La série de cette semaine parle d’orage. Lorsque qu’un orage s’approche de la maison, je pars souvent en voiture avec un appareil photo ainsi qu’un trépied dans l’espoir de réussir une image d’éclair. Mon spot se situe au sommet d’une petite colline sur la M84 non loin de Blaesheim. L’horizon est dégagé dans à peu près toutes les direction et particulièrement vers l’ouest avec une très belle vue sur les Vosges.
Cette photo a été prise au coucher du soleil, alors que l’orage approchait. L’appareil est posé sur le goudron avec la route comme perspective. Des fois, il faut savoir changer de point de vue, les photographies réalisées à hauteur d’homme sont souvent banales.
Nikon Z8, Nikkor Z 24-70 2.8, 1/30s, ISO 3200, f/11, 24 mm
Il y a une grande différence entre le fichier issu de l’appareil photo et le développement. Ceci est du à la balance des blancs mal ajustée lors de la prise vue. En réalité les tons étaient nettement plus chauds. Le boitier mesurait 2500 K et je suis revenu à 4600 K. L’image est recardée en 16/9. J’ai atténué les hautes lumières, débouché les ombres, ajouté un peu de contraste mais je n’ai pas touché à la saturation, il n’y en avait pas besoin.
Evidemment, comme vous pouvez le constater, le chasseur d’orage que je ne suis pas, n’a pas d’éclair sur son image. Par contre la foudre est tombée tout près de l’endroit où je me suis garé.
Angry Metal Guy l’a découvert, Alias en a fait les éloges et je l’ai acheté. The Land Under the Black Wings : Blood est un album du groupe biélorusse Dymna Lotva et si plein de monde l’a encensé, ce n’est pas sans raison. Du coup, je n’ai pu résister à l’envie de vous le présenter à mon tour.
On parle ici de soixante douze minutes de post black metal torturé et treize morceaux que j’écoute en boucle depuis son achat.
L’album a tout pour faire peur, plus d’une heure de doom post metal avec pas mal de cris et de growl, une thématique glauque à souhait et un artwork morbide. Je l’ai pourtant adopté dès la première écoute comme ma chérie, pourtant assez douillette avec ce genre d’atmosphère lugubre.
Deux voix se rencontrent ici sur un post metal riche en sonorités, disons exotiques pour le genre, comme des cloches, du saxophone, des cordes, beaucoup de piano, des choeurs, des pleurs d’enfant, les paroles d’une femme, des hurlements (plein) et pas mal de guitares mandolines.
Le duo a l’air bien atteint, tout particulièrement la chanteuse aux bras recouverts de scarifications. Mais après ce qu’ils ont traversé dans la vie, on peut comprendre.
Étrangement, tout cela est très mélodique et homogène, à tel point que l’on croirait entendre un unique titre long de soixante douze minutes. L’album aurait pu figurer comme BO de l’Exorciste ou de Dracula avec ses hurlements et son écriture très cinématique. Sauf qu’ici on ne parle pas de fantastique, mais d’horreurs bien réelles. The Land Under the Black Wings : Blood parle en effet de l’occupation de la Biélorussie pendant la seconde guerre mondiale et fait étrangement écho à la répression sanglante dans ce pays et l’actuelle guerre en Ukraine.
Le quatrième morceau, très justement intitulé l’’Enfer’, devrait vous hérisser les cheveux sur la tête. Tout commence par un enfant parlant d’étrange manière pendant qu’un autre pleure sur un doom martial martelé au piano. Puis soudain, la chanteuse se met à hurler d’effrayante manière comme si un soldat russe lui arrachait les tripes. Et le titre poursuit, après un passage de saxophone dans de nouveaux hurlements de terreur. Un assemblage assez effrayant qui pourtant donne un morceau étonnamment mélodique.
Et si l’album comporte quelques passages relativement éthérés, dans l’ensemble le groupe ne relâche pas la pression. Il faut dire que le thème abordé ici est celui de l’oppression. Normal pour un groupe biélorusse qui s’est exilé en Ukraine avant de fuir vers la Pologne sous une pluie de missiles russes.
Ne tournons pas autour du pot. Cet album est une énorme claque dans la gueule de nos camarades popov. The Land Under the Black Wings : Blood rentre de ce pas dans la petite liste des albums de l’année. Je l’ai tellement aimé que je viens de commander l’édition digipack deux CDs.
Toutefois, avant de vous jeter sur le vinyle ou une autre édition, allez l’écouter d’abord sur Bandcamp, surtout si vous n’êtes pas un métalleux. Vous pourriez prendre peur.
Pour finir cette série sur Langres, j’ai choisi la photographie d’un Christ. Elle a été prise dans la Cathédrale Saint-Mammès de Langres au sommet de laquelle je suis monté pour admirer la ville d’en haut.
Je ne suis pas vraiment un fervent catholique mais plutôt un hérétique pratiquant. J’aime cependant beaucoup l’architecture des lieux de culte et je résiste rarement à l’envie d’y prendre des photos qui finissent le plus souvent à la poubelle. Cette fois, en prenant le Christ sur sa croix, j’ai vu des toiles d’araignées sous ses aisselles et cela m’a fait sourire.
Voici le cliché original auquel j’ai soustrait le bruit. Le traitement noir et blanc est ici poussé dans ses extrêmes avec beaucoup de clarté sur la croix pour faire ressortir le Christ tout en atténuant le reste de l’image.
En tant qu’influenceur, je me dois d’être absolument transparent sur mes revenus et avantages tirés des réseaux sociaux. En plus c’est à la mode en ce moment avec la nouvelle loi sur les publicités et contenus sponsorisés.
Tout d’abord listons les médias sur lesquels j’interviens :
La chaine Youtube Chroniques en Images : 128 au dernier recensement
La chaîne YouTube Histoires de Photographies : 0 je crois
Le blog de Neoprog : une vingtaine de vues par jour
La page Facebook Chroniques en Images : 38 followers
Mon compte Twitter : 106 abonnés
Le compte Flickr dédié à la photographie artistique : 370 abandonnés
Le compte Flickr dédié aux concerts : 3 abonnés
La boutique photo Blink : pas de statistiques
Combien me coûtent ces médias chaque année :
La chaine Youtube Chroniques en Images : 0 €
La chaîne YouTube Histoires de Photographies : 0 €
Le blog de Neoprog : 28 €
La page Facebook Chroniques en Images : 0 €
Mon compte Twitter : 0 €
Le compte Flickr dédié à la photographie artistique : 72 €
Le compte Flickr dédié aux concerts : 0 €
La boutique photo Blink : 75 €
Je dépense donc environ 175 € par an pour exister sur les réseaux sociaux ce qui est très raisonnable.
En contrepartie je reçois des promotions, des invitations, du matériel pour que j’en parle sur mes médias.
Cette année j’ai dû recevoir deux CDs en cadeau ou promotion, accidentellement d’ailleurs car j’ai bien fait comprendre aux maisons de disques et artistes que je ne chronique que la musique que j’achète.
J’ai reçu des accréditations photos pour des concerts (accréditations que j’ai à chaque fois demandées) et pour lesquelles j’ai payé mon billet d’entrée, sauf pour Riverside au Z7. J’ai été invité par ArpegiA pour le concert de Lazuli, mais là encore j’ai acheté mon billet. Par contre, je l’avoue, ils m’ont invités à manger et j’ai goûté à leur hospitalité ainsi qu’à leur amitié.
Je n’ai reçu aucun matériel audio, photo ou vidéo d’aucun revendeur ou marque ce qui est normal puisque je ne présente aucun test en ligne.
À côté de ça les réseaux sociaux me rapportent :
La chaine Youtube Chroniques en Images : 0 €
La chaîne YouTube Histoires de Photographies : 0 €
Le blog de Neoprog : 0 €
La page Facebook Chroniques en Images : 0 €
Mon compte Twitter : 0 €
Le compte Flickr dédié à la photographie artistique : 0 €
Le compte Flickr dédié aux concerts : 0 €
La boutique photo Blink : 0 €
Soit un total annuel de 0 €
Je fais donc face à un déficit de 175 €.
Et c’est sans parler les albums que j’achète pour les chroniquer. Plus de 50 disques avec un prix moyen de 20 € soit 1000 €. Et puis il y a les livres et les bandes dessinées, une douzaine par an soit environ 300 €.
Je ne compte pas le matériel qui me sert à photographier, filmer, monter, développer, on va dire que cela rentre dans mes dépenses liées aux loisirs.
On arrive à une estimation globale des dépenses annuelles de 1475 € et aucun bénéfice généré en retour. D’après ma femme, ce n’est donc pas un travail puisque cela ne rapporte pas d’argent.
Par chance, j’ai un sponsor, mon employeur, qui me verse généreusement 2800 € nets par mois pour un travail réel sans aucun lien avec ces réseaux sociaux sus nommés. Par contre, dans quelques années si tout va bien, avec 1600 € de retraite mensuelle, ces 123 € risquent de peser lourd dans le budget familial. Bon d’ici là je serai peut-être lassé de faire le mariole sur Internet.
Nous continuons notre promenade à Langres avec une de ses rues déserte. Une rue en pente, bordée de maisons en pierres à plusieurs étages et ses fils téléphoniques qui coupent la perspective. Je trouve que l’image restitue bien l’atmosphère de cette petite ville de province très calme, tout particulièrement un dimanche après-midi et ce malgré rares touristes égarés.
Le choix du noir et blanc s’imposait à mes yeux, d’ailleurs en prenant la photographie je la pensais déjà en monochrome comme bien souvent. Comme je ne voulais pas traîner trop longtemps pour faire l’image, je n’ai pas attendu que les deux piéton sortent du champ, je les ai tout simplement effacés du cliché, la magie de la retouche photo.
Les vacances c’est fait aussi pour s’autoriser quelques folies comme par exemple passer des nuits blanches sous les étoiles.
Dimanche soir, alors que le mercure bouillait en plaine, j’ai pris la route du Champ du Feu, misant sur une fenêtre de ciel clair assez large.
Avec les nuits qui rallongent, je peux arriver sur place dès 20h30. Le temps de mettre le télescope en station, la nuit est déjà là et les premières observations peuvent commencer.
Sur la route près du village de Ottrot, j’ai croisé un renard curieux et en haut, au Champ du Feu, je suis tombé sur de nombreux astronomes amateurs. Il y avait deux Newton, un Cassegrain Schmidt, un Dobson et deux marcassins.
J’étais monté pour faire de longues séries d’images : un filé d’étoiles et du ciel profond. J’avais donc prévu un siège pliant en prévision des longues attentes. Car pendant que le Nikon travaille, il n’y a rien d’autre à faire qu’admirer le ciel.
Mon voisin le plus proche avait un énorme télescope Dobson équipé d’un miroir de 400 mm. Un instrument très particulier puisqu’il ne dispose d’aucune monture et qu’il faut le pointer vers les étoiles à la main.
Après une mise en station minutieuse, avoir lancé ma première série de photographies sur la nébuleuse planétaire de la Lyre et un filé d’étoiles centré sur la polaire, j’avais une demi-heure à tuer alors je suis allé rendre visite à l’heureux propriétaire du Dobson. Un télescope acheté sur le Boncoin pour une misère, un magnifique instrument très lumineux équipé en plus d’oculaires à grand champ.
Bref, ce que j’ai pu contempler dans don oculaire m’a ébloui comme les dentelles du cygne ou la nébuleuse Oméga.
Pendant que je faisais de l’astronomie visuelle avec mon voisin, le Celestron continuait à photographier le ciel profond, la galaxie M 51 des Chiens de Chasse et justement la nébuleuse M 17 du Sagittaire.
M 51
Lorsque Saturne et Jupiter furent assez hauts dans le ciel nous sommes passés au planétaire avec même un passage par Neptune. Nous sommes revenus au ciel profond avec la nébuleuse du Clown, la galaxie d’Andromede, l’amas M 15 et bien d’autres objets encore.
Lorsque mes trois cent clichés furent terminés, j’ai démonté le boîtier photo et nous avons utilisé le Celestron avec les oculaires grand champ de mon voisin. Maintenant, je sais ce que je vais m’offrir à Noël.
M 17
C’est là que l’heureux possesseur du Dobson m’a parlé du passage de IO devant Jupiter vers 4h du matin. Je pensais être couché depuis longtemps lorsque cela se produirait mais en réalité, il était déjà 3h30 du matin. Alors je suis resté admirer l’incroyable passage du satellite devant sa planète avec son ombre portée pas loin de la tâche rouge.
M 31
Après avoir démonté mon setup, salué tout le monde, je suis redescendu vers la plaine, profiter des dernières heures fraîches de la nuit. A 5h30 j’étais sous la couette. A 6h30 je buvais mon café. A 7h00 je commençais à développer mes photographies. Du coup, le livre lundi soir, je ne suis pas remonté dans les Vosges. J’ai attendu vingt-quatre heures avant de repartir.
Cette photographie a été prise à Langres le 14 août 2023 lors d’un bref road movie dont je parlerai une autre fois. Il s’agit d’un train à crémaillère qui permettait aux habitants de rejoindre la ville haute depuis la gare. Le train est stationné sur les remparts de la ville et domine le Plateau de Langres.
J’avais déjà photographié cette motrice en noir et blanc sous la pluie en 2022 lors d’un déplacement professionnel. Mais je n’étais pas satisfait du résultat.
La photographie initiale, prise en contre-jour, nécessitait d’être retravaillée pour livrer tout son potentiel. J’ai abaissé les hautes lumières, débouché les ombres, augmenté le contraste et la saturation. Trois masques ont été également nécessaires pour arriver au résultat final.
Vous pouvez retrouver la photo publiée sur Flickr.
C’est Katha qui a fait la publicité de l’album Ad Astra sur un réseau social classé X. Dans sa longue liste de découvertes 2023, figurait ce duo de métal progressif instrumental américain et leur dernier album huit titres.
Je ne suis pas forcément fan d’albums instrumentaux et ce n’est pas le dernier morceau ‘End of Time’, qui lui est chanté, qui a fait pencher la balance du bon côté. Je pense que c’est sa richesse de styles et de sons qui m’a séduite.
The Resonance Project se compose de Yas Nomura à la guitare et à la basse ainsi que de Lang Zhao à la batterie et aux arrangements comme ces chœurs à la Pink Floyd dans le titre album. De nombreux invités accompagnent le duo sur Ad Astra, des artistes que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam mais qui, je l’avoue, apportent d’autres sonorités aux compositions des deux musiciens.
Pour la musique, si vous connaissez Plini, vous êtes en terrain conquis. Le groupe joue un métal progressif djent à guitares au feeling jazzy.
Vous savez sans doute combien j’aime les cuivres. Avec ‘Prophecy’ je suis servi. La trompette de Aaron Janik éclaire le metal prog électro de sublime manière. A côté de cela ‘Void’ donne dans le djent expérimental nettement moins mélodique, le genre de truc qui réveille les morts et ‘Macrocosm’ qui suit, tabasse pas mal également.
Mais dans l’ensemble, Ad Astra se révèle très mélodique et cinématique, secoué ici ou là par de belles doses de poutrage. ‘Gem’ est une pièce très jazzy de l’album dans laquelle Adrien Feraud nous donne une belle leçon de basse claire sur la mélodie de Yas. Une atmosphère à la Brazil pour ceux qui connaissent le film.
J’avoue que ‘End of Time’ avec la voix de Dino Jelusick me laisse dubitatif. Les première secondes chantée ‘Rain seemed like etc’ sonnent vraiment bancales à mes oreilles. Mais dès qu’il part dans un registre crié, limite growl, cela devient vraiment excellent et même lorsqu’il revient au chant clair vers la cinquième minute, c’est encore très bon.
Je recommande chaudement Ad Astra aux amateurs de metal progressif instrumental. Vous pouvez le découvrir comme je l‘ai fait sur Bandcamp et plus si affinités bien sur. Et encore une fois, merci à Katha pour la découverte.
Après nous avoir harcelé à cause des records de chaleur, la presse demande des comptes pour la pluie qui tombe. Des imbéciles s’exclament que le réchauffement climatique est un mensonge et d’autres insinuent que l’association Info Climat falsifie les mesures des stations météo pour gonfler les statistiques.
Moi je m’en fou, j’adore la pluie. D’accord pour aller bosser à vélo c’est galère, oui c’est vrai, le jardin devient soudain une véritable forêt vierge, ok le ciel est couvert et l’astro photo est en berne, mais lorsqu’il faisait chaud le ciel était toujours voilé alors bon.
Les bons aspects de la pluie sont plus nombreux que les désagréments : il fait frais la nuit, mes voisins ne font plus de barbecues et restent enfermés dans leur cuisine au lieu de boire dehors jusqu’à trois heures du mat.
J’adore les étés pluvieux. Oui les touristes en Bretagne ont les boules, mais bon c’est la Bretagne aussi. Oui c’est moche pour les festivals, mais pogoter dans la boue c’est vachement fun. Oui ça fait râler mes voisins, et ça c’est que du bonheur !
Pardonnez-moi mon père parce que j’ai pêché. Depuis que je l’ai entre aperçu il y a des années, je nourris des pensées coupables.
La première fois, il passa vif tel éclair bleu au dessus de l’onde avec son petit cri strident si mignon. J’ai souhaité le posséder dès le premier regard mais il se dérobait, trop vif pour mon vieil age.
J’ai alors jalousé tous ceux qui l’avaient approché, j’ai détesté les rares qui l’avaient capturé.
Il est si beau, si fragile, si rapide, si étonnant habillé de bleu électrique et d’orange.
Et puis un jour, un ami m’a proposé de le rencontrer, au milieu de nulle part, au bord de l’eau, dans une cabane délabrée. Cela sentait le traquenard à plein nez, il m’avait déjà entraîné dans un guêpier, pourtant je n’ai pas hésité une seconde à me jeter dans l’aventure.
Le ciel était chargé ce matin là, l’atmosphère humide et lourde dans le Ried alsacien. Nous avons abandonné la voiture au bout d’un chemin désert, à plusieurs kilomètres de toute habitation, et nous nous sommes enfoncés dans les bois, portant de lourds sacs sur le dos.
« Tiens toi près dès maintenant », m’a prévenu mon ami, il peut surgir à tout instant. Nous avons marché une trentaine de minutes qui m’ont parues une éternité parmi les orties, les fleurs odorantes et entre des arbres vénérables. Nous avons croisé des chemins, traversé quelques cours d’eau, changé de direction plusieurs fois pour arriver près de la rivière où était bâtie la cabane en bois.
Quelques planches grossièrement assemblées avec d’étroites fenêtres laissaient passer le jour et deux bancs rudimentaires permettaient de nous assoir. Car l’attente s’annonçait longue.
Il a fallut patienter en silence, scrutant le bras d’eau peu profonde où poussaient quelques herbes et fleurs. Puis soudain, deux éclairs bleus ont déchirés la verdure, trop vite, trop loin. Mon cœur battait la chamade et puis plus rien. Il fallait de nouveau prendre son mal en patience, dans l’espoir qu’il revienne par ici.
La pluie, qui menaçait depuis notre départ, s’est décidée à tomber, lourde, dense. Tout semblait perdu. Et contre toute attente, il est revenu vers nous, s’est arrêté à quelques mètres et nous a regardé sans nous voir. Si beau, avec ses ailes bleues, son poitrail orange, son bec fin et ses yeux brillants. Si petit et si vif, inconscient de notre présence silencieuse tout près de lui.
Sans hésiter une seconde, nous avons braqué nos canons sur lui et déclenché l’apocalypse numérique. Les couleurs vives de sa fragile silhouette éclairée par les rayons du soleil ont été aspirées par nos armes, grossis, amplifiés et immortalisés sur des dizaines de millions de photosites vingt fois par seconde. Des centaines de répliques en deux dimensions de la créature furtive gravées dans la mémoire de minuscules cartes à puces. Quelle merveille ! Je le possédais enfin !
Nous sommes revenu à la voiture, fourbus mais émerveillés par la rencontre. J’ai pêché avec Martin mon père, et je recommencerai dès que je le pourrais, je ne désire pas votre absolution, je veux y retourner.