Le bilan 2022

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Chroniques en Images existe maintenant depuis mai 2020. Au menu chaque lundi, une vidéo accompagnée d’un article dans le blog. 

Sept jours d’écoute, une heure de rédaction, quinze minutes de tournage (les bons jours) et une autre heure de montage puis la publication pour de dix à sept cent vues en fonction du sujet. Voilà pour les chiffres.

Bon, en moyenne c’est plutôt une vingtaine de vues par vidéo, autant dire rien du tout, sorti du dernier Marillion, de Arena, Pendragon et quelques autres chroniques. La tendance est tout de même légèrement à la hausse depuis la chronique d’Arena, mais pour combien de temps ?

Je reçois encore quelques solicitations médias que je refuse poliment, car depuis le début, à quelques rares exceptions près, je ne parle plus que des albums que j’ai acheté. Évidemment je loupe beaucoup de sorties mais je me fais avant tout plaisir, sans pression et sans stress. Pour le stress j’ai le travail.

Je n’envisage pas de changer de formule ni de rythme en 2023. Ma routine me convient. Je travaille toujours un peu sur l’amélioration des éclairages et du son, je regarde un nouveau logiciel de montage sans avoir encore franchi le pas. Reste à prendre des leçons de communication. 

Croyez-le ou non, je suis très à l’aise devant un public, même en vidéo conférence, mais coincé devant l’objectif de la caméra avec mon script, je passe en mode robot avec un balais enfoncé dans le fondement. Aïe…

J’achète un peu moins de vinyles, toujours autant de CD et j’ai nettement augmenté ma collection d’albums numériques, principalement sur Bandcamp. En fait je pense que depuis que j’ai arrêté Neoprog, j’achète plus de musique, même si j’en écoute beaucoup moins.

J’ai conscience que le public de Chroniques En Images est très progueux mais je vais continuer d’écouter du métal et à en parler parce que j’aime la musique qui poutre, le folk, le classique et le prog. Même que des fois j’écoute de la pop.

Pour finir ce bilan je tiens à remercier Stéphane Gallay que je plagie honteusement depuis des mois ainsi que les quelques personnes qui regardent ces vidéos et les rares fanatiques qui commentent et mettent des j’aime. 

Passez de bonnes fêtes de fin d’année !

Threshold – Dividing Lines

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Dans les grands noms du métal progressif, on oublie parfois de citer les britanniques de Threshold. Peut-être encore un des multiples effets indésirables du Brexit. 

En près de trente-quatre années de carrière, le groupe a connu de nombreux changements de line up. Le plus notable fut sans doute le remplacement de Damian Wilson par Glynn en 2017.

Leur nouvel album Dividing Lines sorti cette année, propose dix morceaux pour une heure cinq de musique dont deux pièces épiques de plus de dix minutes, ‘The Domino Effect’ et ‘Defence Condition’.

La pochette reflète bien la noirceur du propos du dernier Threshold. Un paysage en ruines dans le ciel duquel flotte une demi sphère de roche sur laquelle repose un massif montagneux idyllique. Un bout de planète préservée arraché à la terre. Au milieu des gravats, un homme à genoux, tend le bras vers ce paradis perdu désormais inaccessible.

On pourrait dire que ce nouvel opus est sans surprise. Il s’agit d’un Threshold classique, de belle facture, confortable, efficace, assez éloigné de leur précédent double album Legends Of The Shires qui voyait le retour de Glynn. Du metal progressif easy listening que l’on adopte dès la première écoute.

L’album prend parfois des airs d’Arena ou de Saga comme dans ‘Lost Along The Way’. Le solo de guitare de ‘The Domino Effect’ fait penser à du Pendragon et les claviers virtuoses s’apparentent parfois, comme dans ‘Silenced’, à du Dream Theater.

Tout cela pour vous dire qu’avec Dividing Lines, le progueux restera clairement dans sa zone de confort de ‘Haunted’ jusqu’ à ‘Defence Condition’.

Si j’adore la voix de Damian Wilson, j’avoue que Glynn Morgan est particulièrement convaincant ici. On ne perd pas au change, même si ça me fait mal de le reconnaître.

Mon morceau préféré s’appelle ‘Silenced’. Un titre qui débute sur du chant vocodé, et qui poursuit avec des claviers brillantissimes et un refrain dans la veine de ‘The Show Must Go On’ de Queen.

J’ai adopté l’album dès la première écoute. Cela signifie qu’il est possible que je l’oublie également assez vite, même s’il est très bien. Il ressemble en effet à de nombreux autres classiques du genre ce qui le rend à la fois très confortable mais également peu original.

Mais ne boudez pas votre plaisir, vous pouvez l’écouter sur Bandcamp.

Ticket To The Moon – Elements

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Dans une autre vie, je faisais beaucoup la promotion des productions françaises, des groupes amateurs et de la scène locale. Aujourd’hui nettement moins. D’une part parce que je chronique à un rythme plus raisonnable, ensuite, parce que je me fais surtout plaisir.

Toutefois, quelques-unes de ces formations méconnues ont résisté au temps et à mon écrémage. Ticket To The Moon en est une. Le groupe est un quatuor franco suisse post-rock metal devenu sur ce dernier album Elements 100% instrumental.

Il faut dire que dans leurs précédents opus, le chant n’était pas leur point fort. Par contre, pour ce qui est de tisser des atmosphères, en studio comme en live, ils sont très forts.

Leur dernier bébé Elements propose onze pistes de une à neuf minutes pour trois quart d’heure de musique. Une coquille de nautile sur fond bleu illustre la pochette. Ses alvéoles dignes d’une suite de fibonacci abritent les éléments des alchimistes : l’air, le feu, l’eau et la terre. Un visuel très réussi qui donne envie d’écouter la musique qu’il enveloppe.

Ticket to the Moon c’est du cinématique post-rock metal progressif à la guitare, claviers, basse et batterie.

Elements, contrairement à ses prédécesseurs, n’a pas de chant, ni même de bruitages ou d’enregistrement audio pour raconter son histoire. Seuls les noms des onze titres vous guident tout au long du récit.

Deux pistes assez étranges vous mettent sur la voie : ‘Pulsar B0531+21’ et ‘Pulsar B2020+28’. ‘Pulsar Punta Jolinas Radar’ fournit peut-être la clé de cette histoire.

Un pulsar est une petite étoile hyper dense qui tourne sur elle-même à très grande vitesse en émettant un rayonnement intense. Et certains radars, comme celui de la base militaire de Punta Salinas à Porto Rico sont capables de les détecter. Ce sont ces émissions radio étonnantes que l’on entend dans les deux premiers titres précités.

Ticket to the Moon peut donner dans le metal rageur, limite tabasseur avant de lâcher un solo de guitare mélodique à souhait puis s’embarquer en électro-acoustique dans une plaisante balade. On appelle cela du metal-progressif.

Mais une autre facette de nos franco-suisses est un post-rock cinématique qui pose des ambiances avec quelques nappes de claviers. Le mélange est suffisamment varié pour ne pas tourner en rond pendant quarante-cinq minutes et proposer un agréable voyage musical.

Un de mes morceaux préférés est le titre album qui combine le metal progressif avec des éléments symphoniques. J’ai également un faible pour les envolées de guitares du magnifique ‘Crossing Skies’, pour le délicat ‘Xyz’ sans parler du long ‘Behind the Mist’ et ses presque neuf minutes.

Elements qui vient également de sortir en édition physique, est un nouvel album accrocheur de Ticket to The Moon. Il séduira les amateurs de metal progressif instrumental. Vous pouvez le trouver sur de nombreuses plateformes numériques en attendant de pouvoir écouter le groupe en live dans la région prochainement.

Hypnagone – Qu’il Passe

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Si vous appréciez Gojira et Klone et que êtes un peu chauvin, difficile de passer à côté du premier album du jeune groupe français Hypnagone.

Le quatuor metal progressif n’a pas froid aux yeux. Il mélange growl, atmosphères floydiennes, influences jazzy, chant clair, cinématique space rock et metal. De fait, l’album intitulé Qu’il Passe, séduira forcément un prog head pendant au moins quelques minutes, quitte à l’effrayer un peu à d’autres moments. Et des moments, il va y en avoir beaucoup pendant plus d’une heure et onze morceaux. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’album n’a rien de monotone. Cela va en effet du très planant ‘Moss’ au ‘White Fields’ écartelé.

Voilà plus d’une année que j’attendais la sortie de Qu’il Passe, après avoir découvert leur single ‘Shibboleth’ sur Youtube. Si ce premier titre m’avait emballé, j’avoue qu’il m’a fallu pas mal de temps ensuite pour apprivoiser l’album.

Parce que voilà, Hypnagone se vautre parfois dans le metal extrême et le growl est tout particulièrement goret, limite s’il ne déchire pas les tympans comme dans ‘White Fields’. ‘Spannungsbogen’ est également pas mal dans son genre question gueulante mais il est à classer à part, tant son écriture est juste géniale, limite expérimentale avec même des passages de chant clair.

Il y a également ‘Dross’, truc assez barré, metal jazz cinématique growlé, que l’on aurait tendance à rejeter au premier contact et qui s’avère au final incroyablement complexe et perturbant. Mais comme le titre précédent, il est génial.

Heureusement pour vous, les titres extrêmes alternent avec des choses nettement plus mélodiques qui atténuent pas mal la violence de la musique comme dans ‘The Step Inward’ qui succède au terrifiant et génial ‘Spannungsbogen’.

Plusieurs pièces flirtent avec les huit minutes, des longs formats très progressifs qui laissent du temps à la musique de prendre sa pleine mesure. L’album est encadré par deux instrumentaux façon post-rock, ‘Arrival’ et ‘Light Bulb’, une habile manière d’entrer en matière et d’en ressortir en douceur.  A tel point que l’on se demande, à la fin de ‘Light Bulb’, pour quelle raison on se retrouve avec des ecchymoses aux oreilles. Du coup, on repart pour un tour, et arrivé à ‘Spannungsbogen’, on se souvient.

N’oublions pas le troisième instrumental ‘Elegy’ qui fait suite à l’éprouvant ‘White Fields’. Une pièce de moins de trois minutes sur des enregistrements audio en français. Pas mal de morceaux jouent de compromis. Le chant clair et le growl se partagent équitablement le temps de parole comme dans le titre ‘The Step Inward’ et cela rend l’écoute nettement plus facile pour un prog head.

Mais surprise, au milieu de l’album pousse un arbre, un titre jazzy à souhait, sorte de parenthèse au milieu de cette tempête de métal où brille un sublime solo de guitare d’anthologie signé Eric Hurpeau.

Il y du pour et du contre sur ce premier album du groupe Hypnagone. Le growl phagocyte un peu trop la partition pour l’ancien baba cool que je fus et si je n’ai rien contre les cris, ici je suis moyennement fan du timbre. Après, il y a des compositions éblouissantes comme ‘Shibboleth’, ‘Spannungsbogen’, ‘Dross’ ou ‘L’arbre’, alors si le growl ne vous fait pas peur, allez y jeter une oreille attentive il est sur Bandcamp

TBGE – Memories Of Machines

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Vous connaissez sans doute les deux groupes négationnistes du rock progressif, No Man et Nosound.

Figurez-vous qu’il y a onze ans, deux de leurs membres, Tim Bowness et Giancarlo Erra se sont réunis pour un unique album intitulé Warm Winter. En février dernier, le label Kscope rééditait une version remixée et étendue de l’album sous un nouveau nom, Memories Of Machines.

Tim Bowness en solo a quelque chose de doucereux et déprimant. Nosound proposent quant à eux un prog cinématique lent et tourmenté assez unique. Alors l’association des ces deux talents n’allait assurément pas accoucher de death metal.

Memories Of Machines ce sont douze titres de quatre minutes en moyenne avec un grand format de dix et une ouverture d’une minute. On retrouve sur ces morceaux de grands noms du rock progressif comme Fripp, Hammill, Matheos, Edwin, les membres de Nosound, les musiciens de Tim et plein d’autres artistes.

Ne nous mentons pas. Memories Of Machines séduira principalement les amateurs de Tim Bowness et de Nosound. On retrouve la douceur mélancolico dépressive de Bowness et les structures post-rock cinématiques des nappes des guitares de Erra. Le genre d’album qui offre une sensation d’apesanteur après avoir écouté les montagnes russes du metal progressif.

Autant le dernier Tim Bowness me laisse dubitatif comme l’album solo de Giancarlo, et ceci pour des raisons très différentes, autant Memories Of Machines réveille en moi le plaisir de Lost In The Ghost Light ou de Afterthoughts.

De nombreux instruments se croisent sur les douze morceaux, principalement le piano et les guitares mais également du saxophone, des violons, un violoncelle, des claviers et la basse de Colin. Des influences à la Pink Floyd sont palpables sur plusieurs titres comme ‘Before We Fall’ et plus nettement encore dans ‘Schoolyard Ghosts’. Quant au titre le plus proche de Nosound, il s’agit sans doute ‘Lucky You Lucky Me’ avec ces guitares et claviers éthérés.

‘At The Center Of It All’ fort de ses presque dix minutes ne brille pas vraiment par ses rebondissements sorti de sa longue ouverture post-rock cinématique. Le titre est planant, ponctué de violons et du chant déprimé de Tim. Disons que ce n’est pas mon préféré.

Si vous aimez Bowness et Nosound n’hésitez pas si vous n’avez pas encore découvert cet album. Il va vous plaire. Pour ceux qui ne connaissent pas ces groupes, Memories Of Machines est une belle introduction à leurs univers respectifs. Un album paisible qui se déguste au casque comme en musique de fond. Mais évitez tout de même de l’écouter les jours de mélancolie.

Cosmograf – Heroic Materials

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A 99 ans, l’ancien aviateur William May, indicatif ‘Billy’, jette un œil sur sa vie et réalise qu’il ne comprend plus rien au monde qui l’entoure. Il a combattu dans la Royal Air Force à bord d’un Spitfire lors de la Seconde Guerre mondiale. Lui qui fut le roi du ciel dans son avion, héros de guerre et aujourd’hui il n’est plus qu’un vieil homme perdu dans ce monde qui a tant changé.

Avec Heroic Materials, nous voici plongés dans un nouveau récit en musique de trois quart d’heure et dix morceaux, dont une pièce fleuve de treize minutes, composé et joué par Robin Armstrong, l’homme derrière le projet Cosmograf.

Je n’adhère pas à tout ce qu’à pu écrire Robin par le passé mais si je devais ne retenir que trois albums de son œuvre, ce seraient The Man Left In Space en 2013, The Hay-Man Dreams en 2017 et Heroic Materials cette année.

Pour ce disque, Robin est accompagné de Danny Manners (ex Big Big Train) au piano sur le titre album et de Kyle Fenton à la batterie de l’excellent groupe Arrival. Ici pas d’invité vedette pour faire la promotion mais Cosmograf a suffisamment de notoriété dans la sphère progressive pour pouvoir s’en passer même s’il ne signe toujours pas avec des labels comme Kscope ou Inside Out.

J’avoue que j’ai pris peur en écoutant le premier titre de l’album. Dans ‘I Recall’, Robin chante vraiment très perché, trop haut diraient certains et cela ne repose pas vraiment les oreilles. Par chance, cela ne dure que trois minutes. Après, il redescend légèrement dans la gamme et c’est nettement plus confortable.

Pour situer Cosmograf, sa musique s’apparente un peu à du Porcupine Tree, aux Beatles, à Marillion ou à Pink Floyd par exemple. Je ne dit pas néo-prog, car sinon ils vont encore s’énerver avec John Mitchell, et d’ailleurs, ça n’est justement pas du néo-prog, mais plus une pop progressive. 

Il s’agit d’un rock progressif, parfois cinématique avec quelques bruitages et enregistrements audio qui illustrent les morceaux comme dans le court ‘Here’. Le chant est très présent sorti de ‘Regretful Refrain’, ‘Here’ et ‘Heroic Materials’, accompagné par une musique bien équilibrée entre claviers et guitares aux références confortables. Par exemple, ‘Regretful Refrain’ rappelle Pink Floyd quand ‘If Things Don’t Change’ se rapproche plus de Porcupine Tree.

L’humain est toujours au cœur des histoires de Cosmograf et une de ses  forces réside dans l’émotion qui se dégage de son travail. Les bons albums de Robin bouleverse celui qui les écoute et Heroic Materials n’échappe pas à la règle. A tel point que je me suis posé la question de me l’offrir en vinyle (je sais la planète blablabla…) mais à plus de 40 euros la galette frais de port compris plus les taxes, ça fait réfléchir tout de même. Bon, je l’ai pré-commandé quand même.

Le titre album, avec Danny Manners au piano, joue également d’orgues et de guitares progressives pour évoquer les avions de chasse ainsi que le début de la guerre, lorsque William s’engage à 18 ans dans la Royal Air Force. Un titre progressif à souhait avec de grandes sections instrumentales et changements de tempos. Une pièce magistrale qui n’éclipse pourtant pas les autres morceaux de l’album. 

Je l’ai déjà dit plus haut, Heroic Materials figure parmi mes trois albums préférés de Cosmograf. Peut-être le meilleur bien que The Hay-Man Dreams soit fabuleux. Il rentre de ce pas dans mon top 2022. Si vous avez peur de dépenser plus de quarante euros pour l’écouter lorsque le vinyle aura été pressé, vous pouvez toujours l’écouter sur Bandcamp et plus si affinités.

Wardruna – First Flight Of The White Raven

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Un corbeau albinos aux yeux bleus prend son premier envol au royaume de Norvège. Six silhouettes armées d’étonnants instruments se détachent d’un mur de feuilles d’or où luit un arc ciel. 

Deux voix, l’une féminine, l’autre masculine, lancent d’étranges mélopées à la foule hypnotisée dans la nuit brûlante. Wardruna est rentré dans ma vie de 24 juillet 2022, en clôture du Rock Your Brain Fest, alors que j’allais rentrer me coucher après dix heures passées à courir d’une scène à l’autre. Ce sont les éclairages de la Main Stage qui m’ont retenu. Et puis la musique est arrivée, du néo folk mystique joué sur des instruments acoustiques tous plus fascinants les uns que les autres.

De retour à la maison, j’ai rendu visite à mon disquaire préféré et il l’avait, le First Flight Of The White Raven, en double vinyle 180 grammes s’il vous plaît. 

Depuis, je suis en transe.

Je croyais que mon ami Alias en avait déjà parlé, alors j’étais en confiance. Mais non, le bougre n’a pas encore chroniqué leur musique. Incroyable ! Pourtant Wardruna c’est un peu du Solstafir marié à du Arstidir sans les instruments électriques. Bruitages, guimbarde, lur, harpe, flûtes à os, violon, percussions, corne de bouc, jouhikko, tronc d’arbre, corne de chèvre et voix créent un univers sonore metal atmosphérique traditionnel totalement immersif qui siérait parfaitement à la B.O. d’un film comme celle de la série Viking en 2014.

Je me retrouve avec deux versions de Kvitravn ou First Flight Of The White Raven. Le double vinyle treize titres et celle de iTunes comportant vingt-quatre pièces dont onze morceaux enregistrés en studio et treize en live. 

J’en ai déduit que le vinyle était la version live de l’album studio. Mais laquelle présenter ? J’ai une préférence pour le live studio et un goût prononcé pour les vinyles mais je vous  parlerai un peu des deux.

Deux voix, celle grave et profonde de Einar et celle claire et médium de Lindy, des choeurs mystiques, un orage qui gronde, un corbeau qui croasse, le vent qui souffle, un violon solitaire, des percussions tribales, une flûte qui s’élève dans la nuit, leur musique va vous envelopper dans son manteau de brume et de magie.

‘Rothaust Tre Fell’, présent dans l’édition live, donne dans le folk metal avec ses voix gutturales, presque criées quand ‘Munin’, tiré de l’album studio, sonne comme une pièce médiévale. ‘Kvitravn’ nous emporte dans sa mystique quasi shamanique, un titre qui figure dans les deux versions. Enfin ‘Viseveiding’, que l’on trouve dans la version studio uniquement, sonne comme une fête campagnarde d’un autre temps, dansante et sombre à la fois.

Il faut peut-être avoir baigné dans Malicorne, Alan Stivell ou Dan ar Braz pour goûter à cette musique hors du commun. Pour ma part, j’ai été fasciné, ébloui, envoûté par Wardruna.

First Flight Of The White Raven va figurer dans ma sélection du meilleur album 2022 avec une bonne chance de décrocher la timbale.

Uchroniques

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Une uchronie est récit fictif construit à partir d’un point de départ historique. Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que mes chroniques sont des formes d’uchronies.

Vous vous doutez bien que j’écoute beaucoup plus d’albums que je n’en chronique. Au début je résumais ces écoutes dans des Compressé qui n’ont pas eu beaucoup de succès. Alors j’ai arrêté.

Panem et circenses qu’il disait…

Je ne parle plus des albums moyens moins, des disques dont des confrères ont magnifiquement fait l’éloge, des EPs et des choses trop étranges pour intéresser un seul abonné YouTube. Il y a toutefois quelques rares entorses à cette charte de temps en temps.

Malgré cette sélection drastique, j’ai toujours un temps d’avance comme diraient certains collègues. Comprenez, j’ai plusieurs vidéos enregistrées prêtes à être mises en ligne et encore plus de scripts qui n’attendent qu’à être enregistrés. 

Pour tout vous dire, j’ai quatre vidéos en stock et six albums chroniqués à filmer. Du coup je pourrais publier à plus haute fréquence, genre deux fois par semaine. Mais je ne veux pas retomber dans le piège de la productivité du webzine Neoprog. Et puis il y a des semaines avec des baisses de forme où je suis trop à plat pour enregistrer une vidéo. J’aime bien avoir ce petit matelas de sécurité pour les vacances et les coups de pompe.

Le défaut, c’est qu’à partir du moment où la vidéo est enregistrée, elle devient une uchronie. Je m’explique : ce que j’y raconte se détache du flux temporel principal pour ne plus évoluer avec moi. Lorsque je mets en ligne la chronique, l’album que j’annonce prochainement acheter a déjà tourné en boucle pendant des heures sur ma platine, le concert prévu a été annulé, mon enthousiasme du moment est retombé, bref je suis parfois en total décalage avec ce que j’ai dit alors.

C’est pour cela que je n’annonce plus le prochain album, car plusieurs fois j’ai inversé la programmation à la dernière minute parce que le disque n’était pas arrivé à temps ou que, au contraire, je voulais rapidement faire la retape d’un nouveau coup de cœur.

Je pourrais y remédier en ré enregistrant la chronique mais voilà, je suis terriblement feignant. Il m’est arrivé de revoir le montage, de couper un passage, mais rien de plus. Je pourrais ne pas avoir de chronique en stock histoire de coller au plus près au flux temporel mais cela me stresserait trop et vous risqueriez d’être privé de votre YouTube du lundi. Donc vous devrez faire avec ces uchroniques. Certaines sautent aux yeux, d’autres sont plus subtiles.

Si vous vous ennuyez cette semaine, vous pouvez faire remonter dans les commentaires les plus flagrantes anomalies spatio-temporelles des Chroniques en Images. Ca me ferait quelques commentaires…

Arstidir – Pendull

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Par ces fortes chaleurs, il est bon de se rafraîchir, même en musique. Alors partons vers une île proche du cercle polaire pour retrouver Arstidir et leur album Pendull sorti en 2021.

J’étais tombé sur eux par hasard grâce à Anneke il y a quelques années avec le disque Verloren Verleden. Une belle collaboration qui m’avait donné envie de découvrir leurs propres compisitions. Ils écrivent et chantent du folk traditionnel islandais en anglais comme dans leur langue natale avec quelques touches électro pop dans leur deux derniers disques.

C’est lorsqu’ils sont authentiques, en islandais et en acoustique que je les préfère, lorsqu’ils reprennent acapela des chansons traditionnelles de Noël en concert.

J’étais passé à côté de la sortie de Pendull l’an passé et c’est la vidéo de ‘Þarfir’ qui m’a remis sur le droit chemin. Il faut dire que Nivalis, sorti en 2018, m’avait un peu déçu après le sublime Hvel paru en 2015.

Cette fois, ils reviennent à l’acoustique et l’islandais avec la présence d’un quatuor à cordes et d’une chanteuse, mais sans Karl James qui a quitté le navire. Pendull est un album de seulement trente-cinq minutes et neuf morceaux. 

Sorti du long ‘Þarfir’, ce sont de petites pièces de trois à quatre minutes. Pour bien situer l’album, Pendull est moins folk et moins sombre que Hvel et plus traditionnel de Nivalis.

Pendull représente l’hiver, la nature islandaise, la nuit polaire et les aurores boréales. Un album mélancolique, nostalgique, introspectif et néanmoins léger à écouter.

Le dernier titre de la face A, ‘ Endatafl’, est un peu trop symphonique à mon goût avec son violoncelle à la manière de Games Of Thrones. Il s’agit toutefois de l’exception de l’album, même si le quatuor à cordes occupe beaucoup d’espace sur les autres morceaux.

Le dernier titre de la face B, ‘Þarfir’ est certainement le plus pop et le plus long avec presque six minutes trente. La voix de Sloveig y prend également une plus grande place que dans ‘Edentafi’ et ‘Lifins Pendull’ où elle se contente de chœurs.

C’est le second titre de l’album qui a ma préférence, sans doute pour son côté très folk islandais, enfin l’image que je m’en fais en ayant écouté quelques artistes de cette île fascinante peuplée de volcans. 

Le tube de Pendull s’intitule ‘Hornsteinn’. Un titre commercial à la Aha qui pourrait faire un tabac sur les ondes si les médias se penchaient un jour sur ce trio talentueux.

Pendull trouve le juste équilibre entre tradition et modernité en ne cédant pas aux chimères du chant en anglais. Il n’a certes pas la puissance évocatrice de Hvel mais il ravira les amateurs du genre.

Hats Off Gentlemen It’s Adequate – The Confidence Trick

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Hats Off Gentlemen It’s Adequate fait partie des groupes découverts à l’époque du magazine Neoprog. 

Si je n’ai pas toujours été tendre avec Malcom Galloway et sa voix, il possède néanmoins d’indéniables qualités de pianiste et de compositeur. Et c’est justement une de ses compositions, un instrumental mi progressif, mi classique, qui m’a décidé à commander son sixième album.

Hats Off Gentlemen It’s Adequate surfe sur une vague néo-progressive symphonique avec quelques touches de musique classique, chanté, devrais-je dire parlé, avec une seule corde vocale. Un peu comme du The Tangent en moins fusion sorti du titre ‘Lava Lamprey’. 

The Confidence Trick décline treize morceaux de une à dix minutes en un peu plus d’une heure où se glissent plusieurs instrumentaux. 

Seuls trois artistes jouent sur cet album, Malcolm Gallaway, Mark Galand qui a participé également à la composition et Kathryn Thomas. Un trio mais de nombreux instruments, claviers, synthétiseurs, guitares, basse, stick Chapman, flûtes ainsi que deux voix, celles de Galloway et de Thomas. Et si la batterie est programmée, cela n’altère nullement la qualité des morceaux.

The Confidence Trick parle des erreurs de l’histoire que l’homme s’entête à les reproduire comme dans le long instrumental ‘Refuge’ où Malcolm évoque sa grand-mère pourchassée par les nazis. 

Malcolm chante sur quelques notes très resserrées dans les médiums avec un phrasé quasi parlé. C’est donc naturellement sur les titres instrumentaux que je trouve principalement mon bonheur.

Cela n’empêche pas quelques coups de cœur comme avec le magnifique ‘Another Plague’ à mi-chemin entre Pink Floyd et Fish, un de mes titres préférés de l’album. Mais c’est le symphonico progressif ‘Refuge’ à l’écriture très cinématique, qui flirte avec le contemporain dans sa partie centrale tourmentée et vers la fin que j’écoute et je réécoute sans me lasser. Le morceau fait songer à la musique du Voyage de Chihiro ainsi qu’à celle du jeu vidéo Le Docteur Layton.

J’aime également beaucoup ‘Silence Is A Statement’, ‘Cygnus’, ‘End Of Line’ et ‘Pretending To Breath’. Quant au titre album, il fait beaucoup penser à du Marillion dernière époque par ses guitares, la ligne vocale et la basse ronde. Par contre ‘Perky Pat’ aux claviers néo-électros et le ‘World War Terminus’ plus parlé que chanté ne m’ont guère emballé.

Si ‘Refuge’ tient le haut du panier, The Confidence Trick recèle d’autres pépites et se révèle un bel album dans son ensemble. Il est à découvrir sur Bandcamp.