Le choix dans la date

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Après avoir mis au propre une chronique pour relecture, la question qui se pose juste après est la suivante : que vais-je critiquer maintenant ? Pas que vais-je écouter, comprenons-nous bien, mais quel album vais-je faire tourner en boucle pendant des heures, afin de le mettre en avant ensuite dans les colonnes du magazine.

Vous pensez sans doute qu’il s’agit d’une décision simple, “ben tu n’as qu’à prendre le truc qui te fait plaisir mon gars”, oui mais non. Disons que c’est un peu plus compliqué que cela. Mettre en ligne une chronique, c’est donner un coup de projecteur sur un album, un artiste, un label, saluer le travail de plusieurs mois, présenter la carrière d’un groupe, l’originalité d’une démarche, vous faire découvrir une rareté.

Parmi les nombreuses promotions que nous recevons et les achats que je fais régulièrement, il y en a pour tout les goûts. Des vieux routards dans de grands labels, des petits nouveaux auto produits, des rééditions, des lives, des américains, anglais, français, indiens, mexicains. Rien qu’avec le catalogue de labels comme Inside Out et Kscope, nous pourrions publier deux articles par semaine voire plus, des albums gravitant autour de Wilson, Hackett et consors. Avec ce genre de publications, nous serions certains de faire le plein de lecteurs et d’écouter la plupart du temps de très bons albums, la sécurité.

Mais n’est-il pas de notre devoir de proposer autre chose que l’offre Fnac ? De nous aventurer en terres inconnues, d’écouter des musiques improbables qui demain seront peut-être parmi les grands. Qui aurait misé un penny sur Porcupine Tree à leurs débuts ?

Le choix d’un album dépend de nombreux critères :

  1. Présenter les classiques incontournables du moment pour ramener un minimum d’audience sur le site mais également pour se faire plaisir.
  2. S’ouvrir à de nouveaux genres à tendance progressif pour sentir l’évolution de la musique au fil du temps.
  3. Donner un éclairage sur de jeunes talents prometteurs et totalement inconnus du grand public faute de distribution et label.
  4. Mettre en avant la production française souvent trop méconnue.
  5. Sélectionner un album qui va sortir prochainement.
  6. Se décrasser les oreilles des mélodies progressives alambiquées avec une dose dose de métal.
  7. Donner un coup de pouce à un artiste qui le demande gentillement.
  8. Se faire plaisir également.

Vous voyez, ce n’est pas si simple de choisir. Au moment ou j’écris ces lignes, je pourrai prendre le dernier Leprous (une valeur sure) ou le Caligula’s Horse mais je viens de finir un autre album de chez Inside Out. Je pourrai me faire plaisir avec le dernier Cosmograf mais priorité aux promos en souffrance, je pourrai me plonger dans le Meta de Christian Bruin mais je viens de publier le nouveau Sky Architect. Pas facile tout ça. Choix cornélien. Alors je regarde les trucs zarbis, pas connus que j’ai sur mon iPhone et je zappe d’un album à l’autre, Telepaty, Bodhi, Professor Tip Top, Dead Blonde Stars, Kal-El, Impure Wilhem, Erudite Stoner, Buttered Bacon Biscuit, Alwanzatar et Tuesday The Sky… Mon oreille revient sur Dead Blonde Stars, d’où est-ce qu’ils sortent ceux là ? Aucune idée, je ne les vois même pas dans le tableau des promos et puis je me souviens, c’est un code que j’ai obtenu avec l’achat du dernier Amplifier, ce n’est donc pas une promo, je ne l’avais pas encore écouté. Du rock alternatif pas très connu avec assurément quelque chose que interpelle mes oreilles, c’est vendu, j’ai trouvé ma prochaine chronique.

Cette fois, avec Dead Blonde Star, je mélangerai soutient à un jeune label, Rocosmos, présentation d’un jeune groupe (fondé en 2012), décrassage d’oreille (après je jazz prog de The Tangent) l’alternatif repose, et plaisir immédiat car leur album Resolution est prometteur. Seul inconvénient de ce choix, nous allons prendre encore du retard sur plusieurs dossiers brûlants comme le nouveau Leprous, tant pis, il attendra.

Pour la petite histoire, au début de ce billet, je ne savais vraiment pas ce que j’allais chroniquer. Je venais de finir The Slow Rust Of Forgotten Machinery de The Tangent et mon cerveau avait besoin d’un retour à une forme musicale plus directe pour faire une pause.

Tri sélectif

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Vous aussi vous avez une poubelle jaune, verte et bleue et un composteur au fond du jardin ? Moi aussi, mais sur mon disque dur… Car sachez-le, entre ce qui arrive à l’oreille des chroniqueurs de Neoprog n’est que le sommet de l’iceberg de ce qui inonde ma boite au lettres. Chaque semaine je dois me lancer dans le tri sélectif impitoyable. Pour se faire, fort heureusement, je dispose de plusieurs poubelles. La première c’est la bleue, celle qui contient le non recyclable. Dedans je jette pelle mêle le rap, hip hop, la pop, la wave, le dubstep, le punk, bref tout ce qui ne rentre pas vraiment dans notre ligne éditoriale, des fois il y a de très bons albums, mais je n’ai franchement pas le temps de m’attarder dessus. La verte, c’est pour les bouteilles en verre, 1664, Meteor, Kronenbourg, Pelforth,  bref le metal tatoué de tout poil, le black, death, trash, heavy, sludge, doom… Tout n’est pas forcément recyclable, il faut bien lire l’étiquette ou goûter prudemment, des fois le contenu soit périmé depuis longtemps. Dans la jaune, on retrouve les emballages mixtes, papier, métal, aussi nommés métal progressif, alternatif, indie, atmosphérique. Le genre de chose qui se valorise parfois, attention toutefois de ne pas y mettre de papier gras. Enfin, au fond du jardin, il y a le composteur, un grand bac sombre dont le contenu me servira de terreau pour faire pousser de belles chroniques dans le potager Neoprog.

Mais avant de jeter dans telle ou telle conteneur, il faut lire l’étiquette. Et méfions nous des appellations non contrôlées, les labels et artistes prennent un malin plaisir un noyer le poisson. Le mot “prog” est vendu à toutes les sauces, étrange d’ailleurs, car ce n’est pas lui qui remplit les salles. Un “metal expérimental alternatif progressif”, je le mets où ? Bonne question, dans le cas présent, il va falloir goûter la marchandise pour savoir. Pour certain, c’est facile, passé la première minute de Rhoooooooooooooooo Rhoooooooooooooo Arrrrrrrrrrrrrg Boum Boum Boum, la poubelle bleue s’impose. Des fois il faut aller plus loin, nettement plus loin, et là on commence à hésiter, jaune, verte, compost ?

Après un premier tri purement littéraire à grande échelle, je passe au tri sonore, qui va de quelques secondes à un titre jusque l’album en entier. Quand je tergiverse trop longtemps, cela part au compost, tant que ce n’est pas toxique, c’est bon pour le sol. Parfois hélas, le composteur déborde et un second tri s’impose. Car les chroniqueurs eux même font leur tri sélectif. Certains aventureux se jettent sur les appellations non contrôlées, des emballages improbables, exotiques et pimentés, d’autres ne se servent que dans les emballages de multinationales Danone, Nestlé… histoire de ne pas avoir de surprise dans les saveurs. Pour ma part, je ramasse souvent les restes, c’est ça d’être le patron, mais rassurez-vous, il y a de très bons restes.

Quand on y réfléchit bien, il est terrible de traiter ainsi des albums, de lancer un jugement rapide, arbitraire et définitif sur le travail de musiciens, de jeter de la musique qui mériterait sans doute plus d’attention. Mais il y en a tellement. Que faire ? Il faut juste espérer que d’autres webzines parleront de ces groupes, de ces musiciens et de ces sorties.

Aujourd’hui, la boite était inondée de sollicitations diverses et avariées avec également de nombreux trésors. Le tri a été long, impitoyable et pourtant il me reste six élus qui pourraient devenir les chroniques de demain, en fonction des envies de l’équipe et du temps disponible. J’ai retenu, Leprous, The Tangent, Kal-El, Impure Wilhemina, Buttered Bacon Buiscuit et Erudite Stoner. Ceux qui n’ont pas passé le stade de cette première sélection étaient soit trop métal, soit trop trop métal, soit vraiment trop, mais vraiment trop métal.

L’art de la lucidité

Parler de musique, la chroniquer, se révèle un exercice délicat. Il faut tout d’abord être assez ouvert pour écouter, sans trop de préjugés, des styles qui a priori pourraient vous dérouter et accepter la nouveauté. Ensuite il ne faut pas se laisser influencer par son côté fan (je suis un fan de Marillion depuis leur début donc leur dernier album est forcément bien, ben non justement, pas forcément). J’ai longtemps été ce fan aux oeillères, n’écoutant que quelques groupes, perclus de préjugés sur ce que je n’avais jamais écouté. C’est en m’ouvrant à de nouveaux genres, groupes, que j’ai perdu un peu de ce fanatisme absolutiste que l’on retrouve chez quelques progheads illuminés. Comment ça le dernier Pink Floyd n’a aucun intérêt, mais vous ne connaissez rien à la musique ! Tu n’as pas aimé Heaven And Earth de Yes, mais c’est pur chef d’oeuvre ? Défense de toucher aux grands anciens qui ont créé le mythe, ils étaient fabuleux, ils le sont forcément encore. Qu’elle blague… J’ai en horreur le fanatisme musical.

Il faut rester lucide, garder la tête froide et ne pas se laisser influencer par ses propres faiblesses. Lorsqu’un label vous gâte régulièrement où qu’un artiste vous envoie une belle édition plutôt de du mp3 bas de gamme, il arrive que votre jugement soit altéré par le geste, difficile alors de juger avec équité, on aime faire plaisir en retour. Et puis, il y a ces artistes qui deviennent vos amis (des amis de la vraie vie), comment rester indépendant lorsqu’ils vous demandent de chroniquer leur album ? Il vaut mieux passer le relais à un collaborateur moins impliqué émotionnellement que vous.

Il est plus difficile pour moi de pardonner un album médiocre à un groupe professionnel d’envergure internationale avec derrière lui label, studio, producteur et arrangeur qu’à des amateurs passionnés qui enregistrent dans leur garage. Il s’agit d’un traitement inégalitaire que je trouve paradoxalement juste. Imaginez donc Not The Weapon But The Hand enregistré avec Cubase dans la cuisine de monsieur Barbieri… Pardon je vais vomir.

Et qu’est-ce qu’une bonne critique ? Un regard objectif et technique sur le travail d’un groupe ou d’un artiste ? Pas pour moi. Je ne suis pas musicien même si je baigne dans le monde des croches et des blanches. Juger du touché d’un guitariste ou de la virtuosité du batteur s’avère bien au-delà de mes compétences, décortiquer les rythmes joués, les mécanismes du morceaux, trop peu pour moi. Je chronique avec mon cœur (de pierre). L’émotion que me procure tel ou tel titre est mon moteur principal  (et ma drogue). Bien entendu, il m’arrive de prendre mon pied sur un album très technique et froid, mais le plus souvent, c’est le feeling qui l’emporte, tant pis si le bassiste n’est pas au top tant que la musique me parle. La voix est une des premières choses que j’entends lorsque je passe un album. (James ne lis pas ça). Un chanteur aux cordes vocales hésitantes ou désaccordées risque gros avec moi, je n’arrive que rarement à dépasser ce stade et c’est un réel handicap, mais j’en suis conscient (c’est bon James, c’est fini). Donc objectivité ou subjectivité ? La plupart du temps, mes chroniques sont fortement subjectives. C’est mal ? Peut-être, je n’en sais rien en fait, mais quand on voit des groupes fabuleux boudés ou totalement ignorés par les médias, on se demande qui est subjectif.

Quand je lis la chronique d’un confrère, je le fais en gardant en tête ses goûts musicaux et si je suis trop souvent en désaccord avec ce qu’il raconte, c’est que nous ne sommes pas de la même planète musicale, que ses goûts divergent radicalement des miens. Cela ne veut pas dire qu’il a tord, cela veut dire que nous n’aimons pas les mêmes choses. Il ne sert à rien d’essayer de comprendre le bien fondé du programme de François Fillon quand on est fonctionnaire de gauche et à sensibilité écologiste.

Bonne ou moins bonne, une chronique met un coup de projecteur sur un album, un artiste, lance le débat, titille la curiosité et donne parfois envie, même lorsqu’elle est mauvaise, d’aller à la découverte de l’album. Des groupes m’ont remercié pour avoir souligné les faiblesses de leur album. Cela me donne à chaque fois des sueurs froides, qu’un artiste me contacte après une chronique moyenne (des fois c’est chaud je vous l’assure, pas vrai Nick ?). Mais qu’une chronique puisse influencer la genèse du prochain disque est tout simplement cauchemardesque pour moi, j’essaye de ne pas y penser quand j’écris.

Donc objectif jamais, passionné toujours. Maintenant, vous êtes prévenus.