Plus 33 – Open Window

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Lors du concert de Out5ide le vendredi 13 janvier, Philippe Rau, guitariste du groupe, m’a parlé du projet Plus 33 qui prépare un second album sur lequel il joue. Un album de rock progressif instrumental quatre titres, tout ce qu’il fallait pour titiller ma curiosité.

Alors je suis allé écouter leur premier effort, Open Window, sorti en 2020 et disponible sur Bandcamp.

Plus 33 est le projet du claviériste Didier Grillot accompagné ici de Lloyd Wright à la guitare, Paul Susan à la basse, Dave Wilde au saxophone et flûte et Adam Sinclair à la batterie. Didier fut le claviériste du groupe Outside jusque Freedom en 2002. C’est donc naturellement que de retour en France, il s’est tourné vers Philippe pour jouer les guitares sur le prochain album.

Mais parlons de Open Window en attendant le prochain album. Un disque cinq titres d’un peu moins d’une heure, cent pour cent instrumental qui décline les quatre éléments en musique plus un épilogue. Côté style, il s’agit d’un prog instrumental atmosphérique parfois jazzy dominé par les claviers où pointe parfois du piano classique comme dans le troisième mouvement de ‘Water’ et dans ‘Epilogue’.

‘Water’ s’ouvre sur un mouvement jazzy contemplatif et se poursuit sur un chant de baleines à la guitare rapidement remplacé par le saxophone, le piano et la flûte traversière. Toujours liquide, la musique se fait impressionniste au piano, dévoilant tout le talent de Didier Grillot sur cet instrument. 

Le quatrième mouvement est quant à lui nettement plus dans la veine du rock progressif symphonique avec force de claviers et guitare. Du prog seventies avec quelques accents Road 66 à la guitare. Des eaux plus tumultueuses on va dire. Puis ‘Contemplation’ nous offre une accalmie liquide, une plongée sous la surface à la manière du Grand Bleu.

L’album nous ramène ensuite sur la terre ferme avec le premier des trois chapitres de ‘Earth’. Un retour à la fusion sur du piano électrique, de la batterie, de la basse, de la guitare, un saxophone dans tous ses états et des claviers pour terminer. La ‘Douce Ivresse’ se joue à la flûte traversière et aux nappes de claviers, un je ne sais quoi de l’Heptade d’Harmonium, juste divin. Le troisième mouvement, ‘You, Us, Them’, se pare de guitare acoustique, de flûte, de piano et de notes graves de synthés dans la continuité de la piste précédente, mais cette fois de nuit.

C’est avec le feu que se poursuit Open Window, une première pièce progressive un peu orientaliste où claviers et guitares mènent la danse. Le second et dernier mouvement du feu est rock expérimental et psyché, un pur bonheur !

Le quatrième et dernier élément est l’air en deux mouvements. Le premier est planant et très cinématique, tout aux claviers de Didier façon Vangelis et le second, très cool également est plus dans un mood hawaïen.

Open Window s’achève par un épilogue de plus de cinq minutes qui revient à la musique impressionniste pour finir façon piano bar.

L’album contient de très beaux passages et d’autres plus classiques. Un instrumental varié entre jazz, prog, classique et atmosphérique joué par des musiciens talentueux qui s’écoute et se réécoute avec bonheur. Vous pouvez le découvrir sur Bandcamp.

Messa au P8

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Cette semaine de nombreux événements allaient chambouler ma vie paisible. Mon directeur adjoint partait à la retraite, trois cartons pour un poids total de quarante kilos étaient livrés par Chronopost à la maison, mon épouse tombait malade pour la cinquième fois en un an, Klone jouait au Noumatrouf à Mulhouse et Messa passait le jeudi soir au P8 à Karlsruhe.

Je vous ai déjà parlé de Messa et de leur album Close, du doom stoner chamanique italien chanté par une déesse. Malgré la fatigue de la semaine et un début de crève (allez savoir qui m’a refilé ça), j’ai décidé de franchir le Rhin avec mon ami Seb pour découvrir le groupe en live.

Le P8 est une salle récente en périphérie de Karlsruhe où jouait King Buffalo il y a quelques mois. Un quadrilatère de béton en pleine zone artisanale servant de dortoir aux routiers, une salle associative où j’ai obtenu sans difficulté une accréditation photo à condition de ne pas photographier le staff ni le public, sauf du fond de la salle. J’ai connu pas mal de restrictions photos surprenantes depuis des années, mais jamais encores celles-là.

L’affiche annonçait Julinko et Messa. Un concert commençant à 20h ce qui nous laissait une bonne heure devant nous pour nous déshydrater et refaire la réforme de retraites autour d’une bière, car ce jour là, en France, c’était la grève générale, enfin, pas pour nous. Bonne surprise, le public allemand a répondu présent et la salle est assez bien remplie, même pour la première partie.

Vous connaissez maintenant Messa j’espère, si ce n’est pas le cas, dépêchez vous de lire ma chronique, mais sans doute ne connaissez-vous pas Julinko, un projet solo confidentiel, italien également, Giulia Parin Zecchin une guitariste chanteuse qui donne dans un psyché doom drone assez space. J’avoue que ce que j’ai écouté sur Bandcamp m’a laissé dubitatif. Des loops, des effets sur le chant, un peu de guitares, beaucoup d’enregistrements bruitages, Julinko joue d’atmosphères étranges et le set d’une heure ressemble à un long morceau. Mais comme l’a dit Seb, après avoir bu cinq bières, on finit par rentrer dedans… Je n’ai bu qu’une bière pour ma part (j’étais le chauffeur du soir), et je ne suis pas vraiment convaincu.

Messa arrive juste après et là, ne nous mentons, c’est juste magnifique. La chanteuse malgré les cigarettes et la bière pose sa magnifique voix parfaitement au diapason sur le doom shoe gaze des trois musiciens. Dès le premier titre je tombe en pâmoison. Les morceaux s’enchaînent avec maestria, montant en puissance, le guitariste nous livre un somptueux solo andalou oriental et la chanteuse nous éblouit. Le groupe joue principalement leur dernier album Close avec quelques retours en arrière dans le passé qui donnent envie d’explorer leur discographie plus à fond. Le concert s’achève bien trop vite à mon goût même si je suis fatigué et affamé.

Pour les photos j’ai fait comme j’ai pu. Pour Messa il s’agissait principalement d’éclairages rouges qui mettent en panique tout bon autofocus qui se respecte. Finalement c’est Julinko qui a bénéficié des éclairages les plus élaborés, il y avait également plus de place pendant son set pour bien se placer. Vous pouvez les regarder sur Flickr.

Une belle soirée arrosée de bière allemande au son du doom ténébreux de Messa dans une salle qui ma foi, donne envie de revenir.

The Dali Thundering Project – All Mighty Men – Drifting Through a Prosthetic Era

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Avertissement : si vous n’aimez pas le slam, si vous vomissez le djent, si l’indus vous donne de l’urticaire, si le growl vous fait gerber, alors passez votre chemin. Aujourd’hui ça va faire mal.

Luc, le plus ancien et le plus jeune des chroniqueurs de Neoprog – cherchez l’erreur – m’a recommandé dernièrement l’album Savages du groupe de metalcore français The Dali Thundering Concept. Comme dit justement, Luc est jeune, je pourrais être son père. 

D’ailleurs, Luc ! Je suis ton père…

Il est plein de fougue et chroniquait les promotions les plus improbables de Neoprog avec une plume acérée. J’ai essayé Savages, mais contrairement à Luc, je n’ai jamais été vraiment fougueux et ma jeunesse est loin derrière mes rhumatismes. Savages m’a semblé intéressant mais clairement trop sauvage pour mes chastes oreilles.

Cela ne m’a pas découragé pour autant, car j’adore le djent. Un soir, j’ai écouté le dernier album du groupe All Mighty, Men – Drifting Through a Prosthetic Era sorti en janvier 2022, un disque dix titres pour seulement trente-six minutes. 

L’écoute du premier morceau a suffi à me convaincre, j’ai commandé le CD, en priant pour que le reste soit du même tonneau. En réalité, la suite est encore meilleure.

Le groupe est un quatuor français qui mélange allègrement sur dix pistes djent, metalcore, slam, néo classique, électro, growl tout en parlant d’écologie en anglais. Autant dire que ça pique, surtout pour un vieux schnock comme moi. Ca pique oui, mais c’est juste génial.

La pochette représentant un visage brisé au milieu tenu par deux mains sculptées dans le plâtre a immédiatement attiré mon attention, une superbe accroche comme le morceau d’ouverture. L’album est un concept sur l’humanité, le futur et l’écologie : “God is dead, long live man, all mighty men.”.

Quatre instrumentaux aèrent le growl et le slam torturé. Le disque existe d’ailleurs également en édition instrumentale pour ceux qui n’aiment pas le chant crié. 

‘God Is Dead’, qui m’a donné envie de plonger, dans l’album explore l’électro cinématique sur un voix vocodée, virant ensuite au djent symphonique grandiloquent sur des orgues d’église avec, pour finir, des chœurs hurlés. ‘Styx’ donne dans le néo-classique au piano et violon un peu tzigane, une accalmie salutaire après le violent ‘Lost In Transaction’. ‘Serenading Silence’ propose deux minutes trente-neuf secondes de Plini avec une guitare lumineuse et des petites notes claires métronomiques. Le très court ‘Alone’ joue du cinématique à la Vangelis, des accords sombres qui sonnent dans l’immensité noire et qui vont crescendo pour ouvrir le djent de ‘Enter The Limbo’.

Et puis il y a des surprises comme le ‘Long Live Man’ qui use de slam avant de se déchirer les cordes vocales sur du métal prog djent symphonique. C’est violent, mais quelle claque ! Que dire de ‘The Sea Starts Here’ aux accents orientaux où un growl carrément caverneux, limite goret, écrase un djent metalcore avant de revenir à un rap de souk. N’oublions pas le dernier morceau, ‘Candid Monster’ au chant clair sublime, slam et musique cinématique qui conclut ces trente-six minutes spectaculaires en douceur, enfin, presque.

Nous serions encore en 2022, je vous dirais que je viens de trouver mon album de l’année, parce sincèrement, All Mighty Men – Drifting Through a Prosthetic Era est juste extraordinaire. Je ne peux que vous recommander The Dali Thundering Concept. Il est sur Bandcamp, en version instrumentale également et vous trouverez aussi Savages dans lequel je vais me replonger avec plus de sérieux.

Marathon Man

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Ma chérie est musicienne (tiens j’ai l’impression d’avoir commencé un billet de la même manière), pianiste, violoncelliste, altiste (c’est nouveau ça), elle joue dans un orchestre amateur et leur concert annuel avait lieu le 8 février dernier.

Comme j’avais photographié leurs deux précédentes performances, certaines personnes m’ont demandé de revenir cette année pour immortaliser cet événement culturel majeur. Je ne me suis pas fait prier, l’occasion de justifier auprès de mon épouse le scandaleux budget que je consacre à ma passion.

À 16h, après une dure journée de labeur, j’ai pris le tram direction le conservatoire de musique de Strasbourg pour assister aux répétitions. Au pluriel car deux orchestres se produisaient, celui des enfants nouvellement constitué et celui des adultes qui existe déjà depuis quelques années.

L’auditorium du conservatoire est une très belle salle à l’acoustique fabuleuse. Des murs en bois pour une atmosphère cosy souvent éclairée de lumières très chaudes. Son seul défaut est que le premier rang se situe juste contre la scène et que lorsque la salle est comble, il est impossible de circuler d’un côté à l’autre à moins de remonter toutes les marches et de faire le tour par le fond. Et évidemment, ce soir là, les deux orchestres jouaient à guichet fermé.

Juste avant les répétitions, je me suis fait briefer sur les accès aux coulisses afin de photographier la soirée selon des perspectives différentes de celles de l’an passé. Le passage du bord droit au bord gauche de la scène demande une longue course dans des couloirs interdits au public et rejoindre la salle depuis les coulisses est encore plus complexe.

Lors de mes repérages le personnel du conservatoire s’est posé quelques questions en voyant cet hurluberlu avec son appareil photo et son gros sac déambuler dans les entrailles du bâtiment. Mais après quelques passages, ils n’ont plus posé de questions.

Le plus important dans les coulisses c’est de ne pas se prendre les pieds dans les étuis de violoncelle, de naviguer entre les pupitres et les chaises, de ne pas jurer à haute voix lors d’une photo ratée et surtout, surtout, de ne pas claquer les portes derrière soi.

Avant de partir, j’ai pesé mon sac au travail, 7.5 Kg sans la bouteille d’eau ! Un Nikon Z6 II avec le grip, un Nikkor Z 24-70 mm f 2.8, un Tamron 70-200 mm f 2.8 avec la bague FTZ, un Samyang Z 12 mm et un flash cobra Godox au cas où. Il faut toujours être prévoyant.

La plupart du temps j’ai travaillé au Tamron 70-200, il est lourd mais couvre de nombreuses situations. Avec les éclairages de la salle et les costumes noirs des musiciens j’ai souvent flirté avec les 5000 ISO tout en restant ouvert à 2.8 mais le fabuleux autofocus du Z6 a toujours bien accroché mes sujets.

Les répétitions ont été l’occasion de réaliser des clichés que je ne pourrais plus faire pendant le concert, m’aventurant discrètement sur la scène sans trop déranger les musiciens et le chef. Ne voulant pas être trop intrusif, j’essaye de saisir les musiciens de loin. C’est mon côté timide et bien éduqué qui ressurgit. Évidemment la qualité des images et la lumière s’en ressent un peu. Mais bon, on ne se refait pas.

Charlie, le chef d’orchestre des adultes, passe son temps à faire le pitre et il est bien difficile de garder son sérieux en coulisses. Il ne se lache que pendant les répétitions mais c’est un festival. Certains musiciens restent stoïques mais d’autres sont explosés de rire comme mon épouse au milieu de sept autres violoncellistes (oui c’est beaucoup pour un orchestre).

Etienne, celui qui dirige les enfants, est nettement plus austère, déguisé comme pour aller à la messe, il ressemble plus à un prédicateur. Les petits eux, ont la pétoche. Le premier qui moufte, je le plante avec ma baguette…

Cette année, mon délire fut d’essayer de photographier l’orchestre de très loin avec le public dans divers éclairages et angles. Fini les gros plans sur les musiciens (il y a en quand même quelques uns), je voulais la salle vue d’en haut, du fond de la scène, des coulisses et sur les côtés. Des images acrobatiques car très sombres nécessitant pas mal de travail en post production. Je me suis quand même déchaîné sur les chef d’orchestre et la soliste de la soirée histoire de faire un peu mon travail si je veux pouvoir revenir la prochaine fois.

Tout ça pour vous dire que j’ai couru plusieurs kilomètres de 16h30 à 20h00 avec 7.5 kg sur le dos avec juste un demi litre d’eau pour me réhydrater et surtout le ventre vide.

Deux répétitions, deux concerts et 370 photographies plus tard, alors que mon épouse fêtait sa brillante prestation au restaurant avec 24 autres musiciens, je suis rentré en tram à la maison avec mon matériel et le violoncelle alors que ma chérie disposait de la voiture. Heureusement que mon petit dernier était là pour faire le porteur.

J’ai sélectionné 41 photos que j’ai ensuite développé sous Lightroom, couleur et noir et blanc comme à mon habitude avec cette fois une assez grande utilisation des masques pour séparer le sujet principal du reste de la scène.

Une très belle soirée musicale où j’ai pu allier ma passion pour la photographie avec celle de la musique, muscler mes jambes, perdre quelques kilos et constater que si ma femme me laisse tomber trois soirs par semaine, c’est bien pour jouer de la musique et non jouer à la cougar avec je ne sais qui.

verbal delirium – Conundrum

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Verbal Delirium est né au pied du Pirée en 2006. Un quintet de rock progressif dont le quatrième album Conundrum voyait le jour en novembre de l’année dernière.

Je dois cette découverte à Gerlinde Roth, une parfaite inconnue avec qui je partage des goûts musicaux et des amis Facebook.

Outre les cinq musiciens du groupe, chant, basse, claviers, guitares et batterie, Verbal Delirium s’entoure de nombreux artistes avec, sur cet album, un violoniste, un saxophoniste clarinettiste et plusieurs chanteurs. 

Leur musique est d’une grande richesse, mêlant folk, symphonique, metal, rock, progressif, chœurs et si les mélodies sont extrêmement variées, l’album ne part pas pour autant dans toutes les directions.

Verbal Delirium puise ses inspirations chez Queen, The Beatles ou encore Pain of Salvation. Autant dire que leur musique est riche et un petit peu barrée.

L’album Conundrum se décline en huit morceaux pour cinquante minutes avec deux pièces qui dépassent allègrement les neuf minutes : ‘The Watcher’ et ‘Neon Eye Cage’.

Verbal Delirium passe du grandiloquent ‘Falling’ aux influences symphoniques et metal à l’improbable titre album instrumental ‘Conundrum’. Un titre folk dansant digne des excès du rock progressif des seventies.

‘In Pieces’ vous fera songer aux Beatles mais également à Pink Floyd. C’est si bien écrit que je n’y vois aucun plagiat, tout au plus un très bel hommage. Et son final improbable à la Carl Orff s’intègre étonnamment bien dans le morceau.

‘Intruders’ fait beaucoup penser à Queen de part son exubérance, quelques passages vocaux fabuleux et même les guitares.

Mon titre préféré s’intitule ‘Children Of Water’ où le chant de Jorgon fait des étincelles sur une musique assez géniale, proche du Pain Of Salvation période Scarsick. ‘The Watcher’ est également assez barré dans le genre, limite grotesque avec un refrain en total contrepoint avec les couplets qui virent au metal.

Enfin la ballade violon piano de ‘Fall From Grace’ vous emportera tel un ‘Gentlemen’s Excuse Me’ de Fish avec en prime une magnifique section de guitare dans les dernières secondes.

Conundrum n’est pas le genre d’album que j’affectionne particulièrement d’ordinaire. Les trucs un peu barrés, les rythmes dansants et les mélanges ne font pas bon ménage sur mes enceintes. Pourtant j’adore cet album. Je ne peux que vous le recommander chaudement.

Je vais d’ailleurs explorer leurs autres compositions pour me faire une meilleure idée de ce groupe atypique et talentueux grec.

Etudes pour violoncelle

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Ma chérie est musicienne, pianiste, violoncelliste, elle joue dans un orchestre amateur, fait de la musique de chambre et travaille des pièces avec d’autres artistes. Elle a même apporté sa contribution à un album de rock façon Noir Désir. Une star !

Trois soirs par semaine, elle est dehors, rentrant à point d’heure. Elle s’absente également le week-end pour des répétitions et les autres soirées pour assister des concerts. Bref, elle est à fond.

Certaines mauvaises langues pourraient insinuer que mon épouse me trompe trois jours par semaine, voire plus. Ces personnes ont peut-être raison en réalité, mais quelle santé ! Car elle fait aussi beaucoup de musique.

Cette année elle joue en public avec l’orchestre le lendemain de mes cinquante-sept ans et donne un récital de musique de chambre le premier avril. Enfin, ça, c’est ce qu’elle m’a annoncé mais je soupçonne qu’elle me cache encore quelques dates pour me ménager. Son agenda est bien rempli.

Comme je fais de la photographie à mes heures perdues, elle me met à contribution pour couvrir les concerts, ce qui, je dois l’avouer, n’est pas pour me déplaire. Mais elle m’embauche également pour préparer les affiches des événements.

La dernière de ses requêtes farfelues, était de préparer l’annonce du récital du premier avril. L’idée était de présenter son violoncelle chéri (je passe après lui, le piano, ses deux chefs d’orchestre et ses amants). Une photographie du violoncelle et son de archet mais pas la musicienne. 

Vous avez déjà vu un violoncelle qui tient debout tout seul avec l’archet posé sur les cordes ? Non ? C’est normal, c’est impossible. Pourtant c’est ce que j’ai réalisé en studio.

Pour ce faire, j’ai utilisé un fond noir tendu sur un cadre et débordant sur le sol. J’ai placé deux softbox pour l’éclairage, au raz de la moquette, l’autre au-dessus du sol. J’ai limité autant que faire se peut les plis du tissu et posé le violoncelle à plat dessus. Après quelques ajustements des projecteurs pour limiter les reflets disgracieux, j’ai commencé le shooting, cherchant les angles les plus intéressants.

Pour ce faire, j’ai utilisé le Nikon Z6 II et le Nikkor Z 24-70 mm 2.8s, mon objectif fétiche. J’ai travaillé également avec un pied afin de bien stabiliser l’ensemble et descendre le plus possible en ISO.

Il m’a fallu un vingtaine de clichés pour obtenir l’image que je recherchais. J’en ai sélectionné trois que j’ai ensuite retravaillées sous Lightroom.

Après un développement sommaire, balance des blanc, lumières, saturation, je me suis attaqué à la retouche. Un fond noir n’est jamais totalement noir, surtout éclairé par deux projecteurs de 60 W. J’ai commencé par isoler finement le sujet avec des masques. J’ai ensuite inversé cette sélection et obscurci tout ce qui entourait le violoncelle pour donner l’impression qu’il flotte dans le vide.

Je suis ensuite revenu au masque du sujet, le violoncelle et son archet, pour donner plus de peps à l’instrument. Clarté, texture, blanc, contraste, ajustement des teintes jusqu’à obtenir un rendu réaliste et agréable. 

La dernière étape a été de réaliser quelques retouches locales pour masquer les rares imperfections du bois sans pour autant rechercher la perfection visuelle.

La photo est prête, reste à réaliser l’affiche, le plus difficile pour moi car je ne possède aucune connaissance de la mise en page, des polices etc et encore moins la maîtrise de Pages, le seul outil dont je dispose à la maison pour ce genre d’activité. Ma femme pourrait embaucher un amant infographiste pour me simplifier la vie. Idéalement, si cela pouvait être une fille sexy pour changer, on pourrait partager…

Lazuli – Onze

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Voici ONZE, le onzième album de Lazuli écrit pendant le COVID-19, vous savez cette mauvaise grippe qui dure et perdure et qui a rendu la moitié de la population mondiale à moitié dingue.

Deux vinyles glissés dans une double pochette émeraude ornée de l’abeille qui rôde abritent onze morceaux auxquels Lazuli ne nous avait pas forcément préparé. 

Si les musiciens restent fidèles au poste et que les mots sont toujours signés par Dominique, quelque chose à changé. La préface, au début du livret, éclaire assez bien sur l’état d’esprit qui a donné naissance à cet album, ‘une mélancolie, un spleen, une grisaille’ pour emprunter les mots de Domi.

Les paroles de ce onzième album véhiculent beaucoup de la dépression de ces mois confinés, oubliant presque les coups de gueule d’une époque pas si lointaine même si ‘La bétaillère‘ n’y va pas avec le dos de la cuillère. La musique, elle, explore de nouveaux horizons plus symphoniques et même pop rock, revenant parfois à des épures acoustique dans le style de ‘Les mots désuets’. Arnaud apporte dans son bagage de nouveaux sons de guitare et certains arrangements rapprochent Lazuli d’un Marillion francophone comme dans ‘Pleureur sous la pluie’.

Ma première impression, passée la frénésie du déballage, est assez mitigée je l’avoue. ONZE se révèle déstabilisant, très différent du fabuleux Dieter Böhm.

Il y a des titres qui font mouche dès la première écoute comme le fabuleux ‘Parlons du temps’ ou encore ‘Sillonner des océans de vinyles’ et ‘Le grand vide’. D’autres sont nettement plus déstabilisants. Je pense à ‘Égoïne’ aux influences trop americana à mon goût pour Lazuli et ‘La bétaillère’ un chouïa too much dans ses arrangements grandiloquents.

Et puis il y a des morceaux qui me laissent insatisfait, ‘Triste Carnaval’ au double récit obscur et au final instrumental pas très convainquant et ‘Pleureur sous la pluie’ qui possède une construction assez improbable et au solo de guitare qui en fait vraiment trop. ‘Les mots désuets’ réduit à une guitare et le chant aurait à la rigueur sa place dans un album acoustique, même si placé avant le bruyant ‘La bétaillère’, nous évite l’indigestion sonore.

Je suis fan de Lazuli depuis la découverte de 4603 Battements il y douze ans. Hélas avec ONZE, je ne retrouve pas le groupe que j’aime tant. L’album s’écoute très bien, certains textes font mouche, mais j’étais habitué à mieux. 

Alors je sais que vous allez me tomber à bras raccourcis dessus, d’ailleurs j’ai hésité à publier cette chronique, en partie par amitié pour les membres de Lazuli que j’adore et pour les coups que je vais me prendre, mais ONZE, le nouveau Lazuli me laisse de marbre. Cela ne m’empêchera pas d’aller les écouter Chez Paulette le 3 juin prochain, car en live, Lazuli c’est toujours magique.

anasazi – cause & consequences

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Vous parler de cause & consequences, le dernier album d’anasazi, est à la fois simple et compliqué. Simple, parce que j’aime beaucoup l’album, compliqué, parce que je suis un fan de la première heure du groupe et que mon nom figure dans les remerciements du CD.

anasazi, en minuscules, qui se prononce anaSSAzi, est un projet né à Grenoble dans l’appartement de Mathieu Madani, disquaire et fan absolu de Dream Theater. A ses côté de nombreux musiciens ont gravités plus ou moins longtemps, Frederic Thevenet, Christophe Blanc-Tailleur, Romain Bouqueau, Jean-Rosset et plus récemment le guitariste Bruno Saget qui joue également dans Croak et Anthony Barruel batteur du groupe Collapse sans parler des artistes invités comme son épouse ou Tristan Klein.

Au fil des années, des influences et des albums, anasazi a flirté avec la pop, le metal et le rock alternatif, mais toujours de manière progressive.

cause & consequences est leur sixième album sans parler des trois EP, un beau palmarès pour un groupe amateur grenoblois. Soixante-trois minutes et huit morceaux, certainement les plus anasaziens de leur discographie. Le virage était déjà amorcé sur ask the dust en 2018 mais cause & consequences enfonce le clou.

Il ne s’agit pas ici d’influences à la Dream Theater comme dans origin’s ou à la Porcupine Tree dans playing ordinary people, il s’agit d’anasazi. cause & consequences est un album à guitares sur la voix éraillée de Mathieu. Les claviers ne sont ici qu’accessoires d’ornementation. Les grattes jouées par Mathieu, Bruno Saget et Tristan Klein sont au cœur de la musique avec la batterie d’Anthony.

L’album sonne clairement plus rock que prog, souvent rageur, torturé, déchiré, écartelé mais avec quelques éclaircies et même des réminiscences de Pink Floyd comme dans ‘space between’ sans parler du titre fleuve qui clôture le disque. Les ritournelles magiques des premiers albums, celles que l’on pouvait fredonner, disparaissent avec cause & consequences et il faudra une ou deux écoutes pour adopter ce nouvel anasazi.

cause & consequences s’écrit à l’envers, libérant la vapeur lentement au lieu de monter en pression. Vous prenez son atmosphère toxique à plein poumons et lorsque ses gaz brûlants et corrosifs commencent à vous asphyxier, un courant d’air tiède vient soulager votre gorge.

‘trapped’ démarre l’album sur une charge de guitares tempérée de rares accalmies à la basse et au chant. Une mise en bouche stoner metal dense et rugueuse que les paroles n’allègent pas, bien au contraire. 

Bienvenue dans l’univers d’anasazi.

‘324’ est plus récitatif même si Mathieu sort de gros riffs entre les couplets sans parler du long instrumental rageur où s’élève un solo de guitare signé Bruno Saget. Dans ‘death is (her) name’, c’est Tristan Klein qui joue du manche. Le titre, porté par une section rythmique très marquée, chemine cependant de plus en plus vers le progressif expérimental. Par contre, oubliez tout espoir, l’album s’enfonce dans la noirceur.

‘exit live’ atteint presque le sommet de ce vol parabolique. Les riffs rageurs sévissent encore mais une guitare électro acoustique s’invite dans la tempête comme l’orgue joué par Tristan. Et puis arrive ‘disheartening’, le titre le plus épuré de cause & consequences où le travail d’Anthony prend sa pleine mesure sur ces premiers couplets percussions, guitares et chant presque parlé.

‘into the void’ est doucement rattrapé par la pesanteur après un semblant de légèreté dans les premiers instants. Mais le calme floydien renaît avec ‘space between’ au sublime solo de guitare signé Tristan.

Un de mes morceaux préférés avec ‘disheartening’ et ‘the mourning’, la pièce progressive de l’album avec ses treize minutes aux multiples rebondissements qui relie tous les morceaux de cause & consequences.

anasazi est de retour, plus guitares que jamais, torturé et magistral. Il faudra sans doute consentir un effort pour rentrer dedans, ici pas d’easy listening au programme, alors poussez le son, revenez-y plusieurs fois, toujours d’une traite et vous réussirez à apprivoiser cette créature fantastique que vous pouvez écouter sur Bandcamp.

Adarsh Arjun – Aches And Echoes

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Vous connaissez probablement le guitariste australien Plini et ses guitares Strandberg. J’ai trouvé son alter égo indien, un certain Adarsh Arjun. Un artiste qui joue également dans le groupe de métal indien Agnostic et dans un genre plus traditionnel dans le morceau Hridaya.

Après avoir publié plusieurs singles sur Bandcamp depuis 2021, il arrive avec un premier album Aches And Echoes. Le disque se compose de dix pièces instrumentales de deux à cinq minutes où le musicien joue de tous les instruments.

Comme Plini, Adarsh joue principalement de guitares, usant de djent et de metal progressif sur des sonorités très lumineuses. Sa musique intègre également des éléments traditionnels, tout particulièrement dans le dernier morceau intitulé ‘Triade’.

Mais contrairement à Plini, il ne semble pas affectionner particulièrement les guitares Strandberg et si le titre ‘Hide N Seek’ ressemble beaucoup aux compositions de son modèle, le reste de l’album est assez différent.

Certaines pièces manquent de développement. Un thème à peine esquissé qui s’achève en fading out. Rassurez-vous, d’autres comme ‘Existential Mysery’ sont nettement plus riches en rebondissements.

Je n’ai pas l’impression qu’il y ait besoin d’être un fondu du manche et des six cordes pour apprécier Aches And Echoes. Batterie et claviers y occupent suffisamment d’espace pour séduire un très large auditoire, d’autant que la fibre métal de cet album est assez lache.

‘I Can’t Breathe’ est une des pièces qui tabasse le plus, usant de gros riffs, djent et motifs orientaux. Le titre joue de grands écarts entre metal rageur et danses colorées. A l’opposé, il y a ‘Existential Mysery’, qui tout particulièrement au début, livre de sublimes atmosphères planantes.

D’ordinaire les albums instrumentaux passent rapidement au second plan car je ne suis ni guitariste ni musicien. J’écoute pourtant Aches And Echoes en boucle depuis peu, pas en musique de fond, mais bien attentif à chaque note. Peut-être est-ce parce que j’ai l’impression qu’ici les guitares d’Adarsh chantent au lieu de plaquer des accords et des riffs. Des guitares qui tissent des mélodies dansantes comme des rayons de soleil au travers des feuilles, une musique lumineuse et colorée qui réchauffe au genre musical plutôt sombre d’ordinaire. 

Aches And Echoes est ma première sortie de l’année 2023 et je ne vous cache pas qu’il rentre de ce pas dans mon top de l’année, même si j’attends encore une fois beaucoup de merveilles comme anasazi et Klone.

Obsidious – Iconic

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Meilleurs voeux musicaux pour cette nouvelle année qui démarre. Prions pour que 2023 soit au moins aussi riche que 2022 en découvertes musicales et que l’enfer énergético-politico-sanitaire-mondial dans lequel nous baignons s’apaise un peu.

Pour démarrer en beauté, revenons sur un superbe album de l’année 2022 :

Lorsque Katha et KmanRiffs recommandent de concert le même album, tout métalleux qui se respecte se doit d’y jeter une oreille curieuse. Iconic du groupe Obsidious est de ceux-là. 

Une heure de metal progressif à growl et chant clair qui ravira les esthètes.

Le quatuor allemand sort ici son premier album dix titres dans la plus pure tradition du symphonico poutrage technique grandiloquent. Leur travail se rapproche d’un Persefone, d’un Wilderun ou d’un Dream Theater. Trois groupes de référence dont deux figurent dans mon top 2022. C’est vous dire qu’il s’agit d’une très belle découverte.

Oui, il y a du growl. Beaucoup de growl. Mais qui épicé de chœurs, de symphonique, de chant clair et de guitares éblouissantes, se digère parfaitement bien. Guitares et claviers rappellent beaucoup de groupe de James Labrie mais le chant et les arrangements symphoniques très présents sur cet album font la différence. La batterie n’est pas en reste même si elle ne saurait rivaliser avec celle de Mike Portnoy mais Sebastian Lanser ne se contente pas de bourriner à la double pédale et Linus Klauseniter à la basse s’aventure parfois sur des notes assez hautes.

Alors oui, le début de l’album pourrait rebuter un progueux timoré. D’emblé ‘Under Black Skies’ part dans le growl caverneux, la double pédale, les choeurs et le symphonique. Du metal prog pas très subtile d’autant que le chant clair est assez rare sur ce premier titre. 

Mais tenez bon jusqu’au solo de guitare de Rafael Trujillo à la quatrième minute. Après ça, vous pourriez avoir envie d’aller plus loin.

Pour le chant clair au timbre latino de Javi Perera, dôle de nom pour un teuton, il faudra attendre le titre album aux claviers dignes d’un Jordan Rudess en pleine forme. Et même ici, le growl s’invite encore pas mal.

Mon titre préféré sur cet album, même si je les adore vraiment tous, est le très Dream Theater ‘Nowhere’. Une des pièces les plus courtes, à peine plus de quatre minutes, pleine de pathos et d’emphase, qui sans le growl, aurait pu être confondue avec un morceau de ses pères.

Question originalité, Obsidious ne va pas faire des étincelles. Mais pour la technique, la puissance et la production aux petits oignons, l’album Iconic est une tuerie.

Allez le découvrir, vous pouvez l’écouter sur Bandcamp