Terra – Terra

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Entre deux planches de bois peintes, un compact disk. Pas de titre, de groupe, de morceau, pas de livret, rien. Rien que du bois, quatre aimants et un CD.

J’ai entre les mains un des deux albums du groupe Terra que j’ai vu lors du concert de Soen à la Laiterie. Un album éponyme également disponible dans sa déclinaison acoustique, possédant le même habillage menuisier et dont je possède le tout dernier exemplaire.

Terra est un groupe italien né en 2018 venant de Rome que l’on pourrait classer dans le tribal post metal si le genre existait. Peut-être qu’il existe en fait, je n’en sais rien.

Le quatuor m’avait subjugué en live avec leur courte prestation au point de leur prendre deux disques et un tee shirt au stand de merch à la fin du concert. Mais l’enthousiasme du live laisse parfois place à la désillusion une fois rentré à la maison et le CD posé sur la platine.

Leur côté tribal théâtral, lorsqu’ils s’étaient avancé à trois devant la scène pour jouer ‘The End’ aux percussions m’avait hypnotisé mais quand Davide, le chanteur batteur avait pris le micro, j’étais tombé en pâmoison. Il faut dire qu’il possède quelque chose du charisme de Daniel Gildenlöw de Pain of Salvation. Et pour moi, c’est presque la référence ultime, surtout en live.

Du bois, des dreads, un logo géométrique ésotérique et le nom Terra, tout m’évoquait la mouvance new age écolo planétaire mais avec des instruments électriques et un peu de growl pour pimenter l’herbe fumée.

Pour découvrir les noms des membres du groupe, leur histoire, les titres de morceaux et les paroles, il faudra se rendre sur le site Welcome To Terra car ils n’ont pas encore inventé le livret en écorce de chêne.

Terra joue du post-metal comme dans ‘XII’ mais également du folk avec ‘Siren’s Call’ ou du metal à growl comme dans ‘Father’ sans parler du chamanique ‘Mantra’. Une palette musicale des plus variée à forte personnalité qui fait mouche dès la première écoute. Terra joue dans un registre émotionnel qui fonctionne toujours aussi bien avec moi et une musique suffisamment contrastée pour que je ne m’ennuie pas un seul instant.

Pendant une heure, douze morceaux de deux à cinq minutes plus un mantra de vingt minutes, le groupe nous emporte dans son concept album mélodique et torturé où seuls deux courts instrumentaux offrent une pause dans la narration.

Il s’agit d’un premier album sorti en 2022 qui aurait vraiment mérité de monter sur le podium mais à l’époque j’ignorais encore tout de ce groupe talentueux que je vous recommande d’écouter d’urgence et de suivre de très près.

Plus 33 – I Want

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Je connais Plus 33 depuis que Philippe Rau, le guitariste de Out5ide, m’a annoncé qu’il participerait au second album du groupe. J’ai écouté Open Window, leur premier opus et rencontré plus tard, lors d’un concert, Didier Grillot, l’homme derrière le projet. De fil en aiguille, je me suis retrouvé à faire un shooting avec son groupe pour la sortie de l’album I Want. Voilà pourquoi, vous trouverez mon nom dans les crédits et remerciements de l’album. Cela explique également la raison pour laquelle j’ai reçu un exemplaire du CD il y a quelque temps déjà.

Plus 33 est une formation instrumentale alsacienne dans la mouvance prog atmosphérique fusion où les claviers de Didier occupent un bel espace.

I Want délivre cinq morceaux dont trois dépassent les treize minutes. Oui, pas de doute, c’est du prog.

Claviers, guitares, basse, batterie, flûte, saxophone, trombone, piano et orgues participent à la musique de ce second opus avec quatre musiciens et plusieurs invités. Vous entendrez également des chœurs en la personne de Coralie Vuillemin et Yann Grillot comme narrateur sans parler de Lucas Grillot à la guitare acoustique. Une histoire de famille.

L’album est made in Alsace puisqu’il a été enregistré dans le même studio que le dernier Out5ide, à Boersch, pas très loin de chez moi. 

Dans I Want on retrouve le style pianistique de compositeurs français classiques du début du vingtième siècle, tout particulièrement dans le titre fleuve ‘To Have’ qui est un savant assemblage de près de vingt minutes de musique. A contrario, ‘To Know’ joué à la guitare par Lucas, est une pièce toute simple et pourtant délicieuse.

Je suis relativement mal à l’aise avec la flûte dans ce titre et le texte déclamé de ‘Ouvrir la Fenêtre’. Pour la flûte, je n’irai pas par quatre chemins, j’ai entendu de bien meilleurs interprétation mais j’ai cru comprendre que la flûtiste avait dû improviser, technique avec laquelle elle n’est pas à l’aise. Pour le texte parlé, c’est un exercice passé de mode que l’on retrouvait chez les grands anciens des seventies et dont je n’ai jamais été friand. Le choeurs de Coralie qui ouvrent ‘To Be’ font également datés et soyons clair, ce ne sont pas les sœurs McBroom qui chantent ici. Je leur préfère le thème genesissien qui suit où la guitare de Philippe et les claviers de Didier font des étincelles.

Parlons maintenant de ‘The Fleetings Moments Of Eternal Harmony’, ce morceau très cuivré de plus de treize minutes qui ouvre I Want. La première chose qui saute aux oreilles est ce mixage très clair, limite brillant de Mike et Stéphane qui nous accompagne sur les cinq morceaux. Sur ce premier titre, il est particulièrement marqué pour la batterie et les cuivres. Un son que nous n’avons plus l’habitude d’écouter dans notre univers saturé de basses. Le titre d’ailleurs fait songer à du Phil Collins sans le chant. Cela ne l’empêche pas de s’aventurer également sur des terrains plus orientalisants. Une grande pièce pour claviers très rythmée où chaque instrument possède son moment de gloire.

Sur I Want je me délecte de quelques mouvements, mais rarement d’un morceau entier.  Seul le bref ‘To Know’ me convainc de bout en bout. L’album n’est pas parfait mais n’oublions pas qu’il s’agit d’un projet amateur.

Les amoureux des seventies devraient y trouver leur bonheur. Alors n’hésitez pas à l’écouter, d’autant qu’il est sur Bandcamp.

David Kerzner – The Traveler

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Il n’est pas évident de s’y retrouver parmi toutes les éditions que propose David Kerzner sur Bandcamp.  The Traveler se décline en effet en sept versions différentes sur la plateforme de streaming entre Super Delux, Hi Res 24 bit 96K, Singles digital EP, Special Edition et autres. Pour ma part, je me suis contenté de la version standard après bien des tergiversations.

J’ai connu David du temps de Sound Of Contact. En 2014, il sortait son premier album solo New World, qui je l’avoue, ne m’avait pas franchement convaincu, contrairement au magnifique Static arrivé trois ans plus tard.

J’ai hésité à commander The Traveler parce que David venait de sortir Heart Land Mines Vol 1. Ce qui m’a décidé paradoxalement, c’est le titre ‘A Time In Your Heart’ qui me rappelle furieusement l’album Abacab de Genesis que je n’aime pas du tout. Il est d’ailleurs possible que je vous parle beaucoup de Genesis et des Beatles dans cette chronique.

The Traveler poursuit l’histoire commencée dans New World, ce qui à la base n’était pas forcément une très bonne nouvelle. En effet, le premier opus, furieusement floydien, se diluait beaucoup, tout particulièrement dans sa version deluxe au vingt-trois titres dont le dernier qui culmine avec vingt et une minutes.

Ici, dans sa version standard, pas de folie, seulement neuf morceaux de deux à six minutes qui séduiront les prog head grisonnants comme moi. Il faut dire qu’il y a clairement un air de déjà entendu dans les mélodies de The Traveler, un côté Ray Wilson pour le premier titre ‘Another Lifetime’, du Abacab et RPWL dans ‘A Time In Your Mind’ ou du And Then They Were Three sur ‘Here and Now Part Two’ pour ne citer que ces trois morceaux.

The Traveler s’écoute remarquablement bien, sans doute parce que du beau monde joue avec David, voyez plutôt : Randy McStine, Nick D’Virgilio, Marco Minnemann, Billy Sherwood, Jon Davidson, Durga McBroom pour n’en citer que quelques uns.

Au début de la chronique, je faisais référence aux Beatles. Ce n’est pas pour parler ici de l’affligeant ‘Now And Them’ mis de ‘Better Life’ où vous reconnaîtrez peut-être des couleurs propres aux quatre garçons dans le vent.

Sur The Traveler, vous entendrez également de beaux arrangements au violon et violoncelle comme dans les deux parties de ‘Here and Now’ ou les deux premiers titres. Une belle manière d’enrichir la partition sans la saturer de synthés.

The Traveler n’était pas vraiment programmé dans mon agenda musical, principalement parce qu’il s’agit d’un album de 2022, mais après l’avoir fait tourner en boucle à la maison comme au travail, j’ai eu envie de le partager avec vous.

 Vous pouvez le découvrir dans toutes ses version sur Bandcamp et si je ne craignais pas de payer plus cher de taxes et de frais de port, je l’aurai commandé en CD.

Soen – Memorial

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J’ai donc enfin vu Soen en live. Et ils ont principalement joué leur dernier album Memorial bien évidemment. Sauf que je l’avais pas écouté sorti du single ‘Violence’ qui m’avait quelque peu déstabilisé.

Ben oui, Soen je le déguste principalement pour la sublime voix de Joel capable de m’émouvoir comme peu d’autres. Et là, surprise, il durcissait le ton, invitait une chanteuse à ses côtés et renonçait à ses talents de crooner. Pourtant, en live, sans doute fasciné par son aura magnétique, j’avais plutôt accroché aux nouveaux morceaux que je ne connaissais pas. Alors je suis parti du concert avec un exemplaire de Memorial dédicacé. Le lendemain, il tournait sur la platine et, nouvelle surprise, je l’ai tout de suite adopté.

Je disais souvent, en parlant de Soen, que j’aimais leur musique sans pouvoir en donner vraiment la raison. Eh bien c’est fini. J’adore Soen et je sais maintenant exactement pourquoi. Memorial, moins centré sur la voix de Joel, dévoile des musiciens talentueux qui jusque là restaient dans l’ombre du chanteur.

Memorial ce sont dix titres courts pour un peu moins de trois quart d’heure d’enregistrement. Deux des morceaux tranchent tout particulièrement ici, il s’agit de ‘Hollowed’ chanté à deux voix aux côtés de Elisa et du bluesy ‘Vitals’ au grand piano où le timbre de Joel est méconnaissable. 

Si Memorial débute de manière musclée, limite martiale avec un ‘Sincere’ rythmé et metal, au bout de trois minutes de maltraitance assumée, Soen livre un break apaisé aux couleurs chaudes avant de replonger dans la violence. C’est cette forme d’écriture, d’abord déroutante mais redoutablement efficace, qui prédomine sur tout l’album.

Le groupe use de refrains ravageurs comme dans ‘Unbreakable’, de soli de guitare à tomber par terre et de breaks au chant pour mieux revenir en force juste après. Les guitares de Cody s’expriment enfin pleinement sur Memorial. J’ai l’impression, qu’auparavant son travail restait nettement plus au second plan. Presque chaque titre livre son solo déchirant comme dans ‘Fortress’ ou floydien comme dans ‘Hollowed’.

Memorial se révèle rugueux et soyeux à la fois, une douce violence qui met en valeur le travail d’un groupe plus que la voix d’un chanteur. Evidemment, les aficionados de Soen pourraient être déstabilisés au début mais pour ma part, je classe Memorial dans les meilleurs albums écrits par le groupe à ce jour.

Encore un qui rentre dans mon top 2023 décidément de plus en plus chargé.

Sinon, Samedi prochain, Chez Paulette près de Nancy, l’association Arpegia organise un concert avec deux groupes dont je vous ai déjà parlé, Plus 33 et Amarok, alors si vous êtes dans le coin, déplacez-vous, ce sera forcément un beau concert.

Steven Wilson – The Harmony Codex

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Je l’ai trouvé trônant en bonne place au rayon vinyles de la Fnac en édition orange. Toutefois, refroidi par un certain The Future Bites, j’ai passé mon chemin. Rentré à la maison, j’ai tout de même hésité. Allez, juste une écoute pour voir. Mais pour cela, il fallait l’acheter, ne serait-ce qu’en digital. Alors, radin comme je suis, j’ai activé mes six mois d’essais gratuits sur Apple Music, moi qui n’écoute jamais de musique en streaming, oui, juste pour écouter The Harmony Codex, le dernier album de Steven Wilson.

Et après une seule écoute, j’ai regretté de n’avoir pas pris le vinyle à la Fnac. D’ailleurs j’y suis retourné le lendemain matin à l’ouverture et ils avaient encore l’édition orange.

J’ai rarement trouvé qu’un album portrait aussi bien son nom. Wilson nous a habitué à toutes sortes de frasques : metales, alternatives progressives, électro, pop, expérimentales et pour la première fois, il trouve le juste équilibre avec The Harmony Codex.

L’album de plus d’un heure et dix morceaux dont trois pistes de plus de près de dix minutes chacune, combine instrumentaux dignes des expérimentations de Porcupine Tree et des titres plus accessibles  comme le duo avec Ninet Tayeb sur le tube ‘Rock Bottom’, un morceau à tomber par terre. Et ce n’est pas tout, Théo Travis, Adam Holzman, Pat Mastelotto, Craig Blundell sont également de la partie avec bien d’autres artistes. Wilson a toujours bien sû s’entourer en solo.

Pourtant ma première impression, avant d’arriver au titre ‘Impossible Tightrope’ était que j’avais bien fait d’économiser dix euros et quatre-vingt dix neuf cents pour du Steven Wilson pépère, un peu pop et sans grande ambition. Une fois les dix minutes instrumentales passées, mon oreille a continué à écouter les titres d’une toute autre manière.

Le second électrochoc est venu avec ‘The Harmony Codex’ où Rotem Wilson lit le texte. Un grand format cinématique à la Hans Zimmer, clairement répétitif, qui rappelle beaucoup les expériences musicales dans les albums hors séries de Porcupine Tree il y a très longtemps de ça.

Mais résumer The Harmony Codex à trois titres, même s’ils me font un effet de fou, serait affreusement réducteur. Il faudrait parler des trouvailles sonores de ‘Economies Of Scale’, du solo de Niko sur ‘Time Is Running Out’ et de la voix vocodée mais surtout du dernier titre , le long ‘Staircase’ qui cette fois joue entre pièce chantée et BO de film à la manière de Vangelis.

Je crois que si Steven Wilson avait voulu composer un album pour moi, il aurait écrit The Harmony Codex. Et dieux sait que le bonhomme m’énerve souvent. Il a déjà pondu de véritables chefs d’œuvres, mais là, il frise l’absolue perfection avec un disque qui saura en plus toucher un assez large public.

Évidemment The Harmony Codex va bousculer encore le classement 2023 pour le titre de l’album de l’année. Cela va être très difficile de départager tout ce petit monde d’autant que d’autres merveilles arrivent.

Tesseract – War Of Being

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J’avais ajouté War Of Being dans ma liste de courses Bandcamp sans franchir le pas. Il a fallu que mon fils me dise que le dernier Tesseract passait en boucle chez lui pour que je me décide. Il faut dire que le garçon a bon goût, c’est moi qui l’aie éduqué musicalement.

Me voila donc avec une heure de djent composé par un groupe que j’adore depuis ses débuts. Neuf titres de cinq à onze minutes dans une magnifique pochette monochrome façon miroir où se détache une silhouette féminine voilée.

Tout s’annonçait donc sous les meilleurs auspices.

Vous le sentez le “mais” qui va suivre ? Oui, car il y a un “mais”, et de taille. Allez, je crache le morceau : je ne suis pas rentré dans l’album. Mais alors pas du tout.

Déjà, le premier titre, ‘Natural Disaster’, gueulard à souhait, m’a rebuté, surtout parce que je sortais d’une période plutôt cool. Ensuite, j’ai trouvé ce War Of Being glacial, bleu arctique, aseptisé, bref vide d’émotions. J’ai même trouvé certains passages techniques vraiment gratuits comme la section djent dans ‘Sacrifice’.

J’ai essayé de l’écouter au casque, sur les enceintes, mais rien à faire. War Of Being ne m’a pas touché. J’ai poussé le volume à faire éclater de triple vitrage, avalé des anabolisants, du café, de la taurine, mais rien à faire, je ne suis pas rentré dans sa musique. Si ça se trouve je n’aime plus le djent ?

Marrant d’écrire ça, mais le dernier Tesseract me semble trop policé, du metal prog se voulant corrosif mais avec des mains lavées plusieurs fois au gel hydro alcoolique. Si je les compare à Leprous qui a pris le chemin du soft metal lyrique petit bourgeois, je me dis que Tesseract n’a pas réussi sa mutation. Car sur War Of Being comme dans les derniers Leprous, il y a pas mal d’écritures softs sur lesquelles on pourrait poser des instruments à cordes.

En plus je trouve la production quasi feutrée. La batterie qui manque de mordant, le chant est amorti et les guitares lointaines. En réalité, je m’ennuie en écoutant l’album. Je n’irai pas jusqu’à dire que je n’aime pas War Of Being, techniquement les mecs maîtrisent leur affaire, soufflant le froid et le glacial, mais bon, chez moi, ça ne prend pas.

Alors un doute m’a pris. Et si je n’aimais plus Tesseract ? Après tout l’âge aidant, avec la surdité, qui sait ? Pour m’assurer de la chose, je reposé Sonder, leur album de 2018, sur la platine. Et là surprise, cet album m’émouvait toujours autant.

Ceci dit, mon fils qui aime beaucoup l’album m’a recommandé de l’écouter à partir du titre ‘War Of Being’ et de poursuivre, après ‘Sacrifice’ par ‘Natural Disaster’. Et c’est vrai, ça passe nettement mieux ainsi.

Vous pouvez tout de même l’écouter sur Bandcamp. Je serai curieux de savoir si vous posez un autre regard que moi sur cet album.

Soen à la Laiterie

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Oui, j’ai enfin vu Soen en live !

Je ne compte plus le nombre de fois où ils sont passés près de Strasbourg sans que je puisse aller à leur concert. Mais cette fois c’est fait.

Soen jouait à la Laiterie à Strasbourg le mercredi 18 octobre et c’était mon premier concert depuis très très longtemps. Je n’avais pas encore eu le temps d’écouter leur dernier album Memorial sorti que quelques clips déroutants et c’est donc en live que j’ai découvert leur nouvelles compositions musclées. Et je suis venu en touriste, sans pass presse, ni matériel photo, juste un iPhone pour profiter pleinement de la soirée tant attendue.

Mais revenons au concert. 

A 19h30, les romains de Terra ouvraient la soirée, trois gars avec des dreads et un chauve, guitaristes percussionnistes batteurs chanteurs qui dès le premier titre captent mon attention. Ils arrivent sur scène et débutent le show par un trio de percussions qui va donner le ton d’un set très rythmique. Leur musique est tribale, world et metal et si leurs instruments ne rendent pas toujours honneur à leur musique, le résultat en live est saisissant. Pour ne rien gâcher le batteur chanteur Daniele possède une voix très intéressante et plus ils avancent dans les morceaux, plus je suis happé par leur musique. C’est donc décidé, à la fin du concert, j’irai m’offrir leur album.

Molybaron poursuivait la soirée. Si je ne connais pas le groupe plus que ça, j’ai déjà écouté leur dernier album et, je n’aime pas, mais pas du tout en fait. Je suis quand même resté au premier rang pendant leur performance, histoire de ne pas perdre ma place durement gagnée (pas tellement en fait, la grande salle de la Laiterie coupée en deux n’était pas bondée). Tout vêtus de noir, avec des instruments noirs, le quatuor se lance dans son set glacial à la rythmique très carrée, au son de guitare étranglé, un métal violent et aseptisé comme je le déteste. Si le groupe est né en France, leur chanteur est irlandais et s’exprime donc en anglais avec un accent plutôt ricain. Le gars n’a pas le profil d’une bête de scène et pourtant c’est ce qui va sauver leur show. Molybaron ne joue pas à l’économie sur scène et ça fonctionne assez bien en live. Techniquement les gars assurent vraiment. Leur jeu est précis, léché, presque trop en fait. Sur leur set d’un peu moins d’une heure, je ne rentre vraiment que ur deux titres sans pour autant grimper au rideau. Il faudra que je les réécoute à l’occasion mais clairement, je ne suis pas fan.

Et puis vers 21h30, c’est Soen qui monte sur scène. Rho putain Soen ! Je pars en vrille dès les premières notes. Oui je sais, c’est puéril à mon âge, mais j’étais aussi agité que les quatre bambins installés au premier rang sur ma gauche. Joel et sa voix me mettent en transe comme les soli de guitare de Cody. Leur groupe est venu faire la promotion de Memorial, un album très différent des précédents et que je n’avais encore pas écouté. C’est donc en live que je découvre leur nouveau bébé nettement moins mélodique que les précédents où Joel ne joue plus au crooner danseur mais au chanteur de metal.

De temps en temps ils intercalent des tubes de leur discographie et là je suis à chaque fois en extase, avec la petite larmichouillette au coin de l’œil. Oui je suis comme ça moi. 

Il y a du jeu de scène, ça bouge de droite à gauche et de gauche à droite, seul Martin en hauteur derrière ses fûts reste imperturbable, faut dire il a du boulot lui. On a droit à des soli de basse, de guitare, du chant à capella et la voix grave de Joel qui s’adoucit parfois pour devenir complètement envoûtante. Si le groupe donne la part belle au très metalleux Memorial – faut bien vendre le dernier album – il n’en oublie pas les classiques et au final leur set est très équilibré avec en plus une balance parfaite et un son pas trop fort. J’ai même pu enlever mes bouchons d’oreille pour profiter pleinement de la voix de Joel.

Après trois titres en rappel dont le fabuleux ‘Lunacy’ et ‘Violence’, le groupe tire sa révérence et je pars au stand de merch acheter Memorial en édition dédicacée. Mais c’est chez Terra que je vais casser ma tirelire. J’y prend le combo deux CDs et une teeshirt (la totale quoi), parce que les italiens m’ont vraiment impressionnés. Je me retrouve avec même album en version acoustique et éclectique, un CD coincé entre deux planches en bois retenues entre elles par des aimants. Je n’avais rien de tel dans ma collection.

Ce fut une fabuleuse soirée même si Molybaron ne m’a pas emballé outre mesure.

Le prochain concert est programmé le 18 novembre Chez Paulette pour écouter Plus 33 et Amarock, une date à ne pas manquer organisée par mes amis de ArpegiA.

Bruce Soord – luminescence

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Vous connaissez forcément Bruce Soord, le chanteur et guitariste de The Pineapple Thief.

Mais connaissez-vous Bruce Soord, l’artiste solo ? Bruce vient de sortir son troisième album Luminescence chez Kscope, douze titres de trois à quatre minutes pour une durée totale inférieure à trois quart d’heure.

Contrairement à pas mal de monde, je préfère Bruce Soord en solo à The Pineapple Thief. Je trouve son univers musical personnel beaucoup plus épuré et intimiste.

Luminescence est un album joué principalement à la guitare et au chant avec quelques arrangements à cordes pour étoffer l’ensemble signés Andrew Skeet de The Divine Comedy.

L’album aborde la difficulté de trouver une forme de paix intérieure dans les grandes villes de nos jours. Pour illustrer cela, de nombreux enregistrements de bruits urbains accompagnent les morceaux. Sirènes, trafic automobile, bruit de fond, freins de bus, hélicoptère en approche, cris d’enfants, avion passant dans le ciel, des enregistrements réalisés par Bruce lors de ses tournées de par le monde.

Bruce apparaît en gros plan sur la pochette bleue, barbu, les yeux clos, les traits détendus, comme en pleine méditation. Une image qui correspond bien à cet artiste abordable, humble et gentil que j’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises.

Comme dit plus haut, pour la musique, ce sont les guitares de Bruce et le chant qui dominent avec des arrangements à cordes plus ou moins présents comme dans ‘find peace’, des bruits de ville, une peu de batterie probablement programmée et de l’électro comme dans l’unique instrumental de l’album très justement intitulé ‘rushing’.  On trouve également quelques touches électroniques dans ‘lie flat’ ou ’nestle in’ mais cela reste relativement anecdotique.

Mon titre favori est le single ‘dear life’ au clip bucolique filmé au coucher du soleil dans des champs de graminées à la fin de l’été. Une ode à la vie avec tout ce qu’elle comporte, l’amour comme la mort. J’aime également beaucoup ‘so simple’, un morceau très épuré où les arrangements se font lointains. Mais pour tout vous dire, j’aime chaque morceau de cet album.

Luminescence ne s’écoute qu’à des moments privilégiés car sa musique ne s’impose pas à vous comme certaines compositions plus grandiloquentes. Il faut être préparé à se poser quarante minutes au calme pour partager l’intimité de Bruce Soord et se satisfaire de quelques accords de guitare et de sa voix fragile.

Je n’ai au final qu’un seul reproche à formuler sur Luminescence, c’est la fin un peu abrupte du morceau ‘find peace’ qui conclut l’album. J’ai tellement envie que cela dure que j’attends toujours le titre suivant lorsque tout s’achève.

Les esprits chagrins pourront reprocher au nouveau Bruce Soord d’être sans grande surprise mais je ne pense pas que l’on écoute cet artiste pour être malmené, bien au contraire. A écouter d’urgence, d’autant que vous pouvez le trouver sur Bandcamp.

TAP – Of Silent Mammalia Part II

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Si vous aimez les baleines, j’ai un truc pour vous. Une sorte de cyber cachalot nageant dans un ciel jaune au-dessus d’un monde rouge. 

Et une fois n’est pas coutume, je vais vous parler de deux albums d’un obscur groupe munichois, The Ancestry Program. Lorsque j’ai écouté Of Silent Mammalia Part II, j’ai aussitôt voulu découvrir la première partie Mysticeti Ambassadors Part I. 

Pourquoi un tel enthousiasme ? Sans doute parce que The Ancestry Program rassemble le meilleur de Transatlantic, UPF et Pink Floyd sous la même bannière. Oui, la barre est haute aujourd’hui, même très haute.

La voix du chanteur me fait un peu penser à celle de Mark Trueack et à Ian Anderson, la forme musicale ressemble souvent à celle de The Neal Morse Band et de Transatlantic, certains instruments rappellent la diversité de UPF et les guitares se font parfois gilmouriennes. Mais je suis certain que vous trouverez d’autres ressemblances comme dans ce titre country qui termine le second opus. Et tout ça est parfaitement exécuté par cinq artistes et quelques invités. 

Vous embarquez pour un voyage de plus deux heures et quart mais vous n’êtes pas forcé de tout écouter d’une traite. Après tout il s’agit de deux albums même si stylistiquement parlant le groupe navigue dans les mêmes eaux peuplées de cétacés.

Les deux albums résonnent de claviers vintages, de saxophones, de clarinette, de trompette, de violon, de violoncelle, de steel guitar, de fretless bass sans parler des instruments propres à un groupe de rock progressif. 

Tout cela pour dire que la musique de The Ancestry Program est d’une très grande richesse et que l’on ne s’ennuie pas une seconde pendant plus de deux heures.

Le premier opus est constitué de plusieurs titres fleuves dont l’épique ‘Dark To Overcome’ qui dépasse les dix sept minutes et contient un passage bien déjanté, alors que la seconde partie propose dix morceaux de deux à huit minutes.

J’ai l’impression que le deuxième album, peut-être parce que ses pièces sont plus nombreuses et plus brèves, propose nettement plus d’ambiances musicales comme dans ‘Create Our Sins’.

TAP est comme un gros roman de mille pages dans lesquelles il ne se passe au final pas grand chose. Deux albums très contemplatifs où la musique ne joue pas de rebondissements ni d’éclats et qui cependant m’ont vraiment bien accroché. 

De là à le classer dans la liste des albums de l’année, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas même si j’aime beaucoup les deux disques.

Tout d’abord parce qu’il y a deux albums dont un qui date de 2021, d’autre part parce que la musique de The Ancestry Program n’est pas non plus révolutionnaire. Ceci dit, j’adore leur musique. 

Elle est disponible sur Bandcamp et maintenant que je connais par coeur leur deux derniers opus, je vais découvrir leur tout premier bébé intitulé Tomorrow.

Quadrivium – VORDONA

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Parmi les nombreux achats effectués sur Bandcamp ces derniers jours (Pendragon, Ne Obliviscaris, Atomic Symphony, Aisles et d’autres), j’ai décidé de vous présenter le jeune groupe Quadrivium et son premier album VORDONA.

Le duo de metal progressif est formé de Tony au chant et de Pavlo qui joue de tous les instruments. Oui c’est assez casse gueule comme configuration, d’ailleurs j’y reviendrai.

L’album d’une demi heure propose sept pièces dont quatre qui forment The Tetralogy (quatre, tétra, vous voyez, rien de bien compliqué).

Ne nous mentons pas, Tony Ricci n’est pas un fabuleux chanteur. Il possède une palette assez limitée, sans doute encore bridée par la barrière de la langue. De même, les compositions de Pavlo Mysak ne jouent pas dans l’originalité, mais l’ensemble se tient suffisamment bien pour donner un coup de projecteur sur leur travail.

VORDONA est encadré par deux instrumentaux, ‘Prelude’ et, devinez quoi, un ‘ Postlude’ évidemment, des pièces électro symphoniques d’environ une minute chacune.

L’album combine djent, metal progressif, électro soft, arrangement orchestraux et atmosphériques sur du chant clair.

‘Dark Moons’ figure parmi mes titres préférés. La pièce de presque six minutes, une des plus longues de l’album, emprunte autant au metal qu’au symphonique cinématique. Elle est également la seule où Tony change légèrement de registre vers la quatrième minute.

‘Altered Perception’ qui suit ce morceau, est également de belle facture malgré une caisse claire au son de pot de yaourt que l’on retrouve en fait un peu partout sur l’album. Commencé de manière alternative, le titre monte en puissance et Pavlo y livre un solo de guitare réjouissant.

Sorti de ces deux pièces, j’ai quand même l’impression de tourner un peu en rond. Le chant de Tony en est partiellement la cause comme la section rythmique joué par un seul homme et assez peu inspirée.

Si en musique on parle de groupe, c’est parce que plusieurs artistes jouent ensemble, confrontent leurs idées, quitte à se fritter et apportent de la diversité à l’œuvre finale, là où un projet solo à tendance à se répéter. Et chez Quadrivium, cela se ressent beaucoup.

Du coup, le format de trente minutes est amplement suffisant pour cet album. Les curieux pourront le découvrir sur Bandcamp.