Journal d’un confinement

Image

Le 16 mars 2020, la France se décidait enfin, après plus de quinze jours d’épidémie, à confiner sa population.

J + 23 : Mercredi 8 avril 2020 – j’ai perdu le Nord

Vous êtes-vous déjà couché par erreur dans le lit de quelqu’un d’autre un jour ? Parce que moi, c’est ce qui m’est arrivé hier soir. Enfin presque.

J’étais assis devant mon Mac, un casque sur les oreilles, mes notes à côté du clavier et l’album posé près de l’écran. La session Skype était lancée et l’interview allait démarrer. Une fois l’adresse du chanteur du groupe saisie et je lançais l’appel. Devant moi trois gars confinés dans un grenier, quelque part à la campagne. Trois ? Bon je croyais qu’ils seraient quatre. Ça arrive parfois. J’adapterai les questions, je suis souple. Les gars se présentent, et là j’ai comme un doute. Eux pas. Alors avant de rentrer dans le vif du sujet, j’agite devant la caméra la pochette de l’album dont on va parler. Et là, il y a comme un blanc. « Heu ce n’est pas le bon album… », « Ben si », « Ben non ! ». « Vous êtes qui ? ». « Ben Machin. ». Oups, le groupe que je m’apprête à interviewer n’est pas le bon, pire j’ai à peine écouté leur album et je serais bien en peine de leur poser une seule question. Je ne m’étais jamais retrouvé dans une telle galère, pourtant j’en ai connu pas mal depuis le temps. Alors je leur explique qu’il y a erreur sur la personne, m’excuse platement, leur souhaite de bien se porter et termine l’interview la plus courte de ma vie.

Après ces émotions j’ai écouté une petite heure de Marc Atkinson en live streaming avant d’aller faire dodo, la migraine ayant eu raison de ma passion pour sa musique. Jeudi ce sera Franck Carducci, vendredi Mark Kelly. Les artistes se donnent à fond pour nous, merci les amis !

Aujourd’hui il fait un temps magnifique. Dans jardin c’est transat, Caligula’s Horse et The Expanse. Ça pourrait être pire. Je sème à tout vent des navets. Des vrais, pas ceux de Animal Crossing, il n’y a pas de spéculation dans mon potager. Par contre dans ma petite île, la chasse aux oeufs bat son plein, j’en ai ramassé douze ce matin.

Vous savez que vendredi est jour chômé en Alsace ? Youpi ! Vendredi Saint. Heu… Pour ce que cela va changer à notre quotidien… En fait le confinement ressemble à de longues vacances d’été avec pas un sou en poche pour aller bronzer ses fesses sur les plages et la voiture en panne garée sur le parking.

Aujourd’hui nous avons dépassé le seuil symbolique des dix-milles morts. Tout est sous contrôle, les gens partent en vacances, l’air de rien, se promènent au soleil, discutent dans la rue comme si de rien n’était. Hé les gars ! C’est pas fini ! Le pic n’est pas encore atteint, restez chez vous !

J + 22 – Mardi 7 avril 2020 – je suis maladeee

Hello le soleil brille brille brille ! Mais, je suis maladeee, j’ai la rate qui s’dilate, j’ai le foie qu’est pas droit, c’est la maladie d’amour. Bref. Je suis hypocondriaque.

COVID or not COVID, this is the… Mais ta gueule ! Quoi ma gueule, qu’est-ce quelle a ma gueule ? Ben t’a les cheveux longs et idées courtes. 

Quoi de neuf docteur ? C’est la fièvre du samedi soir ? 37.2 le matin ? 

Hier nous avons terminé Life on Mars. Il ne nous reste plus que Stargate Atlantis ou le Trône de Fer. Vous choisiriez quoi vous ? Bon pour ce soir j’ai une interview, une migraine, deux concerts en streaming et une envie de vomir. J’ai l’embarras du choix. 

Comme le confinement nous pèse un peu, j’ai agrandi ma maison, elle possède maintenant deux pièces et je suis très endetté mais je cultive les clochettes et spécule sur les navets, donc tout va pour le mieux.

Côté jardin j’ai installé ma pompe pour arroser le potager. Chaque année à cause du gel, il faut démonter l’installation et dès sur les beaux jours reviennent tout réinstaller. Et ce n’est pas une mince affaire : étanchéité et amorçage me prennent plusieurs heures à chaque fois mais après j’ai de l’eau, à plus de cinquante mètres du premier robinet, là où poussent épinards, navets, radis, frisées et bientôt tomates, courgettes, potimarrons et cie. Un potager quoi.

Suis-je malade ? Oui assurément, mais pas du COVID-19…

J + 21 – Lundi 6 avril 2020 – nous y sommes 

Il aura fallu attendre trois semaines de confinement pour que le virus frappe à notre porte. Trois semaines pendant lesquelles nos contacts avec le monde se sont pourtant réduits au supermarché, à la boulangerie et à trois collègues de travail. Ma femme a perdu le goût et est fébrile. Je suis courbaturé, ai le nez sec et bouché et la gorge qui grattouille. Nous y sommes. Enfin peut-être. Comment savoir ? Oui je sais, en faisant le test, mais il faut être mort pour en bénéficier en France. Il n’y a plus qu’à espérer que cela n’aille pas beaucoup plus loin. Il fait si beau dehors. Ce serait moche de rester cloué au lit.

J’ai trouvé des occupations, outre Animal Crossing, The Expanse, Live on Mars et Maya l’abeille, je me lance dans des interviews Skype et des clichés de la lune. Le ciel est clair, les musiciens coincés chez eux et la lune presque pleine. Les conditions sont idéales. Et puis j’ai retenté le Drive, c’est presque un sport à plein temps de nos jours mais j’ai gagné après une heure de persévérance et obtenu un créneau ce soir à 19h ! Fou non ? Bon ok y a pas grand chose dans le panier, mais rien que pour le principe c’est cool. Je me prépare à faire la queue vers 18h45 en remplir le coffre avant 20h00 si j’ai de la chance.

Toutes ces journées me laissent beaucoup de temps pour la musique, rien qu’hier j’ai écouté cinq vinyles: Lunatic Soul, Harmonium, Frequency Drift, Apocalyptica et Evi Vine. Car le jour du seigneur j’écoute en 33 tours. 

Je recommence également à travailler sur des promotions, car la saison bat son plein. J’alterne instrumental, planant, vocal, bourrin, expérimental pour ne pas me lasser car la musique à haute dose ça peut user. J’alterne également artistes confirmés et bricoleurs de garage, car le formatage studio quasi parfait peut lui aussi devenir soporifique. Bref le plaisir est dans la diversité, au moins en musique.

J + 20 : Dimanche 5 avril 2020 – bas les masques !

Vingtième jour de confinement. 

Demain il faudra porter un masque pour aller travailler. Un masque ? Vous êtes gentils mais quel masque ? Un de ceux que j’ai envoyé aux hôpitaux ? Un des masques volés aux Suédois ? Un des masques rachetés par les américains ? 

Je n’ai pas de masque moi. Enfin si, des masques périmés datant de l’épidémie de grippe aviaire, une dizaine stockés dans mon atelier poussiéreux depuis la précédente épidémie. 

Ils puent. Et puis quand j’en mets un, la buée recouvre aussitôt mes lunettes et après quelques minutes, un des élastiques casse… 

Je ne devais pas aller travailler lundi, mais je sens que ça va être l’hystérie chez nous. Tout le monde va réclamer des masques sous peine d’exercer son droit de retrait. 

Nous avons déjà eu une crise majeure à cause d’un fond de gel hydro alcoolique présent dans un des centres et pas dans les autres. 

Là aussi, un reste de la grippe aviaire. Car pour cette crise l’état avait très bien anticipé, même sur anticipé puisque masques et gel n’avaient pas servi à l’époque. 

Il va falloir expédier à nos centres lingettes et masques en espérant qu’un service de livraison sera disponible. Mais combien de masques ? Un par agent par jour et par centre en comptant encore un mois de confinement et deux semaines de port de masque ensuite ? Cinq semaines fois sept jours fois cinq centres fois trois agents cela donne un demi millier de masque, c’est jouable. Restent ensuite deux semaines de post confinement avec quatre-mille agents. Là nous serons en rupture de stock soyons clairs.

Au fait, au début ne disait-on pas qu’il ne fallait pas porter de masque ? Qu’est-ce qui changé, le nombre de victimes, le stock de masques, la prise de conscience ?

Et Zorro est arrivé !

J + 19 : Samedi 4 avril 2020 – j’aime / je déteste

J’aime le confinement, le calme qui règne dans la ville et l’air pur.

Je déteste le confinement et son attestation dérogatoire à remplir plusieurs fois par jour.

J’aime rouler en ville avec la route pour moi tout seul.

Je déteste ne plus pouvoir écouter du metal à fond dans le salon.

J’aime arpenter les couloirs déserts au travail avec les téléphones qui sonnent dans le vide derrière les portes closes.

Je déteste faire la queue à la boulangerie ainsi qu’au supermarché.

J’aime ces musiciens qui, enfermés chez eux, prennent leur guitare et nous chantent un morceau pour passer le temps.

Je déteste être malade et ne pas pouvoir me soigner à cause d’un risque de COVID-19.

J’aime aller bosser pour profiter de la bande passante quasi infinie du travail.

Je déteste contempler les Vosges depuis ma fenêtre.

J’aime revoir des séries TV que je connais peur coeur.

Je déteste songer à mon père enfermé dans son EHPAD à mille kilomètres de là.

J’aime savoir que mes amis se portent mieux.

Je déteste cette contrainte que je me suis imposée d’un billet par jour depuis le début confinement.

J’aime écrire.

Je déteste mes voisins (mais le confinement n’y est pour rien).

En vérité, j’aime bien détester.

J + 18 : Vendredi 3 avril 2020 – ennui

Avec tout le temps dont je dispose enfin, que fais-je donc de mes journées ? La réponse est, pas grand chose. Je désherbe le jardin et l’île virtuelle. Je lis un peu, j’écoute un peu de musique, je range quelques bricoles, je perds mon temps sur Internet et passe quelques coups de fil. Rien de très constructif.

Il faudrait pourtant que je tapisse la cuisine, que je range le grenier, que je traite des poutres, que je passe le karcher sur la terrasse, que je prépare mes semis, mais non, je glandouille. Hier au lieu de bosser sur ma critique, j’ai écouté quatre fois le nouvel album d’Airbag, tout le contraire de ce que je devrais faire. 

Je procrastine, je bulle, je m’ennuie, je zone, je farniente, j’attends, je repousse, je perds mon temps, je désoptimise, je déprime ?

Pour tuer la monotonie et alimenter ma banque d’images, je suis parti au fond du jardin, cinquante mètres plus à l’est- mon dieu quelle expédition ! -, équipé d’un 24-85 macro, afin de capturer la lumière des petites bêtes. La macro photographie n’est pas une passion, d’ailleurs je n’ai pas acheté l’objectif pour ça mais pour son poids plume, pas plus que les petites bêtes ne m’intéressent vraiment, mais si je veux rester un tant soit peu actif, il faut que je fasse quelque chose de mon temps. Alors je règle la vitesse au millième, ouvre au maximum mon iris, approche la lentille à deux centimètres de l’insecte bourdonnant et tente d’obtenir un cliché potable. Une heure de gagnée dans la longue journée…

J + 17 : Jeudi 2 avril 2020 – Mon frère 

Mon frère se trouvait à Venise au juste au début de l’épidémie italienne. Il a vu un signe, un ange de la mort lui a parlé, alors il a pris le premier avion en partance pour l’hexagone. Il a atterri à Bordeaux et a rejoint Paris en train.

Vingt-quatre heures avant l’annonce du confinement, une voix l’a mis en garde. Alors il a fait des provisions pour dix jours et comme un million de parisiens, est parti se mettre au vert pendant douze jours. Pourquoi douze jours me direz-vous ? Parce que au bout de douze jours, la copine qui l’hébergeait, l’a foutu dehors, sans doute gênée la nuit par toutes ses voix qui lui parle.

Mon frère pense avoir contracté le COVID-19 et est persuadé d’être immunisé maintenant. A Venise, il a souffert de sensations d’étouffement, sans doute la peur panique me direz-vous, mais ça ce sont les mauvaises langues qui le disent. Il pense être immunisé mais craint cependant une rechute. Une rechute immunitaire en fait. 

Mon frère possède un thermomètre classe XXL, d’une précision inégalée, hier il avait 37,16°C de température (la rechute). Je lui ai dit que par chance il n’avait pas 37,17°C. Il n’a pas compris.

Mais rassurez-vous, mon frère va bien, mieux qu’à l’époque où il ne me mangeait plus rien venant de chez lui, persuadé que les services secrets tentaient de l’empoisonner en badigeonnant les aliments de son frigo avec des produits mortels.

Mon frère est taxi parisien, et peut se balader dans la capitale déserte. Ne montez pas dans son taco, il est forcément contagieux, et de toute manière, qui monterait dans le véhicule d’un sikh maboule en pleine pandémie ? Il m’a dit qu’il allait faire des photographies de la ville.

Même si mon frère est totalement cinglé, j’avoue que je l’envie un peu. Il a l’occasion unique de réaliser des clichés incroyables de Paris désertée alors que moi, coincé dans ma maison, je n’ai plus qu’une dizaine de négatifs à développer, et pas les meilleurs.

Je le déteste !

J + 16 : Mercredi 1er Avril 2020 – poisson d’avril ?

Et si le confinement n’était qu’une vaste blague destinée à s’achever aujourd’hui en magnifique queue de poisson ? Ok, ok, ce n’est pas drôle… 

Mais bon, voilà quoi, je suis énervé. Avec quoi vais-je mélanger mon muesli matinal s’il n’y a plus de yaourt demain ? Sérieusement.

Je suis passé au centre de tri postal ce matin, un masque sur le visage et plein de buée sur les lunettes. Les mecs qui conçoivent les masques ne pouvaient pas penser aux bigleux comme moi ? Au centre de tri, dans un vaste hangar, les agents de la Poste circulent sans masque ni gant, manipulant le courrier des autres, se bousculant dans les allées. Ils sont immunisés les gars ? Pas étonnant que la distribution du courrier soit perturbée.

En parlant de masques, vous savez quoi, ceux que l’on a reçu et qui ne servaient à rien sont brutalement devenus indispensables. « Vous pourriez en envoyer dans les centres ? » … « Vous voulez parler de ceux que l’on a distribué aux hôpitaux ? » … « Ils nous en reste beaucoup ? » … « Ben non, une centaine. » … « C’est embêtant. Vous pourriez en redemander ? » … « A qui ? » … « Oui à qui… essayez quand-même… ». Ma mission, même si je ne l’accepte pas, consiste à trouver des masques sans expliquer pourquoi nous n’en avons plus, pensez-donc, 900 masques évaporés dans la nature…

Vous saviez que nos voisin étaient des abrutis fini. Je pensais que même les abrutis allaient prendre peur. Ben non, même pas peur les gars, ils invitent leurs potes à boire le café à la maison. Confinement vous avez dit ?

Mais tout n’est pas si sombre. Hier j’ai assisté à mon second concert en streaming depuis le début du confinement avec une centaine d’autres personnes. C’était magique. Pendant deux heures j’ai cru être dans un pub en compagnie d’amis à écouter Marc Atkinson chanter. Merci Marc, à mardi prochain, j’apporte les chocolats.

J + 15 : Mardi 31 mars 2020 – des décisions s’imposent 

La situation ne pouvait plus durer. 

Hier j’ai pris la tondeuse pour alléger ma perruque. Le résultat est hasardeux.

Toutes mes analyses sont négatives, je n’ai ni la chaude pisse, ni une infection généralisée, bref je vais bien, sauf que je tousse, que j’ai la zigounette en feu et les yeux qui piquent. Il y a bien des médicaments qui pourraient me soulager mais ils sont prohibés en ces temps de COVID-19. Encore une chance que je puisse prendre mes petites pilules de Zomig car une nouvelle crise sonnait à la porte ce matin. Le médecin m’a proposé de m’arrêter quinze jours ou d’aller bosser, au choix. Vous auriez fait quoi à ma place ? J’ai choisi d’aller bosser. C’est le monde à l’envers. 

Nous n’avions plus de lait dans le frigo, plus de fromage, plus d’oeufs, plus de ketchup, plus de beurre, plus miel, plus de rien en fait. Une expédition punitive en combinaison NBC s’imposait au supermarché. Après deux heures de queue, ma femme revient avec deux litres de lait frais pour quatre et une semaine, douze mini portions de beurre doux et pas d’emmental. Elle a pris les derniers oeufs qui n’étaient pas cassés et dû faire l’impasse sur de nombreux produits que nous consommons habituellement. Il devient urgent de préparer des semis pour le potager. Nous allons également voler une vache dans un prés, des lapins dans un élevage, quelques poules à la ferme voisine, planter des pommes de terres, semer du blé et du maïs. A la guerre comme à la guerre.

Ce soir, j’assisterai au second concert streaming du confinement avec Marc Atkinson à la guitare et chant et sa compagne Tammi derrière la caméra. Comme quoi cette crise a du bon: je n’ai jamais eu l’occasion de voir Marc chanter en live.

J + 14 : Lundi 30 mars 2020 – seul sur Mars

Nous venons de passer deux semaines confinés et nous signons pour deux nouvelles semaines au minimum. Pour aller sur Mars comptez plusieurs mois enfermés dans une boite de conserve avec des parois épaisses comme du papier aluminium. Tout compte fait nous sommes bien au chaud à la maison.

S’il a neigé cette nuit, c’était de la neige carbonique au sommet d’Olympus Moons. Car il n’en reste aucune trace au sol ce matin. Par contre la tempête de sable bat son plein.

Pour la première fois, je renonce à me déplacer jusqu’au travail. Je tousse beaucoup et ma femme a un rhume, ça sent le sapin. Vous imaginez la catastrophe si une épidémie de ce genre se produisait en milieu confiné, genre dans une base martienne ?

Mon flux d’actualité ne parle plus que du COVID-19, d’appareils photos et de comparatifs d’équipements audio. Cela fait un petit moment que je n’ai pas lu d’article sur l’exploration de la planète rouge, et ça me manque. J’ai toujours été un martien de coeur. Je vais aller faire un tour sur Futura-Science pour voyager un peu.

J’ai une furieuse envie de barre chocolatée au caramel, mais sur l’attestation de déplacement dérogatoire il n’y a pas de case pour « aller acheter un mars », alors je me fais violence.

Dans Animal Crossing, les deux ratons laveurs vendent un télescope cinq-milles clochettes. Hors de prix ! Mais si ça se trouve, avec, je pourrais observer la planète Mars.

Finalement nous n’avons pas regardé Stargate Antlantis hier soir, nous ne nous sommes pas tapé dessus ni n’avons mis en route un troisième enfant. Nous avons jeté notre dévolu sur la série Live On Mars, la version U.S.. Ce n’est pas la meilleure des deux mais les filles sont plus jolies et je peux écouter du Bowie et du Simon & Garfunkel.

Le mois de mars s’achève demain.

J + 13 : Dimanche 29 mars 2020 – la loi des séries

Treize journées de confinement et ça y est, nous n’avons plus de série à regarder. Après Trapped saison une et The Missing saison deux, nous voici à sec. A quoi allons-nous occuper nos soirées ?

Pendant cette période étrange, les couples pris au piège dans quelques mètres carrés se déchirent ou découvrent le Kamasutra. A l’issue de cette crise il y aura beaucoup de divorces et de bébés c’est certain. 

Nous, nous nous supportons bien, forts de trente années de vie commune mais nous ne sommes plus assez souples pour le grand livre du couple épanoui. D’ailleurs il est très surfait entre nous. Que nous reste-il donc ? Le Scrabble ? Sans façon. Vous me lisez assez pour savoir que mon orthographe est catastrophique. Et j’ai toujours, toujours détesté ce jeu. Les livres, oui, mais ma chérie s’endort le soir en cinq minutes avec un livre, donc mauvais plan. Netflix ? Ça ne marche pas sur notre box et regarder une série sur un écran de Mac, bof quoi, nous on a un vidéo projecteur. 

Il nous reste bien quelques séries à la maison, mais ce sont celles que nous avons vu de nombreuses fois. Allons-nous replonger dans l’intégrale de Stargate Atlantis ? Ce n’est pas impossible…

Sinon il pleut et demain matin il devrait même neiger. Alors adieu le jardin et vive le monde virtuel. Tom Nook m’a demandé de meubler trois maisons, de bâtir un pont, de lui construire une boutique et d’installer une clôture autour de mon cottage. Je n’ai jamais autant bricolé de ma vie ! Pour ce faire je coupe du bois, je secoue les troncs d’arbres, je tape sur les rochers et je creuse la terre sans cesse. Trois piqûres d’abeilles, deux syncopes et le soir, en me promenant enfin, une morsure d’araignée. C’est la loi des séries…

J + 12 : Samedi 28 mars 2020 – en analyse

Vautré sur le canapé je parle à mon chat : « to be or not to be, this is the question », « Miaou ! », « c’est bien ce que je pensais… ».

En douze jours de confinement je n’avais jamais roulé autant: quatre-vingt kilomètres en une matinée, deux aller-retour au laboratoire d’analyses. Prise de sang, analyse d’urine, cotons tiges dans la zigounette, je saurai peut-être bientôt ce qui ne va pas chez moi et là je ne parle pas de ma tête.

Vous avez déjà essayé de vous enfoncer un coton tige dans la zigounette ? Les filles, ne répondez pas, ce n’est pas du jeu ! Ben finalement c’est moins terrible que ça n’en a l’air lorsque l’on a connu une semaine de sonde urinaire… De là à le réaliser pour le plaisir, il y a un monde.

Le temps est magnifique alors je jardine un peu. Au programme désherbage. Ça passe les nerfs. Ça m’a permis de discuter avec ma délicieuse voisine célibataire qui prend le soleil sur un relax. Elle vient de perdre l’odorat et le goût après trois jours de fièvre modérée. COVID-19 vous croyez ? Ça calme.

Et oui, je tousse, moins qu’hier cependant, j’ai les yeux qui piquent et je ne vous raconte même pas dans quel état est la zigounette. Et vous ça va ?

J + 11 : Vendredi 27 mars 2020 – la vague arrive

Debout sur le ponton à l’ouest de l’île, je contemple l’océan. Les vagues s’écrasent sur les rochers en écume blanche. 

Mais de quelle vague parle notre premier ministre ? Du tsunami de connerie qui déferle sur la toile ou de l’épidémie de COVID-19 ? 

Le soleil brille généreusement et le vent est tombé, ce serait une après-midi idéale pour aller au jardin histoire de changer d’air. Mais non, je tousse encore.

Les gens s’appellent, tchattent, des barbes naissantes, des personnes sans maquillage, seules chez elles apparaissent sur les écrans de smartphones. Combien d’heures passons-nous devant nos écrans pour travailler, discuter, s’informer, se distraire ? Bien plus qu’auparavant c’est certain. Si l’Internet saute, ce sera l’émeute ! Moi je m’abstiens de cette orgie de contacts digitaux car parler me fait tousser.

Des concerts en streaming s’organisent pour mon plus grand bonheur, un écran, un casque, une bière et je suis paré pour un live report. La majorité sont en acoustique et c’est tant mieux, quand je m’agite, je tousse.

Je tousse de plus en plus en fait, mes yeux grattouillent et ça picouille à un endroit que je garde secret. Je suis bon pour aller au laboratoire faire des analyses parce que le médecin se pose quelques questions : «Vous ne seriez pas susceptible d’avoir attrapé une MST ?». Bheuuu ? Je me disais bien qu’à force d’écouter n’importe quoi j’allais finir par chopper quelque chose, une AOR, une ACDC, une RPWL, mais une MST, sérieusement…

Mais essayez d’obtenir un rendez-vous pour des analyses lorsque vous êtes en pleine épidémie et que vous toussez. Je vais devoir rouler plus de vingt kilomètres afin d’effectuer trois analyses dans un laboratoire équipé pour éviter toute contamination. Dépistage vous avez dit ?

Bon pas de panique, à priori je vais bien à part une potentielle MST et cette saloperie de toux. Allez bisous ! Heu non, oubliez… On ne sait jamais.

J + 10 : Jeudi 26 mars 2020 – plan de bataille 

L’hôpital de campagne vient d’être installé près de Mulhouse. Mes boulangères portent des masques et des gants. Nos centres régionaux sont fermés et notre immeuble de Strasbourg ne renfermera plus qu’un seul agent à partir de lundi. Les croquettes du chat sont perdues entre Paris et la maison. Mes sourcils deviennent trop longs et me gênent pour lire, il y a un un bug dans le jeu Animal Crossing et je n’ai presque plus de photos à publier. L’heure est grave. Un plan de bataille s’impose : télécharger la mise à jour d’Animal Crossing et me couper les cheveux.

Mais tout d’abord mission masques : nous avions mille masques inutiles au travail vu que plus personne n’y travaille plus et l’idée d’en faire quelque chose me turlupinait. Un ami m’a donné un contact, une personne centralisant les dons, j’ai demandé le feu vert de ma direction et les masques sont partis vers les services médicaux de la région Grand-Est cette après-midi. Pour une fois, j’ai eu l’impression faire quelque chose d’utile et surtout, ça m’a donné l’occasion d’une ballade dans ma nouvelle voiture avec la bénédiction de la police.

J + 9 : Mercredi 25 mars 2020 – c’est vraiment la guerre

Hier soir j’ai assisté à un embouteillage devant le Drive d’Auchan, je comprends mieux mes problèmes de validation de commande maintenant. Nous allons devoir faire à l’ancienne, gel pour le caddie, masque, quarantaine des produits, cela devient compliqué de se nourrir.

Mon créneau pour gérer le webzine ne dure plus qu’une heure le matin, de sept à huit, avant que le petit mec en prépa bouffe toute la bande passante. Reste le soir, après dix-huit heures, pour récupérer les promos nombreuses et les partager avec l’équipe et poster ce billet. N’attendez donc pas de miracle jusque début mai. 

Car ça y est, nous sommes enfermés à quatre pour plus d’un mois avec, par chance, un peu d’espace pour ne pas se marcher sur les pieds et un jardin lorsque l’on étouffe dedans. N’empêche, que même ainsi, ça ne va pas être évident, alors pour ceux qui vivent en appartement, je n’ose imaginer. Ma femme se planque dans la buanderie pour jouer du piano numérique, bat des records de sommeil, mon aîné attend le soir pour faire du gaming, j’écoute la musique au casque ou sur mon iPhone, nous nous partageons les créneaux horaires de la salle de bain, nous grattons le chat chacun notre tour, toute une organisation de temps de guerre.

J’ai créé un groupe Facebook pour partager de la musique en ces temps de crise. Devin Townsend, Ray Wilson, Steve Hackett et d’autres nous offrent leur musique chaque jour via YouTube. Vous en connaissez d’autres ? Je trouve leur démarche admirable, il faut soutenir nos artistes pendant cette période, ils nous réchauffent le coeur et sont privés de travail et de revenu avec le confinement.

Il faut s’occuper pendant ces longues journées. Aujourd’hui j’ai commencé et terminé la chronique d’un album de metal, joué à Animal Crossing, trié des promotions, préparé des actualités, classé des clichés, courru chercher du pain, lancé une lessive, rangés les courses, fait un peu de ménage et là soudain, je me suis demandé comment photographier le confinement ? Par la fenêtre ? J’ai déjà essayé, mais mes voisins n’aiment pas trop. Alors je me suis souvenu que j’habitais dans une très vieille demeure. Je suis monté au grenier et j’ai tenté de jouer avec les lumières, les poutres et les perspectives. Le résultat se révèle très salissant.

J + 8 : Mardi 24 mars 2020 – pénurie

La tempête d’hier a épuisé mes dernières forces, je n’ai même pas le courage de jardiner. Je n’arrive pas me concentrer sur le tome trois de The Expanse, ce sera pour ce soir, afin d’aider mes paupières à se fermer. Je vais terminer ma chronique en route depuis trop longtemps. Ce sera la chronique de la pandémie. 

Au travail nous venons de recevoir mille masques mais interdiction de les distribuer… alors à quoi servent-ils ? Peut-être les gardons-nous pour la prochaine épidémie ? Nous ferions mieux de les donner aux hôpitaux qui en ont urgemment besoin. 
Le facteur ne passe plus au travail depuis lundi, le centre de tri n’a plus un seul agent de valide, l’épidémie fait rage à la Poste, alors je fais le facteur à leur place. 
Le formulaire employeur pour aller bosser a encore changé, comme si notre direction n’avait d’autre chat à fouetter que de remplir, imprimer et signer cinquante documents pour ses employés. 

Il faut que je trouve le moyen de valider ma commande sur le Drive Auchan, sinon nous serons obligés de faire les courses à l’ancienne avec la file d’attente à l’entrée, les rayons vides et les caissières derrière des bâches plastique. J’ai préparé ma commande mais lorsque je la valide, aucune date n’est disponible, gênant, mais le pire, c’est que lorsque je reviens une heure après, plusieurs articles ne sont plus disponibles dans ma liste et que je me retrouve une fois encore, sans date possible pour faire mes achats. La galère…

Pendant ce temps, des personnes meurent autour de nous et nos petits soucis semblent alors terriblement dérisoires.

Animal Crossing va sauver cette journée déprime, j’ai une perche pour sauter par-dessus les rivières, mon terrain de jeu s’en retrouve magiquement agrandi. Je dispose d’une petite maison au toit rouge, de plein de clochettes à la banque et d’un bien joli chapeau. Je pêche, coupe du bois, cherche des fossiles, ramasse des pommes, arrache les mauvaises herbes, m’installe sur la plage et contemple les vagues qui se brisent sur les rochers. Et là j’oublie quelques minutes la misère ambiante.

J + 7 : Lundi 23 mars – migraine explosive

Des fois les triptans n’agissent pas, ne me demandez pas pourquoi. A huit heures la crise à pris forme. A dix heures du matin je me traînais du lit jusqu’aux toilettes vomir mes tripes. A trois heures du matin, la douleur devenait supportable. A sept heures j’étais au travail et pesais deux kilos de moins. Le stress y est sans doute pour quelque chose.

J + 6 : Dimanche 22 mars – c’est la guerre, des étoiles…

Le soleil est de retour mais ça caille. Paradoxalement nous entrons dans la période la plus froide de l’année alors que l’hiver est terminé. “Y a plus de saison mon bon monsieur”. La faute à cette brutale décroissance, nous consommons moins d’énergie, nous relâchons moins de CO2. Encore un mois de confinement et nous vivrons une petite ère glaciaire. A part le temps capricieux, la vie ressemble à Un jour sans fin et je me demande que faire pour briser ce cercle infernal. Sauf que si tout se répète, le nombre de malades augmente comme le nombre de victimes. J’ai lu quelque part que l’on dénombrait 12 000 morts de part le monde. Combien seront-ils demain ?
Hier soir Manuel Schmid et Marek Arnold (Seven Steps) donnaient un concert sur YouTube, rien d’extraordinaire, mais je salue l’initiative. Un moyen pour les artistes de récolter un peu d’argent avec les dons, de se faire connaître et d’offrir de la musique aux personnes bloquées chez elles. Ray Wilson continue également ses enregistrements quotidiens, ils sont mon rayon de soleil de la soirée.
Alors que faire aujourd’hui ? Courir tout nu dans la rue ? Tapisser la cuisine ? Cuisiner un plat exotique ? Nettoyer les vitres du premier étage ? Jouer à Animal Crossing ? Emmerder le chat jusqu’à qu’il me griffe ? Faire pareil avec ma femme ? Jouer au ping pong dans la cuisine ? Courir comme un fou jusqu’au fond du jardin pour battre un record du 50 m potager ? Prendre des nouvelles de mes proches ? Vous vous faites quoi ?
Je pensais pour ma part lire et regarder des tutos sur Internet : comment soulager une douleur dentaire, comment programmer avec Foundation, comment couper ses cheveux, comment soigner une balanite mais finalement j’ai joué à X-Wing avec mon grand, cela faisait des mois que nous n’avions pas sorti les figurines de la vitrine.

Je me suis fait explosé à deux reprises. Demain La Revanche des Siths.

J + 5 : Samedi 21 mars – petite forme

Le printemps c’était hier. Aujourd’hui il pleut. Pour les promenades, il faut maintenant rester dans un rayon de deux kilomètres du domicile, ça va limiter les choix d’autant que les parcs, les gravières, le canal, la forêt sont interdits d’accès. Il reste encore les trottoirs me direz-vous mais ils sont couverts de merdes de chiens. Je vais faire comme lors de mes cinq mois d’arrêt maladie en 2016, j’effectuerai des aller retour au fond du jardin, cent mètres en légère pente ! A l’époque cela le semblait le bout du monde mais aujourd’hui, à ce rythme là, je risque de prendre un kilo ou deux si le confinement dure jusque fin mai. Mince ! Vous pensiez vraiment que le premier avril ce serait fini ? Mais non enfin, c’était ça le poisson…

Nous en avons profité pour laver les vitres du rez-de-chaussée, c’est fou toute la lumière qui rentre maintenant dans la maison mais il faut vraiment s’emmerder pour se lancer dans une telle activité.

Pour me promener j’ai mon île. Je dors sous la tente au bord de l’eau, cueille des pommes, pêche des poissons, collectionne les papillons et bricole avec Tom. J’ai deux voisins sympas et qui n’ont pas de chien ni de sono dans leur voiture. La vie serait parfaite s’il ne fallait recharger les accus de la console toutes les deux heures…

COVID-19 ou pas, je n’échappe pas à l’épidémie hebdomadaire migraineuse. Pour me consoler j’écoute My Arrival et Arrival en boucle, oui je fais dans les noms de groupes super originaux ce week-end désolé.

Vu que le temps ne manque pas, je me plonge dans la documentation de la version 6.6.x de la librairie CSS Foundation, du HTML responsive, histoire d’étudier une éventuelle modernisation du look du webzine. Bref rien d’autre à faire et je ne travaille pas avant mardi…

J + 4 : Vendredi 20 mars 2020 – sauvés

Nous sommes sauvés, c’est le printemps. Enfin c’est qu’avait dit Trump non ? Printemps ou pas, hier ma femme a réussi à se procurer du PQ, du sucre et du savon. Nous sommes sauvés ! En plus aujourd’hui Animal Crossing sort sur la Switch alors tout va bien. On raconte même que le Plaquenil, un antipaludique, pourrait nous guérir du virus, que demande le peuple ? Il fait beau, même très beau, le réchauffement climatique est là et si nous ne mourrons pas du COVID-19, le dérèglement planétaire aura notre peau. Ne nous mentons pas, je tousse de plus en plus, alors j’ai décidé de sauver mon âme… Oui bon, pas trop tôt me direz-vous. Sauf que je cherche une bonne boutique pour ça. Il y a beaucoup d’officines et autant de charlatans. Alors que choisir ? La revue aurait du écrire un comparatif des religions pour que l’on s’y retrouve. Je suis de culture catho, mais ma mère a viré bouddhiste avant de rejoindre une église évangélique et mon frère est Sikh. Pas facile de se décider du coup. Il y a bien le satanisme, une valeur sure quelque soit le dieu, des filles nues, du chauffage central gratuit, quelques châtiments corporels pour faire du sport sans promener son chien et pas de bonne conduite à avoir Allez, je prends le satanisme. 

J + 3 : Jeudi 19 mars 2020 – décision (in)

Retour au travail à sept heures du matin. Les rues sont désertes et le bâtiment ne contient que deux personnes. Internet est très lent, même au travail. Dommage car PornHub serait gratuit aux dernières nouvelles. J’attends assis dans le bureau depuis mon arrivée ce matin de savoir si je reste en poste ou pas, en attendant, et bien j’attends. J’avais bien fait de laisser à manger dans le frigo du travail mardi, dommage que je n’ai pas songé au dessert. Un collègue consigné chez lui, passe dans les couloirs, à croire qu’il n’a rien compris au concept de confinement… Un autre, arrêté depuis vendredi, repasse chez le médecin aujourd’hui, ça n’annonce rien de bon. Mon épouse télé-travaille de la maison sans téléphone ni ordinateur, autant vous dire qu’elle joue beaucoup du piano et du violoncelle. Pour qu’elle puisse utiliser le Mac ou la station Linux il faudrait installer un antivirus dessus. Sérieusement, un antivirus sur Mac ou Linux ? Pour que faire ? Que je sache le COVID-19 ne touche pas encore les intelligences artificielles, si ? Et puis vu que notre petit dernier occupe toute la bande passante pour suivre ses cours de huit à dix-huit heures, comment dire… Ça laisse peu de place pour le télé-travail. Les artistes sur la toile, proposent en streaming des concerts improvisés avec une guitare et un micro. Eux aussi sont confinés et ils nous offrent du réconfort à leur manière. Les tourneurs devraient essayer les concerts en streaming avec quelques groupes, je suis certain que ça aurait du succès. En attendant il me reste quelques DVDs des précédentes conventions de Marillion à visionner. Sinon il va falloir se procurer du PQ, des yaourts, des pâtes, de l’emmental et du savon d’urgence pour survivre à la maison faute de quoi ce sera vite le drame, surtout pour le PQ. Peut-être en trouve-ton au marché noir ? Mon voisin, à découvert depuis deux jours le plaisir du Karcher, il nettoie tout, autant dire que si la rue est calme, le jardin devient un enfer. Il faut vraiment que je commande un fusil de chasse chez Manufrance.

J + 2 : Mercredi 18 mars 2020 – premières privations

Un soleil radieux inonde le jardin, la rue est déserte et la bande passante aux abonnés absents. Mon petit dernier suit ses cours en streaming, je télécharge des promotions, ma femme regarde Youtube, l’aîné joue en ligne. Priorité à la prépa véto, tout le monde sauf le petit dernier se déconnecte, il va falloir lire, jardiner, roupiller, s’occuper. Par chance j’ai terminé à temps les publications du webzine et mes courses en ligne. Je n’ai pas envie de faire la queue au rayon PQ et pâtes. Bon ok, il n’y a plus de PQ ni de pates sur le site, on fera sans, par chance il restait des bonbons Haribos. Mon rendez-vous au centre anti douleur, programmé depuis cinq mois, est reporté aux calendes grecques, mais ça je peux le comprendre et puis au point où j’en suis. Je vais également être privé de travail comme beaucoup, juste placé en astreinte au cas où. Dommage, au boulot il y a une bonne bande passante… Par contre nous ne sommes pas privés de voisins, damned, ils sont tous dans leur jardin et n’ont rien de mieux à faire que discuter. J’ai peur d’avoir chopé une insolation en parlant au soleil avec eux. Si je vais chez le médecin pour ça, clairement je vais me faire allumer. Alors je suis rentré me mettre à l’ombre, pour écouter l’album de ma prochaine chronique, un groupe marseillais pour changer, Tense Of Fools. Et pour finir avec les privations, l’état d’urgence sanitaire devrait nous priver de bien des libertés. On n’en saura bientôt plus. Chic !

J + 1 : Mardi 17 mars 2020 – des gants médicaux sur les mains

Retour au travail. Nous sommes cinq dans un bâtiment prévu pour recevoir une centaine de personnes. Plusieurs agents sont consignés chez eux sous Doliprane. Grippe, gros rhume, COVID-19, allez savoir… Il faut assurer la permanence au cas où. Muni de désinfectant, je parcoure les bureaux pour nettoyer les poignées de portes, les robinets, avant de retourner dans mon bureau et attendre la fin de la journée. J’ai bien fait d’emmener mon bouquin… Demain, si je bosse, je prendrai aussi ma Switch. Je rencontre la première survivante au COVID-19. Bien envie d’échanger un peu de salive avec elle juste au cas où cela renforcerait mes défenses immunitaires, mais bon, elle n’est pas vraiment appétissante, alors je m’abstiens. Il n’y a personne à la direction pour me dire si je peux ou dois travailler demain et surtout, vu que passé midi, je n’ai plus de droit de circuler sans un papier de mon employeur, j’ai un problème… “Allo Houston ?”. Encore plus gênant, les restaurants sont tous fermés, je vais manger quoi ce midi moi ? J’ai bien ma carte Up Déjeuner fraîchement rechargée mais bon, j’aime pas trop croquer du plastique à midi. Ce seront donc des pâtes réchauffée au micro-ondes. J’ai imprimé des attestations de déplacement dérogatoire pour aller chercher du pain, des yaourts, des fruits et me rendre au travail sauf que pour le travail, mon employeur a zappé le fait qu’il devait fournir un papier lui aussi, le justificatif permanent. On verra tout ça jeudi, demain c’est confinement dans le jardin et dans le salon, car je viens de recevoir, sans doute mes derniers arrivages de CDs pour quelque temps, Cosmograf et Arrival.

J : Lundi 16 mars 2020 – dubitatif

Youpi ! Le weekend est terminé et j’ai le droit à un jour bonus à la maison. Il fait beau, j’en profite pour tondre la pelouse, semer quelques graines, jouer à Luigi’s Mansion 3, développer quelques photographie, avancer dans le tome 3 de The Expanse et regarder une nouvelle série TV, la dernière qui nous reste car les médiathèques ont fermé leurs portes samedi. Le papa toulousain récupère son petit et malgré une nuit de travail et dix heures de route, repart illico presto dans l’autre sens avec son italien, craignant que le confinement ne soit confirmé le soir. L’actualité lui donnera raison. Mes voisins font des provisions en vue de la fin du monde, pâtes, PQ, sucre en quantité invraisemblable. L’hystérie gagne du terrain. A vingt heures, notre président nous annonce la nouvelle : “C’est la Guerre !”. Comme je m’y attendais, après la fermeture des frontières allemandes, la France se met enfin au confinement. Je tousse, en réalité cela fait presque trois semaines que je tousse, un peu, quand je bouge, mais je n’ai pas de fièvre, même si j’ai la sensation d’avoir chaud à la tête. Bronchite psychosomatique ? COVID-19 peu actif ? Serais-je le patient zéro du travail ?

J-1 : Dimanche 15 mars 2020 – excellent moral

Le printemps est magnifique même si nous sommes toujours en hiver. Avec mon épouse, nous profitons du soleil dans les Vosges comme toute la population de l’Alsace encore en état de rouler. Les parkings du mon Saint-Odile sont bondés. Tout le monde descend chercher l’eau de la fontaine magique pour se purifier, nous on va juste se promener et par hasard nous découvrons, dans un vallon, une magnifique chapelle. De retour à la maison, j’apprends d’un ami toulousain, que les frontières germaniques ferment demain à huit heures. Son fils étudie le commerce à Karlsruhe, de l’autre côté du Rhin. Le temps qu’il arrive, on ne pourra plus passer. Alors je prends ma nouvelle voiture toute belle, passe la frontière, les contrôles sanitaires et fonce chercher le petit Alessandro dans son appartement d’étudiant. Faut dire, avec un prénom pareil, il joue avec le feu le garçon.

Le chant des sirènes

Image

Avez-vous remarqué que les métalleux graisseux dégarnis qui ne se voient plus pisser, boudinés dans leurs blousons noirs, recouverts de tatouages antéchrists, bardés de têtes de morts, de crucifix inversés et de trucs dans les narines, fondent à chaque fois pour la même chose ? les chanteuses de metal…

Marjana, Marcela, Anneke, Tarja, Kate, Annette, Sharon et toutes les autres peuvent chanter deux notes et les gros sont au bord des larmes. Je vous l’accorde, certaines de ces filles possèdent une jolie voix, et il arrive même qu’elles soient en plus plaisantes à regarder, mais quand même !

Les métalleux sont des durs ou des tafioles ? Faudrait savoir ! Mireille Mathieu pousserait la même chansonnette, je suis certain qu’ils lui balanceraient un pack de cro sur sa coupe au bol.

Les minettes elles s’exitent plutôt pour un Bruel ou un Georges Michael, allant jusqu’à jeter leur culotte sur la scène. Si Carlos avait repris ‘Faith’, je pense qu’il aurait reçu des gaines XXL pendant sa tournée. Enfin bon.

Et si en réalité nos hormones commandaient nos affinités musicales ? Qu’en pensez-vous ? Imaginez le drame, la musique ne serait que question de libido. Genres, styles, époques, technicité, harmonies, tout ça ne serait qu’un enfumage pour cacher l’affreuse vérité. Nous ne serions que des organes reproducteurs et nos sens seraient gouvernés non pas pas le cerveau mais notre cortex reptilien. Il suffirait d’une voix aiguë et de quelques rondeurs pour que nous tombions sous le charme d’une chanson.

Moi je suis chroniqueur, je suis donc plus fort que tout cela évidement, je ne me ferai jamais piéger par le chant des sirènes. Mon analyse est toujours lucide, objective, faites-moi confiance. Si tous les albums de Stream of Passion, de The Gathering, de Within Tempation sont fabuleux, cela n’a aucun lien avec le charme fou de leurs chanteuses, ce n’est que du talent.

Parce si je poussais le raisonnement développé plus haut jusqu’au bout, je fantasmerais sur Damian Wilson et Marc Atkinson, et sans être homophobe, cela me mettrait mal à l’aise quand même.

Le chien

Image

Nous vivons dans une maison de fou.

Au rez-de-chaussée, lorsque le piano ne résonne pas, la Hi-Fi prend la relève et si ce n’est pas la Hi-Fi, c’est le home cinéma. La machine à laver le linge, même en plein essorage, peine à couvrir le vacarme.

A l’étage la mini chaîne rivalise de puissance avec le piano numérique et le violoncelle.

Pour contrer ces nuisances sonores, notre fils aîné met un casque sur ses oreilles pour discuter avec ses amis. Ses éclats de rires et hurlements lorsqu’il joue en ligne couvrent parfois les notes du violoncelle.

Le petit dernier, qui n’aime pas la musique, son frère et ses parents, lorsqu’il n’en peut plus de cet enfer sonore, se défoule sur son sac de frappe, faisant vibrer les poutres de la vénérable habitation.

A droite vous entendez le zonzon des cordes frottées, à gauche la rythmique de la boxe et au milieu des hurlements de ténor.

Pour répondre à cela, le chat miaule d’une pièce à l’autre, grattant les portes si besoin est, afin de trouver un peu de réconfort dans une chambre calme et chaude.

Car en bas la chaîne passe du death metal au psychédélique en quelques secondes, se stabilisant une minute sur du krautrock et repartant de plus belle sur du punk.

La machine essore à mille-deux-cent tours minutes et se déplace en vibrant dans l’entrée. La cocotte minute siffle toute sa vapeur accumulée dans la cuisine, le bus de 19h fait trembler les poutres de la maison avant que les cloches du temple ne se mettent à carillonner et que le chien des voisins ne se lance soudain dans une série de hurlements démoniaques.

Alors furieux du dérangement, j’ouvre la fenêtre, le heavy rock jaillit hors de la maison comme une explosion de haine et je hurle au roquet de la fermer.

C’est vrai quoi, j’ai besoin de calme pour chroniquer.

Le fan

Image

Quoi de plus épouvantable qu’un fan. 

Vous avez écouté le dernier Lazuli ? 

Non parce qu’un fan est une personne qui manque totalement d’objectivité quand on parle de son groupe préféré. 

C’est un concept album. 

J’ai été autrefois un fan de Marillion, achetant tout, m’inscrivant à leur fan club, portant leurs couleurs. 

Ils passeront à trois reprises dans la région, Prateln, Pagney-derrière-Barine, Karlsruhe ! 

Le fan est incapable de discernement. Tout ce qui vient de ses idoles est forcément magnifique. 

En plus les gars sont super sympas, drôle, abordables. 

Le fan peut rester des heures sous la pluie à attendre pour une signature sur un bout de papier, c’est affligeant…

Domi c’est le poète de l’équipe, le troubadour à l’accent du soleil. 

Le fan ne supporte pas que l’on critique ses dieux vivants et il leur voue un culte même bien après leur mort. 

Le livret est magnifique et en plus c’est leur premier vinyle, trop beau ! 

Le fan est capable de suivre son groupe sur une tournée, je vous jure, j’ai rencontré un brésilien venu en Europe pour suivre Marillion partout, même que Hogarth était venu le saluer alors que nous attendions l’ouverture de la salle. Pathétique, comme j’étais jaloux ! 

Lazuli est un des rares groupes de prog à chanter en français et ne me dites pas que c’est parce qu’ils étaient nuls au lycée en langues, c’est juste que la poésie s’accorde mieux à nos sonorités latines, voilà. 

Le pire chez un fan c’est cette manie qu’il a d’adopter la façon de penser, la mode vestimentaire de ses artistes fétiches. 

J’ai tous leurs albums, live compris et leur dernier album, je l’ai même en deux éditions: CD et vinyle. 

Souvent le fan se fait plaquer, car son amour se déplace de sa famille vers ses idoles. 

Sur scène ils sont justes fabuleux, avec leur look, leurs dreadlocks et lorsqu’il présentent leurs chansons, ils ne manquent jamais d’égratigner les intolérants. J’adore. 

Mais il arrive que le fan bascule, du côté obscur (vous avez vu le film avec De Niro ?). Il suffit qu’un jour l’artiste soit fatigué, ce n’est qu’un homme après tout, “Non c’est un dieu”, “Oui d’accord, d’accord un dieu fatigué donc”, qui ignore ou envoie paître le fanatique, sans penser à mal, juste par lassitude, et c’est le drame. 

La pochette de l’album est belle, le livret magnifique. Mais vous ne trouvez pas qu’il lui manque un truc ? Des petits gribouillis quelque part ? Comme des dédicaces ? Hein ? Hein ! 

Un fan peu se ruiner pour ses idoles, acheter des habits qu’ils ont porté, des papiers qu’ils ont gribouillé, des photographies rares, des éditions limitées signées. 

Moi, moi, j’ai traversé la France pour les écouter, moi. J’ai passé des heures à transcrire une interview avec eux, oui oui, j’ai parlé avec eux nananère et pas vous, si ? Ha, vous aussi ? Des heures à franciser leurs expressions sudistes, à comprendre ce que disait Romain alors que Gédéric déconnait près du micro. 

Le fan frustré peu devenir dangereux, transformant son amour en haine implacable. Toute l’énergie qu’il consacrait à son culte peut soudain être canaliser dans un seul but, la destruction du mythe.

J’adore leur dernier album, mais entendons-nous bien. Je ne suis pas un fan. Un chroniqueur ne peut pas être un fan, c’est incompatible. Et puis il y a longtemps que je ne suis plus fan. Mais là j’ai un vinyle avec un grand livret et plein d’espace où Vincent, Romain, Dominique, Gédéric et Claude pourraient apposer leur signature avec un petit mot du genre « pour Jean-Christophe, notre plus grand fan », alors je vais aller à tous leurs concerts en France et faire le pied de grue, devant leur bus, les suivant aux toilettes s’il le faut, jusqu’à ce qu’ils me signent cette bouteille jetée à la mer que j’ai trouvée sur le bord de la plage.

Merde. Je suis redevenu un fan.

C’est grave docteur ?

Image

De quoi souffrez-vous donc ? D’une dépression, d’un cancer, d’épilepsie, de migraines, de névrose, d’ulcère, de bipolarité ? Vous souffrez forcément de quelque chose, un mal incurable, sinon ça n’est pas possible.

Pour ma part ce sont des migraines, une certaine bipolarité également doublée d’une hyper activité et donc des phases dépressives sans parler d’une hernie discale et d’une bosse au gros orteil. Vous voyez, je n’ai pas honte, je l’assume, mais vous ?

Pourquoi seriez-vous malade vous aussi, me direz-vous ? Bonne question. Ce sont les statistiques qui parlent d’elles-même, des mathématiques donc, et les nombres ne mentent jamais. Vous êtes forcément malade. C’est obligé.

Car voyez-vous, ils faut être malade pour aimer le rock progressif, soyons honnêtes pour une fois. Les amateurs de prog écoutent des albums interminables, des morceaux de plus de quinze minutes joués par souvent cinq ou six musiciens, des instruments improbables, des histoires épouvantables alors que le reste de la planète se trémousse sur des chansons d’amour aux rythmiques tribales en se dandinant le popotin.

Donc vous êtes malade, ou un malade, choisissez.

Mais la vrai question est celle-ci : qui du rock progressif ou de la maladie est arrivé le premier ? Est-ce les souffrances liées à la maladie qui poussent à écouter du rock progressif ou bien est-ce cette musique épouvantable qui crée des tumeurs au cerveau ?

Je penche pour la seconde hypothèse.

Pourquoi ? Tout simplement parce que lorsque j’écoutais AC/DC, je n’avais pas de migraines. Elles sont arrivées quand j’ai découvert Genesis. Et lorsque qu’une crise survient, un bon album de metal passé à fond au casque me soulage quelque peu.

CQFD. Le prog provoque des maladies terribles, d’ailleurs je suis entouré de cancéreux, dépressifs, migraineux, épileptiques, incontinents, diabétiques… Et d’ailleurs, si vous aviez besoin d’une preuve supplémentaire, tous les musiciens de rock progressif meurent les uns après les autres, une véritable hécatombe.

Le pire ce ne sont pas les fans mais les artistes. Pourquoi jouer du rock progressif lorsque l’on sait que la musique ne passera jamais à la radio et que si une émission en parle ce sera à une heure impossible sur une chaîne pour intellos comme Arte. Pourquoi composer un album pendant deux ans, se prendre la tête sur des rythmes syncopés, des textes incompréhensibles bourrés de références philosophiques (je ne parle pas de Dream Theater là), tout ça pour au final (dans le meilleur des cas) graver un millier de CDs que le groupe n’arrivera même pas à écouler ? Pourquoi tenter une tournée dans l’hexagone, dans des salles de deux-cent personnes remplies au quart et perdre de l’argent ?

Cela n’a pas de sens !

J’ai une hypothèse là dessus, tirée par les cheveux et conspirationiste bien entendu, mais une hypothèse quand même. Les musiciens de rock progressif sont payés par de grands laboratoires pour composer des albums qui provoqueront, en les écoutant, des maladies incurables à leur public.

C’est gagnant gagnant. Les musiciens sans talent peuvent composer n’importe quoi, même le pire, les grands laboratoires les payeront d’autant plus car la musique fera des ravages. Plus c’est compliqué, plus le cerveau réagira vivement, se révoltant contre cette agression sonore en développant des pathologies qui très rapidement (enfin des fois), mettrons un terme à cette torture musicale.

C’est pour cela que les gens sains d’esprit n’écoutent pas de rock progressif. Ils le savent. Et puis sincèrement, la guitare douze cordes, le thérémine, l’orgue Hammon, le mini Moog, le stick Chapman, la flûte traversière sont des instruments qui produisent des bruits épouvantables !

Reste une question et non des moindres. Pourquoi les gens écoutent-ils du rock progressif dans ce cas ?

Et là j’ai encore une hypothèse.

Les fans de prog sont des personnes lassées de la vie. Elles n’en peuvent plus du rap, du punk, de la disco, de la dance, du hip hop, de la variétoche aux autres immondices qui passent sur nos ondes. Ils savent sans doute que le rock progressif est dangereux, qu’il provoque de vives émotions, que le risque d’y succomber est immense et que l’addiction vient très vite. Mais voila, plutôt que de subir le triste bruit formaté sur les ondes, ils préfèrent se suicider aux harmonies magiques et aux textes mélancoliques.

De concerts en hôtels

Image

Après le succès de Misplaced, Marillion se retrouvait sous pression. Le quatrième album studio du groupe se devait d’être à la hauteur du précédent. Mais voilà, le groupe ne cessait de tourner, Fish écrivait ses textes dans des chambres d’hôtel, sur les comptoirs de bars, dans le car de tourné, le label rêvait d’un single à la ‘Kayleigh’ pour faire toujours plus d’argent et des tensions dans Marillion devenaient palpables. 

Clutching at Straws se révèlera l’album de la fin d’une ère. Nous sommes loin de la fragilité de Misplaced, nous sommes noyés dans les cocktails, les salles de concerts, les groupies, les bars et les hôtels. Le groupe s’est offert les services d’une choriste pour l’occasion en studio ainsi qu’en tournée, un accessoire pour palier peut-être aux premières défaillances vocales de l’écossais ? La jeune fille se trémoussera sur scène, un peu en décalage avec l’image que nous renvoyait le groupe à l’époque. Ce sera mon premier concert de Marillion, le premier et dernier avec Fish également, le premier d’une longue série dont j’ai perdu le compte. J’étais un fan. 

Clutching at Straws rompt avec la tradition des artworks colorés des précédents vinyles, pochette noire, photographie retouchée d’un comptoir de bar. Comme la musique et les textes, tout possède un goût de sciure et d’alcool rance. 

Pourtant, sans nul doute, Clutching est un grand album, sombre, limite désespéré et c’est ce qui le rend beau. J’ai pris goût à ce mélange vodka café crème qui donna son nom au plus beau titre de l’album, ‘White Russian’. « Where do we go from here? », bonne question… 

Clutching sonne la fin d’une époque, le dernier album avec Fish et le dernier pressage vinyle du groupe avant bien des années (j’achèterai Season’s End en K7). S’identifier au Fish de cet album sera destructeur pour bien des personnes. L’artiste semble au fond du trou et ne se relèvera qu’avec son premier album solo Vigil in the Wilderness of mirrors.

Ma femme est musicienne

Image

J’écris ces mots pour tous les artistes que je côtoie et qui ne se rendent pas compte de ce qu’il sont réellement.

Ma femme est musicienne, elle joue de la musique. Sa vie tourne exclusivement autour de ses deux instruments, le piano et le violoncelle, les deux amours de sa vie. J’arrive en sixième position, après nos deux enfants et le chat.

Quoi de plus normal, ma femme est musicienne. Une pièce pour le piano quart de queue, une pièce pour le violoncelle, sans parler du piano numérique qui accepte de partager sa vie avec le violoncelle, gentil piano électrique…

Ma femme est musicienne et va toujours à l’école des musiciens, pour apprendre, pour rencontrer d’autres artistes, pour jouer. Elle use un professeur tous les trois ans en moyenne; un professeur de piano, un professeur de violoncelle, un professeur de musique d’ensemble. Le premier mois il est toujours formidable puis progressivement, dès la seconde année le plus souvent, il ne lui apporte plus rien, il est trop scolaire, il veut lui faire jouer des œuvres qu’elle n’aime pas. Des professeurs Kleenex.

J’ai de la chance car ma femme est musicienne. J’écoute tout plein de musique classique et elle m’apaise. Le piano et le violoncelle résonnent à toute heure dans la maison, avec en bonus la voix de l’artiste qui s’énerve toute seule, qui donne des ordres aux mains, qui peste contre la partition.

Ma femme est musicienne et a besoin d’amour, besoin qu’on la rassure sur son interprétation de Debussy, sur la transcription de ‘We Are The Champions’ de Queen pour piano et hurlements.

Ma femme est musicienne, elle passe son temps sur YouTube à écouter toutes les versions d’une oeuvre, même les pires, ça la rassure.

Ma femme est musicienne, ses humeurs sont comme la musique, certains jours wagnériennes, d’autres jours semblables à du Schumann. Allegro, adagio, pianissimo, double forte, en sol ou en fa, elle est imprévisible. Au plus fort de la tempête, soudain le vent se calme et le soleil brille quelques secondes avant l’averse de grêle.

Ma femme est musicienne, elle aime la musique d’ensemble. Mais pour la musique d’ensemble il faut être au moins deux. Et avec qui jouer, lorsque l’on consacre sa vie à la musique ? Des amateurs éclairés qui consacrent deux heures par jour minimum à leur instrument ? Soit ils n’ont pas le niveau, soit ils sont trop forts, soit il ne sont pas assez disponibles ou bien ne s’intéressent pas à la musique française du début du vingtième siècle. Ma femme aime la musique d’ensemble mais joue le plus souvent seule ou accompagne au piano des enfants en première année de violon.

Ma femme est musicienne mais n’aime pas se produire devant un public. Chaque audition est une torture, un peu pour elle, énormément pour nous, surtout durant les quinze jours qui précèdent l’exercice.

Ma femme est musicienne, elle joue avec d’autres musiciens. Des artistes fragiles, sensibles, un peu fous, qui sacrifient à leur art, travail, temps libre, richesse et famille. Tout l’opposé de mon épouse.

Ma femme est musicienne et je ne pourrais vivre sans ma musicienne.

Vieillir, c’est moche

Image

Savez-vous à quel moment devient-on vieux, à part le jour où vous n’arrivez plus à tenir un Nikon D810 avec un 200-500 sans sucrer les fraises ?

C’est lorsque vous ne comprenez plus rien à la technologie. 

D’abord il y a eu cette foutue pastille rouge Apple Id sur mon iPhone et son bouton Continuer qui est restée accrochée des semaines aux réglages quoi que je fasse, avant que je comprenne qu’il fallait lire le texte en dessous, que je me déconnecte de mon compte puis que je re-connecte. Avouez que c’est con.

Ensuite il y a eu mon abonnement Adobe, désactivé pour faute de moyen de paiement. Faute de moyen de paiement ? Je vérifie mon compte PayPal, je le réactive, mais non, alors suivant les conseils de Adobe, je renouvelle mon abonnement et là pouf l’ancien abonnement se réactive également et pif deux prélèvements de 11,99 € surgissent sur mon compte. Damned ! Alors paf j’en désactive un et ping un nouveau prélèvement de 11,99 €. Trois cotisations en un mois. Je n’ai rien compris, eux non plus mais Adobe m’a remboursé… gentils Adobe. 

Il y a eu aussi cet excellent album d’Altesia reçu en promotion et que j’ai voulu m’offrir en CD. Je vais sur Bandcamp, commande l’album, reviens en arrière suite à un doute (ai-je bien commandé la version CD ?), je valide ma commande une fois rassuré (tiens le prix a baissé) et me retrouve avoir commandé la version numérique… Rha !!! Alors j’appelle au secours Altesia et les gars trop gentils m’envoient le CD pour le prix du téléchargement, et là j’ai honte, honte d’abuser de la gentillesse des gens et de ne plus rien comprendre à Internet. 

Sans parler de ma 2008 toute neuve restée ouverte toute une nuit car je n’arrive pas à penser au petit bouton de fermeture centralisée lorsque je la gare. C’est vrai quoi, c’était si simple les clefs… Alors je me réveille la nuit en me demandant si j’ai bien fermé tout, la voiture, la maison, le WIFI, l’eau, le gaz, ma braguette.

Et puis, plus grave, il y a eu cette histoire de série télé, Fargo saison 3 avec Ewan McGregor, quatre DVDs, plein d’épisodes que j’ai dévoré avec bonheur. Par contre, au troisième DVD, j’ai vraiment été surpris par ces épisodes flashback avant de réaliser que j’avais visionné de DVD n°3 avant le n°2.

C’est vraiment moche de vieillir…

Ce post aurait pu être sponsorisé par Paypal, Adbobe, la MGM, Peugeot, Nikon, Altesia et Apple.

Une nouvelle interview

Image

Quelques heures avant son concert devant vingt-mille spectateurs, Steven Wilson, l’ancien leader de Porcupine Tree et aujourd’hui artiste solo adulé même des ménagères grace à son ‘Permanating’, m’a accordé une interview.

Et quelle interview ! Tout D’abord c’était mon anniversaire, donc un jour pas comme les autres, ensuite Steven et son manager, présent pour l’occasion, ont libéré deux heures de leur temps pour un petit webzine francophone, enfin Wilson avait décidé de me parler en français. J’ignorais qu’il maîtrisait si bien notre langue.

Quelle rencontre ! Un homme sympathique et simple, avec beaucoup d’humour, passionné de musique et qui a le trac avant de monter sur scène. Je lui ai conseillé l’Euphitose au passage, j’espère que ça lui aura fait du bien.

De quoi avons-nous parlé ? Je ne sais plus exactement, de tout et de rien sans doute, une conversation décontractée, comme entre amis. Je me souviens seulement qu’il m’a dit que si on organisait un petit festival avec le groupe Burns, il serait enchanté d’y participer. Donc je vais planifier ça, dès que je saurai quel est ce groupe Burns, Runs, Cruns ?

Mon frère est même venu voir le concert, à moins que ce ne soit pour fêter mes cinquante-quatre ans, je ne sais plus, dingue non ? Moi je suis resté dans la rue, derrière le grand rideau qui se refermait lentement alors que les premières notes du concert débutaient. Oui c’était un concert en plein air en centre ville et je n’avais pas de billet. Drôle d’anniversaire vous en conviendrez. Mon frangin aurait pu me filer son billet, vous ne trouvez pas, après tout c’était mon anniversaire non ? Gollum gollum !

Deux heures d’interview c’est environ quarante heures de retranscription. Un travail de titan ! Par chance pour moi, par malheur pour vous, je n’ai rien enregistré et je ne me souviens que de quelques brides de cette rencontre, donc vous ne lirez rien dans les colonnes du webzine. 

Après l’interview, quelques minutes de concert et un bisou à ma maman décédée depuis trois ans, j’ai pris le TGV Rennes-Strasbourg pour rentrer chez moi en pleines grèves de la SNCF (oui le concert se déroulait au centre ville de Rennes je crois, en plein hiver). Je me suis réveillé sous la couette, un dimanche matin, me souvenant que je devais écrire un article sur la disparition de Neil Peart, le batteur de Rush.

Bon c’est décidé, demain j’arrête la drogue.

Bon à rien

Image

Dilettante, je m’intéresse à tout et je ne vais au bout de rien. Chroniqueur de rock progressif, je suis un non spécialiste du genre faisant l’impasse sur les discographies de nombreux groupes phares du genre. Photographe amateur, je possède un très bon matériel et pourtant mes clichés restent passe-partout dans le meilleur des cas. Blogueur, j’inonde la toile de ma prose auto-satisfaite remplie de fautes d’orthographe et lue par dix personnes au monde. 

Je suis un touriste, un rigolo même pas drôle qui survole sans jamais approfondir. Astronomie, informatique, musique, photographie, bricolage, littérature, jardinage, science-fiction, je dilapide mon temps et mon argent sans jamais aller au bout du sujet. Lorsque les difficultés surviennent, je passe à autre chose ou je trouve un raccourci pour ne pas m’infliger la honte d’un échec.

Ne serait-il pas plus intelligent de consacrer toute cette énergie débordante à une seule passion, d’aller au fond du sujet, de tenter d’être vraiment pointu dans un domaine ? 

Le problème c’est que des tas de domaines attirent mon attention, j’aimerais tout faire, tout essayer, tout connaître, enfin, presque tout. Au lieu de cela je possède un vernis Reader Digest, des résumés sur tout et surtout sur rien, un vernis facile à gratter sous lequel il n’y à rien. 

Vous me direz, de nombreuses personnes ne s’intéressent à rien, une vie sans passion, juste le foot, les gosses et le boulot. Mais sont-ils moins heureux pour autant ? Recherchent-ils cette reconnaissance futile de ceux qui en savent encore moins et qui sont éblouis par pas grand chose ?

Des fois je me demande à quoi peut bien servir cette fuite en avant dénuée de sens. Échapper au monde réel, au sordide quotidien ? 

Je pense qu’il est temps que je me remette sérieusement en question, que je laisse tomber la photo, le rock, le bricolage, les livres, les séries TV, le jardin, les jeux vidéos, le travail, la musique, les filles et que je me concentre sur une seule activité, l’unique l’ultime, la psychologie, pour aller au fond du sujet une fois pour toute, c’est à dire au fond de moi.