La dérive

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Nous allons parler une fois encore de notation.

L’objectif de l’éducation nationale est que 90% des français obtiennent leur baccalauréat. Comment y arriver ? Améliorer l’enseignement ? Non trop compliqué. Rendre les français intelligents ? Impossible. Donner le bac dans une pochette surprise ? En voila une bonne idée.

Pour les chroniques, c’est un peu la même chose semblerait-il. Avez-vous calculé la moyenne des notations dans un webzine ? Elle tourne le plus souvent autour de 4/5, 9/10 ou 18/20, à croire que tous les albums critiqués sont très bons ou que les quelques bouses sont sauvées par de grands chef d’œuvres.

Certains magazines n’hésitent pas à affiner l’échelle avec du 4.6/5 afin de différencier l’album à 4.5, du suivant, un tout petit peu supérieur qui aura 4.6… A quand le 4.657124 ? D’autres ont supprimé la note, tout simplement, lisez le texte, vous saurez ce que nous en pensons, moi j’aime bien l’idée même si les artistes préfèrent souvent les étoiles (ça leur évite de lire).

Lorsque nous écoutons le meilleur album d’un groupe, nous avons tendance à lui donner la note maximale – encore que certains chroniqueurs se l’interdisent systématiquement, car la perfection n’existe pas – mais si l’album suivant était meilleur encore, que ferions-nous alors ?

Si dans la carrière d’une groupe, il y a une petite faute de parcours, il est rare que l’album soit sanctionné. Comment punir un groupe que l’on aime ?

Il existe des chroniqueurs lèche boules, mais nous en avons déjà parlé. Il existe ceux qui ne donneront jamais la note maximale. La sélection naturelle joue également beaucoup sur la notation : les chroniqueurs choisissent de préférence de bons albums à des merdouilles innommables pour leurs longues heures d’écoute.

On refuse aux mauvais élèves l’entrée en terminale et du coup les statistiques au bac sont excellentes. Ça s’appelle l’élitisme.

Mais qu’est-ce qu’un mauvais album après tout ? Une mauvaise production, un manque d’originalité avéré, une musique inaudible ?

Quel note donneriez-vous au premier album de Genesis, Genesis to Revelation ? Parce que bon voila quoi, honnêtement, sa production est épouvantable, la musique n’a pas encore atteint la maturité d’un Foxtrot et on retrouve dans ces premiers balbutiements la marque de nombreux groupes de l’époque. Alors… Vous lui donneriez quoi ? Un 2/5 ? Vous oseriez ? Non ? Normal, c’est quand même un album de Genesis. Pour continuer dans cet exercice, prenons Calling All The Stations ou Abacab. Vous leur donneriez combien si ce n’était pas Genesis qui les avait pas composé ?

Tout est relatif donc.

Chez nous, cette dérive est palpable, les albums ayant moins de trois étoiles se font rares. Comment contrer cette dérive ? Chroniquer de très mauvais albums quitte à descendre des artistes en devenir. Se faire mal au oreilles à se dégoûter de chroniquer ? Mauvaise idée. L’inflation semble donc inévitable alors à quoi sert encore la note, je ne sais pas. D’ailleurs, à quoi sert le Bac ?

Trois baguettes et trois beignets

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Bleu, rectangulaire, neuf millimètres de large, cent-vingt centimètres de long, c’est un feuillard en polypropylène, un ruban servant à sceller les cartons de livraison.

Le rhumatologue m’avait quasiment réparé. En trois cracs sonores, il avait remis en place ma colonne vertébrale et mes cervicales. Je n’avais presque plus mal au flanc gauche après deux ans et demi de douleurs.

Hélas la nature a horreur du vide dit-on.

Samedi matin, la migraine hebdomadaire s’invite à mon réveil. Jusque là rien de très exceptionnel. Un triptan, trente minutes de mal être et je suis comme neuf. Comme mais pas neuf, encore un trois fois trois. Les triptans possèdent des effets secondaires comme celui de tétaniser les muscles et celui de provoquer une légère somnolence. Donc pas de voiture après un triptan mais je peux marcher.

Alors je me rends à la boulangerie, acheter du pain, car le dimanche, pas de pain en Alsace. Légèrement vaporeux, je me rend chez mon artisan Banette le plus proche, pas forcément le meilleur, acheter trois baguettes. Dans la vitrine, des beignets sucrés et gras, garnis d’une bonne dose de crème pâtissière me font le coup du cholestérol, je ne résiste pas.

Je repars donc, les bras chargés de trois baguettes et trois beignets dégoulinants vers mon home sweet home, l’esprit léger car le triptan a été pris à temps. Avec un peu de chance je pourrais même croquer ce beignet gras et sucré à 17h sans vomir.

Afin de profiter des rayons du soleil matinal, je change de trottoir, il fait beau, j’irai me promener au bord du Rhin cette après-midi. Sur le sol, devant moi, mon esprit réalise qu’il y a un truc par terre alors que mes yeux ne voient rien. C’est une sangle plastique rectangulaire qui sert à fermer les colis. Tout ce qu’il y a de plus inoffensif, calcule mon brillant esprit bourré aux triptans.

Mon pied gauche se pose sur l’objet, le redressant tel un collet, mon pied droit se glisse dans le piège et tel un pépé de quatre vingt ans je perds l’équilibre et m’étale comme une merde sur me trottoir. Les baguettes volent, beignets explosent au sol, et je me retrouve par terre, ma fierté en moins.

Les deux mains me piquent et j’ai mal partout. Dans la rue, les quelques passants me regardent gueuler puis me relever dans une totale indifférence. Elle est belle la France. Je ramasse mes trois baguettes, mes trois beignets et parcours en boitillant les cent derniers mètres jusqu’à la maison. J’ai mal à la hanche gauche, aux mains, aux deux genoux et suis écorché un peu partout, et surtout, surtout j’ai très mal au flanc gauche, si je pisse rouge je fonce aux urgences… Le WE commençait si bien.

Le soir, lorsque je raconte ma mésaventure à ma douce et tendre – elle bossait la pauvre, car oui dans la fonction publique, y en a qui bossent le WE, même douze heures d’affilé, contrairement à ce qu’autorise le code du travail, saloperie de fonctionnaire inutiles et feignants – qui vient de dévorer le troisième beignet, c’est tout juste si elle ne me frappe pas. “Elles sont où les baguettes, faut les jeter et tu m’as laissé manger un beignet tombé par terre, mais c’est dégueulasse !”.

Finalement les gens dans la rue, je les aime bien, ils sont sympas, au moins il ne disent rien, ne font rien.

Trois petits coups de baguettes, trois beignes, et puis s’en vont.

Zone Blanche

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Les Vosges, de la forêt à perte de vue, pas de réseau, un bar, une gendarmerie, un procureur puni et un maire tout puissant, nous sommes en zone blanche.

Villefranche, une petite ville imaginaire, perdue au milieux des sapins, où quand il ne pleut pas, il fait nuit, avec des nappes de brouillard pour égailler le paysage. Une petite ville où la gendarmerie ne chôme pas car à Villefranche le nombre de victimes par mort violente atteint des sommets: trente huit ? Non trente neuf, quarante, quarante-une, quarante-deux… La saison une vient de commencer.

Des arbres, des habitants un peu fous, pratiquants d’inquiétants rituels et des victimes à la pelle, bienvenus dans ma belle région. Outre l’intrigue, le suspens, le frisson, le plaisir de Zone Blanche consiste aussi à retrouver l’endroit où a été filmé telle ou telle scène, souvent à deux pas de chez moi, dans le massif vosgien.

Zone Blanche est une série à l’atmosphère lourde, angoissante, où le mystère côtoie les turpitudes humaines. Disparitions, activistes, meurtres, mafia locale, chantage, folie, les habitants de Villefranche n’ont pas besoin de la 4G pour pimenter leurs soirées, heureusement d’ailleurs, car le plus souvent le réseau ne passe pas. Ils ont même encore une cabine téléphonique sur leur commune, c’est dire.

Chaque épisode de la saison une est une enquête qui nous dévoile un peu plus l’univers de cette petite ville isolée du monde et qui livre également quelques clefs sur plusieurs anciennes affaires, peut-être liées entre elles. Les personnages sont crédibles, l’atmosphère est bien rendue, le procureur citadin allergique qui débarque dans ce monde hostile permet de bien marquer la différence entre les vosgiens, leurs combines et la vie, à l’extérieur de la zone blanche.

Par contre, dommage pour le tourisme, la série ne va pas attirer les visiteurs dans nos contrées reculées, sombres et humides, sauf peut-être quelques Francis Heaulme en quête d’activités ludiques.

La saison une appelle la saison deux, nous en reparlerons surement prochainement.

Le like addict

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Je suis un like addict. Un gros bébé avide d’amour et de reconnaissance. 

Je pense que de tout temps cette maladie m’a dévoré. Je programmais pour que les autres utilisent mes logiciels, j’ai mené des parties de jeu de rôle pour avoir un public attentif à mes histoires, j’ai fait de la radio pour avoir un auditoire, j’ai fait des exposés pour épater la galerie avec mes misérables connaissances.

Et puis Internet est arrivé. Naturellement j’ai créé un site web avec un compteur de visites, j’ai écumé les forums donnant mon avis sur tout et sur rien, juste pour être lu, j’ai donné des cours d’informatique pour avoir des élèves, j’ai chroniqué de la musique pour donner mon avis et être approuvé, j’ai programmé un webzine pour augmenter le nombre de mes lecteurs. 

Et puis le 2.0 est arrivé avec ses médias sociaux et ce fut la plongée en enfer. Le like, le favori, le j’aime, le retweet, notifications, le partager, les followers, les visites. Combien de like aujourd’hui ? Combien de partages ? Combien de pages vues ?

Je croyais en être sorti de cette addiction, avoir abandonné mon iPhone, cessant de scruter les compteurs, ne cherchant plus à exploser le best score de la veille.

Mais non, j’ai replongé. La faute à qui, à Flickr.

Car si j’ai pris beaucoup de recul avec Facebook, Twitter, Google ces dernières années, j’ai également publié de plus en plus de photographies sur la toile et chaque fois qu’une image est en ligne, j’en scrute le nombre de vues, de favoris. Pas tout le temps d’accord, mais au moins une fois par jour. 

Et puis j’ai posté cette photo, somme toute assez banale même si elle est jolie. Ma femme lui a trouvé un titre, “Postures”, et la photographie prise lors d’une ballade est devenue virale. Elle m’a très vite échappé. plus de 35000 vues, plus de 150 favoris, plein de commentaires élogieux, je suis perdu, un peu comme avec cette éclipse pourtant banale. Du coup, toute la journée, je suis resté scotché aux compteurs, assistant impuissant au buzz numérique de mes pixels, partagés, commentés, regardés, me demandant jusqu’où cela irait. Car cette photo, j’ai failli la jeter, lui préférant une autre qui n’a aucun succès. 

Je suis un like addict qui souffre d’incompréhension. J’aimerais tant que le travail que je juge digne soit salué à sa juste valeur. Mais non, ce buzz n’est qu’un effet de masse, un pur hasard, un truc machin papillon. Ce matin j’ai posté une autre image que je trouve sublime. Elle sera likée par trois personnes et vues par une centaine. Combien de temps faudra-t-il attendre encore avant une nouvelle orgie d’amour et de reconnaissance ? Je sens que je vais déprimer…

Heureusement il y a le blog, le blog qui va relancer le buzz sur cette photo dont voici le lien, le lien pour que vous alliez la voir, pour que les compteurs s’affolent, pour que reviennent l’adrénaline, la reconnaissance, l’amour, la gloire. Oui, je suis un gros malade.

Votez pour moi

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Avez-vous lu l’Empereur dieu de Dune, cet improbable plaidoirie pour la dictature ou L’Automne du Patriarche de Gabriel Garcia Marques. Deux livres qui parlent de tyrans et de leur solitude face au pouvoir.

Et si le totalitarisme était la solution à nos démocraties moribondes ? Quelque part, nous le voyons bien, la démocratie ne tourne pas rond. Le peuple élit des représentants qui vont les gouverner et quelques mois plus tard ils veulent les guillotiner. Que comprendre ?

Les électeurs croient-ils au miroir aux alouettes de certains, les raccourcis populistes des autres ou ne lisent-ils pas les programmes tout simplement ? Lorsque nos politiques appliquent leur programme le peuple se soulève, lorsqu’il nous enfument, le peuple ne dit mot, ou presque.

Lors des dernières présidentielles, il y avait pléthore de candidats avec des programmes très divers, du plus musclé au plus social, de virons tous ces feignants de fonctionnaires à instaurons le revenu universel pour tous.

Après le premier tour, ne restaient que deux challengers, un petit jeune promettant de changer la politique et une vieille bique voulant quitter la zone Euro. Que choisir, le  fascisme, l’autarcie ou le pouvoir entre les mains des riches ? 

La démocratie permet de choisir entre la peste ou le choléra, qu’elle chance ! J’ai voté, la mort dans l’âme, pour nous éviter le pire, je ne regrette pas mon choix même si je le paye cher aujourd’hui.

Nous aurions un dictateur éclairé au pouvoir, un despote intelligent ayant, dans un sanglant coup d’état, décapité tous les démagogues, populistes et hypocrites, pris les rênes de l’état pour mettre en œuvre une politique, sans contestation possible, avec une armée forte derrière lui pour mater tout soupçon de révolte. Nous aurions peut-être cinquante années de prospérité ou d’horreur.

Les exemples ne manquent pas dans notre histoire, Staline, Hitler, Fidel Castro, Trump et qui sait un jour peut-être, Le Pen.

Finis les flashballs pour le retour au tir à balle réelle. Aménagement du Larzac pour créer des villages de rééducation sociale, censure de la presse pour mieux communiquer vers le peuple. Torture pour faire avouer les crimes. Peine de mort pour dissuader les criminels. Épuration ethnique pour retrouver le plein emploi. Rééducation par le travail, le philosophe devient maçon. Un monde parfait, où ordre et prospérité pourraient enfin voir le jour.

Et si nous donnions plutôt le pouvoir au peuple ? Pas le communisme, il a fait ses preuves, mais la consultation systématique de la base pour gouverner. En voilà une belle idée. Les suisses en sont de grands adeptes. Quid de ce fameux RIC demandé à corps et a cris par les gilets jaunes.

En voilà une idée séduisante, mais n’y aurait-il pas un risque ?

Vague de froid sur la France, on relance le nucléaire. Meurtre d’un enfant, on ressort la guillotine. Vol commis par un migrant, on ferme les frontières. Attentat au Bataclan, on incinère tout les fichés S. Prolifération de voiles dans les rues, on interdit les minarets. Hausse des prix, on augmente le SMIC. Comment éviter les propositions de lois démagogiques, épidermiques, à chaud ?

Le peuple est-il suffisamment éduqué pour gouverner ? Non disent certains. Nos dirigeants le pensent tellement fort. Ils méprisent tellement ces « sans dents » qui les ont placés au pouvoir. Ils leur expliquent que s’ils taxaient les riches, ceux-ci partiraient. Vous les pauvres, faites donc un effort enfin, sinon vous serez encore plus pauvres. Cynisme ? Même pas. 

Et si nous sortions du capitalisme, de la démocratie ? Si nous options pour la vie des Dépossédés d’Ursula le Guin, et son improbable anarchie planétaire ? Ni maître ni loi, chacun pour soi et que le plus fort gagne. Cette dernière phrase résume quand même bien le monde dans lequel nous vivons. Les puissants semble au dessus des règles écrites pour un peuple ignorant, l’argent est le pouvoir et la force fait loi.

Finalement Leto Atréïde n’était pas un monstre, s’il brûlait les historiens c’est qu’ils ne savaient rien du passé, s’il matait toute rébellion, c’est parce qu’il connaissait l’avenir. Des siècles de pouvoir sans partage pour préserver l’humanité du grand chaos. Peut-être nous faudrait-il un tel visionnaire pour conduire l’humanité.

Alors votez pour moi…

Groupies

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Avez-vous remarqué l’attrait qu’un jeune homme exerce sur les filles lorsqu’il chante avec une guitare acoustique ? Qu’il soit moche, qu’il chante faux, qu’il joue avec des moufles, elles se collent à lui comme des mouches.

Un vieux con avec du matos photos, qui soit fripé, mauvais ou très grognon, fait un peu le même effet, mais sur une tout autre population de personnes. Ces groupies, apprentis en photographie (ils on eu un boitier pour Noël), veulent absolument partager avec vous cette passion naissante (ils viennent de découvrir qu’il y a un flash sur leur reflex), comparer leur engin avec le votre (la longueur, ça compte énormément) et échanger sur les techniques de la photographie.

Honnêtement, je préférerai que ce soit de jolies filles voulant poser pour moi, mais bon.

J’ai certainement été comme eux, il n’y a pas si longtemps que ça, mais aujourd’hui, je dois avouer qu’ils me fatiguent un peu.

Lorsque j’arrive à un concert et que je déballe le matériel pour effectuer les premiers réglages, j’échappe rarement à la conversation stérile suivante :

Le groupie – ça doit faire de meilleur images qu’un iPhone votre appareil

“Rho putain c’est parti !”

Moi – oui et non, en fait ça n’a pas grand chose à voir, il est possible de faire de très bonnes photos avec un iPhone.

Le groupie – le problème c’est la lumière, c’est ça ?

“Ben oui, avec ton objectif ouvert à f 5.6 et ta vitesse à 1/800, ça doit être sombre mon gars, c’est clair”

Moi – l’ouverture fait beaucoup pour la lumière en effet.

Le groupie – oui, oui, la focale, et ta focale à toi c’est 800 ZO ?

“Je vais te la foutre dans la gueule ta focale moi.”

Moi – heu oui, c’est ça, 800 ISO.

Le groupie – et les réglages, c’est quoi, parce que le mode auto…

“Vroum vroum !”

Moi – manuel.

Le groupie – tout manuel ?

“Devine.”

Moi – ben oui.

Généralement la conversation s’épuise alors, mais il y a les coriaces. Ceux qui se lancent dans un débat sur les boîtiers argentiques alors qu’ils photographient en mode Auto sans même passer par un format RAW.

L’argentique c’est un peu de vinyle de la photographie, un sujet sans fond où chacun y va de ses arguments subjectifs. Sauf que je suis assez vieux pour avoir connu, photographié et développé en argentique. L’idéalisation de la pellicule Kodak T-MAX et des bains pour développer qui encombrement les toilettes, c’est bon, j’ai donné. Je suis très loin de maîtriser suffisamment les techniques de laboratoire pour approcher le travail que j’effectue sur du RAW avec Lightroom, alors passons.

Revenons aux casses-bonbons. Le plus souvent, ces gens lancent le sujet de la photographie pour dériver ensuite sur le réchauffement climatique (à croire que j’ai une tête de climatologue), le complot contre l’humanité, ces ondes qui nous contrôlent (faut croire que j’attire les cinglés) et j’en passe.

Cependant, quelques fois, je tombe sur un vrai photographe, un mec vraiment doué, qui avec un petit hybride et une optique passe partout va faire cent fois mieux que moi avec mes six kilos de d’équipement. Des personnes qui, patiemment, m’écoutent pérorer sur la photo alors qu’ils en savent bien plus que moi et possèdent un vrai talent.

Dans ces cas là, devinez qui est le casse-burnes ?

Va falloir que je me montre plus conciliant la prochaine fois avec l’emmerdeur de service qui m’abordera… Nous sommes tous l’emmerdeur de quelqu’un finalement.

I Will Survive

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J’ai percé des trous dans du placo, fixé une buttée de porte, changé une serrure, jeté du sel sur la neige, fabriqué des rondelles sur mesure, réparé des distributeurs de serviettes, installé un tableau blanc, posé des plaques au plafond, relevé le kilométrage des voitures, sali mon pantalon, lavé mes mains de nombreuses fois, enfilé une blouse bleue de travail, monté et descendu les marches de notre navire, parcouru ses coursives, donné des ampoules, du papier, des crayons… bref j’ai travaillé.

Étrange pourtant le regard que me porte certains collègues tout de même. Cela les gène de me voir en bleu de travail, chaussures de sécurité aux pieds, avec ma caisse à outils rouge, en train de démonter une poignée. Certains ricanent, d’autres m’évitent. 

Je suis le catégorie B+ qui a pris un travail de catégorie C pour sauver sa peau. (Traduction: j’ai troqué un poste BAC +2 pour emploi de CAP parce qu’on fermait mon poste). Quelques uns disent que j’ai fait un choix intelligent, d’autres se moquent. Ceux qui me voyaient comme un intello geek sont déroutés. Pourtant, ne suis-je pas le même ? L’habit ne fait pas le moine que je sache. Ce n’est pas parce que j’ai dû renoncer à un poste technique pour un travail non qualifié que je suis devenu une bûche si ? 

Je peux toujours donner des leçons de HTML, PHP, SQL, Java, algorithmie, analyse UML si on me le demande gentiment. Certes en bleu de travail, tournevis à la main, je semble moins prestigieux que devant quatre écrans 23 pouces, en train d’administrer un serveur WEB. Mais bon avais-je vraiment le choix ?

Il est vrai que nous vivons une drôle d’époque. Plus d’un tiers de l’équipage du navire devra changer d’affectation d’ici deux ans voire même quitter le navire. Les tensions son palpables et chacun essaye de trouver une place dans les canots de sauvetage, sauve qui peut, les femmes et les enfants d’abord, ben non justement…

Moi je suis devenu l’homme à tout faire de cette croisière transatlantique de luxe, un plombier électricien bricolo payé 2600 € net d’impôts. A ce prix là, je veux bien déboucher les toilettes, d’ailleurs je le fais.

Mais quand l’état demande aux fonctionnaires de peser moins dans les dépenses publiques, employer un chef technicien climatologue et informaticien à déboucher des chiottes, est-ce bien raisonnable, surtout avec l’argent du contribuable qui bloque les ronds points en gilet jaune ? Traverse la rue qu’il disait. Ben c’est fait.

J’ai la rate qui s’dilate

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J’ai une trachéite depuis Noël, le radiologue m’a trouvé une hernie, j’ai un rein qui ne fonctionne pas trop bien, je fais une crise de migraine au moins une fois par semaine, j’ai genou bousillé et un kyste au gros orteil et j’ai tout le temps mal quelque part. C’est grave docteur ? 

Tout bien considéré je m’en sors bien : je ne me suis pas suicidé aux médocs, je ne suis pas mort d’un cancer, je n’ai pas encore sombré dans la dépression ni l’alcoolisme et je ne suis pas totalement cinglé,enfin, je crois. Car pour tout vous avouer, dans ma famille, ça dégage sec. 

Le bon côté de ça, c’est que je fais travailler le secteur tertiaire, des infirmiers, aux hôpitaux en passant par les laboratoires et les médecins. 

Mais bon, ce n’est pas un peu chelou de vivre en permanence avec un grand malade ? Si je suis hypocondriaque c’est à force d’être malade et pas l’inverse soyons clair. Je suis vraiment malade tout le temps. Je consacre d’ailleurs tous mes congés à être malade, ceci afin d’éviter des jours d’arrêt maladie.

Certains disent que je fais trop de choses, que je ne m’arrête jamais, qu’après le travail je commence ma seconde journée de travail. Moi j’ai l’impression de ne rien faire de mes journées mais j’ai aussi le sentiment que mes collègues n’en branlent pas une. Allez comprendre.

Hyperactif ? Non, impossible, ce serait une nouvelle pathologie à ajouter à la liste de mes maladies.

Ceci dit, des fois, il faudrait que je lève le pied. Se rendre à un concert avec une hernie, une trachéite, un début de migraine et une grosse fatigue, est-ce bien raisonnable ? 

Quelques corticoïdes dans un café aux triptans et j’avais presque la forme, alors pourquoi me priver me direz-vous ? 

Parce qu’il y a toujours un matin après la nuit de débauche. Et que ça pique un peu quand même, dans le dos avec les acrobaties photographiques, dans la tête, à cause des basses et des lumières, dans la gorge, à force de tousser et chanter.

Le rhumatologue a fait craquer la colonne et les cervicales. Je n’ai plus les corticoïdes qui me donnaient la patate, les effets des triptans s’estompent peu à peu. J’ai mal à la gorge, une dent me taquine, mon dos est en bouillie, je tousse toujours autant et je suis enrhumé. La semaine va être difficile. Vivement le prochain concert !

Les magiciens

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Dans le rôle de Harry Potter, un jeune mélancolique et dépressif fan d’un ersatz des Chronique de Narnia. Dans le rôle d’Hermione, une blondasse bigleuse à grosse poitrine et dans celui du professeur Dumbledore, un noir aveugle. Bienvenu au Poudlard des 16 ans et plus.

Nous somme à l’université de la magie, Brakebills pour les intimes, avec ses étudiants, ses professeurs, ses fêtes, ses rituels de passage, ses histoires de fesses et de cœur, et bien entendu, un grand méchant. Dans cette histoire, Voldemort, possède un nuage de papillons en guise de tête, ce qui ne le rend pas forcément plus sympathique.

Ce qui commence comme une série un peu niaise pour ados, évolue au fil de épisodes de manière de plus en plus trash : sexe, morts violentes, pédophilie, euthanasie, viol. Pas étonnant que sur le coffret, on trouve de nombreuses mises en garde. La série qui s’annonçait comme un pompage des romans Harry Potter, vire rapidement à une version édulcorée de Evil Dead.

Le plus surprenant c’est que cela fonctionne plutôt bien. Dans la saison 1, de The Magicians, nous suivons l’initiation à la magie de jeunes étudiants, nous découvrons les mages sauvages – ceux qui n’ont pas été admis à Brakebills -, nous plongeons dans un roman de magie pour enfants qui s’avère être un univers parallèle bien réel, nous partons en quête du grand méchant, nous découvrons les interactions entre le monde des moldus et des sorciers.

Bref c’est pas trop mal, si on ne veut pas réfléchir le soir, après un dure journée de labeur. Il existe quatre saisons de The Magicians, je en pense pas aller si loin, mais la saison une fut un bon divertissement.

Logiciels

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Je m’énerve souvent contre les systèmes d’exploitations, les mises à jour et les logiciels, car j’ai un lourd passé d’administrateur et de programmeur.

Dans l’administration, pour de nombreuses raisons, nous sous-traitons le développement du software à des sociétés externes et à chaque fois que je découvre une de ces merveilles, je m’étonne que l’on puisse encore travailler avec les outils que l’on nous a livré.

Pour la petite histoire, hier mon nouveau chef, me fait une rapide formation, sur son ordinateur, du logiciel que je vais utiliser quotidiennement pour mon travail. Pour ce faire, il utilise le compte d’un collègue pour se connecter dessus, car lui-même n’en a pas. Nous faisons quelques manipulations, jusqu’à ce que j’intègre les principales fonctionnalités de la chose.

Le même jour, je reçois par mail, un mot de passe provisoire pour accéder à l’outil. Ni une ni deux, je lance l’application sur mon PC, qui, comme il se doit, refuse de démarrer. Rien de grave, ce n’était qu’une affaire de cloisonnement réseau, et une fois le port TCP débloqué, la merveille s’affiche. Encore fallait-il le savoir. Premier ticket d’assistance informatique.

Je me logue, change mon mot de passe en une version plus sécurisée, me déconnecte et relance l’application. Nom d’utilisateur, mot de passe, un échec, deux échecs, trois échec, mon compte est bloqué. Génial. Je vais boire une tasse de café, demander la génération d’un nouveau mot de passe provisoire et recommencer. Second ticket d’assistance informatique.

Je me logue, tente changer mon mot de passe en une version plus sécurisée, en faisant cette fois pas d’erreur de saisie, mais là, l’outil m’annonce que ce mot de passe a déjà été utilisé ultérieurement et qu’il faut que j’en change. Déjà utilisé ultérieurement ? J’aurai donc commis cinq fois la même erreur de saisie ? Improbable. Mais bon… Troisième ticket d’assistance informatique.

Je me logue, change mon mot de passe en une nouvelle version plus sécurisée, me déconnecte et relance l’application. Nom d’utilisateur, nouveau mot de passe, un échec, deux échecs, trois échec, mon compte est bloqué. Voila qui commence à me taper sur le système. Je vais boire une nouvelle tasse de café, demander la génération d’un nouveau mot de passe provisoire avec quelques explications et recommencer. Quatrième ticket d’assistance informatique.

Le gars au téléphone ne comprend pas, moi par contre je commence à cerner le problème. Dans l’interface de modification de mot de passe, certains caractères spéciaux ne s’affichent pas lorsqu’on les tape, bien vu l’aveugle, j’ai compris, le # est interdit. Par contre, dans la fenêtre de connexion le # est autorisé. Logique. Je tente donc un mot de passe sans le #, mais non. Le & est également interdit, en fait tous les caractères spéciaux, ceux qui servent à générer des mots de passe forts sont prohibés.

Une fois tout cela intégré, je crée un mot de passe très faible qui me permet enfin de me connecter au logiciel indispensable. Miracle ça marche cette fois ! Je commence donc à travailler avec l’outil, et après quelques minutes de manipulations, je me retrouve bloqué devant un bouton Valider grisé.

J’ai du merder quelque part. Je reprend la procédure comme on me l’a montré un peu plus tôt avec l’autre compte, sur une autre machine et réessaye. Non. Le bouton Valider ne veut pas valider. J’appelle mon mentor, refais la procédure devant ces yeux ébahis pour être certain, mais rien à faire, l’outil m’autorise bien à saisir des champs, sélectionner des choix, mais jamais à valider. Incompréhensible ! Cinquième ticket d’assistance informatique.

De longues recherches fastidieuses plus tard, nous découvrons que mon compte n’est pas habilité pour ce genre d’opérations et ne le sera jamais, j’ai un logiciel, un compte, mais je ne peux rien faire avec, je n’ai et n’aurai pas les droits pour l’utiliser.

Du coup, en fin de journée, je me fais copier sur un papier le mot de passe du collègue habilité et qui n’utilise pas l’outil, me connecte, et commence enfin à travailler. Là, pour gagner du temps sur une fonctionnalité, j’active un filtre présent dans le logiciel, je tape deux premières lettres dans le filtre de sélection et boum, l’application s’effondre, il faut tout recommencer. Sixième ticket d’assistance informatique.

Pour ma première journée de travail avec le logiciel, j’ai levé deux bugs dans un outil que notre administration utilise quotidiennement depuis des années… Comment font-ils ? Par chance, l’application de ticket d’assistance informatique, elle fonctionne relativement bien.

Vous vous dites que je suis aigri et que j’exagère un peu et vous aurez partiellement raison, du moins pour le premier point. Mais force est de constater que les applications que nous sous-traitons sont mal conçues, bourrées de bugs, qu’elles ont coûté très cher (payées avec vos impôts) et été livrées avec des années de retard (oui des années, pas des mois). A qui la faute ? Aux appels d’offre (nous choisissons forcément les sociétés les moins cher), aux spécifications bancales (achetez Word et demandez donc de le transformer en Excel), au manque de recette des produits, au fait que l’administration est une vache à lait pour bien des fournisseurs de services ?