Le Test

Un matin je me suis réveillé avec un petit mal de gorge de rien du tout et le nez congestionné, rien de grave, le premier signal grippal de l’année.

Mais cette année, nous sommes en 2020, et quand des fous ne décapitent pas des fonctionnaires, la COVID-19 se charge de régler leur compte.

Alors, pas question de me présenter au travail en toussotant, je serais immédiatement confiné dans une pièce close, isolé de mes collègues et sans café, en attendant qu’un haut fonctionnaire décide de mon sort. 

J’ai téléphoné au médecin qui m’a invité à répandre mes microbes et peut-être virus dans son officine et à les partager avec cinq autres patients. 

Tension check, température check, respiration check, gorge, pas check. Bon c’est vrai la gorge me gratte un peu et je toussote. Sirop, corticoïdes, Doliprane, arrêt maladie. Arrêt maladie pour un rhume ? Oui car avant de retourner au travail je vais devoir passer un test.

QI ? Non PCR. Vous savez le coton tige que tout le monde redoute d’avoir dans le nez. Même pas peur, je l’ai déjà eu dans la bite. Le médecin m’arrête deux jours, le temps d’avoir les résultats du test PCR.

Vous avez entendu notre gouvernement vous aussi, priorité aux personnes symptomatiques. Bon. Je téléphone au laboratoire près de chez moi et on m’envoie bouler vers le site de logiciel libre docto. Heu… et si j’avais pas Internet moi ? J’essaye un autre laboratoire plus éloigné, pareil. Je réessaye en disant que je suis malade et que j’ai une ordonnance, pareil, pareil, pareil. Alors je me connecte sur Doctolib et découvre que la dernière fois que j’ai utilisé ce site, c’était pour ma défunte mère. Ça sent le sapin tout ça. 

Je m’escrime pendant un quart d’heure pour modifier ce compte et en désespoir de cause, devient Herveline agée de quatre-vingt-sept ans et morte depuis quatre ans. Bref. Là je découvre alors les disponibilités de rendez-vous à moins de vingt kilomètres de chez moi. Dans six jours, pas avant ! 

Sérieusement ? Mais je suis prioritaire parce que malade et avec une ordonnance et que je vais peut-être mourir de troubles respiratoires (le rhume) dans la nuit. Docto machin s’en fou comme les labos. J’ai dû mal comprendre le président où alors lui a dû mal comprendre sa ministre de la santé ou bien ils se foutent du monde ou c’est le bordel le plus total.

Je trouve tout de même un laboratoire d’analyse à plus de vingt kilomètres, paumé dans la cambrousse, qui peut me prendre dans l’après-midi, miracle ! Un gros quart d’heure de voiture dans le potage et me voila à me fourrer des contons tiges dans les narines, quelle chance !

Mais imaginons que j’ai été au RSA, sans voiture, sans abonnement Internet, parce que je n’arrive déjà pas à me loger, me chauffer et me nourrir décemment. Comment aurais-je fait monsieur docto démerde-toi ? Certains pointent du doigt le fait que le virus frappe principalement les classes sociales défavorisés, pourquoi est-ce que ça ne me surprend pas ?

Au moment où je publie ces lignes je viens d’apprendre que je sauvé. Je m’en doutais un peu aussi parce bon voila, j’ai un rhume. Je vais pouvoir retourner travailler et répandre ma crêve parmi mes collègues afin qu’ils expérimentent à leur tour l’efficacité de notre système sanitaire de crise. Bon courage les potes !

MotherCloud

Image

Jusqu’où peut-on aller pour apporter le bonheur ? MotherCloud est un récit à trois voix dans la veine de 1984 et du Meilleur des Mondes. Trois personnages qui nous racontent ce qu’il s’est passé dans le MotherCloud. Il y a Gibson, le patron de l’empire du Cloud à qui il ne reste que quelques jours à vivre, Zianna, l’espionne industrielle qui s’est infiltrée dans le complexe et Praxton, l’ex patron d’une entreprise phagocytée par le Cloud comme temps d’autres et contraint pour manger de devenir un des employés de la multinationale.

MotherCloud propose une vision peu reluisante de nos gafas Amazon, Google, Apple et j’en passe. Une entreprise tentaculaire qui détient le monopole de presque toute la distribution. 

Dans le roman on retrouve les thèmes du mythe de l’entreprise providence, du modèle Amazon, de la surveillance via les objets connectés dans un monde qui s’est effondré, en proie aux conséquences du réchauffement climatique.

L’histoire est menée de main de maître par Rob Hart a tel point qu’il est difficile de s’extraire du récit. Si vous commandiez encore vos objets sur Amazon ou Alibaba, peut-être qu’après avoir lu ce roman vous y réfléchirez à deux fois ensuite. Surtout après avoir lu les remerciements de l’auteur à une certaine Maria Fernandes morte pendant le trajet entre trois Dunkin’ Donuts où elle travaillait à temps partiel pour 550 dollars mensuels.

Journal d’un déconfinement

Image

Le lundi 11 mai 2020, après cinquante-quatre jours de confinement, commençait le déconfinement.

J : Lundi 11 mai 2020 – déconfinement

Vous pensiez être débarrassés de moi et de mes humeurs ? Perdu. C’est le retour du blog, avec un nouvel épisode, celui du déconfinement, qui risque de durer bien plus longtemps que cinquante-quatre ridicules jours. Là vous allez en avoir au moins jusque septembre.

Oui je sais c’est dur, très dur, pour moi aussi d’ailleurs, parce que mine de rien, lorsque je me suis embarqué dans ce journal du confinement le 16 mars dernier, je n’imaginais pas devoir écrire un petit billet chaque jour pendant deux mois. Il y avait des jours où je n’avais rien à raconter, le plus souvent d’ailleurs. Imaginez l’angoisse de la page blanche certains matins devant mon café.

Si vous avez tout lu, bravo, moi je ne l’aurai pas fait. Trop pénible, déjà que la situation n’était pas géniale, en plus suivre les délires d’un blogueur angoissé aux propos parfois fascisants ou simplement débiles pendant une si longue période en comptant le nombre de fautes d’orthographe par ligne, cela force le respect.

Alors rassurez-vous, ce billet n’est qu’une boutade, j’arrête le journal, il n’y aura pas de Journal d’un déconfinement, de toute façon je ne vais plus avoir de temps pour ça, le travail m’appelle, aujourd’hui je n’ai pas arrêté de 6H55 à 17h10 : rappel des consignes, trois infiltrations d’eau, suppression de toutes les corbeilles papier, vérification des expéditions, courrier, un pur enfer et ça va être comme ça pendant cinq jours toutes les semaines, vivement les vacances !

Portez vous bien.

La peste et le choléra

Image

Pourquoi ne pas emprunter à JPL le titre de ce billet ? Il convient parfaitement à la situation.

Les écoles ferment, les tournées de concerts s’annulent les unes après les autres, les restaurants baissent leur rideau de fer, les services publiques fonctionnent au ralenti, les frontières hermétiques sont rétablies, l’épidémie est bien là.

Ai-je peur ? Non. Je ne me suis pas rué dans les supermarchés pour remplir les placards et le congélateur, au pire je mangerais d’abord le chien des voisins, ensuite mon chat puis les enfants. Suis-je parti loin de la civilisation pour échapper au virus et à l’angoisse générale ? Non plus. J’aime bien ma maison, elle contient plein de livres, de BDs, de CDs et de DVDs pour passer le temps. Et puis il faut que j’aille quand même travailler.

Chez nous les agents sont invités à rester à la maison en télétravail, autant dire que le bâtiment est désert. Pour ma part, je fais une rotation avec un collègue pour assurer le fonctionnement du centre, un jour sur deux à arpenter les couloirs déserts et à vérifier que tout fonctionne correctement.

Hier soir, je suis allé à Karlsruhe en catastrophe récupérer le fils d’un ami qui fait ses études là bas. Les frontières fermaient à 8h00 se matin, pour combien de temps, quinze jours, un mois, deux mois, trois mois ? Sa famille habite Toulouse. Le temps de faire la route pour venir le chercher, le filtrage au poste frontière aurait déjà été mis en place. La folie !

Toutes ces mesures, je les comprends et je les approuve. Il faut endiguer l’épidémie, faire en sorte que les hôpitaux puissent accueillir les patients les plus atteints sans avoir à choisir entre deux malades, faute de place.

Ce qui me turlupine par contre, c’est pourquoi si tard ? Pourquoi ne pas avoir réagi tout de suite, lorsque l’épidémie était à notre porte ? Peut-être que si des mesures radicales avaient été prises tout de suite, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Car en Espagne et en Italie, les autorités vont plus loin encore, imposant une quarantaine quasi totale à la population. A quand notre tour ?

La peste et le choléra. La santé et l’économie. Car l’économie s’effondre, inévitablement. Ce stupide système boursier qui vacille au moindre mouvement de panique de la populace est en pleine déroute. Entre le cours du baril qui plonge et les actions des entreprises qui s’effondrent, nous nous approchons à grand pas de la crise de 29. Le chômage va exploser, les PME mettront la clef sous la porte, les fonctionnaires ne seront plus payés, l’état sera en faillite ?

Nous sommes en plein scénario post-apocalyptique. Les rues se vident, les gens se battent pour un paquet de pâtes, les médiathèques sont fermées nous laissant à court de séries TV et de livres. Des personnes louches rôdent sur les trottoirs, toussant dans leur manche, le facteur ne passe plus garnir la boîte aux lettres de disques, les chanteurs éternuent pendant leurs interviews, les promeneurs s’observent à distance et le soleil brille sur la campagne. 

On dirait que la nature se fait une joie de cette épidémie, le taux de CO2 baisse dans l’atmosphère, le prédateur bipède se fait très rare, le chant des oiseaux n’est plus couvert par le bruit des automobiles, les boeufs ne finissent plus entre deux tranches de pain de mie et de ketchup, le printemps arrive, Gaia est en fête.

Bon, puisque je ne peux pas bosser, que le soleil brille, je vais aller m’occuper du jardin, au calme, tondre la pelouse, semer des graines, nettoyer les allées et jouer avec le chat. Portez vous bien, sortez couverts.

Vert

Image

Si j’étais cohérent avec moi-même je voterais Vert aux municipales.

C’est vrai quoi, notre commune est de plus en plus bétonnée, les pistes cyclables sont des suicides avenues, la géothermie non contrôlée risque de provoquer des minis tremblements de terre et l’équipe en place fait élever des tours là où poussait il y a peu du maïs.

Sauf que, sauf que… Le numéro deux sur la liste électorale verte, je le connais bien. Il habite à deux kilomètres du travail et s’y rend dans sa voiture à essence, repart le midi pour manger et revient l’après-midi pour la sieste. Il se gare au plus près pour ne pas avoir à marcher. Il laisse les fenêtres de son bureau ouvertes toute la nuit lorsqu’il fait zéro dehors, il n’éteint pas les lumières, vapote dans les bureaux en dépit de l’interdiction, n’en branle pas une de la journée et figure dans le top ten des pires encadrants de l’histoire de notre maison. D’ailleurs il fait aujourd’hui partie des cas sociaux, des incasables, des placardisés, des « tiens je te le file, démerde toi avec ».

Ecolo lui ? Mon cul…
Vert ? Plus tellement non plus…

Chez lui c’est juste une posture, une manière d’affirmer son mépris de l’ordre établi, son anarchisme militant individualiste.

Il est bien regrettable que de nobles causes soient défendues par des fumistes.

Il vous dira, en “fin” politique qu’il est, que son bilan carbone est excellent car il ne prend pas l’avion, ou le moins souvent possible.

Oui c’est vrai, il ne part pas aux Maldives se bronzer les fesses et évite habilement les réunions à notre maison mère pour cause de grammes de CO². Malin l’animal.

Mais moi non plus, je ne prends pas l’avion, je ne roule pas en voiture pour deux kilomètres, je chauffe le moins possible fenêtres fermées, je mange bio local, je cultive bio, je réfléchis à mes emballages, je composte, je trie, j’utilise des produits ménagers rustiques et je n’ai pourtant pas ma carte des Verts.

Alors pour ces élections je ne voterai pas vert, à cause d’une personne. Les autres sont peut-être de bonnes personnes qui sait, mais si sa liste lui ressemble, ces Verts là ne feront assurément rien de bien à notre ville.

Du coup j’ai le choix entre l’ancien bétonneur endetté et un écolo/sécuritaire avec des projets à la noix. Ça ne va pas être simple de choisir.

Je suis vert…

La poussette électrique

Image

Au commencement Dieu créa le rasoir électrique Philips car l’homme devait chaque jour couper sa barbe avec une lame et de la mousse alors qu’il aurait pu la sectionner avec une machine vibrante. Dieu vit que l’homme était rasé de près et s’en réjouit. 

Dieu récompensa la femme le deuxième jour avec un couteau électrique Moulinex pour la fête des mères. EDF se réjouit du pic de consommation d’énergie pour découper la brioche et le gigot du dimanche midi. 

Le troisième jour, Dieu créa le vélo électrique car il avait fait croitre des montagnes sur la Terre et que Poulidor finissait toujours deuxième.

Le quatrième jour, pour ne léser personne, Dieu offrit aux enfants les trottinettes électriques et remplit enfin les belles salles d’attente des urgences. 

Le cinquième jour, Dieu creusa la Terre pour y puiser les dernières gouttes de pétrole afin que les voitures puissent encore rouler. Dieu offrit également le vibromasseur électrique à l’épouse délaissée par son époux qui roulait dans son bolide. 

Le sixième jour, en panne sèche, Dieu convertit tous les constructeurs automobiles au moteur électrique et le monde fut beau et propre. 

Le septième jour, assis près de Fukushima, les pied dans l’eau radioactive, Dieu s’ennuyait. Il vit passer une petite fille malade traînant une poussette cassée dans laquelle dormait une jolie poupée calcinée. Dieu réalisa alors que le monde était imparfait. Alors pour parachever son oeuvre, Dieu conçu la poussette électrique pour que les mamans ne peinent plus en promenant leurs enfants leucémiques dans les forêts de Tchernobyl. 

Et le monde fut enfin parfait.

The Expanse

Image

Alias avait écrit un billet il y a bien longtemps sur The Expanse, cette série de science-fiction. Une série également basée des romans de James S.A. Corey.

Une histoire complexe qui raconte la rencontre de l’humanité avec une protomolécule agressive alors que les tensions sont très vives entre Mars et laTerre et que les habitants de la ceinture d’astéroïdes vivent dans d’épouvantables conditions, à la limite de l’esclavagisme.

Entre space opéra, politique, terrorisme et science-fiction, The Expanse nous plonge dans un univers complexe avec de nombreux récits parallèles, beaucoup de personnages dont James Holden, le capitaine du Rocinante, un vaisseau « emprunté » aux martiens.

J’avais adoré le roman et lorsque j’ai plongé dans sa mise en images, j’ai retrouvé avec bonheur cet univers fouillé et pas forcément aisé à rendre visuellement. Bien entendu, certains personnages n’ont pas forcément collé à l’image que je m’étais faite d’eux, mais dans l’ensemble, à part justement un Holden un peu pâlichon, j’ai trouvé que la série tenait la route.

Je n’ai toujours pas lu le tome 3, et ça tombe bien puisqu’à la médiathèque ils ne disposaient que des deux premières saisons. Je vais donc attaquer le prochain livre pendant les vacances de Noël, peut-être pendant la nuit du réveillon comme le veut une tradition Islandaise, en attendant que ma médiathèque n’achète la saison trois en DVD.

The Game

Image

Je fais partie des pionniers du numérique français : la première machine sur laquelle j’ai programmé était un TRS 80 de Tandy et j’ai commencé à surfer sur le net aux débuts du web avec Compuserve. Bref je suis un vieux con.

Alors lorsque Alessandro Baricco a publié son essai sur le monde numérique, je me suis précipité chez mon libraire. Car si je suis Mac, iPhone, blogueur, surfeur, je lis encore des livres papiers et écoute des vinyles. 

Alessandro nous raconte l’avènement du numérique, cette révolution technologique et sociale, partant du postulat que les souffrances du XXème siècle ont engendré ce deuxième monde immatériel. J’avoue qu’au début sa thèse m’a laissé quelque peu sceptique lorsque je l’ai écouté présenter son livre sur ARTE dans le 28 Minutes. Il a cependant fini par me convaincre avec ses mots, mais je suis un garçon influençable.

A l’aide de plusieurs moments forts de cette épopée née dans la Silicon Valley (le Web, le moteur de recherche Google, Amazon, l’iPhone, Facebook), présentant quelques piliers de cette construction et traçant pour nous une carte du monde numérique, il raconte l’évolution de notre société, ses résistances, ses paradoxes avec une certaine distance cependant.

Moi qui baigne dans ce monde numérique, j’ai pris conscience de bien des postures, des paradoxes de ce miroir de notre quotidien dans lequel nous passons de plus en plus de temps. Sans être d’accord avec toutes ses assertions (il est artiste, je suis rationnel), il m’a ouvert les yeux sur la révolution culturelle que représente Internet et m’a fait réfléchir à bien des sujets comme ce qu’est aujourd’hui La Vérité dans ce monde deux point zéro.

J’ai pris conscience du Tout en lisant ce livre alors que j’en use chaque jour, l’accès à tous les contenus moyennant pas grand chose. J’ai également découvert que le Mouvement Cinq Etoiles était né sur la toile.

Le livre possède quelques lacunes (je regrette qu’il ait passé sous silence une des grandes révolutions de cette époque, à savoir l’avènement du libre, que ce soit celui de la création artistique ou celui du logiciel), mais il fera réfléchir ceux qui ne le font pas souvent (moi le premier) sur ce nouveau monde fait de réseaux sociaux, d’applications connectées, de jeux, ce monde qu’Alessandro appelle The Game.

En grève

Image

Je ne suis pas syndiqué, je ne suis pas fainéant, je ne suis pas revendicatif, je suis simplement fatigué. Une réforme des retraites est certainement nécessaire, du moins c’est ce que le pouvoir en place nous explique tout le temps, alors allons-y, prenons encore ça dans la figure.

En quinze ans, au gré des réorganisations, je suis passé d’administrateur informatique à concierge, subissant des fermetures de services, des réductions de personnel, des restructurations, tout ça pour éviter un exil à mille kilomètres plus au sud, loin de ma famille, de mes amis.

Maintenant que je débouche les toilettes de mes anciens collègues, que je change leurs ampoules, distribue leur courrier et le gouvernement m’annonce que je vais devoir continuer ce travail plusieurs années supplémentaires si je ne veux pas aller aux restos du cœur quémander mes repas après des années au service de l’état. Alors oui, je suis un peu énervé.

Je ne vous parle même des salaires gelés depuis des mois, de l’incertitude dans laquelle nous vivons au quotidien quant au travail que nous ferons demain, si nous avons encore un travail et où ?

Si je suis en grève, c’est parce que j’en ai vraiment assez que le gouvernement nous impose ses réformes les unes après les autres sans se pencher sur les vrais problèmes de notre société.

L’ONU l’a dit, “nous allons dans le mur avec le réchauffement climatique”. Que fait notre gouvernement ? Rien. Les migrants se noient en Méditerranée. Que font nos politiques ? Ils durcissent les règles d’accueil. Les hôpitaux sont au bord de l’implosion, les déserts médicaux s’agrandissent. Que propose la ministre ? Des augmentations de salaire…

Alors je suis en grève pour tout ça et le reste, le reste c’est ce qui suit, et ça n’est pas moins important :

Je l’avoue, aujourd’hui, pendant ma grève, outre la protestation évidente, ce fut également l’occasion de rester au lit, de terminer le livre The Game d’Alessandro Baricco, de tailler ma vigne, de caler une interview via Skype avec Brieg Guerveno, de réécouter The Pure Shine de Flaming Row, Brave de Marillion et Waiting For Miracles de The Flower Kings. La grève quoi.

Le commerce est loi

Patrouilles de CRS, contrôles et fouille au corps à l’entrée de la ville, transports ne desservant plus le centre, hordes de touristes, cars parkés sur les grands boulevards, la ville est en état de siège; le marché de Noël vient de débuter à Strasbourg. 

Comme je comprends l’exaspération des habitants, noyés dans les vapeurs de vin chaud, les odeurs de churros et les troupeaux en bonnets rouges à clochettes, ces habitants qui ne peuvent plus circuler librement chez eux. Oppressant.

J’ai passé les barrages avec un gros sac noir lourdement rempli de BDs, l’entrouvrant à peine, car il pleuvait ce jour là, ne montrant que la couverture de la première au vigile peu regardant. Caché dessous, il aurait pu y avoir 2 kg de plastique. Mais voilà, je ne dois pas avec la gueule de l’emploi. J’ai une tête de bon français. 

A quoi tout ce dispositif sert-il ? A rassurer les touristes qui dépensent leurs euros au marché de Noël, dans les restaurants, les hôtels et les boutiques de luxe ? 

C’est vrai, l’an passé nous avons eu peur, et c’est bien naturel, pensez donc, une fusillade en plein centre ville.

Mais est-ce que le dispositif alors en place a arrêté le tueur ? Non.

La ville sent les marrons grillés, le vin chaud, la cannelle, la vanille de synthèse. Les vitrines croulent sous les décorations et les chalets sont installés sur la place de la cathédrale.

Pourtant je n’ai pas envie de visiter le Marché de Noël cette année, encore moins que l’an passé. Trop de touristes se pressent dans les allées, trop de policiers scrutent les visiteurs, trop de Strasbourgeois sont pris au piège dans leurs appartements attendant que tout cela se termine enfin.

J’aimais tant le Marché de Noël avant que Strasbourg n’en devienne la capitale, avant l’invasion touristique de masse et la sécurisation à outrance. 

Aujourd’hui, avec ces barrages, cette foule compacte, cette agression sonore, ces patrouilles armées jusqu’aux dents, étrangement, j’éprouve plus que jamais un sentiment d’insécurité alors que je devrais être émerveillé par la magie de Noël. Quelque chose s’est brisé.