Obiat – Indian Ocean

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Le stoner, c’est un peu du rock progressif graisseux joué avec une basse, une batterie et une guitare. Alors quand le stoner se pare de trois voix, de cuivres et de flûte, doit-on le reclasser dans le rock progressif ? Je n’en sais franchement rien.

Tout ce que je sais, c’est que l’album Indian Ocean du groupe OBIAT, du prog stoner psychédélique venu de Londres, m’a clairement tapé dans l’œil. 

On parle ici de quatre artistes, cinq invités et huit morceaux dont un titre de dix minutes pour une heure de musique. Voilà pour les chiffres.

Les compositions flirtent avec le shoegaze, le post-rock, le psychédélique, le doom et le rock progressif. Une musique riche en sonorités, relativement inclassable au final, qui fait du bien aux oreilles. 

Le terreau de base reste tout de même stoner et des pièces comme ‘Ulysses’, ‘‘Eyes and Soul’, ‘Ad Meliora’ ou ‘Sea Burial’ vous le rappelleront. 

La production un peu graisseuse également hélas. La mise au premier plan de la guitare parfois très sludge nuit à la lisibilité des autres instruments. Peut mieux faire donc.

Il ne vous aura sans doute pas échappé, si vous avez observé la pochette, écouté les paroles ou simplement lu les titres des morceaux, que l’album possède un rapport avec la mer et le voyage. 

De la Grèce avec ‘Ulysses’ on se déplace jusqu’au Japon dans ‘Lightness of Existence’, deux titres diamétralement opposés, séparés par l’Océan Indien, qui ouvrent et ferment ce disque.

La présence de chant féminin en la personne de Sofia DeVille, de trombone et de saxophone aux côtés du quatuor londonien dans le magnifique ‘Nothing Above’ est assurément une des raisons de la beauté de cet album atypique comme l’audacieux mélange des genres.

Le titre fleuve ‘Beware The North Star’ avec une basse très en avant, une guitare pour une fois lisible où s’invite des sonorités cuivrées et des percussions, suit les codes du post-rock, du progressif et du psychédélique sans faillir pendant dix minutes.

Plus étonnant encore est le titre final, ‘Lightness of Existence’. Un texte déclamé en japonais sur une musique de théâtre nô post-rock cinématique.

OBIAT compte parmi mes fabuleuses découvertes de l’année. Un groupe que je vais suivre de très près, à condition qu’ils sortent un prochain album avant ma mort. En effet Indian Ocean est leur second effort en treize ans. C’est peu.

Civil War – Invaders

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Aujourd’hui, je ne vais ni faire dans l’originalité, ni dans la dentelle. Je vais vous parler de Civil War, un quintet de power metal sudédois. Désolé pour la subtilité, j’avais furieusement envie de me décrasser les oreilles et leur album Invaders est arrivé à point nommé.

Power metal, oriental, pagan, trash, heavy, Civil War coche toutes les cases. Ca poutre avec force d’arrangements et de chœurs et c’est clairement du réchauffé. 

Sauf que Civil War ne figurait pas encore dans ma discothèque et après avoir vu passé la chose sur Twitter, j’y ai jeté une oreille intéressée. J’aurai pu vous parler de l’excellent Moon Tooth ou de Ianai découverts par Alias, mais de temps en temps, il faut bien que je me démarque des suisses francophones.

Le groupe s’est construit avec des membres de Sabaton. Depuis 2017 c’est Kelly Sundown Carpenter qui officie derrière le micro. Et de leurs débuts en 2012, ne subsistent que les deux Daniel respectivement aux claviers et à la batterie ainsi que Rikard à la guitare.

Civil War, né au bord du lac Runn, a dû être marqué par la dure vie des mineurs de cuivre et le bruit des moteurs des camions Scania car on ne peut pas dire que leur metal fasse dans la dentelle. Chant crié, claviers pompiers, guitares heavy, batterie du bûcheron, chœurs à gogo, vous en prenez pour près d’une heure à fond la caisse. C’est du lourd.

Ne vous fiez donc pas à l’apparente tranquillité orientale des premières mesures de ‘Oblivion’, Civil War nous prépare un jihad power metal de derrière les fagos. 

Invaders se situe entre un péplum symphonique et un power metal  grandiloquent. Ça déborde de la marmite et ça caramélise sur la plaque de cuisson comme dans ‘Dead Man Glory’ aux accents metal folk.

Tout cela est furieusement bien réalisé, l’orchestration et les chœurs sont puissants, la voix de Kelly secoue les entrailles et les guitares heavy de Rikard et Petrus déchirent les oreilles.

Les mélanges ne font pas peur à Civil War. Djent, sympho, ils osent même les percussions sur du metal dans ‘Heart of Darkness’, un titre digne d’une comédie musicale genre les Milles et Une Nuits sans parler de l’électro dans ‘Carry On’.

Ai-je un titre préféré ? Peut-être le too-much ‘Andersonville’ qui atteint des sommets de grandiloquence avec sa débauche de claviers et guitares.

Invaders ravir les amateurs du genre. La chose est bien produite, bruyante à souhait, idéale pour dépoussiérer les enceintes.

Luna’s Call – Void

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Pourquoi louer une ponceuse sophistiquée pour vos petits travaux lorsque vous pouvez écouter Void de Luna’s Call ? Poussez le volume à fond et en deux écoutes, votre parquet sera poncé.

C’est sur Blog à Part que je suis tombé sur la chronique papier de verre de Luna’s Call, un groupe très justement comparé à un Wilderun ou un Opeth en version caverneuse. Du metal progressif d’une très grande richesse mélodique et orchestrale au growl clairement prononcé.

La première écoute m’avait laissé dubitatif, car ne nous mentons pas, ça gueule façon glayau rauque de fin de trachéite presque tout du long de l’album. A la seconde écoute, la brosse à paille de fer est passée au second plan, derrière la musique d’une infinie richesse et j’ai acheté l’album. A la troisième écoute, je me suis dit qu’il faudrait en parler ici même si Alias en a déjà fait la retape.

L’album d’une cinquantaine de minutes livre trois longs formats et cinq titres plus conventionnels où se retrouve l’esprit d’Opeth, de Dream Theater et surtout Wilderun. Par moment cela fait quasi cover mais l’ensemble est tellement riche et foisonnant d’idées que cela ne me pose pas de problème.

D’ailleur si Void n’avait pas déjà deux ans au compteur, il figurerait dans ma liste pour le podium 2022.

D’entrée de jeu Luna’s Call fait du Opeth sur le court ‘Merced’s Footsteps’ puis également dans ‘Locus’ alors que dans les treize minutes et quelques de ‘Solar Immolation’, lorsque le growl s’efface, c’est Dream Theater qui domine la partition.

Ça ne les empêche pas de lever le pied dans ‘Enceladus & the Life Inside’ en quasi acoustique et chant clair.

Évidemment il y a des ‘In Bile They Bathe’ où l’aspirine est fortement recommandée mais c’est largement compensé par le délicat instrumental ‘Silverfish’ qui suit.

Et Wilderun dans tout ça ? L’esprit de Wilderun se retrouve dans les titres fleuves ‘Signs’, ‘ Solar Immolation’ et tout particulièrement dans ‘Fly Further Cosmonaut’ qui termine l’album.

Il n’y a pas si longtemps, j’aurai sans doute renoncé à l’écoute de Void à cause du growl. Mais depuis mon tatouage sur les fesses, je n’ai peur de rien, je bois même de la Kronembourg en pack de seize. Cet album est une tuerie, merci à Stéphane pour la découverte.

This Winter Machine – Kites

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Il y a bien longtemps, j’avais découvert l’album The Man Who Never Was du groupe britannique This Winter Machine. Un premier effort néo-progressif d’assez belle facture qui m’avait enthousiasmé à l’époque. 

Si je me souviens bien, le groupe avait connu quelques déboires avec son label et aujourd’hui ce disque n’est pas disponible sur leur page Bandcamp, pas plus que le second album également épuisé A Tower Of Clocks. Il est cependant possible de découvrir The Man Who Never Was sur la page Bandcamp du label Progressive Gears. 

Bon, j’avoue, avec le recul, The Man Who Never Was sorti en 2017, ne me fait plus le même effet. Je le classerais dans les albums sympathiques, mais sans plus. Et c’est un peu la même chose pour leur troisième galette intitulée Kites. Toutefois j’étais curieux de voir comment avait évolué le groupe This Winter Machine en cinq années.

Kites développe dix morceaux en un peu plus de trois quarts d’heure. Des pièces de deux à sept minutes où se glissent quelques instrumentaux dont le premier titre ‘Le Jour d’Avant’, en français s’il vous plait, au piano, guitare et flûte.

On pourrait comparer This Winter Machine aux québécois de Mystery pour les morceaux les plus mélodiques comme ce ‘Pleasure & Purpose’, mais sans la délicieuse voix de Jean Pageau hélas. Celle de Al Winter, campée dans les médiums, est un peu plus basse et nasillarde. 

Le groupe joue de claviers nineties, de guitares progressives à souhait et d’une rythmique le plus souvent éloignée des carcans du neoprog sorti du bref instrumental tambour de machine à laver ‘Whirlpool’ et du ‘Kites’ très marillionesque.

Les influences de Pink Floyd et des polonais de Satellite sont palpables dans la seconde section instrumentale de ‘The Storm (Part 1)’ dominée par les claviers et les guitares électriques. 

La seule petite originalité de l’album se trouve dans la ballade folk acoustique ‘Sometimes’ ou un violon pointe le bout de son nez.

L’album reste assez tranquille, le plus souvent mélodique avec de plaisantes balades et quelques bruitages sorti des trois titres aux passages plus musclés que sont ‘The Storm’, ‘Whirlpool’ ou ‘Kites’.

Parmi mes pistes préférées il y a ‘Pleasure & Purpose’. Le titre est des plus classique avec du piano, des claviers et un solo de guitare mais lorsque Al Winter entame le refrain “Sometimes it seems like every second I forget a little more” j’ai des frissons le tout long de la colonne vertébrale. Comme quoi il me faut peu de chose pour grimper au rideau.

Kites n’est certainement pas l’album du siècle. Il ne saurait rivaliser avec un Misplaced Childhood, un Pure ou un Delusion Rain. Néanmoins, il se laisse écouter, rappelant que quelques groupes s’essayent encore au néo-prog avec bonheur. Alors si vous aimez le genre, ne vous privez pas de l’écouter, il est sur Bandcamp.

Teeshirt : Chris Luna

Evergrey – A Heartless Portrait

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Evergrey est longtemps resté pour moi un groupe de metal prog de seconde zone avant qu’ils ne sortent The Atlantic en 2018 confirmé trois ans plus tard par Escape of the Phoenix.

Je reconnais que cet engouement tient beaucoup au pathos et à la voix de Tom qui officie également dans le groupe Silent Skies que mon épouse adore, mais elle c’est pour le pianiste.

Malgré cet engouement, je ne me suis pas offert A Heartless Portrait en vinyle cette fois. Non pas que j’ai de oursins dans mes poches mais que le premier extrait de leur nouvel album ne m’a pas emballé outre mesure.

Le digipack trois volet aux couleurs cyan et sang est entre mes mains avec son livret assez épais. Une créature mythologique ailée semble veiller sur un monde et ses deux satellites à moins qu’elle ne cherche à les détruire. L’explication se trouve peut-être dans les textes.

A Heartless Portrait ce sont dix morceaux très musclés où la batterie de Jonas ne se pose presque jamais, où les guitares d’Henrick et Tom déchirent les éthers et où les claviers de Rikard fusent telles les flammes d’un chalumeau à acétylène. 

Techniquement, il s’agit d’une grosse tuerie de cinquante minutes qui ne vous laisse pas beaucoup d’espace pour souffler sauf peut-être dans ‘The Great Unwashed’ au solo de folie ainsi que dans le final ‘Wildfires’ nettement plus apaisé et mélodique.

A Heartless Portrait porte bien son nom. Les grands écarts instrumentaux et l’émotion à fleur de peau de sont pas vraiment au rendez-vous cette fois. C’est un album assez froid et technique dans son ensemble. 

De la double pédale parkinsonnienne, des cris de galériens débordant de testostéronne, ‘Save Us’ donne le ton de l’album. Ça sent l’homme et le déodorant sans aluminium. ‘Midwinter Calls’ donne dans le péplum metal. Alors poussez les potards au maximum pour faire trembler les murs.

Malgré tout cela, Evergrey reste mélodique grâce à la voix de Tom et les claviers de Rikard. Des touches électros virtualisent ce metal prog très viril et les soli de guitares, comme dans ‘Ominous’ feront grimper au rideau les fondus de six cordes. Une tendance forgeron amorcée dans escape of the Phoenix qui prend ici sa pleine puissance.

Ça cogne, ça tape, ça pleure, ça chante, un déferlement musclé parfaitement contrôlé façon chœurs de l’armée rouge.

La production aurait pu bénéficier de plus d’attention, non que ce soit épouvantable, mais disons perfectible. Il faut pousser le volume assez fort pour faire ressortir la dynamique de la bête.

Bon, vous l’aurez compris, A Heartless Portrait ne sera sans doute pas mon Evergrey préféré. N’empêche, c’est une belle machine de guerre metal progressive qui en live pourrait révéler tout son potentiel et que j’écoute très régulièrement depuis sa sortie.

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Isaurian – Deep Sleep Metaphysics

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Je vous présente Isaurian, trois garçons, deux filles et plein de possibilités qui sortaient leur premier album Chains of Blue en 2020 et qui reviennent cette année avec six titres sous le nom Deep Sleep Metaphysics.

Je dois encore cette brillante découverte à KMäNRiffs qui relaye un nombre incalculable de sorties sur Twitter. Des explorations souvent musclées dans lesquelles se glissent parfois des choses acceptables pour mes oreilles délicates.

La pochette bleutée de l’EP n’a pas été étrangère à mon coup de cœur. Je suis très attaché aux visuels et celui-ci, réalisé par Jorge Rabelo, est particulièrement réussi. C’est un assemblage d’images, buste de prêtre, crâne, serpent, racines, papillons, fumée, qui sur un fond étoilé forment l’inquiétant personnage de la mort, présent dans le titre ‘Arida’.

Malgré un peu de growl et son étiquette doom, Isaurian se révèle très mélodique, en partie grâce au chant féminin.

Deep Sleep Metaphysics ne dure que trente-six minutes pour six morceaux dont un est décliné en deux versions, autant dire que cela s’écoute très vite.

‘Arida’, décliné à deux reprises, est très cinématique post-rock avec son enregistrement audio façon reportage TV alors que ‘For Hypnos’ donne dans le psychédélique doomesque. ‘The Dream To End All Dreams’ est un instrumental, lui aussi cinématique, qui colle parfaitement à la BO d’Interstellar avec ses trois notes de piano solitaires.

‘Autumn Eyes’ revient au doom psyché chant et growl. Mais le chant féminin semble avoir été enregistré d’étrange manière. Il est très atténué, comme s’il avait été capturé dans de mauvaises conditions techniques lors d’un live. 

L’EP se poursuit avec ‘Heart and Roads’, un nouveau morceau cinématique post-rock avec un peu de chant et s’achève avec un remix du premier titre ‘Arida’ signé Muriel Curi, une version plus longue de sept secondes.

Les titres cinématiques ‘Arida’ et ‘The Dreams To End All Dreams’ me font beaucoup penser au travail du compositeur Hans Zimmer à qui l’on doit la BO du film Interstellar, certainement une des raisons qui m’ont fait craquer pour cet EP d’Isaurian.

Le groupe me donne l’impression de se chercher encore, d’être en plein devenir, surtout lorsque l’on écoute leur premier album Chains of Blue enregistré dans l’urgence en six jours. Deep Sleep Metaphysics est prometteur. Alors attendons de voir ce qu’ils seront capable de nous proposer dans le futur.

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ESP-Project – anarchic curves

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Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, je vais délaisser le metal qui poutre pour écouter du prog symphonique.

Alors pas du rétro prog, ni du canterbury ou du rock in opposition, mais du sympho mélodique qui s’écoute presque comme une musique d’ambiance.

Peter Cyle chante à la manière douce de Tim Bowness sur un rock progressif facile à écouter composé par Tony Lowe, guitariste, claviériste et producteur de ESP Project. Ils sont accompagnés de Pete Clark à la basse et de Dave Ethridge à la batterie.

Ce sixième album studio, anarchic curves, dure un peu moins d’une heure et huit morceaux allant de quatre à neuf minutes où se mêlent sympho, prog eighties et AOR soft. 

D’accord, le disque ne va pas changer la face du prog. Par contre, il propose une parenthèse musicale confortable et reposante. Certains jours, cela suffit amplement à mon bonheur. J’ai des plaisirs simples.

Lowe joue de claviers aux sonorités vintages quand Ethridge use d’une rythmique entre AOR et prog seventies appuyées par la basse de Clark. Sur cette musique parfois peu mélodique comme dans ‘Shoreless’, Coyle chante le plus souvent avec une délicatesse légèrement soporifique sur laquelle on se laisse facilement porter. 

Les paroles des chansons regorgent de références au prog seventies, au cinéma, à la peinture et la pop culture. On y parle de John Lennon, de Van der Graaf Generator, Genesis, yes, King Crimson, Klint et plein d’autres artistes. Un bel hommage à l’art en général.

Deux pièces se détachent du sirop progressif qui pourrait sembler poisseux à certains – pour ma part, j’aime bien leurs chamallows roses -. Il s’agit de ‘Cogs’ qui entre deux couplets sirupeux durcit un peu le ton et ‘Shoreless’ dont je vous ai parlé avant.

ESP Project possède les saveurs de Genesis et de Yes ainsi que la douceur d’un Tim Bowness. Un prog symphonique soyeux, reposant où les guitares restent en second plan derrières les claviers et la rythmique.

Depuis les début d’ESP, ESP Project fait de l’ESP, sans grande surprise, mais je trouve qu’ils le font de mieux en mieux. Leur précédent album phenomena m’avait bien plus et j’avoue que anarchic curves m’emballe encore plus. Alors allez y jeter une oreille, il est sur Bandcamp.

Teeshirt : RPWL

The Gathering – Beautiful Distortion

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Après Afterwords en 2013, The Gathering était en sommeil, s’effaçant derrière le projet Habitants. Aujourd’hui les frères Rutten sont de retour avec la délicieuse Silje Wergeland pour Beautiful Distortion, un nouvel album huit titres d’un peu moins de cinquante minutes.

Outre Hans, René et Silje, on retrouve Franck aux claviers, fidèle depuis les débuts et Hugo qui est revenu en 2018 dans le groupe. A peu de choses près, il s’agit de la formation d’origine en fait.

Si tout le monde se souvient de Mandylion avec Anneke, The Gathering a pris depuis un chemin nettement plus alternatif que doom avec même des touches trip hop.

Les deux frères ont pris quelques rides mais pas leur musique, bien au contraire. La parenthèse de dix années a permis au groupe de se ressourcer, voire de se réinventer et Beautiful Distortion est une agréable surprise.

L’album est plus proche d’une dream pop que d’un doom alternatif malgré quelques passages moins aériens comme dans ‘In Colour’, ‘Grounded’ ou ‘We Rise’. 

Leur onzième album Beautiful Distortion joue la carte du mélodique, donnant la part belle au chant de Silje avec quelques parenthèses instrumentales comme dans ‘We Rise’ ou ‘Pulse of Life’, au passage mes titres préférés de l’album.

Hans et René ne renoncent pas pour autant aux motifs doomesques ni aux rythmiques pesantes comme en témoigne ‘We Ride’, le titre qui se rapproche le plus de leur jeunes années doom gothiques. 

Les guitares électriques et acoustiques se partagent équitablement les rôles, toujours drapées de claviers et d’une batterie peu appuyée dans l’ensemble.

Le plus électronique des huit morceaux s’intitule ‘Pulse of Life’. Il possède une intro qui me fait penser à ‘Wild Signals’ de la BO du film Rencontre du Troisième Type. C’est sur ce titre que Hans se lâche le plus sur la caisse claire et les crashs, une pulsation de vie des plus dansantes.

Si je devais comparer le mythique Mandylion à Beautiful Distortion, je dirai déjà que la production a fait de sacrés progrès en près de trente ans. Mandylion est nettement plus instrumental et contrasté que le dernier bébé de The Gathering et si la voix puissante et grave d’Anneke a ses charmes, je lui préfère aujourd’hui celle plus apaisée de Silje.

Par contre Mandylion est plus varié et inventif, plus pesant également. Pour Beautiful Distortion, qui est nettement moins dissonant, je vous recommande l’écoute au casque pour ne pas sombrer dans la routine des morceaux.

Si Beautiful Distortion ne sera probablement pas un album cultissime, il amorce en beauté le retour d’un grand groupe de la scène doom alternative qui nous avait beaucoup manqué.

Teeshirt : Arena

Ison – Aurora

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Daniel Anghede a joué avec Crippled Black Phoenix et Venus Principale tout en menant son projet Ison depuis 2015. Un multi instrumentaliste assez porté sur le shoegaze et le post-rock ambiant. 

L’an passé, il sortait Aurora en solo cette fois, un album huit titres de soixante-dix minutes accompagné par du beau monde, jugez vous même : des chanteuses comme Sylvaine ou Cammie Gilbert et le bassiste de Katatonia pour n’en citer que trois.

Chaque titre de Aurora dévoile le chant d’une nouvelle artiste envoûtante sans que l’album ne vire au patchwork. Bien au contraire. Les huit morceaux forment un tout très cohérent. Et c’est d’ailleur son petit défaut, surtout lorsque l’on considère sa durée.

Cohérent mais pas exempt de différences pour autant. ‘Waves’ chanté à deux voix par Cammie Gilbert du groupe Ocean Of Slumber et Daniel, est à tomber par terre. Neuf minutes d’abord cinématiques post-rock qui vont crescendo, constitue un des moments forts de cet album. Mais j’avoue, j’adore la voix et le timbre de Cammie.

‘Celestial’ avec Gogo Melone, du groupe Luna Obscura, m’a également tapé dans l’œil avec son écriture proche de la musique d’Anathema.

Post-rock ambiant et voix éthérées habitent des morceaux de sept à douze minutes. Des titres qui offrent un agréable fond sonore mais qui manque de caractère pour maintenir une écoute attentive. Quelques bordées de growl auraient sans doute donné plus de relief à Aurora.

Aurora est une une collection de très belles voix féminines sur du post-rock atmosphérique. Mais pour que la collection soit complète et que l’album ne devienne cultissime pour certains metal geek, il aurait fallu inviter Anneke, Floor, Marcela ou Jo Beth à chanter.

Pour la musique, Daniel donne dans le post-rock avec de beaux traits de guitares, parfois floydien, une batterie assez discrète, des volutes de claviers et des chœurs évanescents. 

Daniel recommande de l’écouter du début à la fin, au casque, les yeux fermés, comme une méditation musicale censée apaiser celui qui l’écoute. Faites gaffe cependant à ne pas vous endormir quand même. Une heure dix de musique apaisante, les yeux fermés, j’appelle ça une très grosse sieste.

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Music For Messier – Alien Planet

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Alien Planet est un album de musique instrumentale cinématique ambiante, un peu post-rock simplifiée, un peu space-rock épuré. Une sorte de BO pour documentaires animaliers sur la 5.

Music for Messier est un des multiples projets solo du mystérieux hongrois Istvan Csarnogursky dont on connaît bien peu de choses, hormis le fait qu’il n’en est pas à son coup d’essai avec Alien Planet.

Il joue et compose également pour les projets Black Hill, Silent Island, Realm of Wolves et White Cube, qui, il faut bien l’avouer, se ressemblent tous un petit peu en fait.

Alien Planet invite à l’exploration spatiale en trente minutes et sept mouvements contemplatifs qui conviennent parfaitement comme fond sonore, pour un JDR par exemple.

Alors pourquoi en parler ici, si c’est si minimaliste ? Parce que malgré son apparente simplicité, Alien Planet tourne régulièrement à la maison ainsi qu’au travail depuis quelques mois. Un support sonore à d’autres activités comme la lecture, la tenue du blog ou le développement de photos.

La pochette de Lev Stavitskiy aurait pu illustrer Alien, le huitième passager, le film de Ridley Scott. Un satellite de glace noire gravite autour d’une géante gazeuse bleue semblable à Neptune. Une image belle et froide qui colle à la musique.

Les morceaux rappellent la voûte céleste où scintillent les étoiles. Des nappes sombres de claviers percés de notes claires de guitares, de longues notes médium sur une basse inquiétante. Une musique qui se rapproche de l’univers de Birdy ou de la Dernière tentation du Christ de Peter Gabriel, mais en nettement plus épuré.

Music for Messier se répète, usant d’une palette minimaliste de sons et notes. Une manière de laisser l’esprit libre de divaguer sans vraiment lui imposer un univers.

Alien Planet n’est pas le genre d’album dont on fera une habitude. Il sera peut-être rapidement oublié. Mais écoutez-le lorsque vous voudrez reposer vos neurones. Installez-vous confortablement dans un canapé en lisant les aventures du pilote Pirx de Stanislas Lem tout  en écoutant Music for Messier. Vous verrez, c’est bien agréable.

Teeshirt : Kino