Big Big Train – Woodcut

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Je crois que je tiens mon premier candidat à l’album de l’année, le nouveau Big Big Train.

En écoutant l’avant-dernier morceau ‘Counting Stars’, mon cœur avait immédiatement chaviré et lorsque j’ai enfin pu écouter les seize titres de l’album, j’ai tout de suite su que j’allais adorer Woodcut.

Il est vrai que j’écoute de moins en moins de concept albums et encore moins de rock progressif. Avec les années, je suis devenu de plus en plus forgeron. N’empêche, un album de prog symphonique rempli de cuivres, de cordes, de guitares, de piano et de claviers vintages, quand c’est bien écrit, cela fonctionne toujours.

Si j’avais eu du mal avec l’arrivée d’Alberto Bravin au chant, lorsqu’il essayait encore de faire du David Longdon, sur Woodcut, je trouve sa performance fabuleuse.

Les compositions hésitent entre du Big Big Train très british et la grandiloquence d’un Transatlantic ou d’un Neal Morse Band, ce qui est un peu la même chose. Les claviers ont gagné en emphase, les guitares se lâchent sur de magnifiques soli et la richesse instrumentale du groupe rajoute une couche épique à une partition déjà bien fournie.

Woodcut, c’est la gravure sur bois, cette technique qui permet d’imprimer des estampes à partir de l’encre retenue dans les sillons creusés sur la planche. L’album parle de l’artiste et de sa relation à son travail, des ciseaux à bois qui creusent la matière, de l’oeuvre qui se dessine en négatif, du monde qui se dévoile en noir et blanc.

L’idée de cette histoire est venue à Alberto Bravin et Gregory Spawton en visitant le musée Munch de Oslo, lorsqu’ils découvrirent le travail de l’artiste. A partir d’une gravure sur bois, ils écrivirent un concept album sur, je cite, l’exploration de l’universel à travers la lumière et l’obscurité des espoirs artistiques et des rêves contrariés.

L’album sort régulièrement de la zone de confort prog symphonique pour prendre son envol comme dans l’instrumental totalement débridé ‘Cut and Run’ aux multiples soli de guitares et de claviers ou dans le brillantissime ‘The Artist’ qui voyage entre Genesis et pur rock, au passage un des titres phare de cet album.

Je pourrais citer également l’excellent ‘Albion Press’ aux tonalités très US avec sa basse et ses claviers qui me rappellent la musique de Spock’s Beard, oui encore Neal Morse décidément…‘Warp and Weft’ va encore une fois en surprendre plus d’un, que ce soit par ses harmonies vocales ou sa musique tout sauf british.

Mais rassurez-vous, si vous n’aimez pas le changement. Big Big Train donne également dans le classique avec le folk ‘The Sharpless Blade’, l’acoustique ‘Chimaera’, ‘Arcadia’, ‘Dead Point’ et bien sûr le magnifique ‘Counting Stars’.

C’est l’avantage de proposer plein de morceaux sur une même galette. Il y en a pour tous les goûts.

On aurait pu s’attendre à des titres à rallonge pour un concept album de plus d’une heure, mais Big Big Train a choisi au contraire de composer de nombreux morceaux relativement courts, allant de trente sept secondes à sept minutes seize. On est bien loin des longs formats tels que ‘East Coast Racer’, ‘Beneath the Masts’ ou ‘Underfall Yard’ par exemple.

Nous ne sommes qu’en février, mais je vous préviens, il va falloir que 2026 me réserve de sacrés surprises pour détrôner Woodcut du titre tant convoité d’album de l’année. Il s’agit pour moi du meilleur album de Big Big Train depuis leur débuts et dieu sait qu’ils en ont déjà composé de fabuleux à ce jour.

Et vous savez quoi, ils seront en plus chez Paulette le 4 octobre, autant dire que je vais tout faire pour être au rendez-vous.

Mardi prochain je serai au Grillen à Colmar pour mon premier concert de l’année avec du lourd, à savoir Omnium Gatherum, Fallujah et In Mourning, du très lourd quoi.

Il y a des chances que je ramène quelques photos en plus de m’exploser les tympans.

Lazuli – Etre et ne plus être

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Depuis des années, nos amis de Lazuli racontent sur scène et toujours avec le sourire, la dépression qui nous habite en ces temps de réchauffement climatique, de connerie humaine, de guerre, de montée du fascisme et de violence ordinaire.

Être et ne plus être, leur dernier album, paru le 30 janvier, le groupe ne va pas déroger à la règle, bien au contraire. En douze titres, Dominique raconte notre société en posant un regard souvent pessimiste sur l’humanité.  Et plus que jamais, Être et ne plus être est un album à texte. 

D’ailleurs la musique se fait plus discrète, usant de nouvelles sonorités, délaissant les grandes envolées de guitares et de léode pour mieux laisser entendre les paroles. 

Certes, il y a Romain qui se prend pour Rachmaninov dans ‘Quel dommage’, Arnaud qui joue quelques notes de blues, la léode qui miaule occasionnellement et la guitare acoustique solitaire de Dominique dans ‘L’instant’, n’empêche, cet album est différent.

D’abord, je n’aime pas vraiment la pochette avec ces trois bustes de glace qui fondent dans une flaque d’eau.

Ensuite les paroles me paraissent moins légères qu’à l’accoutumée. Elles sont empreintes de tristesse, de désolation, j’irai même jusqu’à dire déprimées.

Tout n’est pas désespéré bien sûr dans les mots de Domi, il y a encore de l’amour comme dans ‘Chaque jour que soleil fait’ et de la nostalgie dans ‘L’instant’ mais vous entendrez surtout beaucoup de désillusion et d’amertume comme dans ‘Quel dommage’.

Citons par exemple ‘Etre et ne plus être’ qui nous rappelle notre insouciance face au désastre climatique comme dans ‘Une chanson Cherokee’, l’humour noir de ‘Sourire’, le retour de la colère dans ‘Matière Première’, la mal bouffe de ‘Mon body se meurt’, des états d’âmes que résume bien le dernier morceau de l’album ‘Au bord du précipice’.

Ce sont les titres ‘Quel dommage’, ‘Être et ne plus être’ et ‘Matière première’ qui m’ont immédiatement interpellés par leurs paroles comme la musique.

J’ai eu plus de mal avec ‘Les 4 raisons’ et ses chœurs. Et que dire de la musique très épurée de ‘Au bord du précipice’ qui m’a tout d’abord surprise.

Il me faudra peut-être plus de temps que d’habitude pour adopter Etre et ne plus être, car il est très différent des autres albums de Lazuli (ce qui est toujours une bonne chose d’après-moi). 

Mais je suis certain qu’il va entrer dans la liste des albums que j’écouterai très régulièrement cette année.

Alors, foncez l’acheter, c’est un album que j’aime beaucoup, garanti sans IA, réalisé par des êtres humains laborieux, sensibles et faillibles.

Ils seront Chez Paulette vendredi 3 avril à Pagney derrière Barine près de Toul, pour l’anniversaire de l’association ArpegiA et joueront en première partie de Marillion sur la tournée française du groupe. Surtout ne les manquez pas.

Sic Mundus – Universum

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Après pas mal de chroniques de métal, je reviens vers vous avec un jeune groupe de rock progressif, polonais qui plus est. Sic Mundus a été fondé en 2021 par Andrzej et Artur, respectivement claviériste et bassiste.

Et Universum est leur second album après Illusions sorti en 2023. Neuf morceaux de quatre à onze minutes, sans parler de l’instrumental bonus qui dépasse les dix-huit minutes.

Vous-vous doutez bien de la raison qui m’a poussé à écouter Universum, c’est sa pochette évidement. La couverture et les peintures signées Jarosław donnent vraiment envie de s’offrir l’édition vinyle ou CD. Un paysage hanté par les ruines corrodées d’une ancienne civilisation disparue.

Même si le projet s’est largement étoffé depuis ses débuts avec maintenant trois autres musiciens sans parler des invités, la musique de Sic Mundus est fortement marquée par la présence de ses deux membres fondateurs.

En effet, dès le premier morceau ‘The Road To Nowhere’, la section rythmique impose son tempo dansant sur des claviers très présents. Pour le reste, il y a beaucoup d’instruments sur cet album, outre les claviers parfois très symphoniques. Vous entendrez par exemple du saxophone et de la trompette en plus des instruments habituels d’un groupe de rock progressif.

Mais commençons par ce qui fâche :

Le titre bonus, présent sur le deuxième CD, n’est absolument pas raccord avec le reste de l’album. Il fait penser à du Lunatic Soul ou du Ozric Tentacles mais sans réel contenu. Je l’ai écouté deux fois et il n’y aura pas de troisième tentative.

Par chance, tout l’album n’est pas du même tonneau.

Pour situer Universum dans la sphère progressive, je vais faire des comparaisons, qui bien entendu, n’engagent que moi. Le chant de Mikolaj comme la musique (particulièrement dans ‘The Wheels Of Time’ et ‘Digital Slave’) me font penser au groupe Pain of Salvation lorsque l’ensemble de l’album me ramène plus vers le travail de The Ancestry Program, sans doute pour la richesse des compositions.

Mais le premier morceau assez bondissant, ‘Road To Nowhere’, dont j’ai parlé au début, me rappelle beaucoup le groupe brésilien Aisles.

Il y a même un titre très symphonique qui termine l’album (avant le morceau bonus). Il s’agit de ‘Argatha’ long de onze minutes. Il possède un petit air de Rondo Veneziano (et venant de moi ce n’est pas forcément un compliment). Vous y entendrez une orchestration numérique superposée à de la batterie, de la guitare et de la basse sans parler d’une trompette qui s’invite sur quelques soli. La pièce hésite entre le mauvais goût et le rock progressif de haut vol (la limite étant toujours difficile à discerner entre ces deux exercices).

Mais dans l’ensemble Universum est un bon album qui réussi presque à être original sans être révolutionnaire.

Je n’irai pas jusqu’à acheter le vinyle ou le CD malgré son artwork plutôt réussi et j’oublierai rapidement le disque, n’empêche, je vous recommande d’y jeter une oreille à l’occasion, il pourrait vous plaire.

D’ici là portez-vous bien, achetez vite vos billets pour Lazuli, Airbag et Big Big Train Chez Paulette.

The Reticent – please

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J’ai découvert le groupe The Reticent en 2020 avec l’album The Oubliette qui parlait d’une personne souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Le trio de Caroline du Nord, devenu duo avec l’album please, se complet manifestement dans les thématiques glauques comme le suicide dans On The Eve A Goodbye sorti en 2016.

Leur dernier album parle d’une personne souffrant d’une maladie mentale, un récit autobiographique, ce qui le rend encore plus sombre. please se sont dix titres de deux à huit minutes dont quatre interludes instrumentaux comprenant une narration qui débutent par une étude statistique sur les suicides.

Chant clair et growl se percutent sur un rock alternatif et progressif parfois musclé qui vous fera inévitablement songer à du Porpupine Tree en nettement plus torturé.

please est l’appel désespéré à l’aide d’une personne souffrant de dépression et que personne ne veut écouter. Une souffrance en silence qui le pousse au bord du précipice. Et si vous lisez l’anglais, prenez le temps de vous imprégner des paroles du livret, elles sont terribles !

Seulement deux musiciens œuvrent ici, James Nelson aux guitares et de Chris Hathcock pour tout le reste. Vous entendrez également Brian Kingsland au growl sur ‘The Bed Of Wasps’  et Vienna Gloom pour la narration. Mais malgré le faible nombre d’artistes présents, l’album se révèle d’une grande richesse comme d’une noirceur insondable.

‘The Bed Of Wasps’ est certainement le morceau le plus difficile à aborder de l’album. Il n’est que hurlé, et pas qu’un peu, ensuite il ressemble plus à du death metal que du progressif, enfin, les textes sont complètement flippants. Si nous ne saviez pas ce que vit une personne en pleine dépression, lisez et écoutez.

Mais tout n’est pas aussi violent heureusement, même si l’album reste du noirceur sans fin.‘The Riptide’ est justement un bon exemple de morceau calme et sombre, très wilsonien d’ailleurs comme ‘The Chance’ qui suit juste après), dans lequel notre personnage se noie au fond de sa dépression.

Je pourrais reprocher à The Reticent de ne pas avoir beaucoup évolué dans sa formule. Du prog alternatif à la manière de Porcupine Tree mâtiné de growl racontant des histoires absolument terribles. J’y retrouve beaucoup les intentions et la forme de the oubliette mais j’avoue que malgré ce peu d’évolution depuis ses débuts, le projet m’impressionne toujours autant. 

Et autant vous prévenir tout de suite, the oubliette était easy listening comparé à please qui touche vraiment le fond. N’empêche, je ne peux que vous recommander ce magnifique album après avoir demandé un avis médical bien entendu.

Psychonaut – World Maker

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Le groupe Psychonaut n’est pas totalement un inconnu pour moi. Je lui ai déjà tourné autour avec l’album Violate Consensus Reality sans pour autant conclure. Le trio belge de prog psyché né en 2011 vient de sortir World Maker le 24 octobre dernier, un album dix titres d’un peu moins d’une heure, qui me donnait l’occasion de me rattraper.

Le groupe Psychonaut bascule avec déroutante aisance des hurlements à la douceur, du violon à la guitare saturée. Leur musique est autant stoner, psychédélique que progressive, avec un ancrage marqué dans les seventies. Un mélange totalement explosif qui ne laisse pas une seconde pour s’ennuyer. Vous entendrez des influences venues de Tool, Led Zep, Mastodon ou encore Pink Floyd avec tout de même nettement plus de poussées d’adrénaline que les groupes précités.

Stefan De Graef, le chanteur et guitariste du groupe, joue de taping assez halluciné avec sa six cordes comme dans le titre ‘Endless Currents’. Cette technique est clairement pour moi la signature du groupe Psychonaut en plus du côté grandiloquent des compositions. Car en plus de partir dans le chant hurlé assez souvent, Psychonaut donne dans le grand spectacle cinématique, comme dans le morceau ‘… Everything Else Is Just The Weather’.

En plus du trio guitare, basse, batterie, World Maker regorge d’arrangements, voix, claviers, percussions et orchestrations comme dans l’instrumental orientalisant ‘Origins’. La musique s’en trouve fortement enrichie, lui donnant un aspect nettement moins brut de décoffrage que le stoner de base tout en la rapprochant fortement de la mouvance progressive.

World Maker est un concept album empreint de mysticisme. Il parle avec émotion et violence d’une divinité faiseuse de mondes, le « world maker » si vous ne parlez pas anglais. Après, j’avoue ne pas avoir tout compris aux textes qui ne donnent pas vraiment dans l’explicite. Par contre, ils sont magnifiques et écrits comme des poèmes.

Si je devais mettre en avant un seul titre de Psychonaut, ce serait sans doute ‘Stargazer’ qui alterne avec brio poutrage et fragilité pendant pas loin de huit minutes. Il y a du growl, du chant clair à la manière d’Anathema, un refrain à la Steven Wilson, du bon gros metal,de la guitare acoustique limite folk, bref un véritable bento métal progressif.

World Maker est un album tout en puissance mais également d’une grande subtilité avec des passages fragiles et explosifs. Je n’ai pas grand chose de plus à en dire, sorti du fait qu’il rentre de ce pas dans ma petite sélection d’albums de l’année qui a des chances d’arriver dans le trio de tête 2025. Allez l’écouter d’urgence, vous le trouverez sur Bandcamp.

Skinner Project – To Earth, With Love

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Non, ce n’est pas la pochette qui a décidé du choix de cette chronique ! En fait, si un peu quand même. Quand j’ai vu cet astronaute tenant par la main un enfant, qui contemple la lune au milieu d’un paysage martien, j’ai tout de suite eu envie d’écouter l’album.

En plus le groupe de rock progressif Skinner Project m’était inconnu, il venait du Brésil et m’avait été recommandé par Alice.

Mais dès les premières secondes de To Earth, With Love, leur album sorti en juillet dernier, je lui ai trouvé une très grande proximité avec un groupe que je n’aime pas beaucoup. Qu’à cela ne tienne, je l’ai écouté une fois et ce que j’ai lu et entendu m’a convaincu d’en faire une chronique ici.

Mais commençons par les présentations : Skinner Project vient de Sao Paulo. Un quatuor né en 2017, mené par Léo Skinner. Le groupe a sorti trois albums, un EP et quelques singles en comptant To Earth, With Love.

L’album de moins d’une heure propose neuf morceaux de quatre à huit minutes ressemblant pas mal à ce que Rush a composé durant sa carrière. Mais voilà, je n’aime pas la musique de Rush toutes périodes confondues et encore moins son chanteur.

To Earth, With Love est un concept album de science-fiction, un voyage spatial sans retour qui explore les sentiments d’isolement et de solitude, enfin, je crois. D’ailleurs, le second morceau, cite des paroles de l’astronaute américain Nick Hague qui a volé à bord l’ISS et qui a accumulé plus de trois cent soixante-treize jours de vol spatial tout de même.

Un truc que je n’aime pas du tout dans Skinner Project, c’est la batterie de Léo Nascimento. Désolé Léo, mais mes héros s’appellent Gavin Harrison et Mike Portnoy. J’aime quand la batterie rebondit, fait de la musique, invente une mélodie dans la mélodie. Pas les ”tchac boum tchac” qui martèlent chacun des morceaux.

Je n’aime pas trop non plus la voix de l’autre Léo, enfin pas tout le temps. Disons que lorsqu’il part dans les aigües, ça me casse les oreilles. Et contrairement à ce que j’ai pu lire ailleurs, je trouve la musique vraiment datée. Certains refrains ressemblent à de vieilles rengaines de mon adolescence.

Mais je vous rassure, je n’ai pas acheté l’album uniquement pour sa pochette. Il y a quand même quelques bonnes choses dans To Earth, With Love au-delà de nos petits différents. Lorsque la musique se fait moins rock, la voix plus douce et les compositions plus éloignées de Rush, j’adhère nettement plus à leur travail.

Cela commence avec le titre album ‘To Earth, With Love’, sans doute parce qu’il contient des passages au piano et des voix enregistrées qui appuient la narration.

Difficile de résister également à ‘Report #28’ qui nous plonge en plein récit de science-fiction. Les monstres ont envahi le vaisseau, et c’est le seul titre instrumental de l’album.

Et malgré son côté K2000 (une série ringarde des années 90 avec David Hasselhoff), ‘The Devil Fault’, plus électro que progressif, a au moins le mérite d’être original au milieu de cet album. Et puis il y a ‘Speaking In Silence’, sans doute parce qu’ici Léo Skinner reste dans un registre vocal plus naturel. Enfin ‘Eternity’ m’a séduit par sa construction même si Léo chante toujours un peu trop haut et que le refrain est relativement ringard.

Après, il a y aussi des titres épouvantables comme ‘A Dream of Us’ avec sa batterie pot de yaourt et son chant façon Club Dorothée. Ce n’est pas le seul loin de là, mais celui-ci est au sommet de ma pile de détestation.

Au final, j’aime surtout la pochette de cet album.

Contrairement à certains de mes confrères, je ne vous recommanderai pas cet album, bien au contraire. Après, vous faites ce que vous voulez bien entendu.

Returned To The Earth – Stalagmite Steeple

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Tim Bowness, No Sound, Blackfield, ces noms vous parlent ? Alors, fermez les yeux et ouvrez les oreilles. Je vais vous faire découvrir l’album Stalagmite Steeple sorti l’an passé.

L’artiste caché derrière le projet Returned To The Earth né en 2014, se nomme Robin Peachey. Un motard barbu qui est également compositeur, chanteur et guitariste. À ses côtés jouent Paul Johnston à la batterie, aux claviers et à la guitare ainsi que Steve Peachey aux synthés.

Stalagmite Steeple est son second album après Fall Of The Watcher en avril 2022. Six morceaux de rock progressif de cinq à dix minutes pour un peu moins de trois quarts d’heure de mélancolie.

Outre la douceur du chant au spleen dans l’esprit de Tim Bowness, il y a cette musique aux magnifiques traits de guitares et aux claviers planants qui ne laissera aucun amateur de No Sound indifférent.

Évidemment, avec de tels ingrédients, les morceaux ne brillent pas par leur gaieté. D’ailleurs les titres des pièces donnent clairement le ton : ‘Die For Me’, ‘Dark Morality’, ‘The Final Time’…

Alors, si votre médecin vous a prescrit des antidépresseurs, n’avalez pas la boite d’un coup en écoutant Stalagmite Steeple, ça pourrait vous être fatal.

Mon titre préféré est le premier de l’album, une pièce d’un peu plus de sept minutes intitulée ‘Dark Morality’ où l’on retrouve tous les ingrédients que j’aime chez Returned To Earth, guitares, piano, mélancolie et chant.

Malgré son écriture très progressive, particulièrement sur le titre ‘Die For Me’, Returned To The Earth use de la forme classique couplet refrain avec un petit solo de quelque chose qui se glisse même dans les courts formats.

Le côté prog vient plus des palettes sonores et rythmiques utilisées par Robin tout au long de l’album. On retrouve en effet des tonalités et des tempos bien connus comme le piano accompagné de cordes utilisé dans de nombreux morceaux.

L’album n’est pas révolutionnaire en soit, mais je le trouve absolument sublime. Si je l’avais découvert l’an passé, il aurait eu de bonnes chances de figurer sur le podium.

The Foundation – Relations

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Et si nous parlions un peu de rock progressif pour changer, du prog symphonique complètement vintage ? Le groupe néerlandais The Foundation, formé il y a cinq ans par le claviériste Ron Lammers, vient juste de sortir son second album rétro progressif Relations. Encore fois, je suis tombé dessus un peu par hasard en parcourant les albums proposés par le moteur de recherche de Bandcamp.

Relations contient huit titres de quatre à dix minutes de prog symphonique très inspiré par Genesis et The Watch, ce qui revient d’ailleurs un peu au même. Dès les premières notes de ‘Alpha’ aux sonorités on ne peut plus genesissiennes, j’ai eu l’envie furieuse d’acheter l’album. Pourtant j’ai hésité à franchir le pas une fois arrivé à la fin du disque, mais ça j’en parlerai plus loin.

Les claviers de Ron Lammers sont au cœur de The Foundation même s’il est entouré de pas mal de monde. Huit musiciens en comptant Ron. Vous allez entendre de la flûte, du violon en plus des guitares, basses, batteries, chanteurs et bien entendu les claviers.

L’album ne contient qu’une seule pièce instrumentale ‘Beauty of Nature’. Les autres morceaux sont chantés en anglais avec de larges sections sans paroles à l’exception du titre central ‘Ses Lunettes Noires’. Et puisque nous en parlons, c’est ce morceau chanté en français qui m’a fait longuement hésiter à acheter l’album.

A chaque fois que j’arrive dessus, je passe au titre suivant. Parce que bon, les rythmes dépotoirs, ça va cinq secondes. Le texte signé Hugo Asensio est pathétique et la musique au piano d’une rare banalité. Je ne comprends même pas comment une telle chanson a pu être ajoutée à ‘Relations’.

Et c’est vraiment dommage, car les claviers vintages de Ron et Gijs comme les guitares de Rinie et Jens, nous replongent délicieusement dans les seventies sans parler du fait que Mark au chant me rappelle parfois Simone Rossetti de The Watch.

Sorti de ‘Ses Lunettes Noires’, le groupe propose un rétro prog qui tient très bien la route, tout particulièrement sur ‘Alpha’. Si vous aimez les inspirations folks, ‘Beauty of Nature’ ne devrait pas vous déplaire et écoutez donc ’ouverture de ‘Backbone’ à la guitare, c’est une merveille !

Et puis si vous en avez assez de rétro prog, ‘Ruberband’ et ces dix minutes progressives à tirroirs, vous proposera des sonorités nettement plus modernes sans pour autant déparer dans l’album.

Pour ne pas gâcher mon plaisir à chaque écoute, j’ai tout simplement supprimé le titre de ma bibliothèque, histoire de pouvoir écouter l’album sans sauter un morceau à chaque fois.

Peut-être trouverez-vous ‘Ses Lunettes Noires’ à votre goût et dans ce cas l’album Relations devrait figurer dans les belles découvertes de l’année. N’hésitez pas à me le dire en commentaire, je suis curieux de savoir à quel point je suis un vieux grincheux.

Anubis – The Unforgivable

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Je reviens en 2024 pour me pencher sur un album que j’ai injustement ignoré. Je veux parler de The Unforgivable du groupe australien Anubis. J’ai été surpris de tomber dessus par hasard et encore plus lorsque que je l’ai écouté pour la seconde fois. 

Pour quelle raison l’avais-je laissé de côté ? Mystère. Car Anubis est une formation que je suis depuis leurs débuts et que j’ai même eu la chance de voir en concert. Je devais être submergé par des sorties fabuleuses ou bien dans une de mes crises forgeronnes pour ne pas trouver mon bonheur dans ce titre de trois quarts d’heure. Parce franchement, un concept album d’Anubis, ça ne se refuse pas.

Le morceau a été artificiellement saucissonné en dix parties pour être plus digeste pour un cerveau normalement constitué, mais c’est bien le même titre qui se joue pendant quarante-deux minutes.

Souvent, je reproche à Anubis de faire du Anubis et de manquer de niaque pour accrocher l’auditeur du début jusqu’à la fin. The Unforgivable semble faire exception. Même le chant de Robert me semble plus dynamique qu’à l’ordinaire.

Mais c’est quoi du Anubis au juste ? C’est un prog parfois symphonique, assez floydien, surtout pour les guitares et la basse, avec des passages instrumentaux nettement plus nerveux, beaucoup de piano, de claviers et un chant riche en pathos.

The Unforgivable parle d’une secte et d’un jeune homme qui tombe sous son emprise avant de réussir à s’en échapper. Un album nettement plus sombre que ces prédécesseurs. C’est peu dire.

Le titre débute et s’achève par des enregistrements audios que l’on retrouve disséminés tout au long de l’histoire. Des enregistrements sonores qui agrémentent l’album, comme le train dans ‘All Because of You’ ou les voix dans ‘Back’, qui offrent des points de repère pour suivre la progression de l’histoire.

J’ai l’impression que The Unforgivable est plus mordant que ses prédécesseurs. Pas tout le temps loin de là, mais par exemple dans la troisième partie ‘Alone’, où se glissent quelques sections qui dépotent bien.

L’album me rappelle également Brave de Marillion avec ses sonorités piano et guitares comme dans la première partie de ‘Shadows Cloak the Gospel’ et la voix de Becky Bennison sur ‘The End of the Age’ est un changement notable dans l’histoire de Anubis. Il me semble que c’est la première fois qu’une autre personne chante aux côtés de Robert.

Tout cela pour dire que j’écoute The Unforgivable depuis deux semaines sans discontinuer et avec beaucoup de plaisir. Alors si comme moi, vous êtes passé à côté de cet album, rattrapez vite cette grossière erreur, car il compte parmi les meilleures créations du groupe Anubis.

La fin des dinosaures

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L’amateur de rock progressif français est une espèce en voie d’extinction qui appartient au troisième âge. Il parle plus de sa prostate que du dernier album de The Flower Kings. Tous ses tee-shirts XXL possèdent une étrange déformation au niveau du nombril que l’on nomme communément le bébé houblon. Il écoute principalement des artistes anglophones mais ne comprend pas un traître mot de la langue de Shakespeare, de toute manière il est à moitié sourd.

Le proghead béret braguette est fidèle en amour. Il n’admettra jamais que son groupe fétiche pourrait avoir commis un jour une bouse. C’est également un intégriste qui chante le Genesis en latin. Il n’écoute que du prog, décliné sous toutes ses formes, rétro-prog, canterbury, prog symphonique, post-rock, doom, métal -prog, psychédélique, stoner, jazz-fusion, space-rock, cinématique, néo-prog, zeuhl, hard-rock… attention, c’est pointu !

Chaque année il part en croisière avec ses potes et ses artistes adulés pour des heures de concert, d’autographes et de bain de soleil. Pour peu que le navire croise un iceberg, le rock progressif, qui se fait déjà bien rare, disparaîtrait définitivement de la scène musicale.

Il se rend à de nombreux concerts partout en Europe en déambulateur, mange dans des restaurants étoilés et dort dans des hôtels confortables. Car il est vieux donc il a les moyens. Il se plaint quand même du prix du compact disk et des vinyles de temps en temps, il faut dire que le digital, il ne connaît pas et qu’il s’offre plusieurs albums par semaine.

Dans vingt ans, sans même la chute d’une météorite, ce sera une nouvelle extinction de masse. Celle des amateurs de rock progressif et des artistes qu’ils écoutent. Parce que vu la pyramide des âges, on sera tous bientôt six pieds sous terre.