Oui d’accord, il s’agit encore d’un Marvel… Et croyez-moi, les mecs habillé de latex moulant ça n’est vraiment pas ma came. Pourtant je suis en train de regarder Moon Knight et j’en suis carrément accroc.
C’est une série en six épisodes qui passe actuellement sur Disney+ avec Oscar Isaac (vous savez le pilote de Star Wars). Encore une histoire de super héros schizophrène qui est parfois Steven le gentil, Marc le bourrin ou Moon Knight le vengeur masqué qui lui même possède deux formes. Ca veut dire quatre personnages dans un même corps ? En gros oui.
Marc Spector alias Moon Knight est apparu dans les comics en 1975. Il meurt lors d’un combat alors qu’il travaillait comme mercenaire en Egypte et revient à la vie grace au dieu égyptien de la lune, également dieu de la vengance. De retour aux U.S.A., il devient l’homme d’affaire Steven Grant le jour et le justicier Moon Knight la nuit.
Là où la série Moon Knight sort des clichés des super héros moule burnes à cape rouge et bleue, c’est que les aventures de Marc et Steven ressemblent plus à du Indiana Jones qu’à du superman. Ici on ne sauve pas les gens, on sauve l’humanité du grand méchant Arthur Arrow joué par Ethan Hawke. Heu ? C’est quoi le changement alors ? Ben ça ressemble plus à du Indiana Jones, c’est pas compliqué à comprendre si ? Il est question de dieux égyptiens, d’ancien temples, de justice et de mort. En fait il y a même un peu l’idée du film The Minority Report, avec cette justice rendue avant que le couple potentiel ne commette l’irréparable.
Steven est une tafiole, Marc un tueur impitoyable et leur cohabitation dans le même corps, surtout avec proximité de l’ex femme de Marc jouée par May Calamawy, n’est pas sans poser quelques problèmes. Il y a de l’humour, des effets spéciaux, de la baston, des frissons, bref ça fonctionne plutôt bien et surtout ce n’est pas trop pro U.S.A. pour une fois.
Cherche petite maison au calme avec jardinet à proximité de Strasbourg. Pas sérieux s’abstenir.
Une maison au calme, comprenez loin d’une rue passante et sans voisins bruyants, surtout la nuit. Idéalement avec ni piscine ni chien dans un kilomètre de rayon.
A proximité de Strasbourg, si possible à Strasbourg même, du moins à moins de 10 kilomètres avec des transports en commun et la proximité d’une gare.
Petite, enfin, au minimum trois chambres, un salon, deux salles de bains, deux WC séparés, une cave, un grenier et un garage.
Le jardinet ne doit pas être trop grand mais permettre de faire pousser quelques arbres fruitiers, de cultiver un potager, de profiter d’une terrasse ombragée pour l’été, d’un peu d’herbe, de quelques fleurs et aucun de vis à vis avec les voisins bien entendu. Un jardinet de 5 ares à dix ares serait parfait.
Le salon doit pouvoir contenir un piano quart de queue, un home cinéma, une installation hifi, une grande bibliothèque, de la place pour un piano numérique, les CDs, les vinyles, les BDs et un violoncelle.
S’il y avait une ou deux pièces supplémentaires pour installer un studio d’enregistrement vidéo et une salle de musique insonorisée, ce serait un plus.
Une maison de caractère, de préférence ancienne et de plein pied pour les vieux jours. Ancienne mais avec un bon bilan énergétique parce qu’il faut rester écolo quand même.
Enfin, il ne faudrait pas que ce soit trop cher non plus.
Vous avez ça en magasin ?
Depuis quelques mois, nous cherchons la maison de nos rêves. Nous en avons visité beaucoup, vraiment beaucoup. Des ruines avec tout à refaire, électricité, chauffage, isolation, des horreurs innommables, des maisons de nains, des trucs sympathiques à quarante minutes de route sans transport en commun, des habitions au bord de l’autoroute, des passoires énergétiques, et même des jolies demeures pour gens normaux.
Ici en cassant le mur vous pourriez faire un grand salon. Faut l’imaginer avec du double vitrage et une cuisine équipée. Le grenier offre un grand volume dans lequel vous pourriez ajouter deux chambres et une salle de bain avec WC pour moins de vingt mille euros. Le chauffage central est une ancienne chaudière au fioul, mais elle fonctionne encore. La cave ajoute cinquante mètres carrés à la surface totale, ça fait un beau volume de cent mètres carrés. Le quartier est calme lorsqu’il y a peu de trafic aérien. Vous ne préférez pas un appartement ? Le jardin est en friche mais possède un beau potentiel. Alors, pour aller dans la seconde partie de la maison, il faut passer par cette salle de bain. Ici vous pourriez faire un gite ou mettre votre piano madame. Ce sont deux petites maisons en fait, mais elles disposent du même chauffage central.
Rho quelle est belle ! Tu as vu l’immense salon ! On met le piano là, la table monastère ici, la bibliothèque là. A l’étage tu peux installer le home cinéma, ton bureau, tes disques. Y a de la place pour faire un potager, tu as vu ? On signe ?
Combien de facture d’électricité par an ? Trois mille euros quand on fait marcher la cheminée ? Et la route devant mène à la gravière, combien de camions passent par jour ? Ha…
Elle est bien celle-ci hein ? Isolée, presque neuve, dans un quartier calme avec un petit jardin et un garage. Parfaite ! Une habitation pour famille raisonnable, fonctionnelle et sobre énergiquement. On signe ?
Chérie ? On met où le piano ? Dans le garage ? L’écran du vidéo projecteur, on le met sur quel mur ? Les disques, on les range dans les combles ? Où vas-tu jouer du violoncelle ? On vire les enfants ? Plus de potager alors ? On renonce aux BDs ? Tu as un coin pour tes partitions ? Moi je ne sais pas où caser mon matos vidéo.
Sur la trentaine de bien visités, nous avons hésité deux fois, enfin pendant quelques minutes. Et puis nous sommes rentrés à la maison. Le chien du voisin à gueulé comme d’habitude mais notre jardinet est si mignon avec son potager, ses arbres fruitiers, ses massifs de fleurs et sa terrasse avec pergola que nous n’avons rien regretté. Une jolie maison alsacienne bleue à colombages un peu penchée. Une maison avec trois chambres spacieuses, une grande cuisine et de multiples salons, pour le piano, la hifi, le home cinéma, le violoncelle et même un bureau pour mon épouse. Une maison en ville, à trois kilomètres du travail, dix minutes à vélo, près des transports en commun, de la boulangerie, d’une épicerie, près d’une forêt et pas si loin des Vosges tout compte fait. Que demander de plus, à part un peu de calme ?
Quand ma femme va lire ça, je vais prendre cher. C’est vrai, c’est moi qui me plaint tout le temps des voisins, mais je l’aime notre vieille maison et son jardin tout en longueur. Ça ne va pas être facile de trouver mieux et moins cher…
Si j’écoute Moon Halo, c’est principalement parce que Marc Atkinson, le chanteur du groupe, figure dans mon top ten vocal.
J’ai connu Marc avec Nine Stone Close puis en solo, avec Riversea et enfin dans Moon Halo.
Leur premier album Chroma ne m’avait pas emballé outre mesure, justement parce qu’il était plus pop rock que progressif. C’est également le cas du second, intitulé Together Again, mais cette fois j’étais préparé psychologiquement.
Et comment résister à la pochette signée Maurice Bishop, cet arbre rouge dans un ciel bleu qui porte une balançoire ?
Together Again, ce sont treize titres sur lesquels jouent et chantent Marc Atkinson, Ian Jennings, David Clements, Alex Cromarty, Martin Ledger et Anne-Marie Helden.
Les claviers sonnent eighties, la rythmique est un peu trop disco à mon goût, la batterie pourrait presque être programmée, les guitares rappellent d’autres groupes comme Pink Floyd ou Dire Straits, les titres possèdent des formats resserrés et pourtant le CD passe en boucle sur ma chaîne depuis son arrivée. Un tour de magie qui tient à la douceur de la voix de Marc mais également à des compositions habilement écrites.
Il faut dire que certaines pièces comme ‘If This Is All There Is’ rappellent Peter Gabriel ou Fish dans ‘Life Goes On’. ‘Wasteland’ est probablement le morceau de facture le plus progressif et dans mes préférées il y a ‘Stories To Tell’ au superbe solo de guitare.
Tout n’est pas parfait cependant. Dans ‘It Was You’ qui débute et s’achève comme un quarante-cinq tour, j’ai l’impression d’entendre un chat miauler dans le fond pendant le refrain, à moins qu’il ne s’agisse de claviers malheureux.
Comme son titre l’indique, Together Again est un album au message étonnamment positif en ces temps sombres, des textes remplis d’espoir, d’amour, qui parle de la vie, de retrouvailles, des générations, exception faite de ‘It Was You’ et ‘The Sandman Is Waiting’ aux atmosphères plus lourdes.
Together Again ne figurera sans doute pas dans la liste des albums de l’année mais il aura une place toute particulière dans ma discographie, le genre de disque que l’on déguste avec plaisir lorsque l’on désire s’aérer la tête. Allez le découvrir, il est sur Bandcamp.
Certains des lecteurs de ce blog doivent savoir que je fais beaucoup de photographie. Paysages, street photos, animaux, astronomie, je m’essaye à tout et à un rien avec plus ou moins de bonheur, photographiant ce qui m’inspire au gré de mes promenades.
Cela donne un catalogue d’images très hétéroclites qui n’ont quasiment qu’un seul point commun, le noir et blanc.
Pour la première fois, je m’impose un thème. Je me lance dans un projet, histoire de voir ce que je suis capable de réaliser. L’objet n’est pas de m’exposer dans une galerie (encore que cela pourrait drôle et désastreux pour mon égo) mais d’essayer d’explorer une thématique sur toute une série de clichés.
Je suis souvent sur la route pour le travail et à chaque fois j’emporte un GX9 dans mes bagages. Le boîtier est peu encombrant et réalise d’assez beaux clichés. Le soir, après une journée chargée, je déambule en ville en solitaire pour capturer des images des rues que je parcoure. J’ai ainsi photographié les vielles maisons de Troyes de nuit, Guingamp le soir, Paris au réveil, la place Stanislas de Nancy etc.
Mais cette fois, en plus des rues que je visite, je vais me pencher sur les hôtels dans lesquels je dors, ces lieux solidaires, souvent bruyants avec leurs sanitaires défectueux et leurs moquettes tachées où j’ai tant de mal à trouver le sommeil.
Il s’agira probablement d’images en noir et blanc, un style que j’affectionne tout particulièrement et qui convient bien aux ambiances glauques. J’ignore comment je vais procéder, ce que je vais cadrer, un lit défait, une valise ouverte, une douche minuscule, un détail de l’affreuse déco, une enseigne lumineuse ?
Sorti de Paris et des petites villes de province, les grandes chaînes d’hôtel dominent le marché avec leurs chambres standardisées, même pour la déco. Les vieux hôtels familiaux avec leur chambres rafistolées, leurs couloirs tordus et leurs escaliers improbables ont nettement plus de charme à mon goût. Mais voilà, je ne choisis pas les hôtels où je dors, c’est chaque fois la loterie.
J’ai commencé l’expérience à Langres dans une chaine remise au goût du jour. La seconde étape fut une auberge à Vinkel, et mes photos me conduiront certainement à Besançon, Dijon, Troyes, Reims, Nancy, Metz, Toulouse et sans doute aussi dans des hôtels pour les vacances. J’ignore si tout ça aura un quelconque intérêt photographique mais l’idée du projet me motive, c’est l’essentiel non ?
J’apprécie tout particulièrement les polars nordiques. Je trouve qu’ils possèdent des atmosphères toutes particulières, exotiques d’une certaine façon. Les paysages, sous un épais manteau de neige, le froid, la nuit polaire, les noms de famille imprononçables plein de lettres inconnues et des récits souvent très glauques participent à mon attrait pour ces romans.
Le dernier en date à trôner sur ma table de chevet s’intitulait Le trou de Yrsa Sigurdardottir. Un polar islandais édité chez Acte Sud, une collection que j’apprécie beaucoup et dans laquelle j’ai découvert Camilla Lackberg et Stieg Larsson.
Pour les noms improbables, j’ai été servi, une multitude de personnages dans lesquels je me suis rapidement perdu entre les policiers, les services sociaux, les victimes, les pervers et les coupables.
Pour les paysages, je suis resté sur ma faim. L’histoire se déroule principalement à Reykjavik dans des paysages urbains, des couloirs et des bureaux. Pour la neige, je n’en ai pas vu le moindre flocon.
Un ex trader est retrouvé pendu au bord de la mer. Un clou planté dans son thorax écartant immédiatement l’hypothèse du suicide. Parallèlement, un jeune enfant est découvert par les services sociaux, abandonné dans le luxueux appartement de la victime.
L’enquête, qui ne fait que commencer, va se perdre rapidement entre violences conjugales, vidéos pornographiques amateurs et recherche des parents du mystérieux enfant.
Très vite, j’ai réalisé qui était le coupable du meurtre de l’ex trader sans comprendre pour autant ses motivations. Pour le suspense, c’était raté.
L’autrice fait traîner l’enquête avec les caractères et les histoires de ses différents protagonistes. Des portraits mal dégrossis qui n’apportent pas grand chose à un récit glauque à souhait et pas franchement palpitant au final. L’agencement de l’histoire semble même parfois désordonnée et seul le dernier chapitre donne du corps au roman.
Dans le genre polar nordique, il y a mieux quand même…
Vous le savez sans doute, l’armée russe est entrée en Ukraine le 24 février dernier et depuis, des millions d’habitants fuient les villes bombardées, pour se réfugier en Europe et ailleurs.
Antony Kalugin (Sunchild, Akko, Hoggwash et Karfagen) compte parmi ces réfugiés et comme je suis sa carrière depuis assez longtemps, j’ai commandé il y a peu son album Land of Green and Gold. Ma manière de soutenir l’Ukraine contre l’envahisseur.
Je n’ai pas encore totalement compris les enjeux de l’invasion russe en Ukraine je l’avoue. Je suis un gros nullos en géopolitique. Mais une guerre aux frontières de l’Europe, ça fait froid dans le dos. Surtout lorsque l’agresseur dispose du plus gros arsenal nucléaire mondial. Et puis d’instinct, j’ai tendance à défendre le petit poisson contre le gros requin.
Parlons musique si vous le voulez bien, malgré cette actualité explosive. On est là pour ça non ? Karfagen est un projet quasi instrumental de rock progressif symphonique à tendance néo-prog. Un projet avec profusion de claviers pas toujours très vintages, joués par Antony.
Sept musiciens jouent aux côtés d’Anthony, ajoutant aux claviers, flûte, accordéon, saxophones, basses, guitares et batterie. Dix neufs titres qui voyagent du prog symphonique à la fusion, de l’art rock au canterbury en passant par le néo-prog. Un programme varié, indispensable pour ne pas tourner en rond sur ces deux disques.
‘Garden of Hope’ en deux parties est l’unique titre chanté de l’album avec ‘The Blossom’ présent sur le disque bonus. D’habitude j’apprécie les instrumentaux qui cassent le rythme des albums trop chantés. Ici c’est exactement la même chose, mais à l’inverse. Vous voyez ce que je veux dire ?
Le disque bonus n’est pas composé de rushs d’enregistrements mal fichus. Il propose de très belles pièces comme ‘Horizons Part 1’ où la guitare d’Andrey rappelle les sonorités de Steve Hackett. Ces bonus sont d’ailleurs nettement moins fusion que l’album Land of Green and Gold, des pièces plus proches du rétro prog et cela convient assez bien à mes oreilles.
J’aime particulièrement ‘Pastoral’, ‘Land of Gold’, ‘Horizons Part 1’, ‘Shape of Green’ et ‘The Blossom’. Vous noterez au passage que je préfère nettement plus le disque bonus à l’album original en fait. Personne n’est parfait.
Le principal reproche que je fais à Karfagen, c’est le choix du synthé numériques au lieu de claviers analogiques qui possèdent à mon avis nettement plus de chaleur. Land of Green and Gold s’écoute plus en musique de fond que le casque vissé aux oreilles à décortiquer les mesures, enfin pour moi. Après, je m’en doutais un peu en commandant l’album.
Mais comme dit plus haut, il s’agit d’une chronique militante. Alors si vous n’avez pas de place pour accueillir chez vous une jeune ukrainienne, ou que votre femme n’est pas d’accord, vous pouvez les soutenir en achetant Land of Green and Gold, l’album est sur Bandcamp.
Je suis un impatient de nature. Mon pire cauchemar est une traversée de la France en train d’ouest en est, à attendre, assis pendant des heures, que l’on arrive à destination.
Et vous, vous aimez les salles d’attente bondées chez le médecin où il faut mémoriser l’ordre d’arrivée des patients pour être certain de ne pas se faire piquer son tour, tout ça en pleine crise de migraine avec une épouvantable nausée et la lumière des néons qui vous vrille les yeux ?
Vous aimez attendre sur le trottoir, grognon, pas encore vraiment éveillé, sous la pluie battante, que ce soit à vous de rentrer dans la boulangerie pour acheter les croissants ?
Vous aimez, lorsque vous êtes au premier rang d’un concert de rock, vous faire bousculer par un retardataire, qui s’incruste avec sa bière et parle très fort avec son pote ?
Vous aimez les embouteillages vous ? Lorsque deux files se transforment en une voie unique et que des gros connards en SUV font le forcing sur la gauche pour doubler en espérant gagner trente secondes sur leur trois heures de trajet, provoquant un ralentissement supplémentaire ?
Vous aimez passer à la caisse du supermarché, faire la queue avec votre caddie, vous faire pousser par le chariot de derrière, voire une petite vieille se glisser devant vous en geignant qu’elle est pressée et que son cabas est lourd, assister, impuissant au refus de paiement du client à la caisse, à la pomme non pesée, commencer à déposer vos courses sur le tapis en même temps que la personne qui vous suit et ne plus avoir de place pour le contenu de votre caddie ?
Vous aimez les péages autoroutiers les jours de grands départs avec ces allemands bloqués devant les automates à carte bleue, leurs billets de 500 € dans la main ? Vous aimez la voiture de sport qui vous coupe la route pour passer plus vite à la barrière ?
Vous aimez les parcs d’attraction où, pour tester le nouveau grand huit, il faut faire sagement la queue pendant quarante-cinq minutes et que des enfoirés passent sous les barrières et vous bousculent pour gratter quelques places ?
Non ?
Vendredi, au philharmonique, après un magnifique concerto pour piano numéro 2 de Camille Saint-Saëns, nous avons voulu, comme beaucoup d’autres, faire dédicacer un CD par le pianiste prodige Alexandre Kantorow qui venait de jouer. Évidemment, nous n’étions pas les seuls, il faut dire, sa performance suivie de deux bis, avait été tout simplement éblouissante. Alors comme tout le monde, nous avons fait bien sagement la queue, attendant notre tour pour une petite signature dans le livret et surtout échanger quelques mots avec ce jeune pianiste talentueux. Lorsque ce fut notre tour, j’ai vu approcher un homme avec son CD, costume cravate des grands soirs de gala, flûte de champ à la main, qui sans vergogne, comme on ignore les gens du peuple, s’est imposé devant nous pour avoir son graffiti. Mais quel connard ! D’ailleurs je ne me suis pas privé de le dire. Mais ce genre de personne est bien au-dessus de ces bassesses, bien au-dessus de la piétaille, il ne nous entend pas, normal, il compte parmi ceux qui nous gouvernent. Le connard est parti avec son CD retrouver sa place VIP dans la salle. Mon épouse a pu alors jouer à la groupie devant le magnifique pianiste. Moi j’étais très énervé pour deux raisons : le connard et mon épouse aux anges.
Après avoir rencontré dieu à contre cœur, emportant notre précieux CD gribouillé. Nous avons quitté le concert, renonçant à Rachmaninov pour rester sur le souvenir impérissable d’un fabuleux concerto de piano de Saint-Saëns.
Tout ça pour dire que je déteste ces sans-gène, comme le gars que s’est garé l’autre soir devant le portail de l’immeuble d’à côté pour aller chercher sa pizza mal bouffe, provoquant un concert de klaxonnes enragés. Ce n’est pas si compliqué de se mettre dans la file et d’attendre, comme tout le monde, si ?
J’utilise une énergie fossile pour chauffer la maison et je n’en suis pas fier. Mais voilà, fut un temps le gouvernement encourageait les propriétaires à se chauffer au gaz plutôt qu’au fioul ou à l’électricité. En plus, les tarifs étaient très attractifs.
Comme il s’agit d’une énergie fossile et que la maison est une vénérable jeune fille de plusieurs siècles, autant dire une passoire, et que j’ai la fibre de chanvre écologique, je me suis efforcé de diminuer notre empreinte carbone depuis que nous vivons entre ces quatre murs.
En chauffant moins et plus intelligemment, en remplaçant les deux chaudières par une à condensation, en isolant les combles et les pièces qui le pouvaient et en posant du double vitrage, nous avons divisé par deux notre consommation de gaz.
Certes, le réchauffement climatique nous a bien aidé. Lorsque nous sommes arrivés en Alsace il y a trente ans, les températures descendaient parfois sous les -15 degrés Celsius avec des vagues de froid sans dégel d’une dizaine de jours nous permettant de traverser les étangs à sec. Aujourd’hui si nous avons -5 degrés, il s’agit d’un matin exceptionnellement froid et le gel ne dure jamais longtemps.
Ma consommation de gaz a baissé et mes factures également. Sauf cette année. Cette année ma facture de gaz a explosé. Je suis passé de 1137 € à 1549 € ! 36% d’augmentation alors que chaque année je voyais ma facture diminuer. J’en suis tombé sur le cul.
Évidemment, j’ai cherché à comprendre, j’ai inspecté les chiffres.
Oui l’hiver 21/22 avait été plus froid que le précédent, mais bon, rien de terrifiant non plus. Oui, avec l’âge on se fait plus frileux, mais on porte des pulls brise amour et devant la TV on se cache sous des plaids bien épais. Oui les prix du gaz ont flambé, mais quand même.
Surprise, entre 2021 et 2022, nous avions encore moins chauffé que d’habitude. Pas beaucoup certes mais quand même 5% de moins. Donc nous aurions pu espérer une facture plus légère. Mais non, c’est tout le contraire en fait.
Le kilowattheure de gaz coûtait 0,0363 € en avril 2021. Un an plus tard il est facturé 0,06079 €, soit une augmentation de 68% ! Imaginez notre facture en 2023 à ce rythme là sans parler du problème de l’approvisionnement en gaz russe.
L’installation d’un poêle à granulés ou d’une pompe à chaleur dans notre domicile relève un vrai défi technologique. Nous dormons déjà avec les animaux dans la pièce commune, ou presque. Nous portons des vêtements bien épais tue l’amour à l’intérieur, nous limitons l’usage de l’eau chaude. Les appareils électriques non indispensables ne restent pas en veille, nous roulons le moins possible en voiture, nous ne prenons plus l’avion, nous mangeons nettement moins de viande, j’achète même de plus en plus de musique dématérialisée, j’évite les plateformes d’achat comme Amazon, que puis-je faire de plus ?
Avec deux salaires et quelques efforts sur la température dans la maison, 17 degrés au lieu de 18 actuellement, en augmentant l’isolation des combles, nous ferons sans doute face au problème, mais quand est-il des smicards vivant dans une passoire thermique ?
Aujourd’hui je voudrais vous parler d’un triptyque sur l’homosapiens commencé en 2020. Il ne s’agit pas du livre Le Savant, le fossile et le prince de Yves Copens, mais de trois albums de l’ancien chanteur et guitariste de notre défunt groupe de prog national, Némo.
Sapiens est un concept album sorti en trois temps : tout d’abord Exordium en février 2020, puis Deus Ex Machina en février 2021 et enfin Actum en mars de cette année. Rassurez-vous, si vous n’avez pas choisi Latin comme langue morte en quatrième, Jean-Pierre Louveton chante ici en français.
Sapiens raconte une histoire qui parle de l’humanité de manière assez pessimiste, il faut bien l’avouer. Jean-Pierre a toujours écrit des paroles fortes et engagées, dénonçant la folie des hommes, la toute puissance de l’informatique, les ravages de la surconsommation de masse et les politiques totalitaires. Cette fois il a consacré trois albums à l’humanité, et par chance, il ne s’agit que de science-fiction. Mais prudence tout de même, dans science-fiction, il y a le mot science.
D’abord plus proche du prog fusion de haut vol avec Némo, Jean-Pierre, en solo avec JPL, est revenu vers le rock et aujourd’hui il ose tous les genres, du symphonique au folk en passant par le rock progressif et le jazz.
Ce qui ne change pas, c’est sa manière de chanter. Il n’aurait probablement jamais été sélectionné pour The Voice, même si je ne le vois pas auditionner pour ce genre d’émission. Après, cette voix particulière donne une fragilité et une colère froide qui colle à merveille aux textes.
Si JPL est un guitariste, Actum ne joue pas du manche et vous entendrez les claviers de son compère Guillaume Fontaine, la batterie de Jean-Baptiste Itier et de Florent Ville, la basse de Didier Vernet, une vielle à roue, un saxophone ainsi que du piano.
Si vous plongez dans le livret, superbement illustré par Stan, qui rappelle les pochettes de Yes, vous découvrirez des textes sombres dans des décors extraterrestres. L’homme ayant détruit sa planète remet son destin entre les mains de la machine, un choix qui le conduira à sa perte dans le troisième volet de Sapiens.
De tous les morceaux de Actum, mon préféré s’intitule ‘Dansez maintenant’. Cinq minutes douze débutant par un phrasé assez inhabituel pour JPL soutenu par les percussions de Jean-Baptiste. Le titre s’embarque plus loin dans un folk médiéval où la guitare électrique de Jean-Pierre Louveton rencontre la vielle à roue de Marguerite Miallier.
Difficile de passer sous silence le morceau final qui dépasse les vingt minutes, vingt-trois et une seconde pour être précis, cinq parties avec ‘Paria’ qui s’offre un passage jazzy sur le saxophone de Sylvian Haon.
Actum clôt la trilogie de Sapiens. Un album relativement raccord avec les deux précédents qui possède les mêmes qualités mais également les mêmes défauts. Sa production serait perfectible avec son rendu assez confus et métallique et les orchestrations, comme dans ‘Marche vers l’inconnu’, me semblent toujours un peu légères. Après, tout le monde n’écoute pas les œuvres symphonique de Stravinsky ou Rachmaninov entre deux albums de rock.
Shangri-la m’avait ébloui avec son récit désespéré et son graphisme incroyable. Une BD fleuve, un seul et unique tome de 222 pages qu’il faut avoir lu si on aime les beaux livres. Alors lorsque j’ai appris grave à Alias et son blog que Mathieu Bablet sortait une autre bande dessinée fleuve, je l’ai immédiatement commandée.
Carbone & Silicium raconte l’amour de deux androïdes pendant 271 années et presque autant de pages. Une histoire de l’humanité vue par les machines, sombre mais pas totalement désespérée.
Le style est le même que pour Shangri-la, des personnages étranges, des paysages urbains incroyables, des couleurs hallucinantes et des textes d’une grande profondeur.
Carbone et Silicium sont deux androïdes prototypes conçus au départ pour assister les personnes âgées dans leur vie et programmés pour ne pas dépasser quinze années de vie. Ils dépasseront largement leur date de mise à la retraite. Après leur séparation, Carbone vivra parmi les humains quand Silicium s’en éloignera pour parcourir le monde. Deux philosophies de la vie que les IA confronteront lors de leurs rares rencontres.
La BD est avant tout pleine d’humanité même si elle nous raconte des vies artificielles. A lire absolument.