le retour

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J’avais juré craché que l’on ne me reprendrait plus, mais l’appât du gain est plus fort. J’ai remis des publicités sur le webzine. Je pourrais vous faire un bilan des dons reçus depuis l’ouverture du webzine, il y a de cela plus de dix ans. Le bilan est vite vu : zéro euros. La pub elle, avait rapporté en six mois, soixante-quatre euros à l’époque, de quoi payer l’hébergement du site chez OVH et deux trois broutilles. Si la pub revient, c’est que la boutique n’a pas marché, que les dons non plus et que, si Neoprog n’est pas une aventure commerciale mais musicale, j’aimerai bien ne pas passer un salaire entier dans ma passion tous les ans.

J’ai un peu honte de le faire mais quand je vois que mon employeur n’hésite pas une seule seconde a barbouiller un site payé par les contribuables avec des publicités invasives, je me dis que finalement, ce n’est pas si grave. Je vais bien entendu perdre tout crédit auprès des personnes qui ont lu mes précédents articles sur la publicité mais je ne suis plus à ça près.

A quoi servira la publicité ? Tout d’abord à payer l’hébergement, peut-être à lancer une campagne de publicité pour mieux nous faire connaître et également à financer, au nom du webzine, des projets et encourager la création artistique. A titre personnel, je le fais déjà, en participant à plusieurs crowdfundings, mais si le webzine dégage un peu d’argent avec la publicité, ce sera l’occasion d’aller plus loin dans cette démarche.

Il est possible que la pub m’énerve très vite et que j’enlève tout ce bazar rapidement, il m’arrive d’être d’humeur changeante et un peu girouette. C’est donc pour l’instant une nouvelle expérimentation, qui au moment à j’écris l’article nous a enrichit de deux éros (merci les québécois). Pas de quoi payer un hébergement, encore moins financer un nouvel album mais c’est un début.

Mécénat ?

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Jean-Pierre Louveton (JPL, Némo) lançait un intéressant débat il y a peu dans sa lettre d’information. Comment rétribuer aujourd’hui les musiciens ?

Au moyen âge, les seigneurs offraient le gîte et le couvert aux troubadours et parfois même quelques menues piécettes pour distraire les banquets dans les salles parcourues de courants d’air des châteaux et des manoirs. Maigre rétribution, mais à cette époque, il ne fallait pas faire le difficile.

Les grands compositeurs classiques vécurent bien souvent grâce à des mécènes, des princes, des rois, qui faisaient venir les artistes à leur cour pour qu’ils composent des oeuvres. Cela était de bon ton d’aider la création. Un statut très précaire car le musicien devait plaire à son hôte pour ne pas tomber en disgrâce et aller mendier ailleurs.

Les rockeurs s’enrichirent grace à des contrats signés avec de grandes maisons de disques, à leurs millions d’idoles, à des concerts et des galettes vendues de part le monde et aux radios qui passaient leur musique en boucle sur les ondes.

Aujourd’hui, à l’ère du numérique, les musiciens sont partout, internationaux, si loin et si proches, si nombreux surtout. La musique circule plus sur la fibre que sur les ondes, en streaming, en téléchargement, souvent gratuite, souvent volée si on sait où chercher. Les maisons de disques ne signent plus que des valeurs sures, le risque n’est plus permis. Les autres se débrouillent comme ils peuvent, enregistrent à la maison, déposent leurs mois de travail sur des plateformes numériques et récoltent quelques miettes.

Comment peut-on aujourd’hui aider la création musicale ? Comment offrir le gîte et le couvert à ces troubadours du vingt-et-unième siècle ? Les maisons de disques leur tournent le dos, les plateforme de streaming leur offrent l’obole, les salopards leur volent leur travail, les réduisant à la mendicité musicale.

Quelques solutions existent, le Patreon (un modèle proche du mécénat), les financements participatifs, des éditions limitées spéciales, le merchandising. Encore faut-il réussir à faire entendre sa voix au milieu de toutes les autres, réussir à se distinguer, convaincre. Un album coûte beaucoup d’argent pour être enregistré, mixé, masteurisé, pressé, distribué, mais ceci n’est que le sommet de l’iceberg puisque avant cette étape, il a fallu que les artistes écrivent et composent, des mois de travail, parfois des années non rétribuées.

Souvent, les gens s’imaginent que la vie d’artiste c’est sex, drugs and rock & roll. Le plus souvent cela ressemble plutôt à métro boulot compo dodo, où le boulot paye les factures, remplit le frigo quand la musique réduit d’autant l’espace pour le dodo. Combien gagne un artiste sur le CD acheté à la FNAC ? Un, deux euros ? Combien gagne un groupe lorsqu’il joue dans une salle ? Un coupon bière et un sandwich jambon beurre ? Souvent les musiciens ne sont même pas remboursés de leurs frais de déplacement et perdent de l’argent en jouant devant vous. “Oui mais ils réalisent leur rêve” disent les imbéciles, oui ils réalisent mais à quel prix ? Ils se font avoir pour jouer une heure à cinq cent kilomètres de chez eux devant des spectateurs qui à la fin du concert n’achèteront même pas leur dernier album.

Pour ma part, j’achète la musique, les CDs, les vinyles, les éditions deluxe. “Oui mais toi tu es un chroniqueur, tu reçois de la musique gratis.”. Exact du con, je reçois du mp3, et lorsque j’aime l’album, je l’achète, même si je l’ai déjà en mp3, histoire de soutenir la création, les petits labels et leurs artistes. Je vais aux concerts aussi, quand je suis suffisamment en forme. “Oui mais toi tu es invité à tous les concerts.”. Invité parfois du gland, souvent là où je ne peux pas aller, souvent pour écouter un artiste que je n’aurai pas été écouter, pour faire une interview, un live report et des photographies, une bonne semaine de travail pour une place à vingt euros offerte sans parler de l’essence et du prix de la chambre d’hôtel que je paye de ma poche. Et surtout, je participe à de nombreux crowdfundings, finançant des albums pas encore composés, et qui ne le seront peut-être jamais, tout dépendra de vous, de votre générosité. C’est une manière comme une autre d’être un mécène, vous donnez de l’argent en échange d’un futur album, vous payez l’enregistrement en studio, le pressage, éventuellement une campagne de promotion, une tournée et vous recevez en échange un CD, certainement acheté plus cher que sur iTunes mais vous avez la satisfaction d’avoir contribué à une noble cause. Je suis chroniqueur, je reçois des promotions mais je soutiens les artistes.

Pour te répondre Jean-Pierre, l’adhésion à une association ce n’est pas mon truc, mais si c’est pour financer la création artistique, à la manière d’un Patreon, pourquoi pas. Des éditions signées plus cher, oui, n’hésite pas, tout le monde le fait maintenant, et cela ne me choque pas, ce sont celles que je commande à chaque fois. Des produits dérivés, oui, bien que je préfère des éditions plus luxueuses ou simplement un texte de chanson écrit à la main, parce que à la fin, tee shirts et mugs débordent sur les étagères. Mais pourquoi ne pas lancer une souscription comme l’avait fait Marillion pour Anoracknophobia, une souscription donnant accès à une édition limitée, te permettant de financer ton travail ou partie des mois avant la sortie de l’album ?

Idéalement il faudrait que certains “fans” comprennent que la majorité des musiciens vivent grace à un autre travail. J’ai en tête plein de noms de musiciens célèbres qui m’ont avoué être plombier, informaticien, commercial la semaine et batteur, chanteur, guitariste le weekend. La musique n’existe que par la passion de ceux qui la crée, de ceux qui en parlent, ceux qui l’écoutent. Ce n’est pas, sauf pour une minorité, une profession. Et pour continuer d’en profiter encore longtemps, il faut aider les groupes, acheter leur musique, ne pas la pirater, aller l’écouter en live, leur donner envie de continuer.

Quelques crowfundings auxquels j’ai participé

  • Fleesh
  • Brieg Guerveno
  • Galaad
  • Amphetamin
  • anasazi
  • Cloud Cuckoo Land
  • Coda
  • Morrighans
  • Gens de La Lune
  • Damian Wilson
  • Wilson & Wakeman
  • Innerspace
  • Steve Rothery

L’influenceur

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Je possède un avis sur tout, film, bande dessinée, livre, jeu vidéo, album, exposition, concert, politique, matériel photo, matériel audio, technologie, science. Donnez-moi un mixeur, je vous le chroniqurai. J’ai interviewé les plus grands, j’ai tutoyé les plus célèbres, je suis prêt pour une heure de tête à tête avec Trump. Sur YouTube, Facebook, Twitter, dans mon blog, mon webzine, sur Flickr, je partage mes gribouillages, communique ma passion, donne mon avis, critique, raconte…

Je suis un influenceur, c’est ainsi que l’on nous appelle. Mes écrits, mes vidéos modifient le comportement d’achat de mes followers. Ils veulent être moi, s’habiller comme moi, boire la même boisson que moi, conduire la même voiture que moi.

Un photographe m’immortalise dégustant une bière tout en écoutant le dernier vinyle de pop. Gros plan sur la cannette mousseuse et sur le nom du groupe, mon visage en second plan, celui que tout le monde le connaît, avec ce sourire béat. Shooting dans un jacuzzi remplit de champagne et de jeunes filles dénudées, sur le pont d’une croisière musicale, interviewant la rock star du moment.

Les marques s’arrachent mes espaces publicitaires. Les grands fabricants audio se battent pour que j’écoute la musique sur leur matériel hifi. Je suis le VIP des soirées de rock, les tourneurs déroulent le tapis rouge, me couvrent de cadeaux. Les plus belles chanteuses rêvent de partager, ne serait-ce qu’une nuit, mon lit à baldaquin. JC, mon JC, Oui , Oui, Ouiiiiiiii !

Nut ! Nut ! Nut ! Le réveil sonne, il est six heures, je dois me lever pour aller bosser. Aujourd’hui il faut changer les pneus de la flotte de Clio, commander du PQ, préparer la grande salle pour une réunion et briefer la femme de ménage sur l’utilisation de la serpillière. A 17h, s’il me reste un peu d’énergie, j’écouterai les fichiers mp3 reçus et transcrirai l’interview téléphonique d’un obscur groupe de prog en buvant un verre d’eau du robinet. Je regarderai une vielle série télé puis me battrait pour un peu de couette avec ma femme dans ma vieille maison qui tremble au passage des bus.

Je suis un influenceur, j’ai une chaîne YouTube que personne ne consulte, une page Facebook désertée, un blog confidentiel, un webzine avec moins de cinq cent pages vues par jour et un Flickr rempli de photos moches. Je suis un influenceur qui n’influence personne, n’intéresse aucun annonceur, ne vend aucun alcool, vêtement et cela me va très bien. Pour le jacuzzi, j’ai une baignoire. Et pour les bulles, devinez…

Le monde à l’envers

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La planète ne tourne définitivement pas très rond. Aujourd’hui ce sont les musiciens qui interviewent les critiques. Mais où va-t-on ?

Guillaume, l’artiste qui se cache derrière The Odd Gallant, m’a contacté pour réaliser une interview du webzine Neoprog alors que j’aurai du, si j’en avais eu le temps, en réaliser une de lui, pour parler de son dernier et génial album Official One.

Ou comment flatter l’ego d’un chroniqueur prétentieux en le caressant dans le sens du poil pour s’assurer une prochaine bonne critique. Malin le Guillaume.

Lorsque les questions sont arrivées, j’ai eu immédiatement envie d’y répondre, mais ma chérie voulait se promener en forêt. Cruelle épouse. Elle sait bien pourtant que lorsque je reçois un paquet, il faut que je le déballe tout de suite. Une heure de supplice, à préparer des réponses dans ma caboche en marchant sous la frondaison avant de pouvoir coucher mes pensées sur le papier. Oui, je l’avoue, j’adore me raconter.

J’avais prévenu Guillaume, mes réponses ne seraient pas forcément consensuelles ni politiquement correctes. Cela n’a pas semblé le déranger un seul instant, alors je me suis lâché, vraiment, un pur bonheur, encore mieux que dans le blog. Le rock progressif français a sans doute été quelque peu égratigné au passage comme certains tourneurs, mais bon, peut-être est-ce mérité.

Ce n’était pas la première fois qu’un artiste me posait des questions sur le webzine, curieux de connaître son fonctionnement, ce qui m’a amené à cela, comment nous fonctionnons etc. Je n’imaginais même pas que cela puisse intéresser quelqu’un d’ailleurs. Mais c’est la première fois, hormis dans mes notes de blog, que cela est publié.

Les questions portaient sur le webzine, la musique, moi, le blog, vous pouvez, non vous devez aller les lire ici. C’est un peu comme un billet de blog au final, en plus dense, avec un parcours imposé par Guillaume au départ (ce que l’on appelle des questions). Ce fut une expérience très intéressante, jubilatoire même. J’ai répondu sans me poser de question, elles étaient déjà toutes rédigées, sans me censurer, je sais que tout n’est pas bon à dire, mais c’est si bon de le dire.

Pour les prochaines interviews voici les créneaux pour les phoners et Skype : 1er avril 2020 : 17h30, 18h00, 18h30, 19h30, 20h00.

Bonne lecture et merci à Guillaume !
http://theoddgallant.com/interview-de-jean-christophe-le-brun-neoprog/

Le menu est en haut

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Ocultée par l’écran noir de mes pensées, la lumière ne pénètre plus dans le salon. De doux ronronnements brisent le silence, le chat n’est pourtant pas là.

La fenêtre n’occupe plus tout l’immense mur et pourtant je ne trouve pas le menu.

Des pommes ? Pourquoi pas, mais à cette saison, elle sont hors de prix.

La lumière dans la pièce ne brille pas, je ne connais pas mon répertoire classique, vas-y qu’ils disent, encore faudrait-il savoir où aller.

Vingt-sept pouces ça en fait du monde sur le bord de la route à essayer de monter dans une voiture. Migrer d’un pays vers un autre est bien plus compliqué qu’il n’y paraît et cela prend des heures lorsque vous avez beaucoup de bagages, à condition encore de pouvoir emporter les dits bagages.

Un apprentissage douloureux devant un monstre pour retrouver des automatismes, le menu est en haut, encore faut-il lever le nez.

Plein de tunes à transporter dans une petite valise, des heures de remplissage à pleine vitesse, des heures de transbordage avec l’espoir que les billets ont cours ici. 

Arrivé samedi midi, le monstre ne m’a laissé aucun répit depuis, recherches, essais, échecs, nouvelles tentatives, installations, incompréhension, et si j’avais fait le mauvais choix ?

La bête ronronne doucement alors que sa copine asthmatique peine à suivre le rythme infernal. L’une se dépouille, l’autre se gave, mélodies, paysages, concerts, portraits, messages… La grande migration a commencé, méga après méga, la chenille devient papillon mais j’aimerais bien aller dormir quelques heures, on vient de basculer à l’heure d’été, tout ça pour 0.07% d’économie d’énergie.

Dimanche matin, j’ai récupéré mes tunes, une sacrée aventure croyez-moi, restait encore la chambre noire, indispensable même à l’heure du numérique. Par chance Linux Torvals est une vieille connaissance sinon j’aurai eu quelques craintes avant le lancer le Script For a Jester’s Tear.

Larry Page aime bien les safaris, un problème de moins dans ma liste toute douce. Le soleil brille, encore une demie heure de transvasement si tout va bien.

Vous voyagez côté Pomme ou Fenêtre ? Gare à vous, si vous changez de fauteuil, cela pourrait être inconfortable plusieurs heures.

Si vous n’avez rien compris à ce post hallucinatoire, référez-vous à l’image. Je viens de divorcer de Microsoft pour épouser Apple, et croyez-moi, le passage de l’un à l’autre, ne se fait pas sans souffrance, même lorsque vous êtes un ancien informaticien.

Rock & Roll Bétaillère

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Plus jeune, je me jetais dans la fosse aux lions, dans ces stades bondés pour écouter Pink Floyd ou Genesis. Trois heures avant le concert, j’étais déjà sur la pelouse, brûlant au soleil, priant pour mes idoles. Des stades, des Zéniths, des Palais des congrès, d’immenses bétaillères aux remparts sonores épouvantables pour des show à grand spectacle. Peter Gabriel à Bercy, Marillion à la Penfeld, des usines à rock où les concerts s’enchaînaient.

Puis, par la force des choses, ayant quitté la Bretagne, puis Paris, je suis descendu en gamme, dans des boites de conserves, où tassés comme des sardines à 1000, collés les un contre les autres, respirant les aisselles du voisin, fumant le pétard de la fille devant moi et sentant l’érection naissante de l’homme dans mon dos, je goûtais au plaisir de la basse de Sting, de la voix de Fish, des claviers de Clive Nolan.

Puis vînt l’âge de la curiosité, où j’eu envie d’écouter autre chose, qu’un sempiternel Marillion, Transatlantic ou Pendragon, envie de sortir des têtes d’affiches, de découvrir d’autres horizons. La période où je commençais également à consommer local, en circuit court et bio, à arpenter les petites salles où des groupes talentueux faisaient, pour certains, leurs premières armes. Des pubs, des bars, de petites salles associatives où vous pouvez déguster une mousse de qualité en écoutant de jeunes talents donner toutes leurs tripes pour une trentaine de spectateurs. Pas de mur de son, pas de rampes d’éclairages, pas de fumigènes mais une proximité unique avec les artistes, une ambiance familiale et des conditions agréables pour découvrir de nouveaux talents.

J’imagine bien que ces artistes rêvent de cinquante-miles spectateurs, d’effets pyrotechniques, d’écrans géants, de champagne, de groupies en folie. Mais pour moi, le vieux fan amoureux de musique, photographe amateur avide de concerts, les petites salles sont devenu mon paradis. Ras le bol des salles bondées, à la rigueur un petit Zénith de temps en temps pour m’offrir une tête d’affiche, confortablement assis au-dessus de la fosse, mais ça, c’est parce que je suis vieux.